‹ Le palais de St. Cloud, son histoire et sa déscriptionChapitre 6 sur 43 · AUX EAUX DE SAIHT^CLOUD · texte numérisé non relu

AUX EAUX DE SAIHT^CLOUD

Déjà , pour yous chanter, me& sens et mes esprits ,

Vers la n;iïade ' qui domine Sur le sacr»' somiiu t d'init' loniîiie colline, «Se trouvent tout d'uu coup traaspurtés et ravis.

N'est-ce pas de son sein superbe Que sort à gros bouillons une liquide gerbe D*où naissent des épis et d'entières moissons ? Dans le même élément qui forme les flacons , Au-dessous ■ et non loin une nymphe hautaine.

Au travers de douze canaux, Avec murmure au ciel pousse et darde ses eaux : Tout frémit de son bruit dans la rive prochaine.

Une autre merveille nouvelle Fait voir dans un beau marbre un immense bassin ^ Qui semble contenir la nier même en son sein, Où vogue ime Venus aussi fière que belle.

égale, soit par la distribution de 'i-ii toises cubes d'eau, qui font le nombre de 5,89/1 muids d'eau qu'elles dépenssent par heure-y passant par huit soupapes, dont quatre sont de douze pouces de diamètre, deux de dix, et deux autres de huit , soit par la diversité rare et brillante qu'elles produisent depuis leur commencement jusqu'à ces rochers qui les finissent. » (Bibliothcijue du Palais-Boyal.)

s Gerbe an haut de la montagne.

« Gerbe au-dessus de la balustrade.

^ Fontaine de Venus. ^

la

Ij8 RÉSIDENCES ROYALES.

Une conque est son char, et ce char est tiré Par d*orgueiU«'UX dauphins sur le flot azuré. Quelle tempête quel tonnerre

Au lemj)s le plus serein eiiterids-je en ces l)eaiix lieux? Quel fi aca>. r* doubK' ! Est-ce donc (jue la terre ^

Insultant de nouveau les» cicux, Menaçaut de noyer les astres et \vs dieux, AitjourdMiui par ses eaux leur déclare la guerre? J'en tremble , j*en frcmis : agréable frayeur,

Doux effet d'un art eucliaiHcur Qui se donne une folle et charmante torture

Pour montrer qu'il peut sous ses loiis, ' Quand il veut s'égayer, asservir la nature ; Faisant au haut des airs voler tout à la fois Des masses d'eau , malgré leur propre poids.

Mais dans cette vertu si forte

Dt)iit l'onde est .inieni e ici , Taudis qu'elle se perd en l'ardeur qui remporte ,

L*œil qui la voit s'y perd au.s5i.

Si Ton en juge par la vue.

Est-ce en haut, est-ce en bas que si rapidement

Va sans cesse son mouvement?

Ou plutôt, immobile et fixe devenue,

l^'est-elle point un dur métal.

Un transparent, mais solide cristal ?

Je le croirais, si ses gouttes légères Que frappe le soleil par des rayons contrai rea«

Ke se changeaient pas clans les |»1< m s Que l'iris sur son sein verse eu mille couleurs. ^ Si de ces grands objets les trop vives lunûères Fatiguent de nos yeux les débiles paupières,

t Grand jet d*eau.

LE PALAIS DE SAIMT-CLOUI).

Sur un objet i)liis simple il faut les soulager: Offrons-leur de ce bois la tranquille apparence i,

Où le sommoîl et le silence

Prennent plaisir à se loger.

Qui pourrait tracer dignement

La plus imparfaite peinture De cet ampbitliéâtre où l'art et la nature ,

Se y«iinqoant mutuellement.

Sont vaincus agréablement,

Et remportent la même gloire

Dans leur défaite et leur victoire?

Deux arcs vers le sommet environnés de lis , A l'aide d*un symbole et d'un mot redoutable, Rappelant aux sujets le jour si mémorable, Dcclarent ce que pciU la valeur de Lomîs. Tout le long au-dessous, en différenti» étages, Dans le marbre poli, dans le bronze doré, Dans Tordre le plus juste et le plus mesuré.

Les naïades, sous mille images, Commencent à jouer leurs divers personnages :

Fleuves et vents, centaures, dcmi-ilieux,

Avec houueur prennent leurs places , Muflies, grenouilles, lynx, anîmauK odieux, Mais embellis par Vor dont ils brillent aux veux

Avec leurs hideuses grimaces.

Font Taspect le plus gracieux ,

Lorsqu*au milieu de cette scène,

A force de coutorsious

£t de feintes convulsions ,

Les naïades, perdant haleine.

Se précipitent à grands fluts

*■ La fontaine des petits bosquets.

la.

l8o HESlOtNCIi.S iU)YA.LCS.

Et courent partager leurs eaux Au Ht tranquille de la Seine.

Conduitos avec elle au vaste sein des mers, Elles vont, de leur roi célébrant la puissance «

Répandre par tout Tunivers Les beautés de Saint-Cloud et sa magnificence t.

Un établissement formé à Saint-Cloud, en 1 695^ n'attirait pas moins rattentioii publique ; c était une manufacture de poterie blanche , compacte, translucide; porcelaine tendre c|ui rivalisait avec les porcelaines de Cliine. La duciiL\sse de Bourgogne la visitait souvent, et Monsieur vixoaàl à l'encourager : c'est l'origine de la porcelaine de Sèvres

> Le lecteur nous saura gré de le dédommager de ces vers y précieux sous le rapport de Texactitude» mais peu riches de poésie, par les beaux vers de l'abbé Delîile, qui, dans son poëme des Jardins^ ne pouvait oublier Saint-Cloud et ses cascades. (Voir.au chapitre VII, Itinéraire historique et descriptif, )

* « Martin Lister, dans son voyage en France, visita cette

manufacture en 1698, et fait le plus grand éloge de ses prodiiits, lîn sieur Morin, son projjriet.iire , dit à M. Lister qu'il avait poursuivi pendant vingt-cinq ans la recherche de la pAte, quHl n'avait obtenue belle que depuis trois ans.

« Cette manufacture florissait en 1718, sous la direction d'un nommé Chicoineau : Piganiol en vanlc les produits.

« En 1735, deux de ses ouvriers, les frères Dubois, le

LE PALAIS DE SAINT-CLOUD. l8l

Frère aime du plus puissant roi de l'Europe , père d'une belle famille , maître d'une immense

quittèrent et allèrent établir une manufacture de purcelaiue du méine genre à Chantilly.

