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l'École française. Mais est-on bien sûr de n'avoir pas faussé par là l'intention du donateur; et n'estil pas d'ailleurs regrettable que, pour enricbir nos musées de Paris, déjà si riches, on ait dépouillé sans scrupule un établissement français noblement et pieusement restauré , sur le sol étranger, par des mains fi'ançaises ?
Quoi qu'il en puisse être de ce préjudice porté à l'église des Minimes de Rome, Mazois, par la manière habile, prompte et économique avec laquelle il conduisit la restauration de cet édifice, n'entra que plus avant dans la confiance et la faveur de M. de Blacas, à qui il fut bientôt redevable de pouvoir montrer, sous des aspects nouveaux, la souplesse et la variété de son talent. Ce fut la visite du roi Ferdinand à son frère le roi Charles IV à Home qui en devint l'occasion. Ces deux princes de la maison de Bourbon ne s'étaient point revus depuis leur jeunesse. En qualité de représentant de laljranche aînée auprès du Sainl- Siége, l'ambassadeur de France voulut fêter avec éclat la réunion de ces deux têtes couronnées dans la métropole de la catholicité. Carte blanche fut en coiisé(pieuce donnée par M. de lUacas <'V son architecte, dont une si noble façon d'agir ne lit qutî stinuiler davantaiie l'esprit d'ordre en même
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temps que le génie inventif. La villa Médici, qu'on avait mise à sa disposition, fut en peu de jours transformée, comme par un coup de baguette, en un véritable jardin d'Armide, où se trouvèrent conviés, avec l'élite de la société de Rome, tous les étrangers de marque qui étaient alors dans cette ville. Le bon goût , l'élégance, la suprême distinction de cette fête, encore plus que sa magnificence, en firent le succès ; et le juste retentissement qu'elle obtint, vint cette fois tirer tout de bon Mazois de cette classe d'antiquaires et d'écrivains savants dans laquelle plus d'un confrère jaloux s'était jusque-là appliqué à le reléguer. A Rome, comme à Portici, il venait de se montrer à la fois homme d'action et artiste. Ses preuves à cet égard étant faites , il n'en revint qu'avec plus de confiance à ses études et qu'avec plus d'ardeur à ses livres. Il en avait plus d'un alors sur le métier. Des recherches immenses qu'avaient exigées les Ruines de Pompéi étaient nés tout naturellement la pensée, le plan et l'exécution du Palats de Scaurus. Cet ouvrage, où la plus solide érudition se dérobe sous des formes aussi gracieuses qu'attrayantes, fut le fruit des loisirs forcés et souvent douloureux auxquels Mazois
s'était vu condamné par les interruptions ap-
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portées dans son grand travail. Et pourtant rien n'y trahit jamais ses cruelles préoccupations. L'allure en est dégagée, le style ferme et élégant, la pensée noble, grave et sereine. En aucun autre écrit autant qu'en celui-là, il n'a montré l'agrément de son esprit, la sûreté de son goût, la finesse de son jugement. Fidèle aux préceptes de cette belle antiquité dont il semble s'être surtout inspiré dans l'exécution de cette œuvre charm'anie, il a su, toujours à propos, y sacrifier aux grâces et mêler habilement à ses récits les plus familiers, à ses peintures les plus légères , l'expression des sentiments les plus dignes et les plus élevés. Si la forme en est imitée de celle d'Anacharsis, comme on a pu depuis le dire de tant d'autres, au moins faut-il reconnaître que de tous les ouvrages du même genre il n'en est point où la fiction se trouve plus fermement établie sur la réalité, et où la physionomie des anciens soit reproduite d'une façon plus vraie et plus saisissante. Il n'y a pas, dans ce livre, une page, je dirais presque un alinéa, dont le fond n'appartienne en propre à Vitruve ou à Varron , à Lucrèce ou à César, A, Horace ou à Suétone, à Plaute ou à Cicéron, à Pline ou à Juvénal, en un mot à tous les grands écrivains de Koinc. Ce sont bien vérital)lement
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eux qui parlent el qui décrivent ; les innombrables citations sur lesquelles s'appuie le texte en font foi. Et cependant de ce luxe d'érudition ne résulte^ on doit le dire, qu'une plus juste confiance inspirée au lecteur, sans qu'il en éprouve jamais ni trouble ni interruption dans le plaisir qui lui vient de cette peinture si parfaitement achevée des mœurset des usages des anciens. L'artextréme avec lequel a été composé cet ouvrage de si peu d'étendue explique du reste le genre de succès qu'il obtint à son apparition en France et même à l'étranger; succès littéraire autant qu'archéologique, pour le moins, et qui avait plutôt sa source dans la finesse d'oljservation et le gracieux tour d'esprit de l'auteur, que dans l'ordre et le soin avec lesquels il avait su recueillir et grouper tant de curieuses recherches sur l'antiquité.
