‹ Le palais de St. Cloud, son histoire et sa déscriptionChapitre 7 sur 43 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

«ÉVOLUTIO?!. — 18 IT ;9 BBUMA1BS. — CONSULAT. — »

La Convention nationale , dans sa haine pour les rois , voulait transformer tous les palais en

établissements du ti lité publique, comme elle avait, dans son dédain pour la religion, transformé

la plupart des églises en clubs ou en magasins de fourrages, \iusi, elle avait ordonné de semer des pommes de terre dans le jardin des Tuileries *

pour la subsistance du peuple ; ainsi , elle avait fait transporter une partie des invalides à Ver"

' La Convention siégeait aux Tuileries, dans remplacement occupé aujonnl'hui par la salle de spectacle.

LK PALAIS D£ SAUSIVCLOUO. tÂl 'S'

sailles ; mais Tessai ne fut pas heureux : à peine ces vieux soldats veuaient-ils d'être iiislallés dans les grands appartements du palais de Louis XIV, qu'un rhume général se déclara dans leurs rangs ; on fut obligé de les ramener à Paris , dans leur hètel K

Les mêmes économistes ftTaient songé à consa«* crer Saint-Cloud et ses jardins aux beaux-arts et à Tagriculture : mais c'était la pix>menade favo* rite de k capitale, les jours de décadi; on la réserva, par décret du 5 mai l 'j^'^ , pour t agrément des citoyens de Paris. Ce beau lieu était destiné à devenir bientôt le théâtre d'un événement fa-meux dans les annales de nos révolutions.

Cétait en 1799: au régime sanglant de ia Terreur et des échafiiuds avait succédé le règne du* Direcloire, gouvernement faible, irrésolu, sans bonheur et sans énergie. Dominé par des influences corrompues , il' avait laissé se briser dans ses mains cette chaîne de victoires, dont Jemmapes et Fleorus , Àrcole et Lodi avaient été les premiers

anneaux. Joubert battu et tué à Novi ; le traité

t Dans les premiers jours de la réfolutioii de i83o, U

même idée trouva (quelque crédit auprès de certains es()rits ... Nous aiiiiuus à croire qu'ils ne regrettent pas aujourd'liui le nohie et uatioaal u&age que le roi a fait du palai& de Versailles.

de Leoben dëchiré ; Fltalie reconquise par fai oofr-

lition ; Tarmée en lambeaux , Irisle et découragée, tdle était ia France au dekora ; aa dadacs, des cooteîlft sans Tofce^ fl^s dëciiitét pmr la proa» ciipliou; des finances dans un état déploi^ble; le brigandage sur les routes ; la guerre civile dans Touesi et dans le mkU ; les im saos empire , le désordre partout, le pouvoir nulle part. Au milieu de cette eonfusioD, le pays, inquietsur son avenir, et ne voulant, à aucun prix, rëlrognider vers le passé , cherchait du cœur et des yeux la main qui pourrait saisir les rênes flottantes de k puissance publique , les rassembler, et diri^r avec fermeté le char de TÉlal, que le trop facile et voluptueux Banas laissait errer à Taventure Tel est l'asceo* dant d'une glorieuse épëe, que Unis lea regards se portaient vers les généraux qui s'étaient distitn» gués sur les champs de iialaille. En T absence du vainqueur d'Arcole, on avait songé à Joubert^ mais un boulet de canon avait emporté cet espoir ; on avait songé à Moreau , mais, heureux et savant dans Tart de la guerre , Moreau ne se sentait pas capable de diriger l'État ; il avait lui-

• Le Directoire , dont on avait à dessein éliminé trois hommes iniiiienfs, Tn ill iril, Merlin et Larevelli( re, se com- {losait , à cette époque, dcBacras» Sicyes, Gohier, Moulins •t Roger^Ducoa.

LJS PAJLAll» DE iiAiaX^CLOUD. 21 5

même repoussé les ouvertures qu^on lui avait iai-^ tes à cet égard; d'ailleurs, ou le soupçonnait d'avoir des inteUîgences secrètes avec les partisaos. de l'ancien ordre de choses , et ce soupçon, au moins prématuré , ariaiblissait la popularité que lui a^osiient acquise ses talents militaires. Tous les vœux se tournaient donc avec anxiété vers l'Ol'ient, mais le nom de Bonaparte n'arrivait plus en France qu'à travers, les échos lointains des. Pyramides.

La Providence manque raremeut à. un grand peuple dsAS ces moments de malaise ;. elle permit qu'une barque échappée des bords du Nil rameuàt Bonapai le et sa iortuxie.

Après sa magnifique campagne d'Italie, Bonaparte f de retour en France , avait joui de sa gloiresans arrière-pensée, ou du inoins, si déjà son ambition lui parlait secrètement , de grandeur et de puissance , il avait le coup d'œil tmp intelli* gent, une trop haute portée d'esprit, pour ne |K»nt sentir que , si près encore de la révolution,, le moment n'était pas venu de substituer à l'auto-^ rite des masses Tascendant d'une brillante indi-' vidualité. Forcé d'attendre, il avait voulu du moins illustrer cette balte par de nouveaux triomphes ; et s'il est vrai que pendant son séjour à Milan, en 1 796, il ait lu et annoté de sa main plu-> sieurs livres de la bil)lioUièque de cette ville oii

Uigiiizeû by L^OOgle

%t6 RIÊilDBirCBS liOTALfi?. -

ro rient élait représente comme le véritable foyer de la lumière et de la gloire ; 8*ii est vrai que le flouyenir des Cyrus, des Alexandre, des Tamer- . lan ait réagi sur sa poétique imaginatioo , oo concevra aisément qu'il ait accepté avec enthousiasme ridée d'aller en Égypte. Le Directoire n'avait imaginé cette- expédition qne pour déguiser sous un appât brillant * Fexil de Bonaparte ; lui^ préoccupé du désir de mêler aux lauriers de Tltalie les palmes du ïhabor, ou de Couder sur la terre de Sésostris an empire nouveau, entrevoyait un avenir qui étonnerait la pensée des peuples ; et cet espoir avait plus d'une fois, sans doute agité sa grande àme au pied des Pyramides^ lorsque l'amiral anglais, Sidney-Smith , après la bataille d'Aboukir, fit tenir au général français, dans l'intention de l'affliger et de le décourager, les join^ uau\ d'Europe qui annonçaient les désastres de Farmée française et la perte de l'Italie *• « Dieu et

' «Des savants, des artistes les plusdistingiiéâ, euivrés aussi de l'esprit îles conquêtes, se jetèrcot en foide sur les bâtîmeiits» et cette flotte brillante> chargée des r^;rets et des espérances de la patrie, mît à la voile au brait des

salves, des ianlani^s et des acclamations univei*selles. » ( Na- , polcon Bonapat'te considéré sous le rapport de souiuûuence sur la rcvolutioo.)

» Cest à tort qu*oa a dit que Bonaparte .avait reçu en Égypte des lettres particulières de sa famille et de sesamis.

LE PALAIS DE SAINT^CLOtlD. ^IJ

« la France m'appellent , » s écrie Bonaparle j im* patient d'échapper à la position difficile où il était en Égyple ; et il s'élance sur une frégate % il trompe , par mirade , la vigilance des croisières anglaises, débarque à Fréjus au mépris de toiiles les lois sanitaires , traverse en triouiplie Avignon , Valence , Lyon , et , le 24 vendémiaire il descend à Paris dans sa petite maison de la rue Chautereine. La France avait besoin de son génie et de son épée ; elle accueillit avec transports le jeune héros qu'environnaient, comme une double auréole y le prestige oriental et Féciat de la vie* toire.

Deux heures après, il se rendit chez Gohier, avec Monge : « Que je suis aisCy mon cher prési- « dent) dit Monge à Gohiet*, de trouver la répua blique triomphante à notre arrivée! — Je m'en « réjouis également , dit Bonaparte ; les nouvelles « qui nous étalât parvenues en Égypte» étaient

qui ravertissaîent d« la position des choses et qui pressaient son retçttr; c'est à tort surtout que Ton a écrit qu*on lui

avait indiqué les moyens d'assurer son passage -au travers des croisières ennemies. S\ les lettres fiiimt m \ oyées, il paraît très-certain c]u*elles iie |>ar\ lurent puint à leur adresse^ elles furent interceptées par les Anglais.

* La Mwirron»

* 17 vendémiaire an vni (9 octobre 1799)* ' 16 octobre 179^.

:*l8 KJtSlDEMCES AOTALJËS.

a 6Î aiamuintes que je n'ai pas balancé à quiUer

o mon armée pour venir partager vos périls.

« — Général, répondit Gohier, ilsétaient grands, « mais nous en sommes glorieusement sortis; « vous arrivez à propos pour céiél)i*er avec nous « les triomphes de vos compagnons d*armes * , et « vous consoler de la perte du jeune guerrier ' <( qui près de vous apprit à couib^ttre el à vain* «t cre. » •

Le lendemain a 5, Bonaparte se rendit au Directoire : a Citoyens y s'écria-t-il eu melLant la i^iain « sur le pommeau de son qpëe, je jure que cette « épée ne sera jamais tirée que pour la défense « de ia république. »

Collier, président du Directoire, lui répondit: « Citoyengénéra1,leDirectoireexécutifavuvotre « retour inopiné avec le plaisir mêlé de surprise « qn il a dû causer à toute la France 1 Les enne- « mis de votre gloire, que nous regarderons « toujours comme les nôtres, pourraient seuls « donner une interprétation contraire aux motifs tf. palrîotiques qui vous ont déterminé à quitter 0 momentanément vos drapeaux.

« Les triomphes que viennent de remporter « vos anciens compagnons d'armes ont sauvé la

I Bataille de Ziiricli , gagnée par Masséua. * Ia: gc'iuTat Joubert.

LE PAI«AtS Ufi SAtHT-CiiOlil). 219

« république , mais laissent encore des lauriers « à moissonner dans les champs qu ont illustrés « vos mémorabks exploits. Le yainqueur d'ita- « lie ne se bornera pas à pleurer avec nous le « jeune héros qu'il jugea lui-même digue de le « remplacer. »

Les direeteors, par un secret instinct du danger qui les meuaçait, entrevoyaient déjà dans levaiuqueur d'Aboukir l'ambilion de César el la ruine de la république ; et. lui, qui avait le sentiment de sa ibrce, ne cherchait à endormir un pouvoir qu'il méprisait S que pour mieux le surpreodre et le terrasser. L'Europe était en proie à Finquié- Cude, la France à une impadente curiosité. Que fera Bonaparte? Que fera-t«il de la patrie? était le cri général. Se jettera-t-il dans les bras du parti jovaliste ? consolidera- 1- il l'œuvre révolutionnaire? 8ub$tituera-t*il un autre ordre de choses à un ^uvemement d'intrigues et de faiblesses? — Les militaires se montraient les plus ardents: on remarquait parmi eux Lannes, Murât ^ .Berthier, Marmont, Duroc, que Bonaparte avait ramenés d'Egypte ; Macdonald , Beumonville, Leclerc , qui s'étaient rapprochés de lui sans eflbrts; Augereau, Liefiàvre^ Jourdan, Bemadotte, Mai4>oty républi*

' 11 avait «lit à Menou, en partant d 'Egypte : « Si je mets a le pied en France, le règne des bavards e»t tiiii. »

'à'àO h.k.SlDL]SC¥S ROYALES.

cains plus sincères et plus exaltés, qui attendaient pour se prononcer; enfin , Moreau , le plus considérable de tous, après le \aiiiqueur d'Italie. Il avait refusé de se placer à la tète du gouvei^ nement; mais, convaincu de la nécessité de concentrer davantage le pouvoir exécutif, et de le conâeri au moins pour quelque temps, à des mains fermes et glorieuses, il se mît volontairement sous les ordres de Bonaparte qui , à la .uite d'un dîner, lui donna, en gage de raconna»sance et d'amitié , un sabre égyptien enrichi de diamants

Dans Tordre civil, ses principaux partisans

étaient Lucien Bonaparte, son frère, président du conseil des Cinq Cents, honune de téte et d'exécution; Roederer, ancien procureur^yndic de la commune de Paris, esprit élégant et distingué; Cambacérès,miiiisli'e de la justice; Volney, Tauteur des Ruines; Béai, commissaire du Directoire, caractère fin et délié; Regnauk Saint-Jean d Angely, ancien (icpulé à l'Assemblé constituante; Monge, riliustre mathématicien ; Cornet, président de la commission des inspecteurs du conseil des Anciens ; et Talleyrand , l'homme du monde qui, en politique, a toujours su le mieux

• ^ BoiiaparlL" a f«iit j>réj>enl à Moi t iiii il il. iinas garni de diaiuaiits (|u'il a rapporte d'Egypte, et «jui est estime dix niillt; francs. [Moniteur, brumaire an viii.)

calculer le lever et le coucher du soleil, l ouché, ministre de la police, ami de Barras, était pi ét à sacrifier son amitié à son ambition ; mais sesantëcédentset son genre d habileté le rendaient suspecl à celui dont il devinait et cotirtisait déjà la fortune.

Ce COI tége d^hommes d'élite s'accroissait, comme à la veille de toutes les révolutions, des intrigants, des gens sans place et de tous ces mécontents du jour qui révent un meilleur lendemain.

Mais il existait une notabilité dont la réputa* tion et l'influence portaient ombrage au général : c'était Sieyes'. Des autres membres du Directoire, Gokier, républicain honnête et sincère, avait quelque énergie , mais ce n'était pas un homme d'État; le général Moulins, dun caractère faible, irrésolu, n'était pas homme d'action; Koger-Ducos n'avait de pensée et de volonté que la volonté et la pensée de Sieyes; et Barras consommait dans les délices l'or qu'il devait à la coiTuplion et qu'il espérait doubler par la trahison ^.

Sieyes était donc l'homme capital. Deux moyens s'offraient à Bonaparte pour n'avoir plus

> Le parti de la réforme Tavaic |>orté au Directoire en l'an vil.

a Avant le retour tl'Égypte, Barras c tiiit en négociation avec le prétendant (tlepuis Louis XVIIl) pour lui vcm(n;, dit-on, sa rentrée en France. (RévoUuhn francise ^ par M. Thters.)

aa'J RÉSIDENCES ROYALES*

à le redouter : Vun était de prendre sa place;

l autre, de faire cause commune avec Uii. Le premier était plus dans les goûts d'un soldat heu* reux; dVdlleurs, ce pas une fois fait vers le pouvoir, on s'en empalerait d'abord sans secousse, sauf à le façonner plus tard à la mesure de son ambition. Bonaparte s'arrête à cette pensée. 11 sonde Gohier et Moulins, et cherche à leur per^ suader de se débarrasser de Sieyes et de le choisir lui-même pour directeur. « Si vous n'y prenez « ^arde, président, disait-il à Gohier, ce prêtre « artificieux vous livrera a 1 étranger.» — « 11 faut absolument , disait-il à Moulins , vous défaire de 1 ce métaphysicien ; il ( si temps (|ue ceux qui « ont défendu la république prouvent qu'ils sont « plus en état de la gouverner que tous ces ré- « yeurs. » Mais Moulins, (jui n'aimait pas Sieves, i^edoutait plus encore Bonaparte; et Gohier lui répondait : « Après avoir glorieusement défendu « la république, général, vous êtes destiné à être M un jour à la téte du gouvernement j dont vos « victoires ont assuré la stabilité ; mais notre

« pacte s()( ial evige impéi ieusement quardntc ans « pour entrer au Directoire ; vous avez donc en- « core d'heureuses années acquises à la défense « de la républicjue. »

Bonaparte^ qui n'a jamais eu beaucoup de goût pour les conslitutions , opposait à la légalité,

LE PALàlS 0£ SAINT-OLOUD. 2 '23

tantôt un sourire dt'daii;iH u\ , tantôt celle réflexion , que la maturité Id'àge dok céder à la maturité qiie donnent les grandes épreuves poli* tiques; mais les refus, comme les déiiances, demeuraient les mêmes. Les propositions du- Directoire achevèrent d'irriter le général, lui firent changer son pian de campagne y et précipitèrent le dénoùment.

directeurs, justement inquiets des vues secrètes de bouaparte, et des espérances tumultueuses qui murmuraient autour de lui, délibérèrent entre eux sur les moyens de 1 éloigner. Gohier et Moulins proposaient de le remettre à la téte de Tarmée dltalie, et de le renvoyer au delà des Alpes. « A quoi hou : dit Carras; n'a-t-il « pas assez Inen fait ses affaires en Italie ? qu'a-t-il « besoin d'y retourner? — Il serait imprudent, re^ a prit Sieyes, de le replacer sur un théâtre de « gloire; nous devons travailler à le faire oublier, ce Que ne lui aâsiçn^ilb*t-on pour résidence, avec un *i bon revenu, un château éloigné, Cliambord, par « exemple ^ ? » On ne décida rien ; telle était la laiblesse des erouvernants , ou le prestige qui protégeait Bonaparte y qu*ils se bornèrent à mander au Directoire, pour recueillir ses intentions, celui que, général, ils pouvaient envoyer à la tète

* Brochure de Desmai vts.

1ltl4 RÉSIDKKCBS ROYALES.

d'uoe ai*mëe ; celui que, suspect, ik pouvaient fiûre

arrêter. Bonaparte se rendit au Luxembourg. « On « a prétendu ici, dit-il bruscjuement, que f amis « fait mes affaires en Italie; si cela était vrai, ce « ne serait pas du moins , ajouta-t-il en fixant les « yeux sur Barras , aux dépens de la république. - cr — Le Directoire en est bien persuadé, répondit <K Gohier, et ce n^est que pour vous ouvrir de « nouvelles sources de gloire qu'il a désiré vous «c entretenir. Votre présence à Paris, pendant que « les armées de la république combattent , pour- « rait être mal interprétée j le Directoire vous <c ofTre le commandement d'une armée , dont il « vous laisse le choix. » Bonaparte , 'qui avait pressenti le piège, répondit iroi<lemeut à celle ouverture; il s'excusa sur sa santé af£Bdblie, di* sait-il , par le climat d'Égypte , et se retira , bien résolu à ne point perdre dans i inaction les jours de repos qu'il avait demandés.

Cette entrevue , provoquée par l'envie et teirainée par la peur, ne laissa pas de faire une certaine impression' sur Tesprit de Bonaparte : il sentit la nécessité de couvrir ses desseins d'un voile moins transparent ; il recommanda la plus grande réserve à ses amis ; et lui-même redoubla de prudence et de circonspection. S'il allait au spectacle, c'était en loge grillée; si quel- (|ue régiment, ayant servi sous ses ordres en Italie,

LE PAL/LIS DE SAINT-CLOU D. IknB

deaiandait à lui être présenté , il éludait ou ajournait cette visite. Il afTectait de ne porter que

i'habil de 1 iustitut, dont il suivait les séances avec assiduité ' ; il refusait presque toutes les ' invitatiens , bien convaincu que cette sorte de coquet* terie politique ne ferait qu'irriter ie désir que tout FViris avait de le voir.

Cependant Barras l'ayant invité à dtner, le 8 bi nniaire, il accepta. Le directeur voulait iaîre oublier au général ses propos sur l'Italie ; il noui^ rissait aussi une aiiUc pensée. Il y avait peu de monde; on parla de l'ÉgYpte, de ses merveilles scientifiques ; mais la conversation était languissante: on sentait que les deux principaux personnages étaient sous l'empire d'une grave préoccupation. Après le dîner, Bairas pria Bonaparte de s'asseoir avec lui sur un canapé, et là, après avoir fait une triste peinture de la France et de son gouvernaient : Vous le voyez vous-même,

< « Le 5 brumaire, Bonaparte s^est rendu pour la seconde fois à une séance particulière de l'Institut. Il y a pris la pa-* foie et donné des détails sur Vétat de TÉgyple et de ses

antiques momiments. Il a assuré que le c;in;il de Sue/. , (|ui joignait les deux mers, ;» existé, et ((u'il est très-possible de le rétablir sur les débris qui eu restent, et qu il a fait prendre les plana et les nivellements nécessaiies à ce grand travail. »

(Moniteur, 1799.)

R^tDEirCBS BOT A LES.