<i En 1740, les frères Dubois quittèrent Chantilly et vinrent proposer à M.Orry de Fulvy, intendant des finances,' frère du ministre des 6nances, et grand amateur de perce- Ijune, le secret de la composition de la porcelaine de Saint- Cloiul ; on leur donna un laboratoire à \ incennes. On ("ut obligé de les renvoyer; mais Oravaud, un de leurs ouvriers, homme actif et intelligent, leur succéda, conduisit les travaux avec succès, et en* 1745 M. de Fiilvy forma une compagnie de huit actionnaires, sous ]a raison (qu'on appelait alors pripHàge) de Charles Adam. M. Boileau, (jui futde^ puis directeur de la manufacture de Sèvres , fut i liar^e d»- la comptabilité et de rinspection des travaux de celle de Yincennes.

« £n 1753, le privilège de Charles Adam fut transféré à Éioy Brichard. Le roi Louis XV s^ étant intéressé pour un tiers, donna à cette manufacture, toujours à Vincennes, le titre de Manufacture royale.

«( £n 17 56 y elle fut translerec à Sèvres, dans un bâtimeut que la compagnie avait fait construire exprès sur remplacement de la maison LuUy, dont une dépendance existe encon: et sert de château d'eau.

« En 1760, le roi remboursa la compagnie, prit la manur facture à son ecjii ] le, hii nssii^ua un fonds aiuiuel de 96,000 francs, et nouima M. Boileau directeur-régisseur.

« £n 1765, le kaolin fut découvert à Saint- Yriex, près Limoges, et en 1770 la porcelaine dure fut fabriquée en grand, et concurremment avec la porcelaine tendre, jusque

iSlà RisiDEHCES ROYALES.

. forluiie dont il faiî>ail le plus noble usage; couronné par la victoire sur un champ de bataille, fout semblait sourire à Philippe, duc d'Orléans; mais cette l>riilanle et souiptueu&e existence ne donne pas toujours le bonheur ; et ce prince , au milieu même de réclat des fêtes et des plaisirs, avait des accès de mélancolie et de tristesse. Un jour qu'il était absorbé dans une de ces rêveries, « Monsieur ^dv'dil bien triste, ha dit le chevalier de « Lorraine. — Oui, répondit le prince , je regarde « ces beaux salons, ces beaux jardins, et je songe « que je dois bientôt les quitter. » Quelquefois il restait, après tout le monde, dans la chapelle, plongé dans de longues extases. Enfin , il va faire une visite au roi, àMarly^ «Vous êtes bien « rêveur, lui dit madame de Maintenon; avez>vous *< quelque chagrin ? — Oui , le jubilé m'a fait lairt « de sérieuses réflexions, d On se mit à table : Monsieur est pris d'un saignement de nez. Le roi appela Fagon, son médecin , qui, avec sa brusque

vers 1802, que ce^.^a tout à fait la fabrication de cette dernière. »

4 $évre$, aoftt 1842- *

Nous devons cette nofe instiuctive à l'olili^eance de M. Bron^^niart, directeur de la manufacture royale de porcelaine, à Sèvres.

LE PA.LA.J$ DE SAIjKT-CLOt D. l83

franchise 9 dit a Monsieur: «Votre Altesse est

« menacée d*apoplexie ; elle ne peut être saignée t trop proniptement. » Le prince dédaigna cet avis, o Eh bien, lui dit le roi, vous verrez ce que «vous coùteia volie opiuialrelé : on nous éveilce lera une de ces nuits pour nous annoncer que «vous étes.mort.«... » Celte prédiction allait s'accomplir !

Monsieur retourna à Saint-Cloud, et au lieu de se faire saigner, il soupa, et soupa gaiement. Sur la fin du repas, il fut frappé d'apoplexie, et tous les soins pour le rappeler à la vie furent inutiles. Le roi réveillé , comme il Pavait presseftlt , par cette douloureuse nouvelle, partit de Marly à deux heures du matin , accompagné de la duchesse de Bourgogne , et se rendit en toute hàle à SainL- Cloud. A C'est fini, » lui dit Fagon, et le roi repartit pour Marly.

Le cœur de Monsieur fut porté en grande pompe au Val de Grâce; son corps à Saint- Denis. Ses entrailles furent inhumées dans Téglise de Saint-Cloud , à côté de celles de sa première femme, Henriette d'Angleterre ^ Nous

' MoET Ds Monsieur, yKime du eoi. CiRiMomss.

« A peine fut-il expiré, que les feuillanis avant reçu l'ordre de M. Desj^ranges , maître des céréiiionies, &e rendirent à Saint-Cloud pour demeurer auprès du corps» comme

l84 RÉSIDEiXCES ROYALES.

avons déjà tracé le portrait et raconté Ja vie de ce prince dans THistoire du Palais-Hoyal ' ;

ils le font toujours dans ces sortes d'événements, par un droit attaché particulièrement à leur congrégation, d*où Ton prend un nombre de retigieux pour psalmodier jour et nuit avec le clergé séculier, sitôt qu'ils sont avertis de la mort de

<|ucl(Hie |)rince ou princesse t!e la maison royale, et ils n'interrompent point cette foncLion jusqu'à ce qu'on lève le corps pour le transporter à Saint-Denis. Ces religieux firent sonner, dès le soir du même jour, toutes ies cloches de leur monastère, sans attendre d'autre ordre que le mouvement de leur reconnaissance pour uii prince qui les avait toujours honorés des marques de son affection.

« Le corps <!c Sou Altesse Royale fui vu à visage découvert, depuis le moment de ba mort jusqu'au soir du lendemain. Le corps de ce prince fut ensuite ouvert, et on découvrit quantité de sang caillé dans le ventricule gauche du cerveau, ce qui avait été la cause de sa mort.

« Son corps fut ensuite mis dans un cercueil et placé dans une chapelle ardente; deux hérauts élaient au pied du cei - • cueil pour présenter l'eau bénit**; il y avait de chaque côte quatre ou cinq bancs rouverts de deuil, occupés parles officiers de feu Monsieur* Ils étaient de temps en temps relevés par d'autres , do même prince. Il y avait aussi deux chapelles dans la même chambre, où Ton disait continuellement des mèsses, ce qui lut continue pendant tout le temps que le corps de Son Altesse Royale demeura à Saint-Cloud.

'( Le matin du dixième jour, M. le duc de Chartres alla voir le roi à Marly; ce prince embrassa la cuisse du roi, et

' Tome II des Résidences royales^

LE PA.Li.IS DE SAIKT-GLOUD. l85

nous avons dit sa tendresse pour sa luere ^ son dévouement respectueux pour le roi, son irère;

Sa Majesté l'ayant relevé, l'embrassa trois fois en fondant en larmes. M. le duc de Chartres lui présenta un papier que le roi lui rendît après Tavoir in.

