CHAPITRE XV
i( \ enez vous reposer , mon cher Mérovir, « car vous devez être las : asseyez-vous auprès « de moi sur ce banc. » — Chrysippe, lui dis-je, vous nous conduisez d'enchantement en enchantement , et vous réalisez pour moi toutes ces fables dont les vieilles Gauloises amusent notre enfance ; en vérité leurs fées n'ont jamais rien produit de pareil ! Quelle surprise ne doivent pas nous causer ces arbres , ces fleurs , cette verdure , placés ainsi dans les airs! Sommes-nous au milieu des bosquets suspendus de Babylone(i), ou nous auriez-Yous transportés vivants au sein de CCS jardins célestes que les braves doivent habiter après leur mort? « Je voudrais, me « réj)ondit-il, avoir la puissance d'opérer de « pareils prodiges! Mais si les dieux m'ont « refusé le pouvoir de vous faire voyager ainsi « (le Rome en Asie, et de vous conduire dans « l'Klysée, ils m'ont du moins accordé l'art « d'exécuter, avec leur aide, tout ce ({ui vous « étonne ici; car c'est moi qui ai construit et
( I ) Pi.i>'., lil). XIX, c;ip. 'i ; Dion. Sic, lil). II.
« décoré celte terrasse, que Scaurus aneclionne « beaucoup.
a Les passions, les habitudes corrompues « nous attachent aux déUces de la ville; mais « elles ne sauraient étouffer entièrement ce « goût inné des champs, que la nature semble « laisser exprès au fond du cœur de l'homme, « comme un vague souvenir de sa première « innocence et de son ancien bonheur, afin « de le ramener par cet instinct salutaire aux « plaisirs purs et doux de l'existence cham- « pétre, qui seule peut nous offrir l'indépen- « dance et la paix. Aussi le citadin cherche- « t-il à rassembler autour de lui tout ce qui f peut lui retracer l'image des campagnes « d'où il s'est exilé lui-même : il peint sur les « parois de ses appartements des feuillages « verdoyants et des pavsages animés; la soie, « l'or, l'argent ornent ses meubles , ses vèle- « ments , ses tapis de dessins empruntés à « rlore ; point de fêles sans fleurs, sans ver- « dure; il pare son logis et les temples des « dieux de guirlandes et de couronnes; enfin, « si cet homme qui dédaigne les forêts, les