CHAPITRE III
AREA ET VESTIBULE.
Le palais de Scaurus (i) est isolé de to wtes partâ ( 2 ) , et forme ce que les Romains appellent une île (3). Il est entouré de rues
(1) La famille Æmilia Scaura avait un grand nombre de possessions ( Pirro Ligoiuo , Dizion. di Antich. tom. XVI, lettre S, manuscrit de la bibliothèque du Roi). II y avait à Pompéi une famille de ce nom , qui était une des premières de la ville , si l’on en juge par les honneurs extraordinaires qui furent rendus à l’un de ses membres. [Ruines de Pompéi, t. I, pl. XXXIII, p. 46).
(a) Néron ordonna par la suite que les maisons fussent ainsi disposées (Suet. in Ner. ; Tacit. Ann. lib. XV, 53). Voyez aussi le plan antique de Rome, Bellor. , Frag. Ve ter. Rom.
(3) Vitruv. lib. I, cap. 6; Fkst. lib. IX; Seicec. de Ira, lib. III, cap. 35; Insulte, c’était plusieurs maisons réunies, appartenant à un même propriétaire. Comme ce corps de’ bâtiments était entouré de rues de
ornées en quelques endroits de portiques (i), sous lesquels on a ménagé des boutiques dont Scaurus tire un très -grand revenu ( 2 ), ainsi que des habitations particulières qui composent son île (3). Au devant de la façade est une Area (4) , espèce de petite place
tous côtés, il avait l’apparence d’une île, et en prenait le nom. Cicéron, voulant parler du loyer qu’il retirait de ses maisons , dit : Merces insularum ( CicEft. ad Attic. lib. XV, epist. 17 ). D’après le dénombrement des édifices de Rome que nous a laissé Publius Victor, il y avait à Rome quarante -quatre mille neuf cent vingt îlots de maisons , et mille neuf cent seize palais. Les propriétaires avaient des esclaves ou des affranchis nommés insularii, dont les fonctions étaient de veiller à la police de leurs îles, et d’en percevoir les loyers. (Pignor. de Sen>. 244.)
. ( 1 ) Cela fut ordonné depuis par Néron (Tacit. Annal. lib. XV. 53 ; Sukt. in Ner.)
(a) I e loyer des boutiques était à Rome un des principaux revenus des propriétaires. Cicéron ne dédaignait pas de s’occuper de l’entretien des siennes ( Cicer. ad Attic. lib. XIV, epist. g).
(3) On voit , sur le plan en marbre conservé au Capitole , des habitations et des boutiques ainsi groupées autour des grands édifices. Le mot île, isola , s’est conservé à Rome dans cette acception.
(4) Varb. de Ling. lat. VI.
d’un aspect agréable. Elle est plantée d’arbres (i) et décorée de quadriges (a) en bronze, de statues équestres (3), et d’un colosse d'Apollon , qui a donné son nom à ce lieu ( 4 )- De trois côtés, cette place est ceinte de portiques spacieux (5), au moyen desquels on arrive à couvert jusqu’à la porte du log-is , qui n’a rien de remarquable que deux pilastres surmontés de chapiteaux et d’un entai» I e . ment assez riche ( 6 ), au-dessous duquel pendent des sonnettes ( 7 ). A droite et à gauche de cette porte ( 8 ), on trouve des salles dis-
( 1 ) Aol. Gf.ll. Noct. Attic. lib. XVI, cap. 5.
(а) Chars attelés de quatre chevaux.
( 3 ) JuvEit. Satyr. 7, v. 1x7 .
(4) Voyez XArea Apollinis ; Beli.or. Frag. veter. Rom. tab. XVI.
( 5 ) Voyez une area semblable, donnée comme étant le Forum de Gabie, Museo délia villa Borghese , par Visconti et Piroli.
(б) Ruines de Pompéi, tom. II, pl. 1 .
(7) Suet. Aug. 91 ; Senec. de Ira , cap. 3 .
(S) Aul. Gell. Noct. attic. lib. XVI , cap. 5 .
posées pour y attendre l’heure de la réception : cet ensemble forme ce que l’on appelle à Rome le vestibule (i).
L’aurore brillait à peine ( 2 ) , et déjà de nombreux affranchis, des clients empressés, des solliciteurs (3) , accourus de toutes les parties de l’empire, remplissaient les pièces d’attente, les portiques et les allées de l 'Area. Les uns causaient entre eux assis dans les salles du vestibule, ou se promenaient sous les planes; les autres entraient dans les boutiques de pâtissiers (4) qui commençaient à s’ouvrir , ou s’arrêtaient devant les Thermopoles (5) , pour y prendre quelque boisson chaude et restaurante, afin de se prémunir contre la fraîcheur du matin. C’est un spec-
(1) Aul. Gell. Nod. attic. lib. XVI, cap. 3 .
(a) Voyez la note 1 , page 18.
(3) Sf.nec. de Ira , lib. II , cap. 6.
( 4 ) Mart. lib. XIV, epigr. 221.
( 5 ) Lieu où l’on vendait des boissons chaudes : ils étaient ce que sont nos cafés. ( Plaut. Eun. act. 2 , sc. 3 , v. i 3 ).