« Le onzième y madame la duchesse de Bourgogne alla voir Madame; le roi 7 vint ensuite, et Sa Majesté fit ouvrir le testament de Monsieur.

n Le treize du même mois, sur les onze heures du matin , Mgr le duc de Bourgogne, Mgr le duc de Benri et Mgr le duc d'Orléans^ dans différents carrosses, se rendirent an château de Saint-GIoud , où Mgr le Dauphin se rendit en même temps de Mendon. Ce prince fut reçu à la descente du cariosse par M. le duc d'Orléans, aceonipaj^iié de tous les principaux officiers de feu Son Altesse Royale. Ces princes entrèrent tous dans l'appartement de M. le duc d'Orléans, qui était tendu de deuil , et se mii'ent en ordre pour aller jeter de Teau bénite à feu Monsieur,

m M. le duc d'Orléans se trouva alors si peu en état d'achever cette cérémouie, qu'il fut oblige de retourner chez lui, et Mgr le dauphin l'en pressa. Ce prince fondait en larmes: ce qui attendrit tous les assisUiats.

« Monseigneur se mit à genoux sur un prie-Dieu qui lui avait été préparé, et messeigneurs les princes derrière lui;, et après avoir fait quelques prières, il se leva pour aller jeter de l'eau bénite.

« M. l'abbé de Grancei , premier aumônier de feu Monsieur, lui présenta l'aspersoir, et ensuite à niosseignenrs les ducs de Bourgogne et de Berri , puis à M. le duc et à M. le prince de Conti , à M. le duc du Maine , à M. le comte de Toulouse et à M. le duc de Yenddme ; après quoi les fenil-

l86 RÉSIDENCES ROYALJBS.

sa générosité , sa bienfaisance , sa piété , sa magnificence. Si quelques faiblesses ont terni en lui les

lants qui gardaient le corps, chantèrent un De profundis, pendant lequel les ducs qui étaient présents allèrent jeter IVau bénite, Taspersoir l<»ur ayant été présenté par Tun des hérauts d'armes. M. Tabbé de Grataeei se trouva mal en di* sant Toraison, et eut peine à la finir. Mnnseigneur alla ensuite à INïeutloii, et les princes à Versailles.

n Le 14 , sur le soir, le cœur de Monsieur fut transporté du château de Saint-<^loud au Val de Grâce; tous les ofÉiciers de feu Son Altesse Royale, de quartier, étaient en longs manteaux sur des chevaux caparaçonnés de deuil; les pages à cheval portaient des flambeaux; plusieurs carrosses drapes, dont les chevaux fiaient caparamniiés de deuil, précédaient et suivaient celui où était le cœur. Ce carrosse était à huit chevaux, avec des housses croisées de moire d'argent; il était environné de grand nombre de valets de pied et de pages [>ortant des flambeaux.

« M. Tabbc deGrancei, jiremier auménter de feu Monsieur^ était dans le fond , et tenait le cœur de ce prince. M. le duc deBourhon, nomuie par le roi pour la conduite du cœur, était à coté de cet abbé; M. le duc de la Trémouitie, proche parent de Madame, était aussi de cette cérémonie; les gardes du corps de Monsieur, avec des crêpes à leurs chapeaux et des écharpes de crêpe, suivaient à cheval, portant chacun un flambeau. C'est dans cet ordre (jne le convoi du cœur de Monsieur partit de 8aint-<^Iond pour aller au Val de Grâce; il fut présenté, à la porte de Tabbaye, par le même abbé de Grancei, à la Supérieure, qui répondit à son compliment par on discours qui ne fut pas moins touchant que celui àt cet abbé. On passa ensuite dans le chœur de ces religieuses ,

LE PA^LAlS DE SAIffT-GLOOO. 187

bouiies quaiiles de rhomme , le laurier de Cessai assure au prince une honorable place dans les annales de la gloire française.

Piiilippe, duc d'Orléans ' , fils de Monsieur ^ avait 27 ans lorsqu'il succéda à son père. Aimable « brave et s}>ii iinel, ( poux d'une femme charmaule, malire d'un brillant apanage » et le front ceint des palmes de Nerwinde et de Lérida , ce prince était appelé à soutenir l'éclat du i^aiais-hoyal et du palais de Saint*Gloud ; mais il ne Toulut donner de fêtes dans cette résidence que deux ans après la mort de Monsieur. Parmi les descriptions uniformes de ces divertissements, on cite dans les relations contemporaine s un dîner sur l'herbe présidé par la duchesse de Bourgogne , un con* ceri monstre donné dans le grand salon de Mars^, et une messe en musique dans la chapelle du château , « où tout le peuple admira lapiéié du prince « et des seiv^neurs de sa cour. i> lyautressoiusappeiereutla sollicitude du régent:

<|ui était tendu de drap noir, avec deux lés garnis d*écussons aux nrmes de feu Monsieur. I.c cœur lut mis en dépôt sous un dais, et remisa la Supcrieiire par Tabbc de Graaeei. » (Aeiaiiou du temps.)

I Voir, dans VHistoire du Palais^Boyal, la vie et le portrait de ce prioce , si remarquable et si calomnié.

* En i84x,S. M. Louis-Philippe a donné un grand concert à Saiot-Cloud , dans le même saion.

Louis XIV était mort; il fallait lutter contre la

brigue opiniâtre de madame de Manitenon, soutenue par les conseillers de la révocation de Fédit de Nantes ; il failait faire casser un testament honteux, surpris à la faii^iesse du grand roi mourant , abattre le duc du Maine et balayer tous les em* ban as que semaient sur ses pas les princes légitimés et la coterie de la vieille cour. . « Philippe d'Orléans y par sa présence d^esprit , son courage et son éloquence , sut se l endre maître de la position ; ses droits furent reconnus par le parlement et le Palais-Royal devint le si^e du gouvernement.

Cependant le palais de Saint-Cloud n'était point

délaissé ; 'e régent y fit bâtir \ Ermitage , au bout du Mail^ et la réputation de ce beau lieu donnait à tous les voyageurs illustres le désir de le connaître et de le visiter.