« général , ajuuta-t-il, la répubik|ue s en va; tout *i périt , tout appelle un nouvel ordre de choses ; « il faut nommer un président. — Un président? » répète Bonaparte, dont ce mot a flatté loreille, et qui croît déjà y lire sa grandeur future. <( — Oui, « reprend Barras, et j'ai ce qu*il nous faut ; c'est (c le générai IJédouville. » Bonaparte fait un mouvement. — <t Quant à vous, général , le repos « ne convient pas à votre âge , et j'applaudis à « votre intention de vous rendre à l'armée ; de « nouveaux lauriers vousat tendent sur les champs « de bataille , partez ; et moi , malade , usé , je ne (( suis bon qu'à rentrer dans la vie privée. » L'œii fixé sur fionaparte, il attendait avec anxiété sa réponse ; mais le général se contenta de regarder à son tour Barras (^ui baissa les yeux. « Barias caff chait sa pensée, a dit Napoléon dans ses con- <c versations à Sainte^Hélène; sa contenance tra- « hissait son secret. »> En effet, Barras, abust» par sa vanité ou par ses flatteurs, avait révé la dictature, et le nom d'Hédouville n'était qu'un masque sous l(3(|uel le nouveau S) lia déguisait son ambition. 11 s'était imaginé que , comme au 1 3 vendémiaire où , à l'aide des épaulettes de général et des grâces d une jolie femme, il avait exalté le courage d'un jeune officier, il rencontrerait encore dans Bonaparte un docile instrument de ses volontés ; mais le silence dédaigneux du vain-

qtieur dltaKe lui apprit que les temps et les rôles étaient bien changés.

A peine Fouchë fut>il instruit de cet entretien^ f|iraprès l'avoir vivement reproché à Bams , il se rendit rue Chantereine pour essayer d'en adoucir la malencontreuse impression : ce n'était pas assez ; Barras vint lui-même la désavouer, et faire des offres de services à celui que, la veille, il voulait exiler dans les camps. Bonaparte jugea qu'un tel homme n'était ni capahle , ni digne de seconder une grande résoluùoa ; et lorsque d'ailleurs il eut reconnu que Barras n'avait presque autour de lui que des intrigants, des hommes sans mœurs, associés au scandaleux éclat de ses prodigalités, il détourna les yeux avec mépris, et les reporta sur les deux autres partis qui se partageaient alors rinfluenee poiiUc|ue.

L'un , le parti du Manège % professait les principes exaltés de la révolution ; il excitait par tous les nioyens Télan patriulKiue , et on ï accusait de vouloir renverser la constitution de l'an lil, et rétablir la Convention. Il comptait dans son sein des hommes que leurs services avaient rendus populaires; à leur tète Jourdan, le vainqueur de Fleunis ; Marbot et Bernadotte, tous deux ex-mi-

< Ainsi nommé, parce qiril s\'issemblait dans un manège, près du lieu des séances des Anciens ank Tuileries.

tia8 HKSIDEIfCES ROYALSff.

nistres de la guerre ; Lefèvre, comnaaudant de la garnison de Paris ; Â.ugereau , ombragé du drapeau d*Arcole. Gohier et Moulins avaient dans leurs rangs de nombreux amis, et les disposiliouî» de ces deux directeurs n'étaient point favorables à des pi ojels de dictature.

L'exaltation du Manrge avait donné naissance à un autre parti qui, sans renoncer aux principes de la république , mais redoutant le retour des excès qui avaient ensanglanté la France, professait plus de modération , et proclamait hautement la volonté de réparer les maux produits par une administration faible et con unipue. Tel était l'esprit de la majorité du conseil des Anciens , et Sieyèsen disposait par ses amis. Lucien Bonaparte travaillait a la ut triompher le même système, dans le conseil des Cinq*Cents dont il était le président.

De quel côté Bonaparte jettera-t-il son épée ? Il était dans la plus grande perplexité. Lorsqu'on aime l'ordre et la paix plus que les révolutions ; lorsqu'on respecte ce qui est, et qu'on ne désire un changement que lorsqu'il peut réellement pro» fiter au triomphe de la liberté et au bonheur du peuple, on aime à voir un homme, un héros, salué par la victoire, entouré d'une eour militaire et déjà maître d'une partie du pouvoir souverain',

I Les ministres, les directeurs eux-mêmes venaient le cimsuller dans son cabinet de la rue Chantereine.

LE P.VLAIS DE SAlîfT-CLOlJD. 229

hësher , à la veille de renverser le gouvernement

de son pays. On jouit de son embarras et de ses craintes comme d*un hommage rendu à ia force des choses établies; et puissent tons ceux qui seraient tentés de l'imiter, y trouver aussi un grave et utile enseignement !

Il fallait enfin se décider, il fallait satisfaire à plus d'une impatience. Dédaigneux de Barias, el n'osant se fier au parti du Manège , Bonaparte espère avoir nu illcur niai ché du prêtre , que d'abord il avait couvert de sa haine et de son mépris : c'est aussi Tavis de Lucien et de Talleyrand.

Bonaparte avait vu Sieyès à l'époque du 1 3 vendémiaire. Dans ie moment le plus critique de cette journée , Sieyès Tavait pris à part dans l'embrasure dune croisée, peiuianl que le comité des quarante délibérait sur la réponse à faire à la sommation des sections. t<Vous les entendez, gé- « néral, lui avail-il dit ; ils parlent quand ils de- « vraient agir ; les corps délibérants ne valent « rien dans les momenls de crise ; ils ne connaistt sent ni la valeur du temps , ni le prix de rocca- « sion : vous, vous n'avez rien à faire ici; allez, <c général , prenez conseil de votre génie et de « la position de la patrie ; la république n'espère •< qu'en vous. ' »

* Mé4Horial de Sainte-Héiéne.

3r3o HBStOENGES BQYALES.

Ce souveniiv ces paroles qui étaient redevebues un à-pi'0|)()s, ces sentiments qui s*aocordaient si

bien avec les idées de Bonaparte, luul lui pat aissail d*un i)OM augure pour entamer la négociation \ mais, d'un autre côté, Sieyès ne pouvait ignorer, ni les premières démarches que le général avait faites pour l'évincer du Directoire , ni la légèreté moqueuse avec la([uelle madame Bonaparte par» lait de lui dans son salon ' ; un refus direct pourrait d'ailleurs avoir de dangereuses conséquences ; il parut plus convenable et pkis sur de li aiter par ambassadeurs ; i alieyrand et l'amiral iirueys furent choisis. Pressé dans les replis de deux es> prils si bns et si ai tificieux, Sieyès, qui haïssait Barras autant qu'il redoutait Bonaparte, séduit peut-être par Fespoir de placer encore une des constituiions qu'il avait dans son portefeuille ^ , accueillit cette ouverture ; et le 1 5 brumaire, dans la matinée , il eut avec Bonaparte une conférence pour conceiler les moyens d'execulion. — Ou déclarera le Directoire dissous ; il sera provisoire^ ment remplacé par trois consuls; le nouveau gouvernement recevra une constiiulioa nouvelle ; ttn décret éloignera les dem conseils de Paris où

t Elle l'avait surnominé sa bête noire,

' On les appelait les fitles de monsieur l'abbé. Elles oni eu

sort de Lucrèce, mais elles nonl pas b^iuvé la républlt^iie.

LE PALAIS DK SAIJN T-CLOL U. a3l

il serait plus difficile de Jes maîtriser ; on les transférera, sous prétexte de la sûreté publique, dans un village qu'on occupera par des troupes; le général Bonaparte sera investi du commandemeiu supérieur de toute la garnison.

Ce plan arrêté , et le jour de l exécutiou fixé au i8 brumaire , le directeur et le général se rendirent dans rée^lise de Sainl-Sulpice, où étail préparé uu bauquet oilèrl, par souscription f à Bonaparte.

Ses compagiioiis d armes se plaignaient de plus en plus de ne pas le voir ' ; et le peuple , ami du merveilleux y et jaloux de contempler les traits de celui (|ui a\ail campé à Tombre des pyramides, accusait hautement le Directoire de le dérober aux empressements de la capitale. Alarmé de la clameur publique, le Diiectoire sVlait enfin décidé à donner cette iète à Bonaparte ; mais , par une contre-politique envieuse , il avait voulu que le général Moi eau en partai^eal leslionneurs. Cette circonstance et les préoccupations diverses dont chacun était agité, rendirent la réunion froide et compassée \ En vain Courtois, membre du con-

■ Le a 1* chasseurs, qui ayait lifj^uré au i3 vendémiaire,

avait f:iit di uiaiidei vaioemeiit par Mniat d'être reçu par Bonaparte.

> Plusieurs députés», et Augereau et Juurdau uy parurent floînt.

:i3a RÉSIDKNCES AOYALES.

seildes Anciens, chanta des couplets à la louange des deux gueriiei'S ' ; en vain , on porta des toasts à la gloire de nos armes ; il n'y avait parmi lesconvives ni iraiicliise, ni union, ni cordialité ; tous les yeux, attachés sur Bonaparte, cherchaient à deviner sa pensée ; et lui , impassible , sous le poids de Fentretien qu'il avait eu le malin avec Sieyès , se contenta de faire le tour de la table avec Ber* thier, laissant tomber de temps en temps quelques paroles flatteuses dans l'oreille des membres les plus influents des deux conseils, et disparut, avant même la fin du diner.

Mais les moments sont précieux ; c'est dans trois jours que doit s'accomplir la grande revue. Les deux chefs s'étaient distribué les rôles : Sieyès

> Nous citerons lo couplet adressé à Moreau :

Toi, jeuae Fabius, qu'a devine Voltaire

Dans i^undeses plus beaux portraits.

Quand, du sage Blornay peigoaut le caractère,

Il nous peint Moreau trait pour trait;

Avare du sang de tes frères ,

Que ton amour sait conserver.

Rejoins nos colonnes guerrières

Pour les conduire ouïes sauver;

Mais que Tallégresse publique

Te précède au camp des Français;

£lle est le prix de VJtaligue,

Elle est le prix de tessuecès< '

LK PALAIS DE SAINT-CLOUD. q33

devait agir sur le conseil des Anciens; Bonaparte, par son frère Lucien, sur le conseil desGinq-Cents;

par lui-meaie, sur les troupes. Dans les Anciens, Sieyès comptait un grand nombre d'amis : c'étaient ptincîpalement Régnier, Cornet , Lemercier, Cor^ nudet, Fargues : tous sentaient le besoin d'un changement qui donnât au gouvernement plus de force et de considération ; mais ils ne voulaient ni abandonner les principes de 1789, ni ouvrir la porte à la toute-puissance d'un seul. Espoir téméraire ! Une fois qu'on prête les mains à une révolution, peut-on pit voir on le flot s'arrêtera? Dieu seul a le droit de dire à la mer : TunUraspas plus loin ! Plût au ciel , toutefois , que la majorité desCinq-Cents eût été animée dunu ineespni que la majorité des Anciens ! on se fût épargné la douleur de recourir aux baïonnettes , et de violer la majesté de la représentation uationale.

De son côté , Bonaparte , impatient d'accomplir sa mission providentielle, rompit le mystère où il s'élait enveloppé ; il ouviil sa maison, reçut les officiers de la garnison qui lui avaient été vainement présentés une première fois par Moreau, accepta quelques invitations chez les ministres, et dorma le mot d'ordre à ses amis.

Il unit l'adresse à l'audace ; Madame Bonaparte, le 17 au soir, fit remettre à Gohier cette invitation par Eugène Beauharnais, son fils. « Venez, mon

Uigiiizea by L^OOgle

clier Gohier, et votre ieiume déjeuner avec moi, demain à 8 heures du matin. N'y manquez pas ; j*ai à causer avec vous sur des choses très-intéressantes. Adieu f mon cher Gohier^ comptez toujours sur ma sincère amitié

«c Lapagerie-Bonaparte. »

Mais écoutons un des principaux acteurs de cette grande scène raconter les événements dont

il fut léuioin ^ :

« Je fus rinstrument militaire avec lequel Bo*

uaparte exécuta ses projets. Le jour même de son

' L'heure parut suspecte à Gohier : « Tu iras seule an rendez^YOuSy dit-il à sa femme; et tu diras à madame Bonaparte (jiu Je ne puis me rendre à son invitation, mais que dans la matinée j'aurai l'honneur de la voir. »

« lioiiaparie voyant ma femme arriver seule (raconte Gohier), fronça Je sourcil. «Quoi! dit-il, le pré&ideot ue vient pas ? — Noo^ général^ cela ne lui a pas été possible. Il faut absolument quil vienne; écrives-lui, madame , et je vais lui faire tenir votre lettre. — Je vais lui écrire, général , et]*ai des gens ici ({ui se chargeront de ma lettre. » Ma femnie m'écrivit: » Tu is bien fait de ne pas venir, mon « auii; tout m'annonce que l'invitation n'était qu'un piège. •

(Mémoires de Gobier.)

* Nous devons cette relation précieuse, écrite quelque temps après le i8 bruinaiie, à la bienveillance de M. le maréchal Schastiani, qui, à cette époque mémorable^ était co- ]onei du 9*^ régiment de dragons.

arrivée à Paris, j'avais remarqué sa joie en apprenant que mon régiment faisait partie de la garnison , et que je comptais sur son dévouement. U s'informa soigneusement de sa force, de son orga* . nisation et de sa discipline. Quelques jours après, il me parla de l'état déplorable dans lequel il trouvait la France, des dangers extérieurs et inté> rieurs qui la menaçaient, et du besoin iïy a]>porter un prompt remède.

« Après quelques instants de silence et de recueillement, il me dit ;« — Sébastiani, j aurai be- <( soin de vous; pouvez-vous compter sur votre ré* « giment ? Oui, mon général, lui répondis-je ; mais « il faut se liàter d agir. — Nous agirons bientôt ; « venez me voir tous les jours, soignez vos officiers «et vos sous-oflficiers , procurez-vous des cartou- « ches, soyez prudent et discret, w — Duroc vint annoncer Sieyès, et je me retirai. Tout le monde paiiail de grands changements prochains, parce que tout le monde les désirait. Les membres du Directoire eux-mêmes n'espéraient que dans celui qui dirigeait tous les mouvements; chacun d'eux' cherchait des arrangements personnels. Dans les grandes crises, des arrangements généraux pour sauver l'état sont uu devoir, mais les transactions

Gohier, président du Directoire, excepté.

(Note de ratUcdr.)

^36 RESIDENCES ROYALES.

iodividuelles couvrent d'infamie. Sûr du ministre de la guerre ' et du commandant de Paris^, le Dî-

recloire ne craignait pas la garnison; les conseils des Cinq-Cents et des Anciens lui donnaient seuls des inquiétudes. Le 1 7 au matin , le colonel Bessières^ passa chez moi pour me prévenir que nous touchions au moment d'agir, et que le général Bonaparte désirait me parler le soir à onze heures. Je me rendis, à Theure indic|uée, dans sa maison de la rue de la Victoire.

« Le général était dans son cabinet avec q uelq ues membres des conseils ; madame Bonapai le s'entretenait avec sa société habituelle. Vers minuit, le • général Moreau arriva; quelques instants apiès, le général Macdonald fut annonce. Les députés étant partis, Bonaparte nous fit entrer, le général Moreau, le général Macdonald et moi. 11 parla quelques inslauls des mesures qui avaient été concertées avec les inspecteurs de la salle pour aviser le lendemain dans les deux conseils au moyen d'opérer les changements poliliques que les circonstances rendaient indispensables. Puis il dit en s'adressant à Moreau et à Macdonald : c< ?HuLis avons servi la ré[)uljliqLie sur « les clianips de bataille , nous la servirons en^

' Dubois ée Crancé.

» Le général Let'èvie.

3 Depuis marechnl.

LE PALAIS JDR SAIHT-CLOUD. ^i*}

« core plus utilement deiuaiii à Paris; j'ai besoin « de votre appui et j'y compte. Soyez rendus « ciiez moi j demain matin , à huit heures , avec « vos états-majors. » — L'un et l'autre applaudirent à son projet , renouvelèrent les assurances de leur entier dévouement , et se retirèrent.

« Après que les gënéiaux Moreau et iMacdonald furent partis^ le général Bonaparte me dit : « Murât « est sur du aie régiment dans lequel il a servi; « mats vous devez imprimer le mouvement, toute « la garnison le suivra. Vous avez mille hommes, « dont cinq cents à cheval et cinq cents à pied ; « vous ferez prendre les armes sous prétexte d'une « revue, à la pointe du jour, et vous occuperez les M posilioils suivantes : les cii)(| i ( iits hommes à tf pied se rendront sur la place de la Révolution, où M ils se formeront en colonnes par division, pour « V attendre de nouveaux ordres; cent hommes à « cheval se mettront en bataille aux Cliamps-Ély- « sées dans Favenue de Neuîllv : cent hommes à « cheval occuperont rentrée du pont de la tlévo- « lution, et vous, à la téte de trois cents hommes à « cheval, viendrez vous mettre en bataille dans « ma rue ; je vous donnerai des ordres aussitôt « que vous y serez rendu. Il est essentiel que Vos « troupes ne communiquent avec personne, ni « pendant leur marche , ni sur les points où elles M seront placées, et qu'elles n^exécutent que les

^38 RESIDENCES AOTàLES.

« ordres que VOUS leur donnerez vous-même ver- « baleinent. » — Ces ordres reçus, j'allais partir pour rhôtel Soubise où mon régiment était caserne, lorsque Lucien entra clans le cabinet de son frère pour lui annoncer qu'il devenait indispensable de contremander ce qui avait été prescrit et de retarder le mouvement jusqu'au 19. — Je pris la parole pour faire observer qu'il me paraissait impossible et qu'il était trop dangereux . de suspendre un seul instant l'exécution d'un projet connu de plus de cent personnes. Le général Ik) te dit à Lucien : v Sébastiani a « raison y ce retard est impossible, et il n'y a plus <c de salut que dans la réussite, m Cette observation dissipa li aillant nii^ ux les iaccrliludes <et les lenteurs de Lucien , qu'il était pénétré , autant que nous , du besoin d agir immédiatement, et qu il ne s'était chargé qu'à regret de porter au général Bonaparte ce vœu du comité des inspecteuTS de la salle. Quelques membresl'ayant accompagné chez sou h ère, il put de suite leur comiuuiuquer sa décision. Jequittaiàune heure un quart la maison du généfal et je rentrai chez moi.

tt Ce ne fut qu'à cinq heures que je donnai à mon régiment l'ordre de prendre les armes; je chaigeai le cajiilaine Letort de coaiiiiander les hommes à pied, et le chet d'escadron Maupetit les deux détachements des Cbamps-Él y sées et du pont

de la Révolu liuii , eu les prévenant que leurs détachements ne seraient formés que lorsque nous serions rendus sur les boulevards Montmartre, el en leur recooimandant la plus sévère discrétion. Letort était un homme d'un caractère décidé et ferme , d'une bravoure brillante et d'une loyauté sans tache; une promesse était , pour lui, un engagement sacré, il avait de l'élévation dans les sentiments et de l'étendue dans l'esprit. Maupetit était un otlicier émineuunent dévoué et brave. — Mon régiment était sous les armes; je sortais de mon appartement pour aller me mettre à sa tète, lorsqu'une ordonnance, conduite par mon adjudant , me remit une lettre du ministre de la guerre, contenant l'ordre suivant : a 11 est ordoinie au citoyen Sébastiani de consigner le régiment qu'il commande dans sa caserne , et de le tenir prêt à prendre les armes. — Le ministre de la guerre y Duùois de Cram é. » Je donnai reçu de cette lettre du ministre de la guerre , je la mis dans ma poche et je me hâtai de monter à cheval et de partir.

