‹ Le palais de Scaurus; ou, Description d'une maison romaine. Fragment d'un voyage de Mérovir à Rome, vers la fin de la républiqueChapitre 4 sur 145 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

« ville, plus tard je vais faire mes dévotions au « temple de la Bonne-Déesse ; puis , descendant a par la rue de l'Odéon, et après m'ôtre arrêté « devant deux ou trois des plus belles bouti- « ques de la ville, j'entre au camp des soldats « pour m'y rafraîchir à Feau de sa fontaine ; enfin et avant de rentrer sub tecto je m'arrête un mo- « ment sous le portique, rêvant, vous devinez « bien à qui. D'autres fois, poussant hors la ville , c( je vais jusqu'à la maison de campagne de Dio- « mède; et si je me trouve attardé, je n'en éprouve « nulle inquiétude; car, bien qu'il y ait des por- « tes aux murailles qui entourent la cité, les bat- « tants n'en existent plus, et les sentinelles qu'on « y avoit placées n'ont pas été relevées depuis « dix-sept siècles. Voilà comment je passe ici mon « temps. Si j'aperçois de loin quelque curieux, « je me sauve bien vite et me cache , trouvant que « la solitude est la meilleure condition où puisse « être l'esprit quand il est occupé de si grandes (( et de si belles choses. Je ne suis, du reste, à pro- « prement parler, jamais soûl, mes amis, puisque « vous êtes toujours et partout avec moi, et je a. sens chaque jour davantage que je no puis être « Ikîui'Cux sans nous, » Ce fut grâce à ce labour iiicessaiil, que Mazuislit

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en deux années ce que n'avaient su faire en un demi -siècle deux générations de princes, d'artistes et de savants. Il avait , dès cette époque , en porte-feuille une foule d'autres dessins intéressants, tirés d'Herculanum, de Psestum et dePouzzoles; mais il résolut sagement de ne publier en premier lieu que ceux de Pompéi , craignant que le manque d'unité ne pût affaiblir l'intérêt d'un pareil ouvrage, et que son trop d'étendue n'en vînt compromettre le débit.

Au surplus, l'argent dont il pouvait alors disposer, et qui ne lui venait que d'un suprême sacrifice, noblement et spontanément accompli par sa famille, devait à peine suffire aux dépenses qu'allaient exiger, même dansces bornes restreintes , la gravure des dessins et l'impression du texte dont il se proposait de les accompagner. Ce texte, partie importante de son œuvre, il n'avait pas osé d'abord en assumer la responsabilité sur lui seul; tout en s'en réservant le fond, il voulait en confier la forme au talent exercé de quelque homme de lettres. iMais des diflicult/'S do toute sorte, inhérentes à ce genre de collaboration, le forcèrent bientôt de renoncer à ce })rojct ; et, comme il ne pouvait guère trouveren it;»lic ce que son injuste défiance de lui-même lui faisait chercher dans les

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autres, il se décida à devenir écrivain, comme il était devenu savant, par nécessité. Cette pente est, du reste, naturelle à ceux qui s'occupent des choses d'art et d'antiquité; ils vont insensiblement et presque à leur insu, de l'examen de l'objet à la recherche de l'idée , et de celle-ci à l'étude de la forme qui la recouvre; logique d'instinct, suivant laquelle un homme d'autant d'esprit et de goût que l'était, notre jeune architecte, se trouva nécessairement conduit à prendre pour modèles de style ceux-là mêmes qui lui servaient de guides dans ses jugements.

A l'étude du latin, qu'il n'avait jamais abandonnée, il voulut joindre celle du grec, qui devait puissamment l'aider dans ses recherches et lui donner la clef étymologique d'une foule de termes obscurs dont le texte de Vitruve est rempli. Mais, quel que fût son goût pour cette étude, il s'en cachait, disantqu'un architecte réputépour savoir le grec devait nécessairement mourir de faim. Ce lui fut toutefois une occasion de s'attacher plus que jamais aux grands écrivains de l'antiquité; ot l'on put s'apercevoir, (piiiud il pubba le Palais (le Sfunirus, d(> quel secours hii avait été. à (ous égards, cette loctur*! ]ia})iluellc.