Ainsi, le a3 mai 17179 le czar Pierre fut reçu dans ce palais avec l'élégance sévère qui convenait à ses goûts ^ ; le régent y déploya , en 1721,

' Voir la Conspiration de Ceilamare, et noiammeiit U séance du parlement de Paris et IVntretîen da comte de

Toulouse avec le régenr, à Saint-Cloud, romel**", page io5.

a Voir cette description datjs le Mercure de France df 1717. Le czar fit une visite à madame Charlotte de Bavière et s'entretint deux heures avec elle en allemand; il dit eu sortant 1 que Madame était extrêmement curieuse, qu'elle

un iu&e. oriental pour Méhémet-Eiiendi , ambassadeur du sultan Àcbmet ^

Maïs le deuil remplaça bientôt ces fastueuses réjouissances : la princesse Charlotte de Bavière , mère du régent , après avoir assisté au sacre du jeune loi à Reims, mourut à Saint-CIoud le 8 décendbre 17»*^ y avec cette fermeté tranquille que donne une bonne conscience. Cétait en effet une princesse respectable par sa bonté, par son amour de la justice, par sa charité; c'élait une femme d'esprit; et l'abondance de ses letties, aussi hardies que piquantes, atteste quelle avait un peu de cette curiosité que lui reprochait Pierre le Grand , et quelque penchant à ne point garder longtemps les secrets qu'elle avait surpi is

Son corps venait à peine d'être porté à Saint- Denis ^, que le fils qui lui avait prodigué, dans

voulait tout savoir, et qu'elle l'avaif trop questionné; niaii (ju'aprcs tout il ne iui avait dit que ce qu'il voulait bien qu'elle sût. »

« Méhémet-Effendi a fait lui-inéme une pompeuse relation de la féte qui lui avait été donnée ù Saiat-Cloud. * Un extrait, remarquable à plus d'un titre, de cette vo-

lunùuotise correspondance, a paru en France. Un .iinbassadeur français m'a dit avoir vu, en Alleiuague, un recueil cnorme des lettres de Charlotte de Bavière, toutes écrites en allemand. Ces lettres seront^eUes publiées ?

3 Cette princesse fut enterrée sans pompe : tel était l'ordre ((nVUe avait donné.

ses derniers moments, les soins les plus affectueux

et les plus teiitiies regrets, tombait iui-iiiéme frappé d'une attaque d'apoplexie ' ; et le palais de Saint-Cloud se voilait encore de noir; dans une chapelle ardente s'élevait un cercueil surmonté de la couronne d'Orléans avec les colliers des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d'or; les ministres de la religion récitaient les prières • des morts ; le comte de Cbarolois , au nom du roi, le prince de Donibes, le comte d'Ku, le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, venaient jeler de Teau bénite sur les restes du régent de Trance ^ ; le comte de Cler mont et le duc de Montmorency portaient son cœur au Val de Grâce ^, et Fabbaye royale de Sainl-Denis recevait avec pompe la dépouille mortelle d'un prince aimable et brave 9 clément et gai comme Henri IV'.

Louis d'Orléans ^ n'était point, comme le pi ince son père, ami des combats et des plaisirs, des arts et de la magoificence. Cependant, son rang lui imposait de brillantes obligations aux*

■ Le a dcceinbre 17^3, à Versailles, dans sou cabinet, où il cUdt sent avec la duchesse de Phalsris.

> 8 docenihrc.

3 9 décerubre.

* Voir V Histoire du Palais-RojaL

LB Pâ.LAIS DE SAINT-CLOUD. IQf

quelles il ne pouvait se dérober. Il était d'usage qu'à la première entrée de la duchesse d'Orléans'

à Sainl-Cloud, le prince donnât une grande fête ^ elle eut lieu le iii août 1 794*

Louis d'Orléans reçut aussi avec une tendre disunclion sa sœur Elisabeth^, mademoiselle de Montpensier, qui avait apparu un moment sur le trône d'Espag^ne.

Pour cimeuler, en ^ la paix entre l'Ëspagne et la France, on avait songé à marier Louis XV avec rinfaiilo , el madeniokt lle de Montpensier avec le prince des Asluries , depuis Louis T**, roi d'Espagne; et le duc de Saint*Simon avait été chargé de cette double mission.

(c J'avais 9 dit-il dans ses Mémoires j Tordre de précéder tout le monde à la cérémonie de ce mariage, qui eut lieu le 20 janvier l'jii. Voiir y réussir, je me rendis de bonne heure à la chapelle, qui était vide de courtisans. Je me mis à côté du carreau du roi 9 à droite, tout au bord, en dehors du tapis, et je m'amusai là mieux que je ne ni y ctais aLlcudu. Le cardinal Borgia, pontificalement vêtu , était au coin de Tépitre , le visage tourné vers moi , apprenant sa leçon

' Augoste-Marie- Jeanne île Baden-Baden.

' Née en 1709, de Philippe d'OrléftDs, régent, elde FranfCNfe-Marie de Bourbon.

19^ RESIDENCES aOTALES.

de deux aumôniers en surplis qui lui tenaient

un grand li\ie ouvert devant lui, où le bon .prélat ne savait lire. 11 s'efforçait, lisait tout haut et de travers; les aumôniers le reprenaient; il se fàcltaÎL el les grondait : je nais laiil que je ' pouvais, car il ne s'apercevait de rien, tant il était occupé et empêtré de sa leçon.

« Les maiiages se font en Espagne après dîner, et le commencement de la cérémonie a lieu à la porte de l'église , comme les baptêmes. Le roi, la reine , le prince , la princesse , y arrivèrent avec toute la cour, et furent annoncés tout haut. « Qu'ils allendeut s écria le cardinal en colère), « je ne suis pas prêt. » Us s'arrêtèrent eu effet, et le cardinal continua sa leçon, plus rouge que sa calotte , et toujours fuiibond de ne savoir pas lire : il s'en alla à la porte, où la cérémonie dura assez longtemps.

« Parmi ce divertissement que le pauvre cardinal donnait à tout ce qui le voyait, je remai^ quais un contentement extrême dans le roi et la reine de voir* accomplir ce mariage. Les deux mariés se levèrent, et sé parlèrent bas, peut-être l'espace d'un bon Credo ; après quoi le roi vint à moi. 11 me lit l'honneur de me dire : « Monsieur, « je suis si content de vous et de votre ambassade, «t que je vous fais Grand d Espagne de la première « classe , vous et celui de vos deux fils que vous

LE PALAIS DR SAIITT-CLOUD. igS

« choisirez pour être grand d'Espagne et en jouir «( en même temps que vous, et je fais votre fils a aîné chevalier Je la Toison d'or. »

Mademoiselle de Montpensier avait été malade en arrivant à Madrid ; et comme si c'était ime disposition ualurelle à toutes les princesses de la maison d'Orléans, de ne point se plaire dans les cours étrangères , la nouvelle princesse des Asturies s'ennuyait en Espagne , comme sa tante à Florence et comme sa sœur à Modène; elle ne voulait ni aller chez la reine , ni sortir de sa chambre, ni prendre part aux réjouissances données à l'occasion de son mariage. En vain l'ambassadeur français, en vain toutes ses daines la suppliaient d'assister aux fêtes où l'on attendait sa présence ; rien ne pouvait triompher de l'opiniâtreté de ses refus. Un jour que le duc de Saint- Simon redoublait ses instances : «c Non, Monsieur, « lui dit^Ue, je n'irai point au bal , je ne l'aime a point ; ils aiment ici à se lever ou coucher tard , «c moi j'aime à me coucher de bonne heure; ils «feront ce qui est de leur goût, moi je suivrai u le mien. » Elle tint parole, et donna un libre cours à ses fantaisies et à ses caprices.