«c Mes olBciers avaient paru étonnés d'une revue aussi matinale; ils le furent encore davantage lors* que je lis les dispositions qui m'avaient été prescrites. Je n'attachai aux différents détachements que le nombre d'officiers nécessaires; avec tous les autres et trois cents hounues a ciieval, je me

RéSIDEirceS ROTàL£S.

rendis dans la rue Chantereiue où j'arrivai avant 7 heures. JVnlrai chez le général que je trouvai levé et habillé en grand uniforme. Après ni*avoir témoigné la plus vive salisiaction et le j)iu$ tendre attachement y il me dit : « .Vai mandé ce matin « chez moi , tous les militaires de quelque rang « qui se trouvent à Paris; Bernadutte et Lefèvre <f sont de ce nombre. Lorsque ces deux géné- « raux SCI ont arrivés, vous ne permettrez plus « à personne de sortir, qu'au moment où nous <r partirons tous ensemble; établissez une garde « à ma porte, comuiandée [>ar un officier sûr; « laissez trois officiers avec 1» troupe , et ame* <r nez-moi tous les autres, je veux les voir et a leur parler. » Ces mesures prises, je me mis à la téte de mes officiers et j'entrai dans le salon du général pour les lui présenter. Tous étaient ptuiétrés d'émotion et de respect en revoyant le chef qui les avait si souvent conduits à la vic^ toire. Son accueil fut digne, mais affectueux; son discours les pénétra d un dévouement sans bornes : — « Je vous ai quittés , leur dit-il, dans n la riche Italie que votre valeur avait con(|uise; ce je vous retrouve en France où vos revers vous « ont ramenés. L'ineptie ou la trahison ont « trompé les efforts de votre courage et de votre « amour pour la patrie; nos conquêtes sont perte dues y nosfrontières sont menacées. Vos anciens

LE VALkîS DE SAINT-CLOU U.

« compagnons d'aruieâ sont maîtres de TÉgypte^ a c'est là que j*ai appris vos malheurs; je n'ai pu a résister au désir, je dirai avec plus de raison , « au devoir de venir défendre la France. Son €( génie tutélaire m*a fait triompher des croisières « anglaises; il nous fera triompher aujourd'hui de <c tousses ennemis. 11 ne vous manque qu'un gou- « vemement et des chefs digoes de vous: je vais « vous les donner. » — « Général, vous nouscon- « naissez; ordonnez et nous saurons obéir; v s'écrièraot tous à la fois ces braves officiers. — Un grand nombre de généraux , de colonels et d'of liciers de tous grades arrivaient Je rencontrai dans la cour le général Lefebvre qui entrait en voiture. En me voyant , il me fixa d'un air sévère et me lit signe de l'approcher.» Voulez- vous , « citoyen, m'apprendre pourquoi vous avez « quitté votre caserne, et par quel ordre vous « êtes ici? » me dit-il. « Vous allez le savoir du « général Bonaparte , » Ait ma réponse , qui parut redoubler son mécontentement. 11 ledemandait sa voiture, lorsque Duroc vint lui dire qu'il était attendu avec impatience. — Il suivît

< Napoléon fit ouvrir les battants des portes, et sa maison étant trop petite pour contenir tant de personnes, il s'avança sur le perron, reçut les compliments des oflic i» rs, et les harangua. {Mémorial de Samte-Héléne.)

Uigiiizea by L^OOgle

RÉSIDEKCKS ROY A LIS.

cet aide de camp. Je rentrai dans ^appartement

et je le vis intioduire dans le cabinet de Bona parte. Après quelques minutes , il sortit avec lui en tenant un sabi*e turc. Bonaparte venait de le lui remettre en lui disant à haute voix : a Je vous K nomme mon lieutenant, et je tous prie d'ac- « cepter ce sabre que je portais à la bataille des « Pyramides. » Le général Lefebvre accepta Fun et Tautre avec empressement et devint un ins* trument d^autant plus utile, qu'en sa qualité de commandant de Paris, il mit à la disposition de Bonaparte toutes les troupes de la place. Bernadolle, avant de se rendre à l'invita hou qu'il avait reçue , avait voulu voir son beau-frère Joseph, qui. Ta) ant trouvé peu favorable aux projets de Napoléon, le retint toute la matinée chez lui

Cependant la coounission des anciens, que pré^ sidait G>met avait reçu de Sieyès la mission de tout préparer pour faire rendre le décret de translation ; et dans la nuit du 1 7 au 1 8 brumaire, « contrevents et rideaux fermés pour dérober au

1 « Eh bî«n, Led^re , lui avait dit Bonaparte, vous, « l'un des soutiens de la république, v(julez-vous la laisser « périr dans les mains des avocats ? — Non, non; jetons tous « ces avocats à la rivière », répondit énergiquement Leîehyre, j • Manuscrit du marchai Sébastiani.

^ Depuis séoateur.

LE PAIAIS DE SA.INT GLOI)D. ^43

a public le travail extraordiuaire qui se faisait « dans les bureaux ' », on ayait, à huis clos, eotivoc}iië les deux conseils peut» le 1 8, les Anciens à sept heures du malin , les Giiiq-Ceuts a onze: on eut 6oin tf escamoter les lettres de convocation des députés dont on redoutait le plus ropposition.

Le 18, à sept heures du matin, le conseil des Anciens était assemblé aux Tuileries, sotis la présidence de I^mercier^. « La patrie est cona sumée, dit. Cornet, et ceux qui échapperont «t à rincendie Terseront des pleurs amers, mais « inutiles, sUt* ses cendres. Vous pouvez , repré- « sentants du peuple, prévenir le péril; mais « si vous n'en saisissez Tinstant, la république « aura ëxi^te, et son squelette sera entré les « mains des vautours ! » Après cette sortie pittoresque, Régnier fit une peinture non moins dramatique des dangers qui menaçaient à Paris la représentation nationale, et proposa de transférer le Corps législatif à Saint-Cloud, où il lesterait placé sous la protection du généi*al Bonaparte, investi du commandement de toutes les troupes. Cette proportion, convertie en un décret, fut immédiatement transmise au conseil

■ Brochure de Cornet.

* Depuis sénateur et pair de France.

Digitizea by LiOOgle

^44 AKSIDENCia HOTàLRS.

des Cinq-Cents avec une adresse ' votée à la demande de Cornudet*.

Cornet ne voulut pas perdre un moment pour annoncer ce premier succès à Bonaparte ; il courut lui-même rue Chantereine. « A neuf heures, Bonaparte, invité à venir prêter serment au sein du conseil des Anciens , sortit de sa maison ^ à la tête de plus de deux cents généraux , colonels et officiers de tout grade. Morcau, Lefeb\ro et Macdonald , avec leurs états-majors, marchaient à côté de lui. Arrivé sur la place de la Révolution où il avait dirigé ses pas, il m'ordonna de réunir la totalité de mon régiment. Placé au centre , et monté sur un superbe cheval, richement caparaçonné , il harangua ma troupe et les chefs qui l'entouraient. Je reçus l'ordre d'entrer dans le jaiv din desTuileries^ et de me déployer en &ce de la garde des conseils qui était en bataille sur la terrasse des Feuillants. Je devais Ty contenir et Tem^ pêcher de faire aucun mouvement. Cette troupe, composée des plus anciens et des plus braves soldats de l'armée, parut étonnée de mon arrivée et de la position que je prenais devant elle. Mais

« Voir cette adresse dans le Moniteur de Tan viii, page

* Depuis sénateur et pair de France.

^ Manuscrit Sébastiani.

la présence du générai Bonaparte et la revue qu'il en passa calmèrent son inquiétude. »

Accompagné des généraux Leiebvre, Beurnonville 9 fierthier, Macdonald , Moreau ^ et d*un nom* breux état-major, Boiiaparle est introduit à la barre des Anciens. « Votre sagesse, dit-il, a rendu « ce décret ; nos bras sauront l'exécuter. Malheur « à qui voudrait le trouble et le désordre ! je les « arrêterai, aidé du général Lefebvre, du général « Berthier et de tous mes compagnons d'armes, a Bien dans Fbistoire ne ressemble à la fin du «c XVIII* siècle ; rien dans la fin du xviii^ siècle ne « ressemble au moment actuel ! Nous voulons « une république fondée sur la vraie liberté, sur « b représentation nationale f nous l'aurons ; je « le jure, je le jure en mon nom et en celui de tt mes compagnons d'armes. »

Après ces paroles, couvertes d'applaudisse» inents que le président eut peine à réprimer Bonaparte sortit du conseil, et passa en revue, dans le jardin des Tuileries, environ dix mille hommes de troupes. Après leur a\uii lu le décret qui le nommait général en chef : a Soldats, s'é- « cria-t-il, vos compagnons d'armes qui sont aux « ironlières, son t dénués des choses les plus uéces-

■ Garât voulal élever quelques objections contre Ja forme du serment} elles ne lurent pas écoutées.

a46 RfiëlDESCES ROYALES.

•c «aires^ k peuple est malheureux. Us auteurs de « tant de maux, ce «aiit les faclteuv contre les-

<t quels je vous rassemble aujourd'hui; j'espère

« bieniôi voua conduire encore à la victoire, « mais ayant tout, il faut réduire à Timpuis-

♦< sauce tous ceux qui veulent s'opposer à vptre « bonheur e( à la prospérité générale. »

Ces paroles, prononcées avec chaleur, funsnt accueillies avec enthousiasme.

Le message des Anciens n'avait pas le ipéine

succès au conseil des Cinq-Cents, qui s'était réuni en toute hâte à oq^ heures au Paiais-Bouijbon, A peine Lucien en eutnl fait la lecture, que de

itius les bancs il s'éleva des exclamations de surprise et de ntécoutentement. a Citpyens, (iit le « président, le conseil des Anciens i|*a fait « qu'user du droit que lui conicre l'article loa « de la constitution ; » et il lève la séance ; et l'assemblée se sépare au cri de vive la république!

Tout Paris était eu émoi j et lorsqu'oq se rappelle l'ivresse populaire, et Tempressement avec lequel ministres % généraux citoyens ve-

' Gambacérès et plusieurs autres ministres vinrent aux

Tuileries saluer et reconnaître le nouveau maîU'e.

* Lorsque Augereau, qui montrait d'abord de l'opposition, vit ce nombreux ctat-major autour de Bonaparte; lorsqu'il entendit les cris d'enthousiasme des traupes» il lui dit

naienC adorer Tétoile nouvelle qui éclairait le ciel

politique , on serait tenté de se demander pourquoi le conseil des Anciens n'avait pas seul , et do même coup, renverse le Directoire, sans recou* rir k l'autorité du conseil des Cinq-Cents, si 1 ou ne savait que le plus sûr moyen de détruire impunément leslois, c'est delesattaqueravecdesformes légales. D'ailleurs, dans une assemblée dont tous les membres n'étaient pas dans le secret , tel qui avait voté sans scrupule la translation du corps législatif parce qu'elle était prévue par la constitution, n'aurait peut-être pas voulu s'associer à une mesure extra-constitulioniielle.

Tandis que Bonaparte établissait son quarUer général au palais des Tuileries, on se demandait où était le directoire , lorsqu'on vit arriver Sieyès, à cheval accompagné de Roger-Ducos, qui venait délibérer sur les moyens d'achever l'ouvrage si heureusement commencé.

Barras, insoucieux de tout ce qui se passait autour de lui , était tranquillement dans son bain : CiBSt là que le trouvèrent Gohier et Moulins, qui,

avec entraînement : « Est-ce que vous ne comptez pas bui • votn petit Jngere(m? n {Mémorial.)

' TevQom prudent et honime de précaution» Ice directeur prenait depuis quelque temps des leçons d'équitation dans

le petit jardin du Luxembourg.

u48 hksidencks iioyales.

instruits par Fouchë de la séance des Anciens et

de la revue des Tuileries, venaient impatients de s'entendre avec leur collègue pour conjurer les dangers de la république. Biuras, qui baissait tout ce qui dérangeait sa quit tiule et ses plaisirs, s'emporta contre Bonaparte qu'il traita, de loin^ fort cavalièrement ; il promit assistance à ses collègues dans tout ce qu ils entreprendraient pour arrêter et punir son ambition ; mais à peine les deux directeurs étaient41s sortis» qu'il envoya Bottot , son secrétaire, aux Tuileries pour étudier le vent et prendre Voir du bureau.

Bottot trouva Bonaparte dans la salle des inspecteurs, entouré de Sieyès, de Ro<:^er-Ducos, et d'une foule de députés et de généraux : « Barras « veut encore se récrier, dit Bonaparte à Bottot « eu cltvaiit la voix ; mais qu a-t-on fait de cette « France que j'avais laissée si brillante? J'avais « laissé la paix , j'ai retrouvé la guerre ; j'avais « laissé des victoires, j'ai retrouvé des revers ; et j'avais laissé les millions de l'Italie, et j'ai « trouvé des lois s|K>ljatrice8 et la misère. Que « soiiL devenus cent mille Français que je con- « naissais 9 tous mes compagnons de guerre? tt Us sont morts. » Bottot était anéanti. Bonaparte reprend : « A entendre quelques factieux, bientôt c( nous serions tous des ennemis delà république, «.nous qui l'avons affermie par nos travaux et

Digitizeû by LiOO^^ie

LK PALAIS DE SAINT-CLOU0. u/^€^

« par notre courage. Nous ne voulons pas de (f gens plus patriotesque les braves mutilés au ser- « vice de la république. » Bottot ne savait cornmeot reporter à Barras cette foudroyante conversation, lorsque, arrivé au Luxembourg, il fut tout surpris de trouver rindolent directeur, calme, résigné, ne songeant qu'à la retraite: c'est que Brueys et Talleyrand avaient passé par là , et que leurs séductions, appuyées de quelques menaces au nom du nouveau dictateur,avaienttoutchangé* Barras, oubliant sa colère et les promesses qu*il avait iailes à ses collègues, avait signé une lettre toute faite dawmce^ par laquelle il donnait sa démission; heureux, au milieu de ses regrets, d'échapper à une lutte que redoutait sa mollesse !

Bonaparte embrassa Brueys et Talleyrand pour les remercier du succès de leur nouvelle négociation. Mais une scène plus sérieuse l'attendait avec le président du Directoire, Gohier, républicain, sincère, dont l'honorable candeur croyait encore à rempire des constitutions en présence des baïonnettes et de Fentraînement populaire, «c Hàtons-nous, avait-il dit à Moulins, d'aller à la «poursuite de nos deux déserteurs *; mais « aiions-y, la constitution à la main, »

Arrivés aux Tuileries, à une heure après midi»

' Sieyèa et Kugei -Ducu&.

ils trouvent Sieyès et Roger-Ducos dans la fialle des ioi^ecteurt du oonseil des Anciens , assis au

milieu de plusieurs députés. « rvous venons , leur « dit Gofaier , vous demaudeF vos signatures pour «I prodamer consdtutionnelleiiient le décret de « translalioii. — Le décret? répond Sieyès, mais il « est proclamé. Avea&-vous su. le général ? — INou.j» Od fit avertir Bonaparte $ il parait , tt dès qu'il aperçoit Moulins et Goliier : « Je vois avec plaint sir, leur dit^il^que vous vous rendez à nos voeuxy H à ceux de vos collègues.— Nous nous rendons « au vœn de la loi, général , répondit Gohier. — tf Pour sauver la république avec nous? — Sauver « la république! mais elle est triomphante en « Suisse, en Hollande, et vous avez débarqué « au bruit de la victoire de Zurich. » — Boulay'y député de la Meurthe, prenant la'parole : — <f Ce n'est point, dit-il, parmi les troupes élranu, gères que sont nos plus dangereux ennemis. — R Je le sais , reprend Gohier; mab , avec Tappui «des lois et des vrais patriotes, nous saurons « ^[alement les vaincre. »

On apporte un billet à Bonaparte. « Général « Moulins, dit-il après l'avoir lu, Santerre est tf votre parent, je crois; on m'écrit qu'il organise « une sédition au faubourg Saint-Ântoine ; aver* « tissez-le de cesser, ou je le fais fusiller sur «t l'heure, — Générai , Santerre ne marcliemit

LE PALA.IS m SAIHT-CLOUD. SfcSl

«( que si le Directoii'e lui eii donnait l'ordre, comme « au Directoire seul appartient le droit de vous « placer à la téte des troupes. — Il n\ a plus de « Directoire : Sieyès, Ducos, Barras ont donne leur ic démission ; j'attends les vôtres! — Détrompei^ «vous, général, tout le monde ne déserte point (i son poste. — La république est en péril, je la «( sauverai à tout jfm ; Je le veux, »

k ce mot , dont la tournure monarchique blessait la fierté républicaine de Gohier, les deux directeurs s^ retirèrent pour aller rédiger une vaine protestation *. — A peine étaient*ils reniés dans leur cabinet , que leur garde leur fut enlevée; Jubé, qui la commandait, la con* duistt aux Tuileries pour la mettre aux ordres du générai en chef; Moreau fut chaîné d'occuper le Luxembourg^ Bonaparte n'avait pas oublié que depuis son retour d'Égypte, et notamment à Poe* casion du banquet de i'églisç de Saint-Sulpice, un certain fs^tij soit pour embarrasser les avenues du pouvoir, soit dans toute autre pensée, avait tenté de lui opposer le générai en chef de Tarmée du Rhin; et pour n'avoir pas à craindre, dans ce grand mopvement, un rival qui pouvait le gêner, il lui avait coufiç la^ vf^s^on subaiteriie de garder

( Mémoires de Gohier, page a64*

a52 RÉSIOfiNGES ROTàLES.

le palais du Directoire*, en même temps qu'il donnait au colonel Sëbastiani l'ordre d'enlever Barras, et de le conduire à Grosboîs *.

Dans la soirée du i8 brumaire, on tint , dans la salle des inspecteurs, un conseil secret pour arrêter les mesures définitives à prendre pour le succès de l'entreprise. Là , plusieurs des membres du conseil des Anciens qui , le matin , s'étaient montrés les plus ardents , paraissaient refroidis par deux motifs : les uns commençaient a redouter l'autocratie militaire ; les autres n'étaient pas sans inquiétude sur l'attitude du conseil des Cinq* Ceiils, qui ne paraissait pas disposé à faire bon

* Gohiernusoote, dans ses Mémoires^ qu ayant rencontré plus tard le général Moreau chez Garât (depuis -sénateur), il lui aYait reproché la mission de geâiier qu'il avait acceptée. « Si j'ai (ait une&ote, aurait répondu Horeau^ye saumi

M la réparer, »

% a J'avais occupé la position des Tuileries jusqu'au moment où j'avais reçu l'ordre de me rendre au palais Bourbon pour y appuyer les opérations de Lucien , qui présidait le conseil des Cinq-Cents ;j^ayais fait ce monvement vers midi. A quatre heures je fus mis sous les ordres du général Moreau, qui, avec mon régiment, mille hommes d'infanterie et quatre pièces de canon, marcha pour s'emparer du Luxcmboiii j,'. Barras occupait encore son appartement. A six heures, je fus chargé de le faire arrêter et conduire à Grosboîs , sous l'escorte de vingt-cinq dragons. » (Relation manuscrite du maréchal Sébastiani.)

marché de la coiislitution de Fan III. Aussi, les grands politiques ' essayèrent-ik una de ces transactions à l'aide desquelles on croit naïvement pouvoir modérer le torrent qu'on a clécliaînë; ils proposèrent à Bonaparte d'être directeur avant Fàge. « Hier, c^ëtait possible, répliqua-t-il fière- « ment ; aujourd'hui, il est trop lard ; le Directoire n'est plus, et on ne rebâtit pas sur des rui- « Des. » Un député , depuis conseQler' d'État , proposa, diton, la dictature; il fut, tout haut, seul de son avis. Enfin on s'arrêta à la nomiua* tionde trois consuls, Sieyès, Roger-Ducos et Bonaparte.

Avant de se séparer , Sieyès , qui connaissait parfaitement l'esprit du conseil des Ginq«Gents, et dont la longue expérience n'était pas tranquille sur la convocation de Saint-Cloud, proposa de faire arrêter, pendant la nuit, quarante députés dont il prévoyait la résistance. « Les demi-mesu- « res, disait-il, ont toujours tout compromis. » Lucien comptant sur son courage , et s'abusant peut-être sur son influence, ne partaj^t a point cette opinion, qui fut également combattue par

■Cornet les appelle, dans sa brochure, les grands poU^ tiquas du conseil des Anciens, et laisse entendre que le^ trojft quarts de ceux qui avaient concouru à révéoement du matin 9 auraient voulu pouvoir reculer.

2S4 aisiDENGES BOTALES.

quelques membres des Anciens. « J*ai juré, dit a alors Bonaparte , de protéger la représentation « nattonale ; je ne ^eux point, ce soir, irioler nion « senncnl 5 je ne crains pas de si faibles enne- (c mis. » C'est ainsi que César et Guise s'étaient écriés : Ils n'oseraient t

On s'ajouinc au lendemain^ on se donne rendez-vous à Saint-Cloud.