Quand le premier volume des Ruines fut achevé, Mazois eut la pensée d'aller lui-même offrir au roi Louis XVIII l'exemplaire qui lui était destiné. Il y <;tait d'ailleurs encouragé par les deux moil- \rnvs .-unis <ju'(;ùt alors ce prince, MM. Decazes et de Blaeas, auprès desquels il avait su trouver une égale laveur, bien qu'ils fussent ouvertement eniicinis luu de l'autre. Sous ce double [)ati'onag(; un bon accueil lui semblait assuré à la cour : il
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crut pouvoir en tenter les abords. Son Palais de de Scaurus étant également prêt à paraître, il vit dans cette circonstance un motif de plus pour venir à Paris. Mais une autre raison, et la plus impérieuse peut-être, quoique la moins avouée, le déterminait encore à entreprendre ce voyage. Il avait depuis dix ans quitté son pays ; il lui tardait d'y rentrer pour se rapprocher de ses amis, pour vivre au milieu de sa famille. Jusque-là , campé en quelque sorte sous la tente , il n'avait jamais pu songer à un étal)lissement sérieux et définitif; il voulut venir le chercher en France, où devant son nom déjà si honorablement connu, semblait devoir s'ouvrir désormais pour lui une carrière facile. L'Italie n'avait guère plus rien à lui offrir; ses documents sur Pompéi étaient, sinon complets, du moins au niveau des découvertes les plus récentes; il lui était donc loisible d'achever son oeuvre aussi bien à Paris qu'à Rome. Parti de cette dernière ville vers la fin de 1818, il alla directement à Bordeaux, où il passa quelques semaines auprès d(3 son père, et de là il se rendit à Paris. Plus d'un bonheur l'y attendait; mais ce fut assurément celui qu'il avait le moins prévu qui ïy l'elint et (pii décida de son sort.
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Trop absorbé par ses travaux ou trop nuiitiis«3 peut-être par les événements, Mazois n'avait jamais voulu ni s'occuper lui-même, ni qu'on s'occupât pour lui d'aucun projet de mariage. En changeant de position, il changea d'idées, ce qui arrive aux plus sages. M. Decazes, alors ministre de l'intérieur, venait de le nommer inspectoiu' général et membre du conseil des bâtiments civils. C'était débuter par où bien d'autres se seraient estimés heureux de finir. iMais l'éclatant succès du Palais de Scaunis et les récents éloges qu'avait ol)tenus de la quairième class*; de l'Institut le premier volume des Ruines de Pompéi, jus.tifiaient de reste une telle faveur. Les])irituel ministre de qui elle émanait, entendant parler devant lui, avec une certaine affectation, de la trop grande jeunesse du nouveau titulaire, se contenta de dire : // a mon âge. L'imj)ortance de ces nouvelles fonctions, l'amitié du ministre à (j[ui il en était redevable, les esj)érances (ju'il pouvait fonder sur cette amitié mônu'., entin le retentissement qui commençait à s'attacher à ^^un nou), cl dont il lui <''(ail [x-i'uiis d'iilttnidri! (|uel(jues avantages pour sa fortune, (oui sciuMait Tauloi'is('r, en ce moment, à dirigi^r ses sues wis ce qu'on est convenu d'appeler un beau mariage; il
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eut le bon esprit de ne vouloir qu'un mariage heureux.