Devenue veuve , après quelques mois de mariage, et forcée, selon les lois d'Espagne, à revenir en France , elle s'était établie au palais du Luxembourg, en ce palais naguère le théâtre des gran-

■ 94 DéSIDBNGES DOTALF.R«

deui*s et des plaisirs de ia diicliesse de Benry, sa sœur, mais en même temps témoin de sa fin dou« loureuse et jji tinalurée; et ce dernier souvenii' avait contribué à jeter la reine d'Espagne dans h plus profonde dévotion. C'était un Ken de plus entre elle et Louis d'Orléans, son trère, qui aimait à la voir et k s'entretenir avec elle des choses de la religion *.

Une autre reine, plus heureuse que Mademoiselle de Montpensier, Marie Lecknnska, témoigna le désir de visiter Saint-Cloud. l.e duc d'Orléans, par une coquetterie naturelle aux propriétaires, fit supplier la reine d'ajourner sa promenade jusqu'à ce que les cascades, de nou^ eau endommagées, fussent entièrement rétablies. Marie Leckzinska ne vint que le 17 septembre 1735. Les cascades, nouvellement ornées des deux statues de la Seine et de la Marne ^, les jardins , les galeries du château , tout avait pris ses habits de tète y et la renie repai tit encliantée pour Versailles.

Louis d'Orléans préférait un manuscrit grec ou bébreu et sa retraite de Sainte - Geneviève à Saint-Cloud et à ses splendeurs; cependant, il fit dans cette résidence plusieurs changements.

' Cette princesse moarut en 174a , à Tâge de treDte-ut>is ans.

' Ces deux figures colossales sont d'Adam, sculpteur français, arrive de Konieen 1733.

LE PALAIS DE SAIM -CLOI:d. J

On détruisit les Gouiotes, que Ton changea en un pelit parc omë de pièces dVau et de statues ; on créa le /ajjis vert, vis-à-vis le parterre du château; èt dans Tannée 1743 9 après le mariage de Louis-Philippe d'Orléans avec Louise-Henriette de BourboD-Conti , on construisit une salle de spectacle... Henriette ' avait des goàts moins austères que le prince qui, par pruderie, fit brûler la Léda, un des plus beaux tableaux de la galerie du Palais^Royal ' !

La nouvelle duchesse d Orléans , secoodée par le goût de son époux pour la grandeur et la npta* gnificence^, surpassa l'éclat de toutes les solen* nités dont Sainl-Cloud avait été jusqu alors le

' Cette princesse était d'un esprit gai, et non sans malice. L'étiquette de la cour voulait qu'un cardinal rendant visite à une personne de la famille royale , ne se retirât que lorsqu'on

l'avait appelé éminence. Un cardinal vient voit la iluchesse d'Orléans à Saint>Cloud : elle était dans son lit. A dix heures elle sonna, demanda son déjeuner» et continua la conversa* tion sans prononcer le mot libérateur; à trois heures elle sonnade nouveau: c'était pour demander son diner.Le pauvre cardinal trouvait la visite un peu longue. Enfin , la princesse lui dit en souriant : « Votre éminence veut-elle prendre quelque

a chose? — Oui, Madame, je prendrai la liberté de me

« retirer. ^

* Louis d*Oriéans mourut à Sainte-^yeneviève, en 175a.

^ Voir, dans VHistûîre du Palais^Hoyal , la vie et le por^ trait de L. P. d'Orléans^ tils de Louis.

igG hksidcnccs rotalks.

théâtre» dans la féte mémorable qu'elle donna dans ses beaux jardins.

Comme si le plaisir avait son (Hiquelte, les divertissements étaient classés, selon les différents ordres de la société : il y avait spectacle pour les princes , spectacle pour la nol^Iesse , spectacle pour le peuple. L'Olympe était descendu sur la terre ; on ne rencontrait dans le parc que faunes, sylvainsy naïades, liamadryades; partout des concerts, partout des tables servies avec abondance; enfin tous les Parisiens qui étaient accourus en iuuie à ces merveilles my il ) o 1 c >giques, trouvèrent , le soir, des tritons complaisants et désintéressés qui les reconduisirent dans la capitale, sur des bateaux préparés aux frais du duc d'Orléans. Jamais ce prince n'avait mieux mérité le surnom de roi de Paris ■ !

Devenu veuf, L. P. d'Orléans avait épousé secrètement, le a3 avril 1773, madame la marquise de ^lontesson ' ; et il était survenu ce qui arrive ordinairement dans ces sortes d'unions inrgales, c'est que la femme qui a été assez puissaute pour arracher cette concession au prince,

* Voir, aux pièces justilicatives, lettre E, la relation très* curieuse de cette féte : Foyage de Saim-Cload par terre et par mer,

' Voir Y Histoire du PaUtis-Roral,

LE PALAIS SAIMl-CLOUi). J97

mais qui ne peut pas jouir publiquement du

titre et des hoiineui^ de son époux, n'a qu'une existence douteuse, jalouse, inquiète; et tout ce qui brille d'un éclat légitime, Fembarrasse et riraportuue. C'est ainsi que madame de Montesson ne voyait pas sans envie , soit au Palais- Royal , soit à Saint-Gloud, la duchesse de Chartres ' , belle de grâce et de jeunesse, environnée de respects et d'honneurs. Elle engagea d*abord le duc d'Orléans à se défaire du Palais-Royal, en faveur de son iils^; le moment n'était pas éloigné où elle lui donnerait un conseil analogue pour Saint- Cloud.

Jusque-là, le duc ^ et la duchesse de Chai tres y recevaient des vœux et des hommages^; et

« Louise-Adélaïde, fiUc du duc de Pcnthicvre , mariée, ie 5 avril 1769, à L. P. Joseph duc de Chartres. * 1780.