La nuit du 18 au 19 fut calme; tout était terminé , que plusieurs quarliei*s de Paris se demandaient s il s était passé quelque chose* Mais il y eut un grand mouvement parmi les troupes de la garnison. Bonaparte nomma le général Lefebvre son premier lieutenant' ; le général Andréossy, chef de réfat-major général avec Doucet et €afarelli sous ses ordres; Lannes, commandant du quartier général des Tuileries; Miihaud, du Luibembourg; Marmont, de rartillerie à l'École militaire; Berruyer, des Invalides; Morand, de Paris; Macdonald, de Versailles; Serrurier, du Point du jour, et Murât y de Saint-Cloud, où Ton dirigea une nombreuse cavalerie et un régiment de grenadiers.

• Le 18, à dix heures du matin, Gobier, Barras et Moulins avaient mandé legént r al Lefebvre; mais ( c lui-ci avait répondu ({ue, d'après le décret des Aociens, // n 'avait plus de compte à rendre qu'à Bonaparte y devenu son généraL

Ainsi y Paris était dans une oeintot^ de fer, et

Saint-Cloud ressemblait à un camp Les appartements du côté gauche du Palais, devenus plus tard le salon des princes et le cabinet de l'empereur, avaient été disposés pour Bonaparte et son état-major} les inspecteurs de la commission oo cupèrent les pièces qui ont formé depuis Pappartement tle rimpératrice ; le conseil des Anciens était installé dans la grande galerie d'ÂpoUon; on préparait TOrangerie pour le conseil des Cinq- Cents. La lenteur des préparatifs aggrava les périls de la situation : on allait , on errait dans les cours; les députés se formaient en petits groupes; ils se demandaient récipro({uement ce qu'on était Tenu &ire à Saint-Gloud. Ceux qui étaient dans le secret n'en disaient qué la moitié; ils avouaient seulement que le moment était venu de régénérer le gouyernement, de donner aux lois plus d'empire : si l'on avait remis la force ar« mée dans les mains de Bonaparte , c'était pour retremper la république aux sources de la gloire; et dès qu'il aurait accompli cette mission , il déposerait ce pouvoir extraoï dinaire pour devenir

t I J*arrive à Saint-Cloud. La cour était un véritable camp; iofanterie, cavalerie, artillerie, état-major, rien ne manquait à l'attirail militaire. Jamais représentation nationale n'avait été mieux gardée. » (Savary, ex-membre àa conseil des An* ciens.)

'JiS6 RÉSiDl^C£S BOTALSS.

directeur*, soit avec Berthier, soitavecTalleyraDd.

Mais ces vagues suppositions étaient loin de satisfaire quelques esprits ombrageux. « £st-ce un « républicain , disaient les uns , justement indi- « gné des attentats des ennemis de la rëvolutiuu, et qui se présente k la confiance publique ?£st-ce, « au contraire, un agent du royalisme qui, a la « faveur de sa célébrité, s est chargé de relever « le trône des Bourbons? ou bien, n'est-ce qu'un «r ambitieux qui marche audacieusement à Fusur» « patiou? — L'édi&ce couslitutionuel , disaient « les autres, exige sans doute des réparations, « mais la volonlé nationale n'est pas légalement « exprimée; nos devoirs et nos serments nous «c prescrivent de nous rallier plus fortement que « jamais au pacte social dont la garde nous est « confiée, n L'énei^e de ces conversations ne faisait que trop pressentir Forage qui allait éclater dans le conseil des Ginq-Ceuts''.

■ Le général se promena seul pendant quelque temps dans le salon de Mars. Personne ne fut tenté de s'approcher de lui; il avait Tair fort inquiet: « Je ue veux plus de fac* « tiens; il faut que cela finisse^ disait-il; je n'eo yeux plus « absolument. » U s'arrêta devant cette devise : neephtrika impar; il vit son étoile. (Savarj.)

« « Vers dix heures du soir, le i8, on ordre du général Bonaparte m'avait prescrit de me rendre le lendemain , à huit heures du matin, à Saiut-Cioud, avec mon régiment. £ii

LB PALAIS D£ &AtIfT-CLOUD. 267

Enfin, a midi, la musique annonce, par la Marseillaise y T ouverture de la séance des Cinq- Cents. Ijesdëputés prennent place dans un morne silence. — E. ( iaudin monte à la tribune, et après ]e tableau babiluei des maux et des dangers de la république , « Il est temps ^ ajoute-t-il ^ de sauver a la pali ic , et de réintégrer le peuple dans ses a droits : vous y parviendiez, si, en brumaire , « vous montrez le dé vouement de frucddor. » Ces paroles transparentes, à travers ks((uelles on aperçoit déjà la proscription et la dictature, sont accueillies par une eficoyable tempête; de tous les côtés de la salle partent des cris, des rumeurs, des vociférations. « Je sens trop ma dignité de pré- « sident, dit Lucien Bonaparte, pour ne pas rappe- « 1er à Tordre les perturbateurs. — On a parlé de « facdeux, s'écrie Granmaison; nous les connais- « sons, etils ne m'épouvantent pas. Je demande que

y arrivant, j'y trouvai le général, qui occupait l'une des pièces la moins délabrée de ce château et Ja plu» lapprochée de rOrangerie. Il régnait déjà de Tagitalion, et je crus priideut de défendre à mon régiment toute communication avec les députés. Augereau» Jourdan, Talot, Garreau et Salieetti se promenaient dans la cour et paraissaient dans Tintention de s'adresser aux troupes. Le général approuva la précaution que j'avais prise et me retint prés de lui. »

(Relation manuscrite du maréchal Sébastiani.)

a58 R^IDENCKS ROYALES.

<c nons fiassions le serment de nous opposer au rëta- , <c blissementdetouteespècede tyrannie. — Oui, dit

« Delbred; la constitution ou la mort! vive la « constitution ! renouvelons tous notre serment de (c fidélité à la constitution ! — Appuyé ! Appuyé ! « Le serment! vive la république! » L'assemblée entière se lève » et chacun de ses membres prête individuellement serment à la constitution , au milieu d'un calme inijxjsatit et solennel. « Ce te serment f s'écrie Bigonet, aura le même reten> « tissement que celui du Jeu de paume ' ; mais il « serait illusoire, si nous ik nous hâtions de le « remplir en envoyant un message au Directoire « pom* lui annoncer notre installation; un mes- « sage au conseil des Viu iciis pour lui demander « les motifs de notre convocation. — .Un message « au Directoire! répond , en souriant , Darracq : « mais où l'enverrez- vous? Exisle-t-il un Direca toire? »

Le conseil des Anciens transmetaux Cinq-Cents

une lettre de Barras ainsi conçue :

■ Pour rendre la prestation du serment .plus auguste et en rappeler chaque jour la sainteté , on avait arrêté qu'il serait dressé vis-à-vis de la tribune du conseil des Anciens un autel en forme antique» sur lequel devait être plâcéle livre de la constitution de l'an m.

LE PALAIS 1>B SÀI]!fT-OLOtrD.

« 1 8 brumaire. ,

« Citoyens représentants,

« Engagé dans les aCTaires publiques unique* « ment par ma passion pour la liberté, je n*ai

« consenti à accepter la première magistrature « de l'État que pour la soutenir dans les périls « par mon dévouement; pour préserver des tt atteintes de ses ennemis, les patriotes compro^ « mis dans sa cause , et pour assurer aux défen« « seurs de la patrie ces soins particuliers qui ne « pouvaient leur être plus constamment donnés c que par un citoyen anciennement témoin 4e « leurs vertus héroïi^ues, et laujourii Louché de « leurs bescM^ns.

« La gloire qui accompagne le retour -du guer* a rier illustre à qui j'ai eu le t)onheur d'ouvrir « le chemin de la gloire, les marques éclatantes « de conBance que lui donne le Corps législatif, « et le décret de la représentation nalionale m'ont « convaincu que, quel que soit le .poste où m'ap- « pelle désormais Fintérét public, les périls de <i la liberté sont surmoniés , et les intérêts des « armées garantis. Je rentre avec joie dans les « rangs de simple citoyen ; heureux , après tant « d*orages, de remetli e entiers et plus respec*

a6o RESIDENCES ROYALES.

« tables que jamais, les déclins de la r^|Hiblique, H dont j'ai partagé le dépôt.

« Salut et respect..

« Signé Barras. »

Tandis qu'une discussion insignifiante s'ouvre sur cette démission , un mouvement extraordinaire se manifeste dans rassemblée ; fous les regards se portent vers l'entrée de la salle. C'est le général Bonaparte !

Iiislruit par ses amis de ce qui s était passé daus le conseil des Cinq-Cents , et de la scène du serment, Bonaparte avait senti qu'il était perdu s'il restait oisif' . 11 savait que hk me dans le conseil des Anciens, il y avait de l'hésitation % et ce n'était pas sans motifs qu'il avait fait parvenir à Lemercier 3, leur président, celte lettre du secrétaire général du Directoire : a Le messager d'État « que vous aviez cfaargé d'un message pour le Di-

' > Déjà Augereau le croyait perdu. «Vous voici dans uoe «Jolie situation, lui avait-îl diL — Augereau, sonviens-toi « d'Arcole, où les affaires étaient plus désespérées, loi répood

(( Bona|jat tej sois tranquille, dans une heure tout sera « changé. »

a On avait été frappé des plaintes de Colombei , de Savary et d'autres y qui accusaient la commission des inspecteurs de ne les avoir pas convoqués.

^ A trois heures et demie.

Lt PALAIS DE SAINT-CLOUJ). 2G1

« recloil'e' me l'a présenté; je n'ai pu le recevoir « parce que quatre membres du Directoire ayant « donné leur démission , et le cinquième ayant « été mis en surveillance par ordre du général « en chef, il ne se trouve plus de Directoire^. »

Après la lecture de cette lettre dont Tà-propos avait été calculé, Bonaparte, comptant plus en»core sur la magie de sa présence , s était rendu, par le salon de Mars , avec ses aides de camp , dans la grande galerie où siégeait le conseil des Anciens. Le président lui ayant accordé la parole : « Eeprésentants du peuple, ditpili vous êtes sur un « volcan! Mes intentions sont pures, et déjà on « m'abreuvede calomnies ; on parle d'un nouveau « César, d'un nouveau Cromwell ! La patrie n'a pas «r de plus zélé défenseur que moi ; je veux lui conu server la liberté et Tégalité.... — Et la constitii- « tion? s'écria Linglet. — La constitution! reprit « Bonaparte; vous l'avez violée au i8 fructidor; a VOUS l'avez violée au 22 floréal; vous Tavez « violée au 3o prairial. La constitution! elle est

' Message pour annoncer (|ue le conseil des Ancieus était constitué à Saint-Cloud.

* Personne ne fut dupe de cette lettre; la séaocelîit suspendue, chacun se leva (néconteïit. « Eh bien, dis-je à mes * collègues, vous avei ouvert les yeux trop tard, il n'est plus H t^nips. » (Savary.)

ft62 HisiDENCES ROYALES.

A invoquée par toutes les factions, et toutes les « factions la méprisent. On confire. Nom-* « mez les ooospirateurs. — S'il feut nomm^ « les hommes , je dirai que Barras et Moulins « m'ont propose de me mettre à la téte d'un « parti pour renverser tous les hommes à « idées libérales {/nouvement dans rassemblée) ; « mais j'ai dédaigné ces propositions. Mon bras, fit armé par -vous de pouvoirs extraordinaires, « ne frappera que les factieux ; et si quelque ora- « teur payé par Tétrai^er parlait de me mettre « hors la loi, j'en appellerais à vous, mes braves « compagnons d'armes, vous que J'ai tant de fois « menés à la victoire ; à vous braves défenseurs « de la république; j'en appellerais à votre couft rage, et nous triomplienons, car je marche « accompagné du dieu de la fortune et du dieu « de la guerre'. »

Ce discours , à travers lequel on entrevoyait les baïonnettes et les bonnets de grenadiers, n avait que médiocrement réchauffé le zèle attiédi des amis de Sieyès, lorsque Bonaparte, pour porter le dernier coup , se présenta au conseil des Cinq-Cents , suivi de quelques grenadim et

■ « Le conieîl des Anciens reçut le général Bonaparte avec calme. Son dUcours fut peu éloquent; il était trop ému. »

(Relâtiuu du maréchal Sébastiani.)

de plusieurs oiliciers généraux qui restereul sur le seuil de la porte. A son aspect, toute rassemblée, par un mouvement électrique, se lève comme un seul bomme. — « Qu'esUce que cela ? a s'écrie-t-on de toutes parts : des sabres f des « baïonuettes , des soldats! »

Bonapaite s'avance; et comme le pi'ésident siégeait sur un des côtés latéraux de l'Orangerie , il fallait, pour ariiver à la barre, traversier la moitié de la salle. A peine a-t-il bàt qpelques pas, que plusieurs députés lui adressent avec vivacité des interpellations : «Cest doue pour cela que tu « as Taincu? » lui dit* Destrem, en lui frappant sur l'épaule. — « Que faites-vous? ajoute Bigonel n en le saisissant p^r le bras; que taite$-vou&, « téméraire? Retirez-vous; vous violez le sanca tuaire des lois. »

Mais on ne se borne pas à des remontrances. — Les cris de hors lahil à bas les tyrans ! à àas Cromwclll se fout entendre sur tous les bancs; les députés quittent leurs places en tumulte, ils entourent, ils apostrophent le nouveau dictateur, qui se trouble et pâlit. Le général Lefehvre, qui a vu le danger , crie aux grenadiers : « Sauvez

votre général! »et les grenadiers emportent plutôt qu ils u einmènenl Bonaparte , qui disparaît avec sa garde.

a6/| itiibiUKJSCtS UOYALES.

fiigonet ' monte auprès du président,, pour lut

témoigner sa surprise et sa douleur. — « On se a trompe, » répond avec émotion Lucien, qui, après la scène qui venait de se passer sous ses ' yeux, sentait le l)esoin de dissimuler, «on se trompe : mon IVère n'a que des desseins géné- « reux et favorables à la liberté. J'ai même lieu t* de croire qu il ne se présentait au conseil que « pour remettre des pouvoirs dont il a du déjà « sentir la surcharge ; et si je pouvais parvenir à « me faire entendre , il me serait facile de rendre « à rassemblée le calme que réclament les grands « intérêts de la patrie. » Ces adroites paroles, entendues de quelques autres députés , ramènent un moment de silence, dont Lucien profite pour es* sayer de justifier la démarche de son frère ; mais lorsqu'il raj)pelle ses lauriers , une voix s'écrie : « Il les a flétris. » Lorsqu'il parle de son amour pour la liberté , une ^uiLre \oix réplique : « Il a a profané le sanctuaire des lois : à bas les dicta- «c teurs ! à bas les tyrans! » et Delbred et Âréna demandent au président de mettre Bonaparte hors la loi. « Misérables , s'écrie avec indignation « Lucien qui s'élance à la tribune ^, mettre hors

* Qn^ d'Éiai du iS brumaire, par Bigonet, ex-membre du conseil det Cinq-Cents , exclu le 19 brumaire an viii. —

Paris, 18 19.

' Chazul le remplaça au fauteuil.

LK PALAIS DE SAINT-CLOUD. Ifc65

« la loi mon frère ^ le sauveur de la patrie l » Sa voix est ëtouflTëe par de nouvelles clameurs. Accablé de douleur et de colère , il dépose son écfaarpe etles insignes de la présidence, et descend de la tribune. Un peloton de grenadiers entre dans la salle. — « Est-ce encore Bonaparte? que « vient-il faire? » — L'asseniblée était dans la plus grande agitation.

Après Facciieil qu'il avait reçu dans le conseil des Cinq-Cents, le général en cbef, bien aux regrets sans doute de n'avoir point suivi le conseil de faire arrêter une quarantaine de députés , s'était retiré dans la chambre du comité de direction, où il attendait avec anxiété le résultat des efforts que tenterait son frère pour ramener l'assemblée à de meilleures dispositions. Dès qu'il avait appris la violence de l'opposition , il avait fait consulter Sieyès, qui se tenait sur l'avenue du palais de St-Cloud, dans une voiture attelée de six chevaux de poste , et dont la main invisible dirigeait , du fond de cet étiange et prudent cabinet , les fils de cette scène laborieuse et dramatique ; et l'ex-directeurlui ayant conseillé défaire enlever Lucien, afin de se concerter plus librement avec ku , et peut-être d'intimider les Cinq-Cents par l'absence de leur président, Bonaparte avait rassemblé ses grenadiers dans la cour du château ; il les avait harangués en ces termes : k Soldats , j'allais /eur

Digitizea by L^OOgle

a66 R]isii>KNC£s royales.

c( làii*e cûiioaiire les moyens de sauver la l ëpubli- «que 9 et de nous rendre notre gloire; Us m*onl « répondu à coups de poignard ! Soldats, puis-je « compter sur vous? » — Oui, oui ! — et il avait ordonné à un détachement de pénétrer dans TOraiigerie et d'enlever le président. Ce qui fut exécuté, malgré les réclamalions et les cris de l'assemblée. — ccCest par ordre du général, » répondait le capitaine-commandant. — «Eh bien ! s'écrie le a député Talot, allons, au milieu de la force armée, « cherchera Paris protection et sûreté, Non, « disaient Scherlok , Destrem et autres, il est plus « digne de braver à notre poste , conmie le sénat «c de Rome , les derniers outrages de la tyrannie, y»

Pendant cette vaine et confuse délibération, Lucien Bonaparte, général improvisé, était à cheval, au milieu des troupes, dans la cour du château , où , d'une voix forte et animée , il faisait retentir ces énergiques paroles : « Gtoyeus et sol- « dats, le président du conseil des Cinq* Cents « vous déclare que l'immense majorité de ce <c conseil est dans le moment sous la terreur de N quelques représentants à stylets qui assiègent « la tribune, présentent la mort à leurs collègues, '< et enlèvent les délibérations les plus aitreuses.

« Je vous déclare que ces audacieux brigands, « sans doute soldés par l'Angleterre , se sont mis <i en rébellion contre le conseil des Anciens , et

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LU PALAIS D£ iàAl£«T-CLOliD. 267

ir ont osé parler de mettre hors la loi le général

a chaîné de l'exécution de son décret , comme si « nous étions encore à ce temps affreux de leur «f règne, où ce mot hors la loi suflisait pour faire « tomber les tètes les plus chères à la patrie.

« Je vous déclare que ce petit nombre de fu* •t rieux se sont mis eux-iiicmes hors la loi par (c leurs attentats contre la liberté. Âu nom de ce ce peuple qui depuis tant d^années est le jouet de tt ces misérables enfants de la terreur , je confie « aux guerriers le soin de délivrer la majorité de «c leurs représentants.

« Général, et vous soldats, et vous tous cia toyens, vous ne reconnaîtrez pour législateurs , « de la France que ceux qui vont se rendre au- « près de moi. Quant à ceux qui resteraient dans « rOrangerie, que la force les expulse!... Ces bri- « gaiids ne sont plus représentants du peuple, «c mais les représentants du poignardL,. que ce « titre leur reste; qu'il les suive partout ; et lors^ « qu'ils oseront se montrer au peuple, que tous « les doigts les désignent sous ce nom mérité des « représentants du poignard!

« Vive la république ! >.

Cet audacieux langage électrise les troupes ; et profitant de leur enthousiasme, Bonaparte s'écrie :

« Président , vos oi dres seront remplis ; » et il ordonne à Murât de faire évacuer par la force la

a68 ]tlU»lDKNCi:S ROYALES.

salle des Cinq-Cents. Les soldats sMIancent au pas

de chai ge et au cri devn^e Bonaparte ! L'assemblée répond par les cris de vwe la constitution ! Fiue la republiqueîlje général Leclerc ' , suivi de cinquante grenadiers , entre dans la salle : « Au nom du « général fionaparte, dit<4l j le Corps législatif est a dissous ; que les bons citoyens se retirent. » — Les députes demeurent à leurs places. Llu oilicîer monte à la tribune et répète : « Représentants, « retirez- vous, c'est Tordre du général ^ « iMènie immobilité. Alors Murât s écrie : Grenadiers y en avant ! ïje tambour bat la chaîne ; les grenadiers occupent la salle dans toute sa longueur ; et les députés, chassés par les baïonnettes , s'échappent les uns par la porte , les autres par les fenêtres, et quittent pêle-méle l'Orangerie et Saint-Cloud^.