Au commencement de 1811 , Mazois quitta iNa-

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pies pour venir s'occuper, dans sa tranquille retraite du Monte-Pincio, de la gravure de ses dessins, de la mise en ordre de ses planches et de la composition de son texte. Son premier séjour à Rome n'avait guère été que de quelques semaines. Arrivé dans cette ville au mois de décembre 1808, il en était parti presque aussitôt, un peu à l'aventure , sans dessein arrêté , avec un portefeuille encore vide et une bourse qui ne pouvait tarder à l'être; il y rentrait , après deux ans d'absence, le cœur joyeux et la tête mûrie, rapportant de riches matériaux près d'être mis en œuvre, et fermement résolu à obtenir d'un travail opiniâtre la réalisation de ses légitimes espérances.

C'était sur le travail, en effet, que Mazois avait voulu fonder son avenir. Toat ce qu'un hasard heureux pouvait lui apporter de secours et d'appui , il voulait bien le mettre à profit, mais sans trop y compter, sachant (ju'on ne trouve jamais de ressources assurées qu'en soi-même. 11 avait, certes, quelque mérite à réizler sa vie avec cette décision de jugement, car la fortune ne venait-elle pas de lui sourir'! dans les s(''duisantes avances (Tune faveur royab;? I>irn jftnKi encore, il eût pu s'(;n laisser éblouir : il n'en })arut ([ui; plus maître de lui-même, et que mieux éclairé sur ce qu'on doit

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attendre des autres. C'est ce qu'il exprimait en très-bons termes à son père, dont l'excessive tendresse endormait quelquefois la raison.

« Vous dites que dans la retraite studieuse où « je viens résolument de me mettre, protecteurs « et amis m'oublieront. Oh! je sais de reste que « les amis de ce monde oublient ceux qu'ils ne « voient plus, et que môme ils ne font pas grand'- « chose pour ceux qu'ils voient tous les jours. « Mais ce serait justement là une raison de plus « pour me faire chercher dans le travail et la « retraite ce que j'espère y trouver, l'indépenc( dance du mérite personnel. Acquérir des titres « à l'estime de tout le monde pour n'avoir be- « soin de la faveur de personne, voilà mon idéal, c( cher bon père. Si les protections me viennent, (( tant mieux; si elles me manquent, je veux m'è- « trc fait un nom qui puisse m'en tenir lieu. « N'ai-je pas l'exemple de mon illustre maître, « qui, fils d'un simple suisse de l'une des portes (c du Louvre , est au jourd'hui le premier homme « dans son art, et à qui sont venus les honneurs, « la renommée, la fortune, sans qu'il ait jamais « lait un pas, lui, pour les aller trouver ? c'est « (pi'il a mis sa force dans le travail. Je veux, à (( son exemple, entrer dans la carrière avec des

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« armes bien irempees, et je m'occupe <\ les for- « ger. Jamais jeune homme n'a eu l'heureuse « chance de débuter par un ouvrage comme le " « mien, et je ne crois pas qu'il y ait beaucoup « d'opérations mieux calculées pour en obtenir « honneur et profit. N'allons donc rien gâter par c( trop de précipitation , et n'oublions pas qu'il « n'appartient qu'aux riches de sacrifier aux exi- « gences du cœur. Le mien est tout aussi doulou- « reusement affligé que le vôtre de cette longue « séparation; mais rentrer en France pauvre et « ignoré, comme j'en suis sorti, sans rien qui 0 puisse môme rendre ma misère respectajjle ou « tout au moins intéressante, ah! cette pensée (( est navrante ; tandis que revenir à vous avec un « commencement de fortune, avec des droits à « l'estime générale , avec un jjeau travail achevé c( et l'espérance d'en commencer quelqu'aulre « non moins beau , voilà, mes amis, ce qu'il faut « que j'obtienne de mes efforts, ou que j'y meure.

« Allons! pas de faililesse. Si le génie sème, K c'est le courage qui cultive et la patience qui « récolte. »

Le couvent de laTrinité-du-Monl, où le directeur de rAcadfhnie de France avait fait donner un logement à Mazois , est un vieil établissement dont

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