^ Iféà Saint-Cloud , i3 avril 1747*

4 A leur arrivée, l'abbé Mayer, curé de Saint-Cloud, présenta à Leurs Altesses un compliment envers, dont plusieurs sont remarquables, au moins dans la bouche triiii

ecclésiastique :

Nous sommes tous soldats quaud le ^èle commande. Que serait-ce, grands dieux! si dans les champs de Mars, Pour la gloire des lis , quand l'honneur le demande . UÊillait triompher dessons vos étendards! Un destin plus riant en ce jour nous rassemble^, Et nous vol<Mis à vous enrâlés par V Amour 1

Uigiiizea by L^OOgle

jgB ££SIl>ENCfiS BOYALES.

le |yiuice y tlouna la pieuve d un cuuiage nouveau :

Deux frères appelés Robert , physiciens célèbres, et Culliii-liiiUiii , leur beau-frère, habile mécanicien, avaient construit un aérostat d'une forme cyliodrique , de Sa pieds de long sur 3^ <le diamètre, et armé de rames et d'un gouvernail : ils annoncèrent qu'ils s'élèveraient dans les airs au moyen de ce globe , et qu'à la faveur des rames et du gouvernail ils le dn igeraienl ii leur gré contre le vent. Le duc de Cliartres voulut être du voyage. L'ascension eut lieu dans le parc de Saint-Cloud qui t lail rempli d'une foule immense. Le duc de Chartres , accompagné de Ûampierre, son amiy tué depuis , général de la république , sous les murs de Valenciennes, les deux Hobert et Collin-Hulliu montèrent dans la nacelle; les deux femmes des frères Robert tenaient les cordes qui arrêtaient le ballon. A huit betires du matin , les cordes furent lâchées ^ et le ballon monta majestueusement d^s les airs. Les spectateurs les plus éloignés avaient témoigné à grands cris qu'ils désiraient que les personnes qui étaient plus près du lieu de la scène s'agenouillassent pour laisser à chacun la liberté de jouir du coup d'œil que présentait le départ de cette superbe machine. Ce désir avait été exaucé ; et d'un mouvement unanime chacun avait mis un

UE PALAIS DE SAIM-CLOLD. iQy

genou en terre. C'est au milieu de cette multitude

ainsi prosternée que Ta^rostat s'éleva; jamais spectacle ue fut plus imposant ; au bout de trois minutes on perdit devueleballon; il montaàune telle liaïUcLir ([lie les voyageurs uoii-seulcnient n'apercevaient plus la terre, mais se sentirent portés dans des régions inconnues. Tout à coup, malgré la beauté du temps, ils furent emportés et comiue engloutis dans des Ilots de vapeur ; un vent impétueux , frappant avec rapidité sur la surface que présentait le gouvernail, fit touriici trois t'ois l aérostat sur lui-même. Les voyageurs abapdouuèrent alors Fespoir de diriger leur navire, et, pour èter toute prise au vent , ils déchirèrent le talTelas du gouvernail. Au même moment, des nuages épais se roulant à plusieurs toises au-dessous de leurs pieds, semblaient leur interdire le retour vers la terre. Ils furent entraînés rapidement l\ la surface de cette mer de nuages. Là, le soleil produisit à la vapeur que renfermait le ballon une dilatation effrayante. Le duc de Chartres jugea qu'il y aurait de la foiie à braver de plus longs dangers. Pour que la descente se fit sur-lechamp, il imagina de vider le ballon d une partie du gaz qui le tenait suspendu au-dessus des nuées, il déchira , de la longueur d'environ sept à huit pieds, le taffetas dont la machine était composée ; Le gaz se faisant brusquement passage par cette

aOO ltÉSlD£NCKS ROYALKS.

ouverture, elle descendit , dans le parc de Meudon , avec la plus grande rapidité ; mais aucun des aéronautes ne fut blessé , et le prince se hâta de monter le premier chc\al (ju'il trouva sous sa main, et vola à Saint-Cloud rassurer la duchesse de Chartres, justement inquiète de cette audacieuse expédition *.

Devenu père de plusieurs enfants le duc de Chartres s*occupait avec une vive sollicitude de leur éducation. Son fils ainé , Louis-Philippe , aujourd'hui roi des Français, alors âgé de sept ans, logeait au pavillon de Valois^, où il resta jusqu'en 1781 avejc ses deux irères, le chevalier de Bonnard, leur sous-gouverneur, M. de Roche* mond , gentilhomme de lYducation , M. de Brovel, secrétaire, et Fabhé Guyot d'Lssière, précepteur, il avait envie d'un petit jardin : on y mit poui condition qu'il le demanderait lui-même, et par éoit, au duc d'Orléans, son grand-père. Cétait la première lettre que le jeune prince

1 Histoire de L. P. Joseph d'Orléans, l**^, volume, par M. Tournois, xd42.

* Louis-Phîlippe , duc de Valois à sa naissance, depuis duc

<l*Orléans, aujourd'hui roi; la princesse Adélaïde, le duc de MoDtpeuàier, le comte de Beaujolais.

^ G*est le pavillon à droite en entrant, occupé aujourd'hui par le général baron Athalin, premier aide de camp du roi.

LE PALAIS DK SAINT-CLOUD. ao f

écrivait avec ses propi es ressources, il demanda bravement son jardin, et le demanda emmuraUlé ou au moins empalissadé. , afin d'en être bien propriétaire, et de protéger sa propriété contre les invasions étrangères : le mot emmuraiUé fit fortune; le duc d'Orléans accorda le jardin

Pour donner aux jeux de ses enfants un caractère parfois militaire, le duc de Chartres avait £sdt construire dans le parc de SaiiU-CIoud un petit fort dont les jeunes princes devaient faire le siège, préludant ainsi par d'innocents combats à de plus sérieuses batailles!

Mais ce pavillon de Valois, où les joyeux écoliers faisaient plus d'une niche à l'abbe Guyot * ; cette forteresse de terre et de sable avec ses pacifiques batteries; ce parc si &vorable aux belles promenades ; ce petit jardin que Sa Majesté Louis- Pbilippe aime à revoir comme on aime un souve^ nir de son enfance... il faut tout quitter. Madame de Montesson est gênée à Saint-Cloud comme elle rétait au Palais^Royal : ce n est que dans une

* Ce petit jardin , dont on voit encore la disposition et les murailles en ruine, est dans le parc, auprès de la glacière.

* £n 1782, l'éducation des enfants du duc de Chartres

fut remise à madame deGeniis; M. Lebrun surveillait les études.

maison plus simple et loin de Fëtiq nette des cours y qu elle pourra vivre à son aise el régner librement ^ Le duc d'Orléans vendra Saint- Gloud , et il se retirera à Sainte-Âssise *;

En efl'et, Marie-AntoineUe témoigne le désir de faire l'acquisition de Saint-Cloud^ et « M. le duc d'Orléans ayant saisi avec empressement l'occasion de marquer à la reine sa parfaite soumission en se conformant au désir de Sa Majesté , et ne s'y étant déterminé que par des motifs cliers à son cœur, que son respect et son attachement sans bornes pour la personne du roi et celle de la reine ])euvent seuls apprécier, promet de céder à la reiue^ayec gai'aïUie et eu

' La maison de madame de Montesson était le rendesvous de tout ce que Paris avait de plas distingué. Le charine

de son esprit, l'élégance de ses manières , sa bienfaisance, son afiabilité, lui concilièrent d'illustres amitics, parmi les(jiieUfS on peut citer celle tle Napoléon. Elle aimait le tliéâtre; elle a compose des tragédies et des comédies; mais elle n'avait ni les travers ni les inconvénients du bel esprit. C'est chez elle, dans son château, avec ses amis, qu'elle jouait ses pièces; et elle eut le plaisir, àTuoedeces représentations, de voir Voltaire au nombre des flatteurs qui applaudissaient la nouvelle muse. {Galerie de portraits château d'Eu y tome V.j

' Château bâti par L. P. d*Orléan$ , sur les bords de la Seine , entre Corbeil et Melun.