Justement épris d'une de ses jeunes parentes en qui se trouvaient réunis les dons naturels les plus charmants et les agréments acquis les plus rares, il la demanda en mariage, et l'obtint. C'était la fille cadette de M. Alexandre Duval, de l'Académie française. Cette union ne fut contractée toutefois que l'année suivante, au retour d'un dernier voyage que Mazois dut faire en Italie, au mois de septembre 1819, en vue de régler les intérêts qu'il avait encore dans ce pays et de n'y rien laisser qui ne pût être conduit désormais aussi bien par des correspondants que par lui-même. Mais des difficultés sans nombre et plus d'une amère déception l'attendaient à Rome et surtout à Naple^. Le ministère venait d'y être changé. Aux hommes dont les dispositions lui étaient devenues peu à peu favora])lcs avaient succédé des inconnus dont lindifférence ne pouvait que lui être nuisible. 11 trouvait en outre l'ambassadeur de France malade , son lil)raire mort , les exemplaires des Ruines qu'il avait mis en consignation chez ce dernier, dispersés ou vendus au profit de la succession. Enfin, tout lui iournait à mal, jus(ju'à la permission de l'aire de nou\ elles
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recherches à Pompéi qni faillit lui coûter la vie. Mais, comme de coutume, rien ne put abattre son courage ni altérer sa bonne humeur. Voici le gai récit qu'il fait lui-même de cet événement dans une lettre adressée, le k novembre 1819, à ]»"•= Duval :
« Je me suis vu déjà l)ien souvent précipité « du plus haut de mes espérances ; mais, sem- « l)lable à la balle élastique qui se relève avec (( d'autant plus de force qu'elle a été jetée à terre « plus violemment, je me retrouve, après cha- « cun de mes petits revers de fortune, dans une « position meilleure qu'auparavant. C'est, comme c( vous le voyez, presque jouer à qui perd gagne ; « aussi ne veux-je désespérer de rien. Cependant « à ce jeu étrange, l'autre jour, j'ai failli vous « perdre, et cussé-je dii y gagner le paradis, n'en « déplaise à Dieu, je n'aurais pas volontiers pris (( en échange l'un pour l'autre.
« Figurez-vous que j'étais à Pompéi,,iuché sur (( un mur étroit et ruiné, d'environ neuf à dix « pieds de hauteur. Le voilà tout à coup qui s'é- K l)r;inle, s'écroule et m"(!ntrainc avec lui tète <'n (( l)as, droit sur le pavé d(^ marl)re antique. Je <( n'aurjiis pas dû m'en relever, tant la chute; était « rude; mais je commence à croire que j'en vais
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« être quitte pour deux ou trois côtes enfoncées « et quelques déchirures peu graves au front, au « menton et aux lèvres. Ce ne sera, ma foi, pas « trop, vu les circonstances. Et pourtant, à part les « charmantes douceurs que me promet désormais « la vie de moitié avec vous, je dois dire que je ne « retrouverai jamais si belle occasion de mourir, « ni lieu aussi propice à me faire enterrer. Car « deux sépultures se fussent ainsi trouvées vérir (( tahlement à leur place, en ce monde ; celle de c( Bouillon à Jérusalem et la mienne à Pompéi. »
C'était rester jusqu'au bout dans son rôle et faire spirituellement ses adieux aux lieux mêmes qui avaient servi si longtemps de théâtre à ses travaux comme à ses succès, à ses luttes conmie à ses triomphes. Mieux qu'à personne, en effet, il était permis à Mazois de croire que son nom resterait glorieusement inscrit dans l'histoire de ces champs phlégréens où , depuis plus d'un siècle, le génie moderne dispute à l'action destructive du temps les derniers vestiges du génie antique.