Informé par Fargues de cette déroute parlementaire, le conseil des Anciens se crut seul investi du droit de sauver la patrie; et, sur la pro-

* BcAu-frère de Napoléon.

> « Bunaparle nous donna Tordre d'entrer dans ia salle du conseil des Cinq-Cents avec nos troupes. Murât se mit à notre téte, et dans un instant la salle fut évacuée par les députés , qui se dispersèrent de tous cotés. >

(Relation du maréchal Sébastiani.)

3 On donna aussitôt la consigne dont parle Savary dans sa LrociiLire ; - J'étais allé, dit-il, chez un restaurateur. Je reviens, je me présente à la grille : — On ne passe pas ! — Je présente ma médaille : — On sort, mais on ii' entre pas. »

position de Cornudet, ce conseil, à sept heures

du soir, se foi ma en comité géni ral , où l'on arrêta la nomioation d'une commission executive de trois membres, et d'une commission législative, ainsi que rajournement des conseils au i*"^ nivôse. Déjà le président Lemercier se préparait à promulguer ce décret, lorsque, à sa grande suiprise, on vint lui annoncer qiïun graïui nombre ' de membres des Ginq^nts n'avaient pas quitté Saint-Cioud, et qu'ils venaient de se réunir de nouveau dans l'Orangerie , sous la présidence de Lucien fionaparte. Il était neuf heures du soir.

Les deux conseils, pour conserver quelques apparences légales après lattentat dont Saint- Cloud venait d'être témoin , cherchent à mettre quelque harmonie dans leui s actes respectifs. Le conseil des Anciens commence par rapporter le décret qu'il avait rendu deux heures auparavant; le conseil des Cinq-Cents , sur la proposition de Berenger^, déclare : « Que le général Bonaff parte, les généraux Lefebvre, Gardanne,lesgre-

uadiei s du Corps législatif et du Directoire exé- « cutif , les 6% 79**, 86^ de ligne, 8^ et 9® de dra-

gons , et les grenadiers qui ont couvert le général « en chef de leur corps et de leurs armes, ont « bien mérUé de la patrie I n

' Erreur.

* Conseilier d'État.

a^O RÉSIDENCES ROYAL ES.

Mais la journée était perdue si la conadtuUon tCMail pas renversée; si l'austère opposition qui

avait repoussé Je général , n'était proscrite ; si eofio le pouvoir n'était pas remis dans les mains des principaux auteurs du coup d'État. Boulay de la Meurthe se charge de démontrer les vices de la constitution de l'an uj; Villetard pro* pose une loi qui institue trois consuls et deux commissions, et qui exclut du Corps législatif soixante -deux de ses membres, pour cause étexcès €t etailentats. Les deux conseils l'adoptent Frr^rx illc demande que les nouveaux consuls soient introduits pour prêter serment. A deux heures après minuit» le tambour but aux champs, et Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos entrât dans la salle des Cinq-Cents, a Cici toyens consuls, leur dit le président, le j^us « giand peuple de la terre vous confie ses des- <( tinées; dans trois mois, lopin ion vous attend. « Le bonheur de trente millions d^ommes , tel « est le mandat que la patrie remet entre vos « mains; vous saurez le remplir.» 11 reçoit le serment des trois consuls, déclare que le conseil des Cinq-Cents s'ajourne au ventôse dans son palais; et ie petit nombre de députés présents

■ Vdr, aux pièces justificatives, la loi du ij9 bnmiaîrc, lettre A du chapitre IV.

LE PALAIS DE SAINT-CLOUD* Zfj l

à la séâuce * se retirent aux crts tardifs de f^iW /a république!

El Paris s'illuminait , et une proclaujalioii , lue aux flambeaux sur les places publiques, annonçait à la capitale la révolution de Saint-Cloud

■ Le Mémorial de Sainte^Hélène prétend qu'il y aTalt une centaine de députéS| et même qu'à onoe heinres -du soir les deux conseils étaient en grande majorité* Napoléen aura été mal servi par sa mémoire, s'il faut en croire les témoignages non susperts de MM. Sébastiani et Cornet :

« On eut de la peine à réunir assez de nu luhres des conseils pour forintr le bureau et les comiiiibsions. La salie était remplie d*oftici ers. Lorsque tous les décrets eurent été libellés y les secrétaires en firent la lecture -et déclarèrent qn*î1s étaient adoptés. A deux heures du matin, je quittai Saînt-doud pour rentrer dsns ma caserne de Paris. »

(Manuscrit du maréchal Sébastiani.)

« TJn certain nombre de députés du conseil des Cmq-Cenls erraient çà et là dans les appartements de Saint-Cloud, dans les corridors, dans les cours. Us étaient des esijfectants i ils savaient la tentative et voulaient en tirer parti.

« Alors, on insinua à ces membres du conseil des Cinq- Cents de se former en assemblée; ils étaient vingt-cinq ou trente. On fabriqua un projet de loi, qui est celle du 19 bruuiaire an viii. Le coust-il prétendu des Cinq-Cents le délibéra. Il fut apporté au couseil des Anciens, qui était intact, et la loi fut votée par la minorité; la majorité était ftmde et silencieuse. » (Cornet, brochure. IfoUee Hisiorùfue SÊirle 16 hmmaire,)

a Pièces justificatives du cha|ntre IV, lettre B.

Uigiiizea by L^OOgle

2^2 li£S10£J!fG£S AOTALES.

et le triomphe de Bonaparte ; et les trois consuls

allaient siustaller au palais du Luxembourg, à la place du Directoire qui avait disparu ^

Telles furent les journées des 1 8 et 19 brumaire an viii : elles ont été diverseuienl appréciées selon la diversité des temps^ des opinions, des intérêts. Pour en écrire le récit, nous avons interrogé les sources ies plus authentiques; nous avons écouté les hommes qui avaient joué un rôle dans ces scènes mémorables; nous avons recueilli et pesé les témoignages les plus dignes de foi, et nous croyons en avoir tracé un tableau impartial et fidèle. C'est également sans passion que nous jugerons ce coup d'État, aujourd'hui surtout qu'il peut être dégagé des calomnies ou des fables qui avaient paru nécessaires au succès du moment.— Ainsi, on a dit qu aux Cinq-Cents on avait voulu assassiner Boriapariel Lucien, dans sa harangue à cheval, a appelé les députés les représentants du poignard; Bonaparte, dans sa proclamation , les deux conseils dans leurs déclarations, les régiments dans leurs adresses, ont tonné contre les' assa.ssuis ; ou a donné Tordre d'arrêter Âréna et plusieui's autres députés comme coupables de cet

I Roger-ûucos «t Sieyès reprirent leurs appartements. Bonaparte occupa celui de Moulias ; celui de Gohier était destiné à madame Bonaparte.

LE PALAIS DM, SAINl^CLOliD.

attentat; enfin, le Moniteur* a raconte que ce Thomé j grenadier du Corps législatif, qui avait eu la manche de son habit déchirée» en garantissant le général en chef d*un coup de stylet, avait déjeuné, le ai brumaire, avec la citoyenne Bonaparte qui l'avait embrassé, et lui avait mis au doigt un anneau de la valeur de deux mille écus. »

Jl est avéré| aujourd'hui, que tout cela n'était qu'une triste comédie jouée pour essayer de jus* tifier la violence exercée contre les représentants de la nation :

« Les poignards dont on a prétendu que Bo« naparte dut être frappé, dit Bigonnet, député au conseil des Cinq-Cents, sont une de ces fictions que le parti vainqueur a très*maladroitement ajustée à son récit. Car, sans présenter une simple dénégation pour en établir la fausseté , il suffit de remarquer le langage que Lucien tint au conseil, peu dlnstants après l'espèce d'apparition du général. — Laissons donc cette imposture, laissons l'annonce que l'on s'empressa d'en faire, le soir même , sur tous les théâtres de la capitale ^, ainsi que les témoignages de reconnaissance donnés par madame Bonaparte au grenadier qui avait

■ Brumaire an viii.

^ * A la représentation de la Girouette de Samt-Cloud , au Vaudeville, au ipotneiit où Vou présente la couronne au

s 74 RisiDBNCBS ROTALB9.

eu la complaifiance de recevoir dans son habit , le coup porté à son mari; laissons surtout le per^

fide honneur que Ton voulut en faire au député Ârénaf c'est une fable grossière \ »

Savary, membre du conseil des Andens, rap> porte à son tour une anecdote qui s'accorde avec cette dénégation :

« Un sous-offîcier de la garde, dit-il, vint me faire part qu'un de ses camarades qui se trouvait à SaintCloud, Tenait d'éprouver un de ces coups de la foi lune, auquel il ne s'attendait pas. 11 racontait d'une manière fort plaisante qu'il avait été mandé chez le général; que là, il avait appris qu'il avait sauvé la vie au général en recevant le coup de poignard qui lui était de»<. tiné; qu'Q méritait une récompense; que madame Bonaparte lui avait fait d'abord le cadeau d'une belle bague ; qu'on allait lui donner une pension; qu'il serait fait officier, et qu'il fallait qu il se disposât à partir... Il ajoutait, en riant, qu'il était fort heureux pour lui d'avoir déchiré lamanchedeson habit^en passantauprès d'uneporte*;»

libérateur du général en chef, Tacteur vole à la loge de rétat-major et jette la couronne civique sur la tète du véritable libérateur, le grenadier Thome, qui assistait au spectacle. • {Moniteur^ 25 brumaire an vm.) I Caupd'têatdu iS brumaire,

* Mon examen de eonseieaee sur le x8 bnmaire, page S7.

Carre, ex-dëputé aux Gnq-Cents, ex>tribun ,

racontait qu'à Saint-Cloud , avant la séance , il lui était venu à la pensée de monter chez le général Berthier; que là, sur une table, il avait aperçu un petit poignard , et qu'après la scène de rOrangerie, il avait reconnu ce même poignard parmi ceux qu'on prétendait avoir ramassés à la place ou les grenadiers avaient enlevé leur général.

Le maréchal Sébastiani , compatriote et ami de

^apoléon , et dont le témoignage ne j)eut être suspect, ne dit pas un mot de cette circonstance dans sa relation écrite peu de temps après le

i8 1)1 Li mail c.

Entin, lorsqu'une sœur du grenadier Thomé demanda à la chambre une pension en commémo» ration de la conduite de son frère , un député , ancien membre du conseil des Cinq-Cents, déclara que c'était une fable, et la chambre passa à Tordre du jour.

Tel doit être aussi l'arrêt de l'histoire. Mais il est facile de comprendre par quels motifs les deux Bonaparte eurent recours à ces moyens extraordinaires. Le conseil des Anciens , embarrassé de l'initiative qu'il avait prise , et surtout de l'énergie du conseil des Cinq-Cents, n'agissait plus que mollement à Saint-Cloud; il voulait bien appeler Bonaparte à la place de directeur, mais il com-

Digitizea by L^OOgle

2^6 llÉSlDliNCES ROYAÏ-KS.

nuançait à craindre un maître 11 fallait donc

triompher de ses scrupules et raRennîr son zèle : la lettre calculée du secrétaire du Directoire et la grande image du dieu de la Jortune ^ et de la guerte n'avaient point suffi; Bonaparte alors imagina de faire appeler dans son cabinet Fargues , membre du conseil des Anciens, et le pria de raconter à ses collègues qu'on avait voulu le poignarder !

Les Ginq^nts, plus attachés encore aux piincipes de la république et prêts à tout sacrifier pour

ne point rétrograder vers le despotisme , avaient forcé celui qui se présentait en dictateur dans leur enceinte, à se rejeter tout pâle dans les bras de ses grenadiers; ils avaient étouffé la voix de leur président qui osait encore parler de liberté en présence des baïonnettes; les soldats eux-* mêmes, travailiés par les généraux dissidents, avaient paru hésiter une première fois à lutter contre les représentants de la nation , parmi les^ quels ils apercevaient le vainqueur de Fleuras...

■ Mot plus poétique que vrai. On manquait d'aiigent; Réal vînt rue Cbantereîne, le iS, dire à Bonaparte qu'il y avait 600,000 fr. dans la caisse de la police. « — Et Fouché? >» répondit le général. « — Il est prêt h les livrer, snriin reçu « de votre main. — Est-ce qu'on écrit jamais rien uu jour « comme celui-ci ? » reprit Bonaparte.

LE PALAIS DE SAfNT-CLOUD. A77

11 ialiait donc exalter leur courage jusqu'à Taudace$ il fallait soulever leur indignation. Cest pourquoi Lucien , dont l énergie décida cette révolution y ne balança point à signaler les députés à la vengeance des troupes, non plus comme des avocats, mais comme les représentants du poipiard; et les soldats^ trompés par cette mâle calomnie , se ruèrent contre les prétendus assassins de leur général.

Il serait injuste de méconnaître qu'au jour où Bonaparte débarqua à Fréjus, la France, fatiguée d'un gouvernement en désordre, appelait de tous ses vœux un changement, et que le vainqueur des Pyramides était désigné par la voix publique comme le futur libérateur de la patrie ; il serait injuste d'oublier qu'aux jours de révolution, il n y a rien de pur parmi les mortels, et que le succès sert de voile et d'excuse à bien des choses; il serait injuste enfin de ne point applaudir au premier usage que Bonaparte fit de sa victoire ; mais, dans l'intérêt des biens les plus précieux de la société , la liberté et l'ordre légal , nous ne pouvons, sans regret et sans douleur , voir des soldats égarés par leurs chefs, assiéger le sanctuaire des lois comme une place de guerre, et traiter en ennemis l'élite de leurs concitoyens; nous ne pouvons pardonner à un général couvert de gloire d'avoir insulté parla violence au courage

ayB BisiJ>EHCES eota.les.

et àlalidéiitédes représentants d'un grand peuple' ; et plus Faurëole qui brillait au front du nouveau César était éclatante, plus nous devons le plaindre de s être laissé entraîner àde semblables excès; plus nous devons faire ressortir ses craintes et aes embarras , pour inspirer aux ambitieux un juste et salutaire effroi; plus enfm , nous devons flétrir, dans sa forme , un acte qui, s'il trouvait de faciles imitateurs, laisserait toujours la représentation nationale k la merci d'un soldat victorieux.

La fortune de Bonaparte ne se fit pas attendre. A la première séance que tinrent les trois consuls il fut ëlu pi ésident. Sieyès, qui avait compté sur la voix de Duoos, témoigna quelque humeur de cette préférence ^, et en rentrant chez lui , où dînaient Talleyrand, Rœderer, Cornue! et, Cabanis et plusieurs autres de ses amis : « Messieurs , dit- « il, nous nous sommes donné un maître.»

Sieyès avait raison, et la rapidité des événements justifia ses paroles. Bonaparte, à Campo-

' Un membre de la chambre eiiUauL dans la salle ac* tuelle des députés : « A la boaue heure! s'ccria-t-il; Bonan parte à Saiut-Cloud ûtsauter la republique par les fenêtres, « mais nous, nous n'avons pas à craindre de 18 brumaire; « on ne nous a pas âdt de croisées ! »

* II novembre 1799.

^ Le Mémorial de Sainte^Mélène indique tes moyens de

consolation que Bonaparle employa pour calmer Sieyès,

Formio, avait dit aux plénipotentiairts de TAu-

triclje : a Le peuple français a fait une république; « il refera , s'il le veut , une monarchie » Cel avenir ëtait-ii déjà dans la pensée du vainqueur de ritalie ? Quoi qu'il en soit , tout s'arrange pour hâter cette réédification. Le président du consulat devient premier consul^; après le traité d* Amiens, il est réélu pour dix ans; le i8 floréal an x, le sénat le proclame consul à vie , et décrète « qu'une « statue de la Paix , tenant d'une main le laurier ec de la victoire, de l'autre le sénatus-consulte , tt attestera à la postérité la reconnaissance de la « nation. » C'était déjà régner : aussi les résidences royales furent-elles mises à la disposition de l'héritier des rois.

Le vainqueur de Marengo, séduit par le souvenir du 1 9 brumaire autant quepar la beauté du lieu et la proximité de Paris, choisit Saint-Cloud, berceau de sa puissance, pour sa résidence d'été. Il fallut l'approprier à ses goûts et aux habitudes d'une cour militaire : les boudoirs de Marie- Antoinette disparurent. On conserva les grands appartements qui font face à la cour d^honneur, et les belles galeries de Mignai d ; on bâtit une salle de spectacle à l'extrémité de l'Orangerie.

' Mémorial de Sainte-Hélène.

' CoDstitutioQ de l'an viit.

aSo KJÉSll>KJMC£b KUYAL£S.

M. de Choiseul avait rapporté , de ses voyages en (irèce, le modèle en plâtre d'un monument d'AihèDes placé sous FAcropoIis, appelé la lanterne de Démosthène , et non , comme on Fa répandu vulgairement, la lanterne de Diogène. Ceux qui avaient substitué ce dernier nom à Tautre voulaient sans doute 9 par une flatteuse allusion , laisser deviner que Diogène avait enfin trouvé à Saint- Gloud rhomme qu'il cherchait depuis si longtemps... Les frères Trabuchet exécutèrent cette lanterne avec un art qui la fit admirer à l'exposition publique de Tan xi. Le premier consul la fît transporter à Saint-Cloud, et la plaça sur un obélisque élevé par M. Fontaine, architecte de l'empereur. Lorsque Bonaparte couchait à Saint- Cloud, la lanterne de Démosthène, placée sur le plateau le plus élevé du parc , devenait un phare qui annonçait à la capitale que le chef de l'État reposait dans ce palais.

Mais le titre de premier magistrat de la république n'était plus assez pour Bonaparte , et sa conscience, d'accord avec son ambition, lui disait qu'il avait droit à une plus haute dignité. N'étaitce pas lui qui avait triomphé de l'Europe à Ma* rengo ? donné la paix à la France ? arrêté le cours des désordres et de la guerre ci\ile? rallernii l'empire des lois? relevé les autels de la religion? oi^nisé le gouvernement^ ramené les lettres et

les arts exilés par la terreur? réglé les intérêts des famiiles conformément aux }>i*incipes d'égalité proclamés en 1 789 ' ? institué ces ré* compenses si puissantes sur Timagination des hommes ^ ? créé enfin les grands corps de l'État pour maintenir Téquilibredes pouvoirs ^ ? —Tout cela ne méritait-il pas une couronne?.... Sois heureux. César , tu vas régner! — Vois dans ce même palaisoù la liberté renversée fut le marchepied de la fortune , vois se presser autour de Un, sous l'habit de sénateurs , ces faciles répubhcains qui avaient préparé ta puissance, et daigne mon» ter au trône au bruit ilalteur des paroles du second consul 9 oi^ne de l'admiration publique ^!

« Le décret ^ que le sénat présente à Fotre Ma- « /Wj'^É;///2/;£T/«/^,ditCambacërès, n'est quel'expres- « sioo d'une volonté déjà manifestée par la nation ^.

* Gode Civil.

* Légion d^honneiir.

^ Le sénat, le tribunal, le couàtil d'État, le cor[)S législatif.

^ Cambacérès, ancien ministre de la justice sous le Directoire.

^ Ce décret avait été proposé au trîb^inat par Curée; le tribunat l'adopta» et le soumît, le a6 floréal an xii, à la sanction du sénat.

6 Des registres avaient été ouvcrls, pour la forme, cLuih toutes les municipalités ; la nation , touchée des grands sei-

a8a R^IOSEIGfiS BOTÂLE8.