Digitizea by LiOO^it:

L£ PALAIS m SAixfx-CLouD. ao3

toute propriété , ledit château et parc de Saint- Cloudy eu circonstances et dépendances et tout et autant qu'il lui en appartient, tant dans Fenclcsdemurs qu'au dehors ilans les paroisses de Saint-Cloud, de Sèvres et autres circonvoisines, sans en rien réserver ni retenir» sauf la maison occupée par la \'eiive Regiiaull, où sont ses caves, ladite maison située à SaiuL-CIoudy près de la grande Rue.

« Plus, M. le duc d'Orléans cède pareillemeut à la reine les meubles meublants et effets étant présentement dans ledit château, à la réserve du linge, argenterie, batterie de cuisine, bois, [)rovisions de bouche, plombs et marbres étant dans les magasins ou au dehors, portraits de famille et autres relatifs à l'histoire de sa maison, et ceux qui font partie de la collection du Palais-Royal et qui y ont été transférés ; les statues et bronzes portatifs étant dans rintérieui des appartemenls dudit château, et finalement les livres qui composent la bibliothèque; lesquels M. le duc d'Orléans aura la faculté d'emporter, ainsi que les porcelaines de table.

a Cette cession faite sous le bon plaisir du roi et de son agrément , à la charge de la mouyance et de la directe enveis les difTérenls seigneurs dont les fonds cédés relèvent, et aux conditions suivantes, que la reine a bien voulu permettre

Digitizea by L^OOgle

:204 RB5IDEffC£S HOYALES.

à M. le duc d'Orléans de faire insérer dans le conti'at de vente qui eu sera passe :

« 1° De payer et acquitter les cens, rentes fon* cières ou aumôuées, el les rentes perpétuelles et viagères , assignées spécialement sur ledit cliàteau et parc de Saint-Gloud^ montant à onze mille quarante-neuf livres seize sols deux deniers de rentes ibucières , et dix-neuf cent quarante livres de rentes viagères, et même jusqu'à la concurrence de deux mille livres au delà , si tant s'en

trouve dù; j

<c 2*" La reinê veut Hen s'obliger, comme clause expresse de la vente , et sans laquelle il aurait été impossible à M. le duc d'Orléans d'y consentir, par la nature des charges de sa maison, de ne pas faire procéder sur le contrat de vente à un décret volontaire, ou prendre des lettres de ratification , ou faire tels autres actes qui puissent opérer le remboursement des capitaux des rentes dues par M. le duc d'Orléans, auxquelles les fonds cédés continueront de demeurer affectés, maïs dont le cours et les arrérages seront exactement payés par M. le duc d'Orléans, sans que la reine puisse en être inquiétée ni recherchée pour le payement desdits arrérages échus ou à échoir , moyennant que tous les biens libres de M. le duc d'Orléans en répondront;

« 3^ D'entretenir et maintenir dans leurs posses-

Digitizea by LiOO^it:

LE PALAIS DE SAUVT-CLOUD. ao5

sions les différentes personnes qui ont obtenu de M. le duc d'Orléans, ou de ses auteurs , des > brevets de concession de plusieurs terrains , bâtiments on logements de la dépendance de Saint- Cloud, soit hors de Tenceinte ou dedans le parc, sans néanmoins que la présente clause leur * donne de plus grands dioiLs (|ue eeux qui leur sont acquis pai* leurs brevets ou actes de concession ;

« 4" reine consent que radiuinistration accordée au gouverneur de Saïnt-Cloud, sur la maison de charité établie à Triel pour Féducation de six pauvies fdles, soit dévolue a M. le duc d'Orléans et qu'il continue d'y nommer aux places qui y sont fondées, comme par le passé, nonobstant ladite vente ; cet t tahlissement n'ayant rîeu de commun avec le château de baiut* Ooud, et la reine n'étant pas tenue d'acquitter les rentes cjui y sont atiectées, doiil M. le duc d'Orléans continuera d'être chargé ;

« 5** Â la charge d'entretenir les baux , s'il y en a de faiLs de quelques portions des terrains de ladite dépendance de Saïut-Cloud, si mieux n'aime la reine dédommager les fermiers.

a Pour par la reine jouir et disposer de tous les objets ci-dessus cédés en toute propriété à compter du premier janvier mil sept cent quatre-vingtcinq.

Digitizea by <jOO^it:

!106 RESIDENCES ROYALES.

«Cette promesse de cession et vente sera réalisée par acte en forme passé devant notaires/et à la

première réquisition de la reine, au plus tard dans le courant du mois de janvier prochain , par les commissaires nommés par- T^etirs Majestés et ceux nommés par M. le duc d'Orléans ^ et ratifié ensuite par toutes les parties , par actes séparés, dans le mois qui suivra le contrat de vente.

« Cette cession et vente fiiites aux clauses, charges et conditions ci-dessus, et en oiilie moyen- . nant le prix et somme de six miUions de livres franchement venant entre les mains de M. le duc d Orléans, tant pour la valeur des fonds que du mobilier, que Leurs Majestés promettent de faire payer à M. le duc d'Orléans en trois termes égaux de deux millions de livres chacun 9 savoir, deux millions comptants en passant le contrat de vente par-devant notaires, deux autres millions à l'époque du dernier décembre de Tannée milsept cent quatre-vingtKïinq, et les deux derniers millions à pareil jour de 1 année mil sept cent quatre-vingt-six.

«<c Les intérêts de ladite somme de six millions à cinq pour cent, sans aucune retenue, courront au profit de M. le duc d'Orléans à compter du premier janvier mil sept cent qtiatre-vingtcinq , jour de l'entrée en possession de la reine des

objets ci-dessus cédés , jusqu'à parfait et entier payement , et décroîtront en proportion au fur et à mesure des remboursements des capitaux qui seront faits aux époques ci-dessus fixées.