De retour à Paris, au commencement de 1820, il appela auprès de lui son vieux père, et s'empressa do former Funion ([u'il avait projetée. Mais, l)ien qu'il n'eût cherehé dans ectti! union Cjue le lionheur, il crut prudent d'en vouloir étal)lir la
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durée sur l'aisance. Or, comme les i'onctions de membre du conseil des bâtiments étaient, à cette époque, incompatibles avec le titre d'architecte du gouvernement, force lui fut de chercher dans les travaux particuliers des avantages et des profits qu'il ne pouvait trouver dans les travaux pulîlics. Parmi ceux dont l'exécution ne tarda pas à lui être confiée, on doit mentionner trois ou quatre maisons élégantes construites dans le quartier François I"", ainsi que l'hôtel de Blacas et les deux grands passages de Choiseul et Saucède. Faisant, du reste, marcher de front ses travaux nouveaux et ses études habituelles, il put, grâce à l'infatigable activité de son esprit, satisfaire à toutes les obligations que lui imposait son grand ouvrage et trouver encore assez de loisir pour p\iblier, dans divers recueils périodiques français et italiens, plusieurs articles intéressants relatifs à des questions archéologiques. Vers ce même tenqis parurent, dans le premier volume du Théàlrc complet de)> Latins , ses Considérations sur la forme cl la distribution des théâtres antiijues ; petit essai ploin d'(''ruditK)ii praticpic, pai' l('(piel il senil)lait a\(>ir voulu préluder au travail plus étenchi (piil se projjosait (rfînti'epi'cMulrc sur les constructions théâtrales et les .jeux scéui([ues des Romains,
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comme il venait de le faire d'une façon si intéressante sur leurs mœurs et leurs habitations particulières, dans le Palais de Scaurus. Malheureusement, la mort ne lui laissa pas le temps d'écrire cette seconde partie du Voyage de Mérovir.
La tin de Mazois fut toutefois plutôt prématurée qu'imprévue. Plusieurs indices du mal qui devait l'emporter étaient déjà venus frapper ses amis et l'avaient aussi préoccupé lui-même, sans qu'il se fût , pour cela, résigné à jamais prendre le repos dont il avait besoin. Il croyait délasser son esprit en variant ses occupations; ce n'était en réalité qu'un changement de fatigue. Mais il avait l'incurable ambition du travail, et peut-être aussi un peu celle des légitimes distinctions qu'il procure. Au mois d'août 1823, le roi Louis XVIII le nomma chevalier de la Légion d'honneur, faveur qui parut tardive, surtout après les suffrages hautement accordés par ce prince aux publications de Mazois. Dans le courant de cette même année, il se présenta, pqur la première fois, à l'Institut, où la mort de l'architecte Heurtier laissait une place vacante.
Le nonil)re et la nature des travaux dont il s'était jusqu'alors occupe, le succès qui les avait couronnés tous, les njérites rares et divers dont ces
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travaux témoignaient, tout semblait présager un accueil favorable à sa candidature. Elle échoua cependant, et non-seulement cette fois mais encore dans deux autres élections qui eurent lieu en 1824 et en 1825. Il crut voir, dans cette persistante préférence accordée à ses compétiteurs , quels qu'ils fussent , une sorte de parti pris à son égard, contre lequel il résolut de ne point se heurter davantage. C'était assurément se méprendre sur l'esprit d'un corps qui , quoi qu'il arrive , ne peut jamais être dirigé que par des motifs avouables ; mais il ne pouvait s'abuser, à vrai dire, sur certaines inimitiés implacables qui , en souvenir d'anciens et profonds dissentiments politiques, usaient au dehors comme au dedans de rinstitut des plus indignes moyens d'inlluence pour paralyser les bonnes dispositions de ses amis et dénaturer ses titres. Ne pouvant nier la valeur de sf s travaux, on les voulait du moins faire tenir pour étrangers à ceux que l'Académie des Beaux-Arts doit récompenser de ses suffrages, C'fHait pure chicane envers un homme qui, à tous égards, avait certes plus de droits qu'il n'en fallait pour entrer lionoral)lenjent en compélitioii avec qui que ce fût. Mais toute discussion est oiseuse devant les n'snltats d'un scrutin. (](^ qui
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put dédomrtiag'er un peu Mazois de cette triple défaite, ce fut le mot piquant de M. Villemain : « La quatrième classe ne veut pas de vous, lui dit- « il? que ne vous présentez-vous à la nôtre ? » Peut-être bien, en effet, était-ce parce qu'il aurait pu siéger dignement à côté de l'illustre académicien, que l'auteur des Ruines de Pompéi et du Palais de Scaurus ne pouvait parvenir à s'asseoir auprès de certains architectes et peintres dont les noms et les œuvres sont aujourd'hui également en oubli.
