‹ Le Palais de ScaurusChapitre 64 sur 131 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

beaucoup d’art des faits mythologiques , des événements de la guerre de Troie, et les aventures d’Ulysse (i), que je ne me lassais point de considérer.

/ « Laissez là les héros d’Homère, me dit

« notre guide, venez vous asseoir près de moi « sur ce banc ; nous pourrons observer en ce « lieu, comme dans l’Iliade, plus d’un ora- « teur aussi éloquent que Stentor, des Ulysses « en toge, des chevaliers romains qui sem- « blent avoir pris Paris pour leur modèle; et a qui sait si, dans la foule des personnages « qui affluent ici , il n’existe point en secret « quelque jeune audacieux qui aspire à de- « venir, comme Agamemnon, le roi des rois?

« Autrefois les exèdres des grandes maisons « n’étaient guère fréquentées que par les gens « de lettres et les philosophes; aujourd’hui « ce sont autant de forum privés , où se ren- « dent les hommes avides de nouveautés et « de changements. Scaurus, dont l’ambition « fermente , et qui s’est laissé séduire par

(i) Vitruv. lil). VII, cap. 5; Pktron. Satyric. cap y.

César, attire imprudemment chez lui -ces personnages que vous voyez rassemblés à cette extrémité de la salle , reste impur des amis de Catilina, échappés à la sévérité de Cicéron. Hélas! ces lieux où j’ai vu si souvent l’éloquent Antiochus , et son frère Ariste, s’entretenir de la nature des choses divines et humaines avec Varron , Ælius Stilo, Atticus; ces voûtes qui plus d’une fois ont entendu les conversations animées de Cicéron et d’Hortensius, retentissent aujourd’hui des discours séditieux de ces hommes pervers, pour qui les temps de dissensions et de troubles sont des jours de triomphe , et qui fuient la paix parce qu’elle demande des vertus (i). Le nombre de ces désespérés est tel, qu’on ne peut douter de quelque grand bouleversement; ils précipitent la république vers une révolution prochaine (2). Mais éloignons-nous de ce groupe de factieux insensés ; approchons

(1) Tacit. Hist. lib. IV, cap. 1.

(a) Salldst. Cat. lib. IV.

« plutôt de cet hémicycle où le vieux Scé- « vola, assis au milieu de ses amis{i), s’en- « tretient avec eux , selon sa coutume , ou de « quelque point de morale, ou des hommes a illustres de son temps. » Nous avançâmes vers cç vénérable vieillard ; il parlait de Lélius et de Scipion (2). Bientôt il se mit à traiter des devoirs du citoyen, et c’était principalement aux jeunes gens qu’il adressait la parole : j’ai retenu quelques fragments de ses discours.

« A l’ombre des vertus, la jeunesse croît « pour la gloire. — La seule chance heureuse « que le vice puisse lui offrir , c’est une mort « prématurée

« Ni les provinces conquises , ni l’Italie , ni le « Latium , ni même l’enceinte de Rome , ne « constituent la république Romaine ; elle est « toute dans les institutions que nous ont « transmises nos pères. Quand Brennus cam-

(1) Cicer. de Amicit. cap. 1 , a.

(a) Ibid.

>ait sur les cendres de Rome, Rome n’en 7 :xistait pas moins au sein du Capitole , dé-

>ositaire de ses saintes lois

Craignons d’oublier nos devoirs, en nous

iccupant toujours de nos droits

Iæ premier des devoirs du citoyen , est de •évérer les institutions de son pays ; le prenier de ses droits , de les défendre

^es jeunes citoyens croient que l’efferves- :ence de leurs sentiments est sanctifiée par :et amour déréglé de la patrie dont ils sont :nivrés ; qu’ils apprennent que la patrie , ;omme une amante sévère , ne permet que es sentiments désintéressés , les passions •oumises, le zèle qui obéit, et qu’elle reette tout le reste , comme un hommage inligne qu’elle dédaigne , ou comme un crime

pi’elle punit

^a liberté est un bouclier, n’en faisons point

me épée. »

iyons pour les lois une obéissance passionîée.

J’écoutais avec transport les sages paroles de ce digne vieillard, lorsque Chrysippe m’entraîna d’un autre côté. Il voulait me faire examiner en détail toutes les décorations de l’exèdre. De grâce, lui dis-je, suspendez pour un moment l’inventaire de ce palais; depuis ce matin je compte des colonnes , j’examine des marbres, des bronzes, des peintures, laissez-moi considérer un instant ces hommes qui veulent devenir nos maîtres. — « Volon- « tjers , faisons encore le tour de la salle. » — Ce que j’admire le plus, ajoutai-je, est précisément ce qui ne vous touche guère ; c’est la politesse dont usent entre eux tant de gens de condition et de fortune diverses ; la gravité de leur maintien et de tout ce que j’entends, est encore une chose qui me frappe. Si vous réunissiez autant de mes turbulents compatriotes , quel tumulte , grands dieux ! vous seriez étourdi de leurs cris, du bruit des armes, et l’assemblée ne se terminerait certainement point sans quelque rixe sanglante (i) ;

i) Tac.it. de Morib. Gerrn. aa.

;s sont nos mœurs ! « Sans doute , répont notre ami, vos réunions journalières ne liraient offrir l’apparence d’une telle urinité ; mais aussi dans vos assemblées vous ; trouveriez ni un traître, ni un lâche, un impudique ; vous les étouffez sous la aie (i). Tenez , voyez cet homme triste, aigre et pâle , qui s’arrête auprès des périmés dont la conversation est la plus limée , qui ne prononce que des monollabes, et dont les yeux sont toujours lés vers la terre, ou tournés d’un air disait vers le côté opposé à celui où il écoute; misérable a des yeux et des oreilles pour lier tout ce qui se fait ici (a); car les liains de Scaurus avec un grand nombre de auvais citoyens inquiètent les consuls. Ciron fut le premier qui employa ce moyen rs de la conjuration de Catilina ; delis cette race d’hommes s’est multipliée ; e acquiert de l’importance par la crainte

Tacit. de Morib. Gennan. 12.

Cicer. de Catil. orat. 1.

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