«r M. le duc d'Orléans, en considération de • ce que Leurs Majestés ont l)ieii voulu sobliger a ne pas prendre des lettres de ratification sur ledit contrat de vente , s'engage de faire Fein* ploi :

a De deux millions en payement d'une partie des créances contractées par H. le duc de Chartrès;

cr De deux autres millions en payement de

dettes et créances particulières de M. le duc d'Orléans ou de ses auteurs , telles qu'il jugera à propos de les choisir, sans être tenu à suivre Tordre de leurs hypothèques ;

« 3^ Des deux derniers millions en extinction de cent mille livres faisant partie des quatre cent mille livres de rentes constituées par M. le duc d'Orléans aii profit de M. le duc de Chartres 9 par son contrat de mariage , dans lesquels emplois sera fait déclaration que les deniers proviennent de la vente de Saint-CIoud, avec subrogation pour en opérer d'autant plus la sûreté.

« En foi de quoi le présent, fait double, a été

*lo8 R^IDENCES ROTA.LES.

signé de Sa Majesté et de M. le duc d'Orléans , les jour et an susdits.

« BlARIfi-AnrOIlfETTE.

« L. Fhil. d Orléans.

« A. Versailles, ce 24 oclobie 1784. »

Ce contrat' fut laliiié à Versailles, par la reine, le ao février 1 785

• Celte pièce, ainsi que la latifiration qui suit, ont été copiées textuellement sur tes originaux déposés aux. archives de la coiironnet et revêtus de la signature de k reine et du duc d'Orléans.

» ao février

RatiJScation du contrat de Saint-XilotuL

Marie-Antoinette, par la grâce de Dieu, reine de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, saint.

Le sieur marquis de Paulmy, notre chancelier, nous ayant représenté l'expédition du contrat passé entre lui et le chancelier de notre très-cher cousin le duc d'Orléans, par devant l'Homme et Picqnais, notaires au Cbâtelet de Paris , le 19 de ce mois, par lequel le duc d*Orléans ^ notredit cou* sin, nous aurait cédé et transporté la propriété du château de Ssint-Glond et de ses dépendances, aux clauses, charges, conditions et réserves énoncées audit contrat , movciniant le prix et somme de six iiullions de livres, que nous avons été autorisée par le roi, notre très^honoré seigneur et époux , à employer de la manière que nous jugerions à propos j Nous, après avoir pris communication dudit contrat, que nous

LE PALAIS DK SA I NT- CLOU U. aOC)

Marie- Antoinette, devenue propriétaire du châ-

leau de Saiiit-C^lDiul , oï dùiiiia à M. Mique , son architecte, de l'approprier à ses goûts ; c était donner le signal d*une transformation presque géné^ raie, car il est rare qu'un architecte conserve ce qui a été fait par son prédécesseur ; améliorer , pour lui, c'est d'abord détruire, et lorsqu'il édifie à son tour, sa préoccupation principale n est pas de continuer un monument dans son style primitif, mais de bâtir quel(|ue chose de distinct qui révèle sa nouvelle date et le cachet de Fauteur nouveau. Il est vrai que la reine , ennemie de Tétiquette, même en architecture, voulait snbstiliier partout aux grands salons dapparal de petites pièces qui, trop étroites pour contenir la majesté royale et Ja ponqie des cours, autori.saieiii naturellement des habitudes plus simples et plus de

avons trouve conforme à nos intentions, nous Tavons, par ces présentes signées de notre main , ratifié , confirmé et approuvé, le ratifions, confirmons vt approuvons t»n tonl sou contenu, avons consenti et consenions (|u il soit exécuté suivant sa forme et teneur. £a foi de cjuoi nous avons fait mettre à cesdites présentes notre grand sceau en cire rouge.

Donné à Versailles, le vingtième jour de février* Tan de grâce mil sept cent qnatre-vingt-cinq.

MAatK-AiiTOiirKTTfc.

Par ta reine,

AUCKABD.

aln RltHlDKlfCFS ItOYAT.KiC.

liberté. Les petits appaitementg de Versailles, de Fontainebleau et le petit Trianon , témoignent de

<;e penchant dont Tinflnence fâclieuse fit trop souvent remplacer le beau par lalTétene , et réduisit les arts à des proportions peu conformes à la di- Ijnité des palais. M. Clique, tout eu flattant les caprices de sa souveraine , était sans doute bien aise pour lui>méme de faire du neuf et d'y attacher "soti iioML La principale façade, du dessin de Girard y et les pavillons , du dessin de Lepautre, furent conservés ; on n'osa pas non plus toucher à la galerie d'Apollon , au salon de ÏMars, au cabinet de Diane que protégeaient les belles peintures de Mignard; mais toutes les distributions intérieures furent changées; on construisit une chapelle neuve dans la partie qui double l'aile droite de la cour, vers son extrémité du côté du jardin d'Apollon ; on fit de remplacement de l'ancu une chapelle ^ à la suite du vestibule du milieu y lescaliei^d'honneurdes grandsappartements; on doubla la partie de Taile gauche au delà de Tavant-corps du coté du bassin du fer à cheval pour construire Y escalier de la reine; on doubla ^ale* ment le bâtiment du milieu , au fond de la cour, du côté de Foraugerie , eu supprimant les fossés «ntre le château et les parterres ; et dans le bouleversement général des intérîeurs, on fit disparaître un grand nombre de peintures, et notam-

LE PilLAlS DL îiAliM-CLOUD. 3 1 l

ment k plafond de M. Pierre , premier peintre

du roi, qui représentait les cinq actes de l'opéra d'Àrmide

Les jardins subirent également des modifiea* lions ; la reine fit dessiner et clore le petit parc ; elFanden pavillon où Charlotte de Bavière aimait h venir se reposer au bruit monotone et doux des eaux tombant dans les i)assius, fut remplacé par un pavillon nouveau qui reçut de Marie-Ânloiliette le nom de la Félœitél HéJas ! le moment n'était pas loin où ce nom, donné dans des temps heureux , allait devenir une douloureuse ironie ! liiàprudente et malheureuse reine, liulez-vous d'achever ces travaux que vous poursuivez avec amour ; hâtez-vous de faii'e élever une église nouvelle sur les ruines de la vieille église de Clodoald ^ : Torage révolutionnaire approche , il gronde sur votre tete ; et en 1 79 1 les défiances populaires^ ne vous permettront même j>as de venir passer les fêtes de Pâques au château de Saint- Cloud !. . . L'infortunée ne devait jamais le revoir !

* On trouvera cî-ttprds, au chapitre Vit ifiméraire hisio* rique et descriptif )y la desoription détuHée ée Ifmt les ehaii' gemeots opérés, ettleTetat du château sous Ma ne-An toi*» neUe.

s Cette église a été achevée sous la restauraiion et bénie m

' Thienf Âdvoltttion française, tomel**, page3o5.

2 la RÉSIDKNCKS KUTALKS.

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