Que beaucoup de succès excite un peu d'envie, c'est chose trop ordinaire pour qu'on doive s'en étonner ou s'en plaindre; ce qui l'est moins, c'est de rencontrer des persécuteurs dans ceux mêmes qu'on a obligés , c'est de découvrir des traits de perfidie là où l'on comptait trouver des marques d'amitié. Tristes déceptions qui auraient pu décourager un cœur moins généreux que celui de Mazois; mais le sien, toujours plus prompt à s'attendrir qu'à s'irriter, continua d'aller, par inclination naturelle, vers ceux qui semblaient avoir besoin de lui. L'ingratitude de quelques hommes avait pu le navrer, non le changer ; et il demeura jusqu'à la fin scrvia])le quand même.
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Lors du sncre de Charles X, en 1825, bien que rien ne semblài le désigner au choix de la cour, si ce n'est pourtant son mérite, Mazois se trouva tout à coup chargé de la difficile mission d'approprier les bâtiments de l'archevêché de Reims à la réception du Roi et de sa suite. Le temps pressait; il s'agissait de faire vite et bien ; on put donc croire que M. le duc de Blacas , qui était alors premier gentilhomme de la chambre, s'était volontiers souvenu des tours de force de son architecte à Rome. Ces bâtiments étaient presque en ruines. Il fallut, sinon en refaire la charpente, du moins la receper en entier, et lui donner des supports nouveaux ; distril)uor les eaux d'une ftiçon plus commode et plus a])ondante ; agrandir la salle de banquet; en corriger les irrégularités; la décorer avec goût et magnificence, tout en s'y conformant au style de l'époque, clairement indiqué par une vaste cheminée qui porte la date de 1 V99, et qui est encore ornée des armes du cardinal Rriconnet. 11 n'y eut pas moins de quatre cents ouvriers, sans relâche occupés, durant tout un mois, à ce trav.-iil de reconstruction et de d(''Coration. In autre monument plus ancien encore, la fameuse a])baye de Saint-Remi, dont les fondements furent jetés vers le milieu du dixième siècle,
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se trouvait aussi , à l'époque du sacre ^ dans un tel état de dégradation qu'il y avait nécessité absolue et urgente de le démolir ou de le reconstruire. L'insuffisance des ressources municipales l'aurait laissé périr : la munificence royale le sauva; et l'habileté de l'architecte seconda si bien les nobles inspirations du prince, qu'au jour convenu, le chapitre des ordres put venir en grande pompe à Saint-Remi, et avec tout le cérémonial d'usage, tenir sa séance traditionnelle dans cette antique abbaye de fond en comble restaurée.
En toutes choses, du reste, on semblait opérer avec la même grandeur et la même célérité. Il n'y eut pas un seul des services de la maison du Roi qui, pour ces trois ou quatre jours consacrés à la cérémonie du sacre, n'obtint son établissement spécial comme pour une résidence définitive. On pouvait se croire reporté aux fastueuses époques de Louis XIV ou de Louis XV ; qu'on en juge par ce seul fait que je tire encore de la correspondance deMazois : « Si j'en ai heureusement fini avec les a appartements du Roi et de la cour, écrivait-il « de Reims, je n'en puis dire autant des écuries. « J'avais cru, dans le principe, n'en avoir besoin « que de dix-neuf; il m'en faudra quarante-trois , c( dont la plus petite devra contenir dix chevaux
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« et la plus grande deux cent cinquante , réparties « dans les divers quartiers de la ville. N'est-ce « pas à en perdre la tète? Or, comme ce n'est « guère à pied qu'on peut suivre de pareils trace vaux et faire les tournées de surveillance qu'ils « exigent , on vient de mettre à ma disposition « une assez honorable monture ; et ce n'est , ma foi, « que justice : un architecte doit être à cheval a qui bâtit pour des chevaux. »
