CHAPITRE IV
disposition de ce que les Romains appellent prothyrum. Chrysippe m’apprit que ce nom est une dénomination grecque, mal appliquée à cet endroit, parce que selon lui le prothyrum devait être, comme en Grèce, en avant de la porte (i). Cependant, me dit-il, lorsque je bâtis, je fais comme les autres, pour me conformer à l’usage de Rome.
Nous avançâmes à notre tour vers la porte de l 'atrium qu’une quantité de gens assiégaient; elle était de bronze ainsi que le seuil. « Autrefois , nous dit Chrysippe , les temples « seuls avaient des portes de métal ; et Ca- « mille fut mis en jugement par Spurius Car- « vilius, pour en avoir eu d’airain (2); au- « jourd’hui c’est un luxe commun. On a été
(1) Cette partie de l’habitation se nommait, chez les Grecs , dujsùpeis» , thyrorion , ou «hatSupa , diathyra , parce qu’elle était comprise, comme je l’ai déjà dit, entre la porte du logis et la porte de l’atrium. (Vitruv. lib. VI, cap. 10).
(2) Plin. lib. XXXIV, cap. 3 . Il reste à Rome deux beaux exemples antiques de portes semblables , celles du Panthéon , et de Saint-Côme et Saint-Damien.
« jusqu’à en faire de marbre pour les tom- « beaux (i). » Je crois, lui dis-je, que nous trouverons ici le nôtre, car la foule augmente, et nous serons étouffés avant d’avoir pu pénétrer jusqu’à l’atrium. « Rassurez-vous, « me répondit notre guide, il nous suffit de « ne point chercher à passer les premiers ; « laissons ces visiteurs empressés se coudoyer « les uns les autres, mettons-nous à l’écart. « Faisons place à celui-ci que l’avarice vient « d’arracher brusquement de son lit, et qui « accourt avec tant de hâte qu’il ne s’est pas « donné le temps d’attacher les courroies de (f sa chaussure (2). Voyez cet autre qui arrive « en baillant, les yeux chargés de sommeil « et rouges encore des orgies de la nuit; au « lieu d’aller goûter le repos dont il a be- « soin, l’ambition l'entraîne dans l’atrium de « Scaurus. Quelle vie! se gorger à des tables * chargées avec profusion de mets exquis, *f n’avoir pas une nuit à donner au sommeil,
(1) Ruines de Pompéi , tom. I, pl. XIX.
(2) Juven. saiyr. 5, v. 35.
C n A P I T R F. IV.
« pas un jour à employer aux choses pro- « près à former un homme sage et ver- « tueux (i). Remarquez -vous comment le « regard dédaigneux et vénal des portiers « choisit dans la foule des clients qui les ob- « sèdent ceux qu’ils veulent laisser entrer « les premiers (a). Ah ! voici le poète Aqui- « nius (3), le fléau des oreilles délicates et « des tables bien servies. Il a fait des vers « contre Scaurus, qui ne veut plus le voir; « je ne crois pas qu'il entre ; en effet , le « janitor (4) refuse de le laisser passer ; écoute tez, il va, j’en suis sûr, exhaler sa plainte « en vers : O Scaurus ! je suis venu cinq jours « de suite pour me réjouir avec toi de ton « heureux retour... Mais tu t'y refuses... Eh « bien ! Scaurus , adieu (5). »
(i) Cicer. Tuscul. V, 35.
(a) Senec. de Constant, sapient. cap. i5.
(3) Cicer. Tuscul. v. 35; Catul. Elcg. ad Catv. v. 18.
(4) Espèce d’huissier qui sc tenait à la porte, pour l’ouvrir et la fermer. (Pignor. de Serv. ai8).
(5) Mart. lib. IX , epigr. VIII.
56 LE PALAIS DE SCAURlfS.
Après avoir ainsi passé plusieurs autres personnages en revue, nous nous présentâmes à la porte de l’atrium ; les esclaves baisèrent la main à Chrysippe dès qu’ils le reconnurent ; c’est à Rome le salut de l’inférieur à ses supérieurs ; puis l’introducteur (i) nous demanda nos - noms, car il lui était défendu de laisser entrer ceux dont les noms portaient des présages sinistres ( 2 ). « De ces €< deux étrangers , répondit Chrysippe en et. riant, l’un s’appelle Chrysos et l’autre Artc gyrion (3), Scaurus est toujours joyeux et lorsque l’un ou l’autre entre chez lui. Leurs cC noms seuls lui sont doux et de bon autc gure. » En disant cela nous avançâmes, en j~iant de la superstition du maître du logis et de l’épigramme de notre ami.
(1) Admissionalis. C’était celui qui introduisait. Il y avait , dans les grandes maisons , le magister adrnissionum, 1 e proximus admissionum, etc. ( Pignor. de Serv.
( 2 ) Cif'F-R- de Nalur. deor. lib. II, 3, et de Divin. lib. I, 46-
(3) Ces mots, dont l’un signifie en grec or, et l’autre argent , étaient aussi des noms propres.
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