« 11 n'ajoute rien à votre gloire ni à vos droits ; ce « n'est qu*uD tribut que la nation paye à sa propre « di^ité... Aunom du sénat, pour la gloire comme tt pour le bonheur de la république, je proclame « Napoléon Empereur des Français. » — J'accepte , a répond Bonaparte , le titre (jue le sénat croit a Utile à la gloire de la nation f d et après ceite cérémonie , le chancelier du sénat accompagné du président du corps législatif, du président du tribunat, des deux préfets, des douze maires, du gouverneur de Paris , et d'une foule d'officiers généraux, parcourt la capitale, musique en téte, et proclame Napoléon 1" Empereur des Français

On s'étonna que le sénat , composé en grande

vices rendus par Bonaparte, ne demandait pas mieux que de lui décerner le plus haut gage de sa recon naissance ; mais on nous pardonnera de citer une anecdote qui peut au besoin donner une idée de la sincérité de certaines adhésions nationales. Un des généraux qui avaient le plus contribué au succès du z$ brumaire, mit à l'ordre du jour Télévation du premier consul à l'empire. « Soldats, dit-îl, celui qui tous a «si hoiivent conduits à la victoire, le général Bonaparte, « premier consul, est proposé pour empereur. Vous êtes « libres de voter pour ou contre; mais je dois vous prévenir « que le premier d'entre vous qui dira non^ sera fusillé à la « lète du régiment. — Fwe la liberté! »

' i8 mai 1804.

partie des hommes qui avaient le plus aidé à renverser Fancienne monarchie , se montrât si docile et si prompt à relever un trône; mais les uns, encore effravës des excès de la révolution et de la toutc-puissauce de la muitilude, pensaient qoe le pouvoii* d'un seul , placé dans de glorieuses mains , serait plus conforme aux besoins du pays; les autres ne mettaient point de bornes à leur admiration et à leur reconnaissance pour le héros qui, après avoir vaincn les ennemis de la France sur les champs de bataille, avait, au dedans, détruit l'anarchie et rétabli Tordre et les lois; presque tous enfin avaient dépensé dans les luttes révolutionnaires cette somme de courage et d'activité que le del répartit aux hommes politiques ; et , fati* gués, ils aspiraient au repos, heureux d'abriter leur vieille indépendance sous l'éclat des abeilles impénales.

Cependant quelques républicains, au front austère, plus iidèies à leurs souvenirs, ne virent point de sang-froid mourir la liberté , et reparaître la couronne qu'ils avaient brisée dans les premiers élans de leur ardeur patriolique. Ainsi , Gamoty au tribunal , osa demander s'il était digne de la France d'aller chercher un empereur dans une île où les Bomaius dédaignaient de prendre des esclaves *; ainsi, Chenier exhala son courroux

* Ganiota cte ministre de Na|Joléoii eu iSiâi.

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2 84 ilisll>£«C£S ROYALES»

dans cette énei inique et belle pièce de vers iiilitiilée la Pivmeîiode à Saint' iUoud^ :

Houle avec majesté te» ondes fugitives, Seines j*aiine à rêver sortes paisibles rives , En laissant comme toi la reine des cités. Ah ! lorsque la nature, à mesyenx attristé»,

Le front orné de fleurs, brille en vain renaissante; L(irs(jiic (lu renouvoaii 1 haleine caressante Bafiaicliit l'univers de jeunesse paré^ Sans ranimer mon front pâle et décoloré; Du moins auprès de toi que je retEOuve encore Ce calme inspirateur que le poète implore ! Le soleil afûnbli vient dorer les vallons ; La nature sourit à ses derniers ravons. Saint-Cloud, je t'aperçois; j'ai vu,luui de tes rives, S'enfuir sous les roseaux tes naïades plaintives ; J*imite leur exemple, et je fuis devant toi : L'air de la servitude est trop pesant pour moi. Ames yeux éblouis vainement tu présentes De tes bois toujours verts les masses imposantes, Tes jardins prolongés qui bordent ces coleaux, £t qui semblent de loin suspendus sur les eaux : Désormais je n'y vois que la toge avilie Sous la main du guerrier qu*admira l'Italie. Des champêtres plaisirs tu n'es plus le séjour; Ah ! de la liberté tu vis le dernier jour. Dix ans d'efforts pour elle ont produit l'esclavage j Un Corse a des Français dévoré l'béritage. Élite des héros au combat moissonnés, Martyrs avec la gloire à l'écfaafaud traînés,

LE PAtAlS DE SAINT^CLOUD. ^85

Vous tombiez satisfaits dans une autre espérance ! Trop de sang, trop de pleurs ont inondé la France; û«ces pleurs, de ce sang un homme est héritier. Aujourd*hui dans un homme un peuple est tout entier! Tel est le fruit amer des discordes civiles. Mais les fers ont-ils pu trouver des mains serviles? Les Français de leurs droits ne sont-ils plus jaloux? Cet homme a-t-il pensé que, vainqueur avec tous, il pourrait, malgré tous, envahir leur puissance? Déserteur de l*Égypte, a-t-ii conquis la France? Jeune imprudent, arrête! où donc est rennemi ? Si dans Tartdes tyrans tu n'es pas alFermi..... Vains cris ! plus de sénat : la république expire ; Sous uu nouveau Croniwell naît un nouvel empire. Hélas! le malheureux, sur ce bord enchante, Ensevelit sa gloire avec la liberté.

Crédule, j'ai longtemps célébré ses conquêtes; Au forum, au sénat, dans nos jeux , dans nos fêtes t Je proclamais son nom, je vantais ses exploits. Quand ses lauriers soumis se courbaient sous les lois , Quand, simple citoyen, soUl ii du peuple libre, Aux bords de l'Éridau , de i'Adige et du Tibre , Foudroyant tour à tour quelques tyrans pervers. Des nattoAs en pleurs sa main brisait les fers; Ou quand son noble exil aux sables de Syrie , Des palmes du Liban couronnait sa patrie. Mais, lorsqu'en fugitif regagnant ses foyers, Il vint contre Tempire échanger les lauriers, Je n'ai point caressé sa brillante infamie; Ha voix des oppresseurs fut toujours ennemie; Et tandis qu'il voyait des flots d'adorateurs Lui vendre avec l'État leurs vers adulateurs, Le tyran dans sa cour remarqua mon absence j

a86 RÉSIDENCES nOYALES.

Car je chuite la gloire, et non pas ia puittanoe.

Le troupeau se rassemble à la voix des bergers ; J'entends frémir du soir les insectes légers;

Des nocturnes zt [)]iyrs je sens la douce haleine; Le soleii de ses feux ne rougit plus la plaine, Et cet astre plus doux, qui luit au haut des cieux » Argenté tnoUemeDt les flots sitencienx.

Mais une Yoix qui sort du yallon solitaire He dit: Viens ; tes amis ne sont plus sur la terre ; Viens : tu veux rester libre, et le peuple est vaincu. Il est vrai : jeune encor, j'ai déjà trop vécu. LVspéraiice lointaine et les vastrs pensées Embellissaient mes nuits tranquillement bercées y A mon esprit déçu, facile à prévenir, Des mensonges riants coloraient Tavenir.

Flatteuse illusion, tu m*es bientôt ravie ! Vous m'avex délaissé , doux rêves de la vie, Plaisii-s, gloire , bonheur, patrie et liberté, Vous fuyez loin d'un cœur vide et désenchanté. Les travaux , les chagrins ont double mes années; Ma vie est sans couleur, et raes pâles journées M'olTrent de longs ennuis Tencbalkiement certain , Lugubres comme un soir qui n'eut pas de matin. Je vob le but, j'y touche, et j'ai soif de l'atteindre. Le feu qui me brAIatt a besoin de s'éteindre ; Ce qui m'en reste encor n'est (]u'uri morjie ilarubeau Éclairant a mes yeux leebeniin du touiheaii. Que je repose en paix sous le gazon rustique. Sur les bords du ruisseau pur et mélancolique I Vous, amis des humains et des champs et des vers , Par un doux souvenir peuplea ces lieux déserts ; Suspendes aux tilleuls qui fohnent ces bocages Mes derniers vêtements mouillés de tant d'orages.

LE DE 5AINT-CLOIID. 287

Là, quelquefois encor, daignes vous rassembler ; Là, prononce! Tadieu ; que je senle couler Sur le sol enfermant mes cendres endormies , Des mots partis du cœnr et des larmes amies!

Si Chénier ne chantait que la gloire ^ y d^antres adoraient la puissance; et la France était prosternée aux pieds du nouveau Gharlemagnef et le saint pontife quittait ses États pour Tenir verser riiuiie sainte sur son front, dans la vieille basilique de Notre-Dame.

Napoléon aimait tendrement le fils a! né de la reine Hoitense; il avait même, dit-on, le projet de le choisir pour héritier de sa couronne; aussi voulut-il donner au baptême de ce jeune prince le plus grand éclat. Pie Vil présida lui-même à la cérémonie :

•« Dimanche 3 germinal, à trois heures après

' Voltaire semblerait avoir répoadu d'avance à Chéoier, par ces vers de la Mort de César :

Tu vois nos citoyens plus puissants que des roisf . lïos mœurs changent , Brutus , il faut changer nos lois. La liberté n'est plus <iue le droit de se nuire : Rome qui détruit tout semble enfin se détruire; Ce colosse effrayant dont le monde est foulé , En pressant l'univers est lui-même ébranlé ; Il penche vers sa chute , et contre la tempête 11 demande mon bras pour soutenir sa tête.

Îl88 RÉSIDENCES ROYALES.

midi y LL. MM. IL, suivies de la eour, se rendirent à Saint-Cloud pour le baptême du prince Kapoiéou Louis, iils de S. A. I. Mgr le prince Louis.

a Cette cérémonie a été &ite avec la plus grande

pompe par Sa Sainteté.

« Huit voitures impériales ont conduit à Saint- Cloud le Pàpe et son cortège, composé de cardinaux, archevêques, évéques et prélats, et des grands officiers de Sa Sainteté.

a Les appartements du palais de Saint-Cloud élaieul disposés y pour cette cérémonie ^ ainsi qu'il suit :

a Chapelle, L'extrémité de la galerie, convenablement ornée et tendue , a été convertie en c];iapelle;

« Devant l'autel a été placé un fauteuil pour

le Pape ;

a A droite de Tautel, du côté de Tégiise, étaient des tabourets pour les six prélats du Pâpe ;

«( A leur gauche, plus près de l'autel, les prélats du second ordre;

<c À droite des prélats > un banc à dossier, richement couvert, poin- neul cardinaux ;

« De l'autre coté de la ciiapeliey vis-à-vis les cardinaux , quinze chaises pour les archevêques et évéques ;

tf A six pieds en avant des marches de l'autel,

l.V. PALAIS DE SAINT-CLOUO. 289

était une table richement décorée, sur laquelle

a été placé le vase, couvert en blanc , tenant lieu de fonts.

« À droite et à gauche de cette table, deux

crédences, Tune pour les honneurs, l'autre pour les objets nécessaires à la cérémonie.

« Au milieu de la chapelle, et vis-à-vis les fonts, deux fauteuils et deux prie-Dieu pour le parrain et la mai raine.

« A droite du fauteuil de S. M., un fauteuil pour l'impératrice et trois chaises pour les princesses.

« A gauche du fauteuil de la marraine, six

chaises pour les princes de la famille impériale et les princes de l'empire.

« Saile du lit. Dans l'un des salons de Timpératrice, il a ( té dressé, sur une plate-forme, un lit sans colonnes , et surmonté d un dais.

« Au pied du lit, était étendu un grand manteau d'éloffe riche doublé d'hermine, destiné à porter l'enfant au baptême.

«t Dans la même chambre , étaient deux tables richement couvertes, destinées à recevoir, l'une les honneurs de l'enfant, savoir : le cierge, le chrémeau et la salière; l'autre, plus parée, ceux des parrain et marraine, savoir : le bassin, l'aiguière et la serviette.

« Ta serviette était placée sur un carreau d'é-

«9^ • RÉSIDENCES UOYALËS.

toffe d'or; tous les autres honneurs, hors le

cierge, étaient sur des plats d'or.

« A droite du lit, était M""" de Villeneuve, dame d'honneur de M!^ Louis, remplaçant madame Viry , indisposée, et à i^aurbe, madame de Boubers faisant les foiictious de gouvernante, la sousgouyernante derrière elle.

a Les princes et princesses de la famille impériale , les princes de l'empire , les grands oliiciers de la couronne , les dames destinées à porter les quatre coins du manteau , el celles qui devaient porter les honneurs, se sont rassemblés dans la salle du lit.

«Les officiers civils de l'Empereur, les chambellans et écuy ers des princes, elles dames et oiliciers des princesses qui n'étaient pas de la cérémonie, sont restés dans le salon voisin ; les autres personnes invitées se sont placées dans le salonde Mars; les ministres et les grands officiers militaires, dans la salle du Trône.

« M. le grand aumônier ayant pris les ordres de S. Si., de concert avec M. le grand maitre des cérémonies, est allé chercher Sa Sainteté dans son appartement et Ta conduite dans la chapelle.

«c Le grand maître des cérémonies, avec les autres grands officiers de la couronne et le colonel général de la garde de service, est allé prendre les ordres de TEmpereur dans son cabinet.

Digitizeû by LiOOgle

LE PALAIS DE SAIHT-CLOKD. 29!

c L'Ëmperear s'est rendu dans le salon du lit, avec la mari'aiDe (S. A. 1; Madame, mère de S. M.)^ jnrécMé par le grand maître, le grand écuyeret

le grand maréchal, et suivi par le colonel g( ik lal de la garde , le gi'and aumônier, le grand chambellan et le grand yeneur.

a A Fari ivce du parrain et de la marraine, l'enfont a été découvert par M»^ de Villeneuve et M"» de Boul>ers.

a La première a levé l'en faut et l'a remis au parrain, qui a chargé M"^ de fioubers de le porter aux fonts.

« Le grand maître des cérémonies a remis la salière à M!^ de Bouillé ;

« Le chrémcau à de Montalivet ;

« Le cierge à M^^ la maréchale Lannes;

«c La serviette à M"^ de Serant;

« L'aigu ièie à M""'Savary; a Le bassin à M"^^ de Talhouet.

« Alors, tout partit pour se rendre à la chapelle :

« Les princes de l'empire et ceux de la famille impériale, précédés de leurs écuyers et suivis de leurs chambellans;

41 I^es princesses précédées par leurs officiers et suivies par leurs dames ;

a L'impératrice que précédaieiil les pages, les écuyers et les chambellans de S. M.; à la droite

^ AESIDKJMCËS itUYALËS.

de rimpératrice, était sa dame d'honneur, et un peu eu arrière y sou premier aumèmer; à sa gauche^ son premier ëcuyer, sa dame d'atour et deux officiers supérieurs de la garde ; un page portait la queue de la robe de S. M,^ les dames du palais marchaient derrière elle.

«c Les ministres et les grands officiers militaires qui u avaient point de fonctions dans la cérémonie, suivaient le cort^e de l'impératrice ; celui de l'Empereur marchait ensuite dans l'ordre suivant :

« Les huissiers;

« IjCS hérauts d'armes;

« Les pages;

ce Les aides des cérémonies; « Le maître des cérémonies;

« Les ëcuyers et les préfets du palais de S. M.; « Les chambellans de S. M.; « Les aides de camp de S. M.;

a L'écuyer, l'aide de camp et le chambellan ile service.

« Les honneurs dans l'ordre suivant :

a La salière ; « Le chrémeau; « Le cierge ; « La serviette; ic L'aiguière 9 « Le bassin;

LE PALAIS 1>£ SÀIMI'CLOOD. Sg.')

« L'enfant;

« Mesdames les maréchales bei uadotle, Besàèresy Davoust et Mortier portant les coins de son manteau ;

tt Le grand maitre des cérémonies ^ le grand écuyer et le grand maréchal ;

« L'Empereur, suivi du colonel général de la garde, du grand aumônier , du grand chambellan, du grand veneur, du ministre des cultes , des colonels généraux de la garde et des officiers de sa maison qui n'étaient pas de service;

« À. gauche de l'Empereur, Madame , mère de S. M., suivie de ses dames et officiers.

« En entrant dans la chapelle, tout le cortège qui précédait les honneurs, s'est rangé à droite et à gauche de la porte.

<K Les dames portant les honneurs se sont avancées, et se sont rangées à droite et à gauche des fonts baptismaux.

« Les grands officiers se sont placés derrière l'Empereur, excepté le grand aumônier qui s'est placé entre le fauteuil du parrain et de la marlaine, et le grand maître des cérémonies qui se tenait en avant et à la droite de l'empereur.

tf Le maître des cérémonies ecclésiastiques se tenait derrière le grand aumônier et à portée de lui.

<c Les officiers des princes se tenaient der-

294 nÉSlDENCfiS JiOYALES.

rière eux , et les dames et officiers des princesses derrière leurs altesses.

« Toutes les autres personnes assistant à la cérémonie étaient dans la galerie, sans désigna* tion de places.

c( Alors les cérémonies religieuses ont été Mtes par Sa Sainteté , ainsi qu'il est d'usage. Àprès le baptême, le premier chambeliau et le grand maréchal ont donné à laver au parrain et à la marraine.

a L'enfant a ëlé reconduit au salon du lit avec le même cortège qui l'avait accomp^é en allant à la chapelle.

« LL. MM. 11. ont dîne avec Madame, mère de TËmpereuri les princes de la famille , ceux de l'empire, et M. le prince Boi^èse, beau-frère de S. M.

« D'autres tables ont été servies , savoir : celle des cardinaux 9 archevêques évéques et prélats.

S. E. Më"" le cardinal Fesch, grand auuiùuiei , en a fait les honneurs.

« Celle des ministres , maréchaux et autres grands officiers de l'empire. A cette table , dont M. le générai Duroc, grand maréchal du palais , a fait les honneurs, ont été placés le président, les préteurs, chancelier et trésorier du Sénat, les présidents des sections du Conseil cr£tat, celui du Corps légidatif , celui du Tribunat , et

LE PALA^lS» DE SAlSiV-CLOVD*

le premier président de la Cour de cassation.

(c Celle des dames de la maison impériale et des maisons des princes et princesses , dont les honneurs ont été faits par M"** de Laroche-

foucauld, dame d'honneur de S. M. Timpératrice.

a Enfin celle des officiers des maisons tant de LL. MM. que des princes et princesses; M. de Lucay, premier préfet du palais , a fait les honneurs de cette table.

« Le soir^ les principaux acteurs de la scène française ont joué, sur le théâtre de la cour, Athalie ^ avec des chœurs exécutés par les artistes de TAcadémie impériale de musique.

« Â cette représentation brillante ont assisté LL. MM. IL, Madame, mère de l'I jupereur, les princes et princesses, toute la cour, le corps diplomatique et plusieurs membres des premières autorités de l'Etat.

« Pour se rendre des appartements au théâtre, LL. MM. et leur cortège ont traversé rOrangerie, élégamment éclairée en feux de couleur.

ce Le spectacle a été suivi du cercle.

tf Pendant toute la journée, le parc de Saint- Cloud a été ouvei l au public; les eaux ont joué; des spectacles forains et autres divertissements ont été offerts à Taffluence des citoyens; cette aiiiuence était très-cotisidérable. Depuis Theuie

de midi, la route de Paris avait été couverte de voitures et de piétons, et semblait être devenue une longue promenade. Cette foule, répandue dans le parc et dans les avenues, a animé ces beaux lieux par un spectacle auquel le retour de la beUe saison donnait un nouveau prix.

u Jje soir, il y a eu feu d'artifice; le palais et les jardins out été lUuiaiués ; ils ont été , jusqu'à une heure avancée, remplis du bruit des orchestres y des chants et des éclats de la gaieté populaire'. »

La mort de ce jeune prince détermina Napoléon , vainqueur à Wagram , à contracter une alliance qui lui permit d'avoii' des héritiers. 11 lui en coûtait de se séparer de Joséphine , qui avait brillé sur sa vie comme un astre bienfaisant ^ ; il hésitait : tantôt il jetait en avant quelques mots pour l'éprouver ; tantôt, il faisait sonder indirectement par Fouché ses secrètes dispositions* Il ne pouvait se dissimuler qu'une femme ne descendrait pas du cœur et du trône de Napoléon sans un amer désespoii- ; mais la raison d'État, et peut-être aussi Torgueilleuse faiblesse

' Cérémonial du baptême du prince Napoléon -Louis. (MonUeur unipersel du 6 germinal an xiu (A7 mars i8o5.)