Si en même temps qu'il lui fallait satisfaire à de telles nécessités de service, il eût encore voulu écouter toutes les réclamations plus ou moins fondées que lui adressaient journellement les divers officiers de la maison du Roi, il se fût jeté dans une véritable impasse. Aussi prit-il résolument son parti, et ne fit-il que ce qui lui parut juste et nécessaire. Mais, grâce à son savoir-vivre exquis et à son inépuisable esprit de ressource, il parvint toutefois à donner satisfaction au plus grand nombre et à ne mécontenter personne. C'est de quoile complimenta Charles X avec cette grâce parfaite qu'il mettait dans ses moindres paroles. « Ce que « vousavez fait pour moi, M. iMazois , lui dit-il , est « charmant et du meilleur goût; je vous en re- « mercie ; mais on m'assure qu'au château vous « avez su, en outre, satisfaire tout le monde. Je
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« VOUS en félicite : c'était plus difficile que de me c( contenter moi-même. »
Mazois reçut, à celte occasion , la croix d'of licier de la Légion d'honneur ; récompense dont il eut lieu d'être d'autant plus flatté cette fois, que, bien qu'il n'eût pas encore atteint le temps exigé par les statuts pour ce nouveau grade , le Roi voulut, par exception , le lui donner,
A la suite de cet excès de travail et de fatigue , se manifesta chez lui un dérangement de santé qu'il essaya de combattre, selon sa coutume , par de simples émissions sanguines; il n'enéprouva qu'un faible soulagement : la lassitude et le malaise persistèrent. Peut-être n'était-il déjà plus temps d'arrêter le mal dont il était menacé. Mais ce qui, dans tous les cas, en accéléra bien malheureusement Ici marche, ce fut la mort de sa fille ainée. A partir de ce moment, son esprit s'assondjrit et sa sensil)ilité s'exalta. Clxerchant plus (|ue jamais dans le travail un remède à ses chagrins aussi bien qu'à ses maux, il outrepassa, selon tout(! apparence, la mesure ; car bientôt des étourdissements du plus mauvais présage pour un homme replet comme lui vinrent exciter, à juste litre, les alarmes de sa iamille. Entouré toutefois des soins les plus ingénieux (^t les plus tendres, il parut avoir recou-
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vré, après quelques semaines de repos , assez de sérénité-et de force pour se remettre sérieusement à l'étude d'un des plus importants projets de construction qu'on pût demandera un architecte; il ne s'agissait de rien moins que de bâtir une nouvelle salle des Députés. Et comme si ce n'eût pas été là un suffisant aliment à l'activité de son esprit , il s'occupait en même temps d'une savante notice sur les embellissements de Paris, et avec non moins d'ardeur d'un vaste plan de nécropole pour cette capitale dont les cimetières avaient, à cette époque déjà, pris un tel développement, que M. le comte de Gliabrol, alors chef de l'édilité parisienne, dut songer aux moyens d'arrêter ou tout au moins de détourner cet empiétement progressif du domaine des morts sur le domaine des vivants. L'étude dont je parle ici et que j'ai vue, fruit d'une conception aussi hardie que savante, a dû être retrouvée dans les dessins de Mazois; il est à regretter qu'elle n'ait pas été connue de l'administralion municipale, dont elle Jiurait peut-être inodilic'; les résolutions à ce sujet. Une pareille surexcitation ne pouvait qu'amener bientôt d(^ nouveaux troubles dans sa santé. En effet, vers la fin de 182G, une hémorragie, dont les médecins méconnurent Le*' relations trop certaines avec une affecl ion congé-
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niale du cerveau, se déclara chez lui violemment. Contraint , pour cette fois^ de garder un repos de corps et d'esprit absolu, il lui fallut renoncer à ses dessins et à ses livres; mais le démon du travail n'y devait rien perdre : ne pouvant faire autre chose, il fit des vers; c'était l'amusement habituel de ses loisirs, ce le fut aussi dé sa maladie. Né en quelque sorte avec lui, ce goût ne l'avait jamais abandonné. Il faisait des vers partout et sur tout ; le plus souvent avec infiniment de délicatesse et de grâce. Les derniers qu'il composa sont empreints du profond découragement de son àme et du triste pressentiment de sa fin; je ne les rapporte point ici, parce que Mazois n'ayant jamais voulu mettre qu'un petit nombre d'amis dans la confidence de son innocente passion de rimer, il m'a semblé convenalde d'imiter à cet égard sa louable pudeur.
