XXXIV NOTICE
faisait connaître que le roi de Naples les prenait sous sa sauvegarde. Pour donner, au surplus, une idée de l'étrange façon dont les choses se passèrent à Rome en ce moment-là, j'emprunte volontiers de nouveau à la correspondance de Mazois quelques lignes où se trouve comme saisie sur le vif la physionomie de ce curieux événement.
« Murât vient de pactiser, dit-on, avec les enne- « mis de la France. Jugez de ma douleur à moi « f[ui suis son obligé et celui de la Reine, mais « qui n'en veux pas moins rester bon Français. « Les Napolitains sont dans Rome au nomljre « d'environ dix mille ; et ce qu'il y a de singu- « lier, c'est (|ue, malgré cela, nos troupes n'en « sont ])oint sorties. Les uns font la police de la « ville et gardent les postes; les autres occupent « le château Saint-Ange. Nos ofticiers et ceux de « Murât dînent et se promènent ensemble. Le « soir, chez la nièce du Roi, je les vois jouer à la c( même table, ou faire de la musique autour du « même clavecin ; et tout cela sans qu'il y ait, en M apparence , rien de changé dans les relations « des deux peuples. Tous ceux de nos employés « qui ont voulu continuer à servir, sont restés en « place; mais plusieurs ont mieux aimé partir; « administration et tribunaux fonctionnent donc
SCR F. MAZOIS. IXXV
« comme à l'ordinaire sous la double protection « de la force armée française et napolitaine; si « Ijien qu'avant-hier, à l'occasion d'une assez sé- « rieuse tentative de révolte dans les prisons de « la ville, on a pu voir nos soldats, unis à ceux « de Murât, fusillant et sabrant à qui mieux mieux « les plus forcenés de la bande. Avec le même « accord, les troupes des deux pays ont ensuite « fait des patrouilles, durant toute la nuit, pour « prév(;nir ou comprimer au besoin le désordre. « Avec tout cela, le roi de Naples n'en a pas moins « séparé sa cause de celle de la France , et son « armée, dit-on, va marcher contre la nôtre, qui a est sous le commandement du prince Eugène « dans la haute Italie. Nous assistons là vraiment a à un bien étrange spectacle, et l'on est tenté de « dire avec Bazile : Qui Irompe-t-on ici ? »
Malgré la sauvegarde offerte aux artistes par le général Pignatelli, un tel état de choses ne pouvait leur inspirer une grande sécurité. Aussi JMazois s'était-il à peu près décidé à (juitter Home pour rentrer en France, quand il s'en trouva empêché par des considérations analogues à celles mêmes qui le déterminaient à partir. En effet, au milieu du bouleversement général qui menaçait alors l'Itiilie, voyager n'étant chose ni sûre ni fa-