ATRIUM
I l me sera sans doute difficile , mon cher Ségimer, de te faire comprendre par une simple description une disposition aussi éloignée de nos coutumes et des distributions de nos habitations , que l’est celle de l’atrium des Romains. Je vais pourtant l’essayer : et si je ne réussis pas entièrement, du moins la nouveauté de ce tableau ne sera-t-elle pas sans quelque intérêt pour vous, aimables habitants des Gaules, à qui Jes moeurs romaines sont encore si peu connues.
U atrium, ou avant -logis, est une espèce d’édifice (i) couvert d’un toit (a), placé en
(i) Fest. de Ferb. significat. apud Paul. Diac. (a) Vaaro, de Ling. lat. lib. IV.
58 LF PALAIS J>F. SCAURUS.
avant de la partie habitée du palais (i), et ayant au milieu une cour couverte aussi (a), appelée cavœdium (3), et entourée de colonnes d’une grande beauté. Les pièces nécessaires au service sont distribuées autour de cette cour (4) et décorées avec goût (5).
Comme c’est l’endroit le plus fréquenté de la maison , l’on a eu soin d’y répandre toute la magnificence possible. Tu juges si Scaurus, le plus prodigue des Romains, a rien négligé de ce qui peut contribuer à rendre son atrium vraiment noble (6) ; les murs sont lambrissés en marbre jusqu’à hauteur d’appui, le reste est décoré de peintures (j) re- \
(I) Fest. de Vcrb. signifient . ; et Aul. Gell. lib. IV, cap. 5.
(а) Varro, de Ling. lat. lib. IV.
(3) Ibid.; Vitruv. lib. VI, cap. 3; Plu». Jun. lib. II, epist. 17 .
(4) Varro, de Ling. lat. lib. IV.
(5) Voyez plusieurs atrium toscans, tetrastyles corinthiens, et displuviatum , dans le tome II des Ruines de Pornpéi.
( б ) Senec. epist. XIV.
( 7 ) Plin. Jun. lib. V, epist. 6 .
présentant des ^arabesques capricieux, mais pleins de grâce. C’est une innovation toute récente (i); ils forment des compartiments dans lesquels divers artistes ont peint des tableaux parfaitement exécutés ( 2 ). Quoique le cavœdium soit couvert, il a cependant au milieu de son toit un espace ouvert appelé compluvium (3), qui sert à donner du jour à ce lieu, et par lequel les eaux pluviales tombent au centre de la cour, dans un bassin carré , nommé impluvium (4) , d’où elles se rendent ensuite dans des citernes (5), faites avec un soin particulier (6). Comme ces eaux
(1) Vitruve (lib. V, cap. 7) dit que l’usage ne commença à en être général que sous Auguste; ainsi ce devait être une nouveauté dans le temps où Mérovir écrivait son journal.
(1) Petron. Satyric. cap. 9.
(3) ViTRiiv. lib. VI, cap. 4; Varro, de Ling. lut. lib. IV.
(4) Ibid.
(5) C’est ainsi dans les habitations de Pompéi.
(6) Après avoir entouré d’un bon mur l’espace destiné à servir de réservoir, on recouvrait les parois et le sol
6o LE PALAIS DE SCAURTIS.
de pluie sont moins salubres et moins agréables à boire que les autres (i), on ne s'en sert que pour les besoins du service, qui tiennent à la propreté, et l’on use pour la table et la cuisine d’eau de source. Cependant on nous a montré un puits d’eau vive dont Scaurus fait grand cas ; et l’on pense généralement à Rome que cette sorte d’eau acquiert en filtrant dans la terre une légèreté, une limpidité particulière (a) ; beaucoup de maisons ont au centre du cavœdium une fon-
de fragments de silex liés par un mortier fait de cinq parties de sable graveleux et de deux parties de chaux; puis ce revêtement ayant été bien battu , on passait un dernier enduit du même mortier, parfaitement dressé et lisse. Quand on voulait avoir une eau plus pure, on faisait plusieurs citernes contiguës à différents niveaux , de manière que l’eau s’épurait en passant de l’une dans l’autre. (Pus. lib. XXXVI, cap. a3; Vitruv. lib. VIII, cap. 7 ).
(i) « Cette eau est très-bonne; mais il faut la faire bouillir, afin de la délivrer d’une certaine tendance à la putréfaction ; sinon elle prend une odeur désagréable , et est nuisible à la voix. ■> ( Hippocr. des airs , des lieux et des eaux.)
(a) Px-iw. lib. XXXI , cap. 3.