Quoique profondément atteint dans les sources mômes de la vie, il n'en avait pas moins, en apparence, repris encore le dessus; et même les médecins tenaient son rétal)lissement pour assuré, lorsque le 31 décembre 1826, peu d'instants après s'être mis A talîle pour faire son léger repas du soir, on le vil se renverser tout à coup sur son siège, (;t, portant vivement la main à son iVonI, s'é'crier : .le
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suis un homme perdu! Ce furent les derniers mots qu'il proféra : il venait d'être frappé d'apoplexie. J'étais présent; et à plus de trente ans de distance, j'ai là palpitante encore sous mes yeux cette scène de trouble et de désolation où amis et parents, confondus dans la même tendresse et la même douleur, imploraient, au milieu de leurs sanplots, des secours qui, pour être moins tardifs, n'en auraient pas été plus efficaces, tant le coup avait été foudroyant.
La mort vint ainsi arrêter Mazois au milieu de sa course, alors que jeune encore, mais mûri par l'étude et encouragé par le succès, il allait entreprendre cette intéressante série d'ouvrages projetés dont les matériaux étaient déjà recueillis et les plans tout tracés ; elle vint l'atteindre, même tivant qu'il eût pu terminer l'œuvre qui avait commencé sa réputation, et sur laquelle se trouvent fondés ses vrais titres de gloire. 11 n'y avait eu, en effet, de publiés en entier, de son vivant, que les deux premiers volumes des Ruinesde Pompéi; l'un relatif aux tombeaux et aux murailles de la ville ; l'autre aux li;ibitationsparticulièrcsetaux mille détails de la vie privée des anciens, tels que sont venus les révéler l<;s découvertes faites de 1755 à 1821. Du volume suivant trois livraisons seulement avaient
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paru dans le courant de 1826 ; cinq autres qui se trouvaient toutes préparées ne tardèrent pas à les suivre. Mais là s'arrêta la collaboration active de Mazois. Il laissait heureusement après lui d'immenses matériaux et 454 dessins inédits qui, remis aux dignes mains de ses éditeurs, MM. Didot frères, purent, avec le concours éclairé deMM.Gau, de Glarac et Letronne, servir à compléter enfin ce grand et magnifique ouvrage dont la France doit s'honorer à plus d'un titre.
Jusqu'en 1812 , on n'avait rien publié sur Pompéi qui répondît à la légitime attente du public. Ce n'était assurément, ni les Recherches d'Ancora sur cette ville etcelled'Herculanum, ni l'itinéraire de Fabbé Homanelli , ni la Dissertation de Nicolasi sur Pompéi en particulier, ni les quelques dessins pris ;\ la dérol)ée par les Anglais sous le ministère d'Acton . ni enfin ce qu'en avait dit ra])bé de Saint-Non dans son Voijage pittoresque , qui pouvaient satisfaire les vrais amateurs d'antiquités, pas plus que les artistes et les savants. L'Académie de Xaples elle-même, qui jouissait depuis si longtemps du n)ono[K>l(' de ces ruines {)r('eienscs. n'aviùt encore mis en lumière, à cette épo(|ne , ([ue deux volumes des peintures et des mosaïques tii'ées de Ponqiéi. Quant aux vues de
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cette ville publiées en feuilles détachées par Pi~ ranesi , bien que réputées pour leur agrément^ elles n'étaient guère qu'un guide dangereux dont l'infidélité s'abritait derrière la renommée de leur auteur. Ce fut donc véritablement l'ouvrage de Mazois qui vint redresser les erreurs, réparer les omissions, remplir les lacunes de tous les ouvrages d'un genre quelconque qui avaient été publiés jusqu'alors sur ce sujet; il était venu, en outre, expliquer d'une façon aussi claire qu'attrayante, et comparer avec autant d'exactitudeque de sagacité, au double point de vue de l'architecture et de l'histoire, tous ces restes d'éditices anciens (pie la jalouse indolence du gouvernement napolitain avait, pendant plus d'un demi-siècle, soustrait à lasludieaseeuriosit('(hu'('sto du monch'. C'étaient là d'importants et lieui'eiix résultais, qui sontrarement dus aux efforts dun seul homme; car combien n'exigent-ils pas d'aptitudes et de qualités diverses! En effet, pour mener à bonne lin une ])areille entiHiprise, ce n'éiait pas senlrmont de s;iV(Mi- <'t (Tt-rudition (pi'il s'agissait: il f.illait \ .ipjioi'tci' (Micorc dn conj) (Td'il, de l,i dt'-cision, du jngeincnt ; join(h-c à un Lii'iind amour du ti'.ivail le courage et la force i\v volontc' ([ni en doublent la [)nissance; l'aire marcher de IVonl
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l'esprit de critique et l'esprit de recherche; unir la délicatesse du goût à l'habileté de la main ; il fallait être tout à la fois écrivain et artiste, et savoir pour cela emprunter aux couleurs d'une imagination vive, mais sagement réglée, le charme d'un style toujours clair, simple, élégant et pittoresque. Toutes facultés précieuses qui, libéralement départies à Mazois, lui auraient sans aucun doute permis de suffire à lui seul aux , nombreuses exigences de son œuvre, s'il n'eût été du nombre de ces victimes d'élite que Dieu semble ne montrer au monde un court moment, que pour nous mieux faire comprendre la fragilité des avantages sur lesquels l'homme fonde sa prééminence ici-bas,
Varcollier.