* « le gagne des batailles, disait Napoléon, et Joséphine

« me jjâgue les cœurs. «

L£ FAISAIS DE SAUTOHXOtJD. 397

de mêler son sang au sang des C-esars, l'cniportèreDt sur les plus doux souvenirs et sur les plus touchantes larmes. Le Sonoyembre 1809, après avoir dîné téte à tête aux Tuileries avec Joséphine, Napoléon laissa enfin échapper son secret. « J'étais debout près de la porte, dit M. de Beausset , ancien préfet du palais impérial ' 9 lorsque Napoléon Fouvrit lui-même^ et, m'aper> cevant , me dit vivement : « Entrez, Beausset , et « fermez la porte. » J'entre dans ie salon , et j'aperçois Fimpératrice étendue sur le tapis, poussant des plaintes déchirantes. « Non , je n'y survivrai pas, disait linfortunée. » iNapoleon me dit: «Êtes -VOUS assez fort pour enlever Joséphine et « la porter chez elle? J'obéis, et je soulevai cette piincesse que je croyais atteinte d'une attaque de nerfs. Avec l'aide de Napoléon, je l'enlevai dans mes bras , et lui-même prenant un flambeau sur la table, m'éclaira et ouvrit la porte du salon, qui par un couloir obscur conduisait au petit escalier intérieur... Nous descendîmes sans accident, et déposâmes ce précieux fardeau sur une ottomane dans la chambre à coucher Dans le

trouble qu'il éprouvait, INapoléon m'apprit la cause de tout ce qui venait de se passer. « L'in-

' Mémoires anecdotiqiu's sur l'intérieur du palais^ pout servir à rhistoire de Napoléon , 1827.

a^O RESIDENCES AOÏAJ^b.

n térét de la France et de ma dynastie , me dit^il,

a a fait violence à mon cœur; le divorce est de- «tvenu un devoir rigoureux pour moi; je suis « d*autant plus affîigé de la scène que vient de « faire Josépiiiue, que depuis trois jours elle a « dû savoir par Hortense la malheureuse obliga- « tion qui me condamne à me séparer dVlle. » Sa voix était émue, et des larmes mouillaient ses yeux.

La dissolution du mariage fut prononcée le la janvier lôio j Joséphine se retira à la Malmaisou', et un conseil secret se tint à Saint^^Uoud pour délibérer sur Falliance la plus avantageuse à la France. Ce conseil , présidé par Napoléon , était composé de Joseph, roi d'Espagne; de Louis, roi de Hollande; de Murât, roi de Naples; du prince archichancelier, du prince de Talle^rand et du duc de Bassano. Le- choix roula sur trois princesses, une sœur de l'empereur Alexandre, une ai chiduchesse d'Autriche , eniin la fille du roi de Saxe.

Dans les conférences d'Erfurt, l'empereur de Russie avait laissé entrevoir que cette union ne

* C'est là qu'elle acheva son brillant réve, au milieu de toutes lesafEectians qui avaient hanoré et embelli sa vie, et que lui avaient méritées les grâces de son esprit et la bonté

de son cœur.

L£ PALMS I>£ SAINT-CLOliD. ^99

lui déplairait pas ; le roi de Saxe eût été fier de

donner sa fille augrand capitaine qui avait changé en diadème sa couronne ducale; une dépêche du comte de Narbonne ■ , notre ambassadeur à Vien ne, annonçait de la part de T Autriche le plus gracieux empressement. Murât opina pour la Saxe; Gambacérès pour la Russie; Tallevtaïul pouv iWiUiiche; le choix du conseil s'arrêta sur larchiduchesseMarie-Louise, pour qui Napoléon penchait secrètement. — Le contrat fut dressé sur le modèle de celui de Louis XVI avec Marie-Antoinette. Hélas! le mariage ne devait pas être plus heureux!..... 11 fut célébré civilemefit dans la chapelle du palais deSaint-Cloud , le i^*^ avril 1810 conformément au programme qui suit :

' Ancieo ministre delà guerre sous Louis XVI, il dut sa fortune, sous Napoléon, à son esprit, extrêmement distingué,

et peut-être aussi (tant il y a de faiblesses dans les âmes les

plus hautes!) à l'idée de présenter une lettre à l'empereur cumme on les préâeutait à Louis XiV.

a On prétend qtie lorsque Napoléon avait épousé Joséphine, veuve de Beauharnais (le 19 ventôse an iv de la république), il avait produit un acte de biiptenie qui le faisait naître en 1768, au lieu de 1769, époque ;\ laquelle il a toujours rapporté sa naissance , afin d'être né Français, parce que c'est en 17^19 seulement que la Corse a été réunie à la France.

On lit à ce sujet les détails suivants dans la Revue historique de la noblesse :

300 MÉSiDENGES 1IOYAI.1ÎS.

a Le jour désigné pour la célébration du mariage civil , à onze heures , toutes les personnes

« Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'une circonstance bizarre est venue donner à cette assertion une apparence d'authenticité. Lorsque Napoléon épousa Joséphine de Tascher, il produisit on acte de baptême du 5 février

1768,01 cette pièce, qui devait rester annexée aux reijistres de l'ôtat civil, en fut enlevée par uidre de Bonaparte, devenu empereur. Quel a été le motif d'une pareille mesure? L'extrait baptistaire était-il faux ou falsifié? Napoléon, pour faire sa cour à Joséphine de Tascher, a-t-il voulu se vieillir d*un an, ets*est-il servi de Tacte de naissance de son frère aîné '? Nous ne saurions trancher la question. En Tabsence de la pièce , qu'il eût été si curieux de comparer avec Tactc i\c baptême produit à Brienne, il serait naturel d'avoir recours aux souvenirs des tcnioins qui assistèrent à la cérémonie du mariage. Mais Calmelet est mort le dernier des quatre , il y a déjà plus d'un an. Il prétendait» dit-on, que Napoléon étant pressé de partir pour l'armée d'Italie, et ne pouvant ûdre venir assez tôt ses papiers, à cause delà difficulté des communications avec la Corse, on présenta l'acte de baptême de Joseph, que quelques biograj)! u s loiit naître précisément le 5 février 1768. Il racontait en outre que Napolcon se fit attendre à ia municipalité jusqu'à dix heures du soir, et cpie le maire n'ayant pu vaincre le sommeil qui l'accablait, s'était enGn endormi. Peut-être doit-on attribuer à cet assoupissement les nombreuses irrégularités qu'offre la rédaction de l'acte de mariage, dans lequd la qualité de veuve de Beau-

' Joflépbine substitoa , dit-oo, de son cAtd, l'acte de naisMnce d'une de ses Meurs, \>\us jeune qu'elle de quatre ans.

LR PALAIS DE SAIM-CLOlîD. 3o I

qui doivent composer le cortège de LL* MM., se réuniront au palais de Saint-Cloud; savoir, celles

harnais n*a pas été donnée nne seule fois à la future impératrice. Le voici textuellement :

Extrait du registre des actes de mariage de i'état civil du deuxième arrondissement ^ pour i'an JK

« Du dix -neuvième jour du mois de ventôse de l'an quatrième de la république.

« Acte de mariage de NapoUone Bonaparte , général en chef de Tannée de Tintérieur, âgé de vingt-huit ans, né à Ajaccio, département delà Corse, domicilié à Paris, me d'Antin, n» . . . , lils de Charles Bonaparte, rentier, et de Letizia Ranioliiii ;

Et de Marie-Joseph-Rose de Tascher, âgée de vingt-huit ans, née à Tiie Martinique , dans les îles du Vent , domiciliée à Paris, rue Chantereine, fille de Joseph Gaspard de Tas^ cher, capitaine de dragons, et de Rose-Claire Desvergers de Sanois, son épouse.

«Moi, Cliarles-Francois Lerlercq, o flicier de l'ctat civil du arrondissement du canton de Paris, après avoir fait lecture, en présence des parties et témoins, de l'acte de naissance de NapoUone Bonaparte, qui constate qu'il est né le 5 février 1768, de légitime mariage de Charles Bonaparte et de Letiaia Ramolini, a® l'acte de naissance de Marie- Joseph- Rose de Tascher, qui constate qu'elle est née le yingt-trois juin rail sept cent soixante-sept, de légitime mariage de Joseph-Gaspard de Tascher, et de Rose-Claire Desvergers de Sanois; vu l'extrait de décès d'Alexandre-François- Marie Beauhamaisy qui constate qu'il est décédé le cinq thermidor an deux, marié à Marie-Jfiseph-Rose de Tascher; vu l'ex-

3oa RÉSfDSNCES BOYALES.

du service de ilmpératrice , dans les salons de son appartemeot y du c6tè du jardin; et celles

du service de l'Empereur, dans les jardins de son appartement y attenant à celui de rimpératrice, du càté de la cour.

tt À. midi, les maitres et aides des cérémonies se réuniront dans la galerie, qui jusqu'alors sera Fermée , et placeront les personnes invitées:

« Derrière Testrade, les officiers de la maison de l'Empereur et des maisons des princes et prin* cesses qui ne sont pas de service.

a L'espace a droite et à gauche en avant de 1 estrait des publications dudit mariage dûment affiché le temps prescrit parla loi sans opposition, et après aiib^i que Napo- Houe Bonaparte et Marie-Joseph-Kose de Tascher ont eu déclaré à haute voix se prendre mutueUement pour époux, j'ai prononcé à liante voix que Napolione Bonaparte et Marie- Joseph-Rose de Tascher sont unis en mariage , et ce, en pré* sence des témoins majeurs ci-après nommés , savoir : Paul Barras, membre du Directoire exécutif, domicilié palais du Luxembourg; Jean Lemarrois, aide de camp, capitaine, domicilié rue des Capucines; Jean-Lambert Tallien, membre du Corps législatif, domicilié <\ Chaillot; Etienne- Jacques- Jérôme Caimeleti homme de loi, domicilié rue de la Place- Vendôme, n^ 307, qui tous ont signé avec les parties et moi, après lecture. « Signé au registre .*

Napolionk Blonapaetk; m. J. R. Taschek; Tallinn j P. Bahras; J. Lemareois le jeune; Calmki:.kt, et LvcLBRCQy maire. »

LE PALAIS DE SAINT-CLOUD. 3o3

trade , sera divisé en compartiments qui seront

lioïiiinalivement affectés :

« Aux dames des princesses ;

«Aux femmes des ministres et des grands officiers de Fempire ;

« Aux dames invitées ;

« Aux ambassadeurs et aux ministres étrangers;

Aux ministres ;

Aux grands officiers de Fempire ; «Aux grands aigles de la Légion d'honneur;

« Aux sénateurs ;

« Aux conseillers d*£tat ,

« Et aux hommes de la cour invités.

« Les personnes invitées qui n'auront pas pu être placées dans k galerie se tiendront dans le salon de Mars et dans les grands appartements de l'Empereur pour voir passer le cortège.

«Au fond de la galerie on placera sur une estrade deux fauteuils surmontés d'un dais , Fuu à droite pour l'Empereur , l'autre à gauche pour Fimpératrice.

« Au bas de l'estrade et de côté, il y aura une lahle couverte d'un riche tapis , avec un encrier, sur lequel seront placés les registres de Fétat

«c A deux heures , le cortège étant réuni dans les appartements de Leurs Majestés , ainsi qu'il

vient d'être dit, le grand maître des cérémonies, le

3o4 RlésIDENCFS ROYALES.

colonel général de la garde de service, les grands ofRciers de la couronne de France et d'Italie ^ iront chercher Lenrs Majestés. Le cortège partira dans Tordre suivant, pour se rendre à la galerie, en traversant le cabinet de TEmpereur, le salon des pnnces, la salle du trône et le salon de Mars :

«Les huissiers;

« Les hérauts d'armes ;

« Les pages;

<c Les aides des cérémonies:

« Les maîtres des cérémonies; « Les ofFiciers de la maison du roi d'Italie; « Les écuyers de FËmpereur de service ordinaire;

« Les chambellans de service ordinaire ; « Les aides de camp de l'Empereur ; « Les deux écuyers de jour ; a L'aide de camp de service; « Le gouverneur du palais; <c Le secrétaire de l'état de ia tamille impé- • riale^

Les grands officiers de la couronne d'Italie ;

a Le grand chambellan de France et celui d 1talie, le grand maître des cérémonies et le grand écuyer d'Italie;

« Les princes gmnds dignitaires;

a Les princes de la famille;

LE PALAIS DE SAIWT-CLOUD. 3o5

«L*Einpereiir;

« L'impératrice.

«Derrière Leurs Majestés:

c Le colonel général de la garde de service , le grand maréchal du palais, le grand maître de la maison d'Italie , le grand aumônier de France et celui d'Italie;

« Le chevalier d'honneiii et le .prince écuyer de rimpératrice^ portant la queue de son manteau;

a Les dames d'honneur de France et d'Italie, et la dame d'atour; « Les princesses de la famille ^ « Les dames du palais;

«Les dames d'honneur des princesses , les officiers de service des maisons des prluces et princesses.

«Tout le monde sera découvert.

« Le cortège étant arrivé dans la galerie , les huissiers, les hérauts d armes elles pages se rangeront par moitié, à droite et à gauche, dans le salon de Mars, auprès de la porte.

« Les officiers et gi ands ofliciers de 1 raiice et d4talie , les dames d'honneur et la dame d'atour iront se placer derrière les fauteuils de LL. MM,, suivant leur rang.

« LL. MM. IL se placeront sur le trône, les princes et pi iiiccsses à droite cl à gauche de Tes-

ao

3o(! EÉSIOENCES ROTA.LES*

trade , dans Tordre suivant et selon leur rang de famille.

A droite de l'Empereur :

« Madame;

** Le prioce Louis iXapoiéon , roi de Hollande ;

«cLeprince Jérôme Napoléon, roi de Westphalie;

« Le prince Borghèse, duc de Guaslalla;

« Le prince Joacbim Napoléon , roi de Naples;

« Le prince Eugène, vice-roi d'Italie; .

« Le prince archicbancelier;

« Le prince vice-grand^lecteur.

A gftudie de Flmpératrice :

« La princesse Julie , reine d'Espagne ; « La princesse Hortense^ reine de Hollande ; If La princesse Catherine , reine de Westphalie; « La princesse Élisa , grande-duchesse de Toscane;

« La princesse Pauline;

« La princesse Caroline , reine de iNaples ;

« Le grand-duc de Wurtzbourg ;

« La princesse Augusta , vice-reine d'Italie ;

«t La princesse Stéphanie , grande-duchesse héréditaire de fiade ;

« Le grand-duc héréditaire de Bade;

« Le prince architrésorier ;

«r Le prince vice-connétable.

a Le secrétaire de l'état de la famille impériale se placera auprès de la table.

« La première banquette sera réservée aux dames du palais»

« Le graud maître des cérémonies, les maîtres et aides des cérémonies , à droite et à gauche ^ en avant du trône.

«A l'arrivée de LL. MM., toutes les clames se lèveront et resteront debout jusqu'à la im delà cérémonie.

« L'Eni|>eieur étant assis, le grand maître des cérémonies prendra les ordres de S. M., et ira inviter S. A. S. le prince archicbancelier de Fempire à se rendre devant le fauteuil de TEmpereui'; un maître des cérémonies avertira en même temps le secrétaire de Tétat de la famille impériale , qui se rendra auprès de S. A. S. le prince archicbancelier ) et fera une révérence à LL. l!iiM.

a S. À. S. le prince archichancelîer , après avoir fait une révérence à LL. MM., dira :

a Âu nom de TËmpereur :(^ ces mots LL.MM . se lèi^eront.)

a Sire, Votre Majesté Impériale et Royale dé- «c clare-t-elle prendre en mariage S. Â. L et « R. Mabie-Louisb, archiduchesse d^Âutriche , ici a présente? »

L'Ëmpereur répondra :

«Je déclare prendre en mariage S. A. L et R. « Mar9£- Louise, archiduchesse d'Autriche, ici « présente. »

3o8 R^IDERGES ROYALES.

« La même interpellation sera adressée à S. A. L et R. rarchidiichesse d'Autriche^ en ces tennes:

•a S. A. I. et R. Marie-Louise, archiduchesse ad'Autiiche, déclare-t-eile prendre. en mariage «S. M. l'empereur et roi Napoléoit, ici présent?»

•S, A. L et R. répondra :

«c 5e déclare prendre en mariage S. M. l'empe- « REua ET ROI Napoléon, ici présent, »

« Le prince archichancelier prononcera alors le mariage en ces termes :

« Au nom de llt^mpereur et de la loi, je déclare

« que S. M. L et R. Napoléon, e^tpereur des a Français, roi d'Italie, et S. A. L et R. larclii- « duchesse BIarib-Louise, sont unis en mariage. »

ce Alors les maîtres et aides des cérémonies apporteront la table sur laquelle seront les registres de rétat dvîl ; ils la placeront devant les fauteuils de l'Empereur et de l'impératrice, et retourneront à leur place après avoir fait une profonde révérence à LL« MM.

a On procédera à la signature de Facte , de la manière suivante :

« Le secrétaire de l'état de la famille impériale présentera la plume à l'Empereur, et ensuite à

âUmpéralriee , pour signer; LL. MM. signeront assises et sans quitter leurs places.

« Les princes et princesses s'approcheront de ia table 9 recevront 1» pfanne des mains du seerétaire de Fétat de la famille impériale, et signeront; ils feront avant de signer nue révérence à l'Enipereùr et à Flmpératrice; ils s^neront dans Tordre réglé par le cérémonial.

«L'acte étant terminé par la signature du prince archichancelier et du secrétaire de Tétat de la famille impériale, les maîtres et aides des cérémonies , après avoir fait une profonde révérence à FEmpereur et à Tlmpératrice^ retireront la table qui avait été placée devant LL. MM.

« Le grand niailre des cérémonies fera une révérence à LL. MM.^ et les préviendra que la cérémonie est achevée. Alors LL. MM. se lèveront, et retourneront dans Tappartement de llmpératrice dans l'ordre suivant :

« Les huissiers, les héi nuls d'armes et les pages se rangeront dans le salon de Mars pour former la téte du cortège.

a Les officiers et grands oflfîciers qui précèdent LL. MM. se dirigeront à droite et à gauche, pour aller prendre leur rang dans la marche; les princes graruLs dignitaires et les princes de la lamille s'avanceront ensuite.

« L'Empereur et Tlmpératrice, suivis du colonel général de la garde, du grand maréchal du palais et du grand aumônier ^ du chevalier dliour

3lO RÉBIDENQSS ROYALCS.

neur, du premier écuyer, des deux dames d'honneur et de la dame d'atour, se mettront en marche immédiatement après LL. MM.

« Les princesses suivront. Enfin , les dames du palais j les dames d'honneur des princesses et les officiers de service des princes et princesses quitteront leurs places pour former la fin du cortège.

a Le cortège reconduira LL. MM. dans l'appartement de rimpératrice et se retirera.

« Pour cette cérémonie y rimpëratrice sera en grand habit de cour, avec sa couronne fermée en diamants^

tf  deux heures 9 la cérémonie du mariage civil sera annoncée par des salves d'artillerie tirées à Saint-Cloud , et répétées à Paris aux Invalides.

« Après le dîner, LL. MM. se rendront dans le salon de (amille. Le cortège qui doit les accompagner au spectacle, se réunira dans les pièces voisines.

« L'orangerie sera illuminée.

« Les personnes invitées pour la cérémonie seront invitées aussi pour le spectacle.

« Après le spectacle, l'Empereur reconduira l'Impératrice dans son appartement; lorsque l'Empereur se retii^era, l'Impératrice raccompagnera jusqu'à son premier salon.

IsE PALâlS DE SAINT-CLOUD. 3l I

« 11 y aura iliuniinalioi] générale à Saint-Gloud , el les eaux joueront à la lumière.

« Le grand maître des cérémonies y ' «t Le comte de Ségur '« v

La naissance du roi de Rome répandit une joie universelle; la France y voyait un gage de sécurité pour Tavenir*, l'Empereur, au comble de ses vœux, voulut que son boniieur lut célébré avec une pompe extraordinaire. Tous les arts furent coriNitsà Saint-(]loud, et, le i5 août 1811, le palais et les jardins slUuminèrent. C'était une forêt endianlée; chaque arbre semblait avoir été métamorphosé en bouquet de diamants, en girandole de pierreries; les cascades roulaient, au ' milieu des flammes , des eaux étincelantes de mille couleurs ; le ciel était éclairé de feux qui se croisaient dans les airs avec une éblouissante rapidité ; le canon de rartillerie impériale se mêlait à cette artillerie artificielle; des orchestres animaient partout les danses et les plaisirs; une foule immense inondait le parc et les bosquets... Tout à coup éclate un orage épouvantable : le tonnerre gronde, la pluie tombe par torrents, et réclair qui sillonne la nuit survit seul aux splendeurs de cette féerie orientale.