Arioviste régnait sur les difCérents peuples de la Germanie qui composaient la nation des Suèves, lorsque le gouvernement des Gaules échut à César. Ce dernier, pendant son consulat, avait traité le roi des Suèves avec une bienveillance particulière ; il lui avait accordé le titre A' Ami du sénat et du peuple romain^ et l'avait comblé de riches présents. Mais iVrioviste, ayant imposé des tributs et demandé des otages aux Éduens, alliés de la république, César fit contre ce prince sa première campagne des Gaules, lui livra bataille dans les plaines de la Franche-Comté, et le défit complète-
ment. Arioviste vaincu s'enfuit, sans s'arrêter, jusqu'au Rhin, qu'il traversa dans «ne petite barque, abandonnant sur le rivage ses femmes et ses enfants. Une partie de cette famille infortunée périt dans le désordre de la défaite; le reste demeura au pouvoir du vainqueur (i).
Mérovir, l'aîné des fils du roi barbare, et qui, à peine sorti de l'enfance, portait les armes pour la première fois, fut au nombre des prisonniers. César le traita avec douceur, et le garda dans une des villes de la province romaine jusqu'à la huitième année de la guerre.
Pendant son séjour dans la Gaule narbonnaise, Mérovir eut le temps d'adoucir ce que les mœurs de son pays pouvaient avoir de rude et de sauvage. 11 prit quel- (pie teinture des lettres, des arts, et se fnmiliarisa avec la lanoue latine.
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Après la dernière révolte des Gaulois, César, qui se préparait à repasser les Alpes l'année suivante, crut prudent d'éloigner le jeune prince suève, et il l'envoya en Italie. C'est alors que Mérovir écrivit la relation de son voyage, dont nous publions aujourd'hui un fragment.
Né au milieu des forêts de la Germanie , longtemps captif dans une province éloignée, étranger aux coutumes des Romains, douéde sentiments élevés et d'une imagination vive, Mérovir dut nécessairement recevoir une impression profonde, en voyant Rome pour la première fois ; aussi s'empressa-t-il d'épancher l'espèce d'émotion qu'il éprouvait, en décrivant chaque jour à son ami Ségimer, resté dans les Gaules, tout ce que Rome put lui offrir d'extraordinaire, (riiitéressant ou de uoMxcan. Cette circoHstaiicc nous a conservé les détails curieux pcwir l'histoire des arts et de la vie privée des Ro-
mains que nous publions ici, et qui étaient comme perdus chez les anciens auteurs, oii on ne les trouve qu'épars et isolés.
Si ce premier essai était lu avec quelque intérêt, nous nous ferions un plaisir de reconnaître l'indulgence d'un tel accueil, en donnant les autres fragments du journal de Mérovir, relatifs au Forum romain, au Gapitole, aux cérémonies religieuses, aux théâtres, aux jeux de TArène; et nous sacrifierions volontiers encore à cette publication les moments de loisir que peuvent nous laisser des études plus sérieuses et des occupations plus utiles.
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