' MonUgurûn'it mars iSio.

3lïk RiftlDBirCES ROYALES.

Nos luoderues Calcbas qui déjà avaient lira de funestes augures du désordre occasionné par le feu au bal du prince de Schwartzemberg, ne manquèrent pas de renouveler leurs sinistres prédictions à laspect de cette pluie intempestive : les éléments décbaîués conspiraient la chute de TempireL.. L'étoile deNapoléon^ après avoir brillé comme cette féte d'un moment, disparaîtrait comme elle dans une tempête ' !...

Saint-Gloud était la résidence favorite de r£m* pereur. On y observait la même étiquettequ'aux Tuileries' ; LL. MM. diuaieui seules , excepté le

■ « Après les relevailles, la cour s'établît à Saînt-Cloud.

Le mercredi où fut tenu le premier conseil des ministres, il arriva un événement singulier. Lorsque le conseil devait avoir lieu de bonne lieure, etquil devait durer longtemps , Tusage de Napoléon était de ùâre inviter à déjeuner avec lui toutea les excellences qu'il avait convoqiuées. Le mercredi i*' mai» à peine Napoléon était4i sorti de table <pie la corde qui suspendait au-dessus de la table un grand et ma- ^nifique lustreen cristaux du Mont-Cenis .cassa , et la table iut écrasée. » (Mémoires de Beausset.)

> « LL. MBi. sont arrivées à Saint-Cloud le Bo messidor

an XI n. L'usage étant que ia résidence de S. M. l'Empereur à Saint-Cloud soit considérée comme si elle était à Paris, son arrivée a cte annoncée par le canon des Invalides. >• (11 revenait dltalie y dont il avait été proclamé roi.)

[Monitettr, no ^\ page ia45.)

LE PALAIS D£ SAIHT^LOUD. 3l3

dimanche où toute la famille impëiiaie tlait admise au banquet. Le soir, Napoléon travaillait clans son cabinet, ou descendait dans le salon de i'impéraiiice. Là, il causait avec charme et complaisance; puis, les officiers de son service remontaient pour assister à raiidienceduro«c7^6r/*, et recevoir ses ordres pour le lendemain.

Pour faire trêve aux soucis politiques , Napoléon aimait à s'entretenir avec les esprits les plus distingués , à causer des sciences qui lui étaient familières^ des arts qu'il protégeait, des lettres qu'il aimait, mais dont il redoutait parfois Tiidluence. Tantôtil se faisait lire d'avance des pièces comme Hector^ de Luce de Lancival , comme la Mort de Henri jy, de hegousé^ , par iahna, qu ii honora de son affection particulière sans avoir jamais voulu lui accorder l'objet de sa plus vive ambition, la croix d'honneur ; tantôt il faisait essayer, sur le petit théâtre de Saint-Gloud, les tragédies destinées au Théâtre-Français, comme les Étais de Btois, de Heuouard.

' A ia lecture que Talma avait faite de cette pièce devant TEmpereur, lorsqu'il prononça ce vers mis dans la bouche de Henri IV :

Je tremble» je ne sais ipiel noir pressentiment ....

Napoléon dit vivement à Legouvé : « 11 faut changer cette m expi^ssion ^ un roi peut trembler, c'est un homme comme

3l4 BiftlDERGES ftOTALI».

C'est aussi à SaiDt-Cloud que Napoléon a^ant dit à Népomuoène Lemercier : « Quand nous don» « iierez-vousune belle tragédie?» le poêle, que n'avaient point ébloui les splendeurs de l'empire , répondit, en jetant sur TEmpereur un regard prophétique : « Bientôt y fattt ncls } V

C'était en idiat, et la ti^igédie ne se fit pas attendre : commencée souslesglacesde la Russie, ensanglantée par les terribles combats de Montmirail et de Cliamp-Auberty suspendue par Tabdication de Fontainebleau , ranimée par le retour de File d'Elbe , terminée à Waterloo , elle cessa de remplir le monde , lorsque le torrent qui, depuis les Pyramides jusqu'au Kremlin, avait roulé dans sa course orageuse tant de canons , tant de trônes , tant de générations , alla se perdre dans les flots qui battent le roc de Sainte-Hélène ' ; et

« un autre , mais il ne doit jamais Tavouer. » L'auteur substitua je frémis kje tremble,

• Prédiction faite par un messager divin , à IsoHer, héros ile la Cirnéide, Vim des ancêtres de Bonaparte sous Charieluagne :

Des deux rameaux unis d'OKne et d*l$o!ier

Sortira cette branche en hauts exploits féconde^

£Hese couvrira d'un immortel laurier;

Sa gloire, eu peu de jours, embrassera le monde.

LE PALAIS DE SAIHT-CLOUD. 3f5

par deux fois, l'étranger souHla de ses fêtes et

de ses orgies la résidence impériale de Saint- Gloud!

Quelques hommes de guerre ont pensé qu*après la bataille de Waterloo , les troupes françaises/réunies sous les murs de Paris ^ auraient pu battre Tennemi enivré de son succès. Nous

Le plus grand de tes fils, dans un siècle d'orage. Triomphera , porté sur cent mille pavois ; Ses mains relèveront et le trône et la croix. L'huile sainte des Francs consacrera lliominage.

Des Alpes au Pyrène , et du Rhin aux deux mers.

Mille joyeux concerts De vingt peuples charmés rediront l'espérance..... L'hymen du conférant a comblé les souhaits..... La fille des Césars partage sft puissance..... Leur fils est pour TEurope un doux gage de paix..... Puisse enfin cette paix consoler l'univers f Puisse le conquérant joua de tant de gloire I Mais s'il est délaissé , trahi par la victoire , Il restera toujours plus grand que ses revers. Des triomphes mondains un jour détruit la trace.....

Le riel garde à ta race.

Après tant de grandeurs les maux les plus pesants..... Sur ce roc escarpé, vois, dans la iner profonde.

Celui qui releva tant de lois suppliants

Il est seul y dans les fers, aux limites du monde.

( La Ciméide, ou la Corse dêliprée, chant par Lucien

Bonaparte, prince de Canino.)

3l6 MiSlDENCKS ROYALES.

aviuusen eiïel Go,ooo hommes * sous les ordres d'uD de uos plus illustres maréchaux; notre artillerie ëtait encore formidable, et le général Ëxcel* mans venait de prouver sur les hauteurs de Versailles ce que pouvait la cavalerie française luttant corps à corps avec la cavalerie prussienne; mais le gouvernemeul piuvisoire, effrayé tout à la fois du voisinage de Napoléon et de la res* ponsabilité du sort de la capitale, s'arrêta au parti de traiter avec les aîiiës.

Dans la nuit du a juillet, H. le comte de Bondy, préfet de la Seine, reçut cette lettre du duc d'Otraute, président du gouvernement provisoire :

#r Monsieur le préfet, la commission du gouvernement (Irsire que vous vous rendiez sur-le-champ près d'elle pour prendre connaissance d'une mission exlraordinairemenl urgente et de la plus haute importance.

■ Une grande diilicuUé s'était d'abord présentée : comment nourrir une armée si considérable dans le trouble où Ton était? Le comte F. d*Hoadetot, alors aide de camp du maréchal Davoust, et aujourd'hui Ueuteoant général , aide de camp du roi, se rendit en toute hâte de la Villette à l*hôtel de ville, pour demander des vivresj et telle fut la sollicitude de cet officier et le /èle admirable du prélét et do l'administratioa, que i'armcc lui coiiiuie pur enchantement approvisionné de tout ce qui lui était nécessaire.

LE PALAIS DE SAINT-CLOUD. il*]

« La commission ne désempare point cette

nuit ^ elle vous atteiiU dans une demi-heure.

« Le duc d'Otranïe.

« Paris, a juillet iSiS, à minuit. »

Le préfet se rendit aux Tuileries où siégeait le gouvernement. — Le duc de Vicence lui dit qu il s'agissait de traiter d'une suspension d'armes et de la reddition de Paris ; que M. Bignon , chargé du portefeuille des affaires étrangères, avait rédigé une note destinée à servir de base à la négociation; on les chargea tous deux de se rendre au quartier général des alliés; mais avant tout, on leur recommanda de s'aboucher avec le maréchal prince d'Eckmiihl.

Le maréchal était à Montrouge, où il s'était transporté après' le conseil de guerre tenu à la Villette La nuit était déjà avancte , lorsque

* Ce conseil était composé des maréchaux présents à Paris et de plusieurs lieutenants généraux, des commandants du

génie et de rartillerie. Ou soumit au conseil ces questions :

1** Quel est l'état des retranche ment s vt leur aimcment, tant sur la rive droite que sur la rive gauche ?

%^ L'armée peut-elle défendre toutes les approches de Paris, même sur la rive gauche ?

3** L^armée pourrait*elle recevoir le combat sur tous les points en même temps?

4** £n cas de revers, le gênerai en chef pourrait-il réserver

3i8 aisIDENGES BOTALES.

MM. Bignoii et de Bondy arrivèrent à Montrouge. Le maréchal était assis sur sou lit; les deux commissaires prirent place sur deux chaises de paiile, et commiiniqiièrenl leurs pouvoirs. Le maréchal était en pioie a la plus grande perplexité.

« Prince 9 lui dit alors M. le comte de Bondy, a si VOUS reconnaissez vous-même que notre po- « sition militaire est bonne, que ne risquez- vous « une bataille? Commandée par un chef td que

ou recueillir assez de moyens pour s^opposer à l'entrée de vive force?

5** Existe-t-il des numitions suflisaDtes pour plusieurs combats?

6* Enfin, peut-on répondre du sort de la capitale, et pour

combien de temps ?

Le conseil fit les réponit» buivaiites :

A la première question. — Que Tétat des retranchements et armements sur la rive droite de la Seine , quoique incomplet, est en général satisfaisant; sur la rive gauche, les retranchements peuvent être regardés comme nuls.

A la deuxième. —*L*amiée le pourrait, mais non indéfiniment, et elle ue doit pas s'exposer à mauquer de vivres et de retraite.

A la troisième. — Il est difiicîle que Tannée soit attaquée sur tous les points à la fob, mais, si cela arrivait, il n'y aurait aucun espoir de résistance.

A la quatrième. — Aucun généra] ne peut répondre des «lites d*une bataille.

A la cinquicmc. — Les iiiuuitioiis sont suliisaiiles.

A la sixième. — 11 n'y a aucune garantie à cet égard.

LE PALAIS DB SAINIVCLOUD* 3ig

«VOUS, notre armée pourrait vaincre, et ceile tf victoire serait le plus beau fleuron de votre « couronne militaire. Si nous étions battus, ce «serait alors 1 allairc du préfet; j'irais avec le a commandant de la garde nationale , le maré^ « chai Masséna, trouver Teonemi, et nous serions «encore en mesure d'obtenir de bonnes condi- «c dons. Croyez-moi, on ne joue pas avec une « ville comme Paris ; et les étrangers, api'ès des «pertes nouvelles , seraient disposés à tout ac- « corder plutôt que d'essuyer un combat dans •V les rues. » — « Mon cher eamte , lut répondit «le maréchal) j'ai bien réfléchi à tout cela, et «vous auriez raison , si Tafilàirede Waterloo n'a- « vait pas eu lieu ; mais quand les imaginations ne « sont pas encore remises d'une pareille secousse, « les troupes n'ont pas toute leur valeur morale ; « et un général en chef qui songerait à prendre « rofTeusive sous de telles impressions , serait uu « insensé. Ce n'est pas que je croie un succès im- « possible ; Farmée est encore assez belle pour le « faire espérer } mais Tespoir n'est pas assez , il « faudrait une certitude; car un revers entraîne- (f rait des maux incalculables ; je pourrais , moi , « me retirer encore entre la Seine et la Marne f «mais vous^vous seriez pillés et massacrés dans « Paris. Je veux bien, toutefois, admettre avec vous <c que nous battrons T ennemi : avezrvous prévu

3aO RÉSIDENCES ROYALES.

a tous les résullats de ce succès? Avez-vous prévu <c FeOet que produirait Napoléon ressaisissant le « pouvoir au premier bruit d'un avantage, et «cela, contre la volonté de la chambre des re- « présentants et d'une partie de la population? « Ce aérait la guerre civile , Messieurs , ce serait «la guerre civile; peut -être des ruisseaux de « sang français couleraient sous nos yeux, et les « armées russe et autrichienne se précipiteraient « sur la capitale déchirée par nos dissensions, c et désarmée par Tanarchie. »

Ainsi s'exprimait le ministre et le citoyen ; mais à la pointe du jour, le soldat reprit le dessus: « J*ai bien envie de livrer bataille, disait Davoust, « après avoir passé ses troupes en revue. — Vo- « loutierS| répondit M. Bignon; battez- vous, si « vous croyez pouvoir le Caire avec bonheur. « Pour moi, ajouta M. de Bondy , je ne refuserais « pas une aussi ôei/e occasion ^ si elle m'était oia ferte* » Mais le maréchal, . sans faire connaître encore sa dernière résolution , ajourna les commissaires à onze heures. Dans cet intervalle, le prince d'Ëckmùhl tint un conseil de guerre où assistèrent les généraux Excelmans, Drouot , Pajol, Valmy, Vandamme; et il reçut à dix heures et demie la visite de Gamot, ministre de l'intérieur, quî parcourul avec le maréchal et les commissaires les troupes rangées en bataille

LE DE Sâllf T-OLOUD. I

sur les hauteuis de Montrouge. « C'en est fait , « dit-ii avec émotion à MM. Bignon et de Bondy , a j'ai mûrement i éfléclii à la position de l'armée, «r de Paris et de la t rance , et je me range , quoi- « que à regret , à l'idée du gouvernemeiit provi* « soire; le conseil de guerre que j'ai réuni partage « la même opinion ; mais du moins nous voulons «t tous que la sûreté des propriétés publiques et a particulières, et surtout la sûreté des personnes, «c soit invioiablement garantie ; hors de ces cona ditionSy point de traité. Le général Guilleminot, « mon chef d'état-major, vous accompagnera, avec « la mission spéciale de défendre les intérêts de « Farinée; et, au besoin, cette ceinture d'artille- « rie qui nous entoure , appuiera vos conféc( rences. »

Le maréchal avait envoyé piévenir le général

Ziethen, qui couiniuudait ravanl-garJc prussienne, de la prochaine arrivée des commissaires; mais cet officier avait brusquement répondu qu'il n'avait rien à démêler avec le gouvernement provisoire ; qu'il fallait s'adresser au général en chef Blûcher. Celui-ci de son c6té fit dire qu'il ne pouvait rien ordonner sans avoir consulté lord Wellington; cependant ces pourparlers finirent par renvoi d'un colonel, aide de camp du général Ziethen, quiseï vil de guide aux commissaires :

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ils se dirigèrent , par Vaugirard et Issy ' j vers

Saiiit-(ilou(l où se trouvaient les généraux en chtT des armées alliées.

De quelle douloureuse impression durant être frappées leiusâmes généreuses, en voyant le triste désordre que présentait alors ce palais où tant de rois s'étaient agenouillés devant le liéros d'Âusterlitz! Les jardins, en valus j)ar une liorde d'étrangers, présentaient l'image d'un camp; et les che» vaux du Nord se désaltéraient dans les belles eaux du parc. Un vainqueur brutal s'était couché tout habillé dans le lit de ^iapoléon; heureux, dans son orgueil , de déchirer avec ses éperons les draperies impériales! une meule de chiens, qui le suivait partout, occupait et dévastait le boudoir de rimpératrice; et les livres de la bibliothèque, Jetés péle-méle sur les parquets, attestaient son respect pour la civilisation !

Cest là, c'est dans cette pièce que les commissaires irançais furenl reçus par Blùcher et par le général Gneisnau, chef d'état-major de l'armée prussienne; Wellington n'était pas encore arrivé ; le colonel anglais Hervey le représentait. La discussionfut très-animée de lapart de nos commissaires,

« Des tirailleurs échangeaient des coups de fusil dans les plaines dlssy, et les Prussiens étaient barricadés dans le village.

LE PAL4IS im SAINT-CLOUB. 3a 3

très-liautaine de la part des étrangers. Plus d'une fois, on fut sur le point de se séparer, et le général Guillemînot , qui connaissait: la bonne disposition de nos soldats et qui avait confiance dans Tingt-cinq mille hommes de cavalerie et dans cent bouches à feu , souhaitait en secret qu'on s'en remît au sort des armes. L'arrivée de Wellington mit fin aux indécisions et aux débats. Il demanda à M. Bignon la iinif qu'il avait rédigée, se retira avec filùcber pour l'examiner en particulier, fit luinnême plusieurs notes au crayon en naarge des propositions, se borna à mettre accordé ' en regard de Tart. 12 ; et la convention, arrêtée sur des bases conformes, dans ses dispositions principales , à la note de M. Bignon et aux instructions verbales du prince d'Eckmiihl , fiit rédigée séance tenante*.

Le leudeiiiain , M. Bignon fut envoyé de nouveau au duc de Wellington, afin d'obtenir du roi Louis XVni la conservation des chambres et le maiiitien des couleurs nationales, Wellington lui

* C'est Fai ticle qui a trait à la sûreté des personnes. Un des commissiiires nous a dit qu'il avait lui-même cité quelques noms propres dans la conférence , entre autres celui du raa* Juchai Ney. « Ça ne peut faire difficulté» « avait été la réponse; et pourtant!.,.

' Capitulation de Paris. (Pièces justificatives du chap. IV.)

3^4 llisIDmCIS ROTàLSS.

répondit que cette double demande était prévue; il leur montra sur ce sujet uoe lettre de M. de Mettemich : « Pour les chambres, dit-il , la déci» « sien est prise de les licencier, dès que les armces a alliées seront entrées dans Paris; pour le dra- « peau tricolore, cettemesure eût été sage en 1 8 1 4 ; « si j'avais eu l'iiiiluence que la dernière bataille « m'a donnée, j'aurais moi-même partagé votre « avis; mais aujourd'hui les choses sont bien « changées. Le roi ne peut adopter le drapeau « dont on s'est servi pour abattre le sien. » — a Milord , répliqua M. Bignon , que le roi y ré- « fléchisse! C'est toujours un grand danger pour « un gouvernement que de laisser hors de ses « mains un signe glorieux de ralliement. » Ses instances turent vaines'. Wellington pria M. Bignon dé prévenir le duc d'Otrante de vouloir

■ La persoDDe à qui je dois principalement ces détails cnrieiix et anthentiques y ajoutait cette judicieuse réflexion ,

que Je gûuvcnuMîient provisoire, la ville de Paris ctlaniue n'avaient eu aucun rapport direct avec Louis XVIII , ni pour la convention du 3 juillet i8i 5, ni pour la conservation des chambres et des couleurs nationales; qu*on s'était toujours adressé aux Kénérauz alliés, qui servaient d'intermédiaires et pour ainsi dire de ministres à Louis XYIII. — Bfaîs n'y avait-il pas là une arrière*pensée? Ke voulait-on pas se ménager, au besoin, la ressource de dire (jue le roi n'était pas lié par une convention faite avec les généraux des armées étrangères ?

LE PALAIS J>fi SAIRT-CLOUO. 3a5

bien se rendre le soir même à Neuiily. « Dites-lui « que je le conduirai au château d'Âmouville où a Louis XVlll Fatieud à diner avec M. de Tal- « leyrand. »

Il est des noms symboliques que Ton rencontre dans toutes les crises soienueiies. Plusieurs de ceux, que nous avons vus, au i8 brumaire , graviter autour de Pastre qui accomplissait sa pre* mière révolution , se représentent à nos yeux, quinze ans après, mais dans une autre sphère; l'astre a disparu , et ses derniers rayons ont éclairé bien des métamorpiioses.

3ft6 KÉBIDEVCBS ItOTALBS

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