CHAPITRE V
LA BfiSTAUBATION. — • OAOOMIf ANCES DS ^UILLBT.
L'étranger s'est retiré , la France respire , et Louis XVIll est à Saint-Cloud, où il regrette Versailles. Le séjour de ce prince, dans cette résidence, n'a été marqué par aucun de ces actes qui laissent des traces dans la mémoire des hommes; mais ou a exécuté, sous ses ordres, plusieurs travaux qui ne sont pas sans intérêt-; on a &it dispai-aître dans l'intérieur des appartements, les tristes vestiges de l'invasion'; on a construit des écuries pour les gardes du corps*; on a terminé et
LE PILAIS m SAIinVCLOUD. i^*}
béni ' la nouvelle église commencée par Marie- ÀDtoinette; on a tracé , dans le parc, une nouvelle route pour aller de Sèvres au château; Heurtot a dessiné, sur la montagne de Montre* tout, pour les exercices et les promenades du duc de Bordeaux, un jardin, qu'après Texp^ditîon d'Elspagne, en i8a3, on décora du nom de TrO' cadero; enfin, plus d'une féte française est venue consoler les jardins de Saint-Cloud , de celle que le prince de SwarUemberg avait ofTerle en i8i5, sous leurs ombrages , aux souverains étrangers.
Après la mort de Louis XVIII % Charles X vint habiter Saint-Cloud. 11 aimait à y passer la belle saison; Fair était pur; les communications avec Paris, faciles; le petit parc, bien disposé pour les plaisirs de la chasse. Mais comme s'il était dans la destinée de ce palais de devenir le théâtre des attentats dirigés contre la liberté, nous allons voir s'y consommer un nouveau 18 brumaire, sous une autre forme, il est vrai , et avec des ré* sultats différents; lNapt>léon s éleva sur les ruines de la liberté qu'il avait renversée; Charles X tombera vaincu par elle.
Malgré (i anciennes préventions, les premiers jours du règne de ce prince, l'aiTabilité de ses
^ 16 septembr« 1S24.
3a8 RiSlDUTOBS ROYALES.
manières, des mots heureux , des attentions gracieuses, avaient fait naître des espérances que Tesprif de fanatisme religieux et politique ne tarda pas à faire évanouir. Les lois d'indemnité , de sacrilège i du droit d'aînesse, et les menées de la congrégation, révélèrent tout ce que pouvait tenter la folle ambition du vieux parti de Coblentz. Un bruit sourd, précurseur des orages, commençait à se faire entmdre; on se demandait déjà, dans les caiés, à la bourse, dans les réunions politiques, ce que l'on ferait en cas d*un coup d'État; on avait éloigné le ministère Martignac, administration modérée, assez royaliste pour se plier aux volontés de la cour, assez libérale pour les concilier avec les susceptibilités nationales^ et Charles X, en traîné par de dangereux souvenirs, par de fausses idées sur le courage des rois, enfin, par une amitié funeste', s'était entièrement abandonné à un homme qui n'avait point prêté serment à la charte; qui ne comprenait pas la France; un liomme tout d'une pièce, dont le dévouement aveugle et fanatique ne pouvait aider son maître qu'à se précipiter dans l'abîme.
Cependant, la chambre de i83o s'assemble, et par Torgane de Royer - CoUard , son président , elle porte au pied du trône cette célèbre
' Charles X appelait M. de Poliguac son citer /aies.
LE PiU^AlS DE SAIMT-GLOUD. Ô^Q
adresse votée par i de ses membres : «r l/inter-
« vention du j>a)s fait, du concours permanent « des vues politiques de votre gouvernement a avec les vœux du peuple , les conditions indi^ u pensables de la marche régulière des affaires « publiques. Sire, notre loyauté , notre dévoue* « ment nous condamnent à vous dire que ce con- « cours n existe pas. » — « Mes résolutions sont immuables!» répond le roi'; et, tandis que ses conseillers intimes le félicitent sur sa fermeté hors de propos , les véritables amis du roi et du pays gémissent et attendent avec anxiété. — On transforme les remontrances des aar en un attentat aux prérogatives royales; on se bâte de dissoudre la Chambre , on en appelle aux collèges électoraux. Le roi, en dehors de ses pouvoirs constitutionnels, adresse lui-même au peuple une proclamation à laquelle il attachait beaucoup de prix; on peut en juger par l'anecdote suivante : C'était le 19 juin 1 83o ; Charles X était àRosny avec le roi de Na pies et la famille royale; le duc d'Orléans arrive : « Monsieur, lui dit le roi avec « empressement 9 avez-vous lu le Moniteur d'au-
' Quelques jours auparavant il avait donne un jeu aux Tuileries y où il avait invité plusieurs dépatés plébéiew^ « U 7 a ici bien du méU-méh^ disait-il; mais je ne parle pas « à tout le monde. »
3io ilJB8lIl£NG£S ROYA.L£â.
a jourd'hui? — Pas encore, sire; je suis parti de « Paris de trop bonne heure. — Eli l)ien, lisezrie, « liaezrle. Y a-t-il ici un Moniteur? qu'on me a donne un Moniteur, » \je roi va lui-même le cherclier et relit tout haut sa proclama ûou. — « Ëh bien, monsieur, qu'en dites-vous? — Sire, « répond le duc d'Orléans, permettez-moi de « vous demauder avant tout si cette proclama- «t tion est l'œuvre du roi. — Polignac , Peyronnet, « moi-même, nous y avons tons travaillé, mais « qu'importe? — Jaime du moins à croire que « ce qui concerne la Charte est du roi. — La « Charte! mais ils sont fous de croire que nous a ne voulons pas de la Charte : nous la voulons «c pleine et entière ; ce serait un acte de démence « que de songera rélahlir Tancien régime. Ce sont « eux qui ne sont point dans la Charte, car ils « ont voulu m'arracher mes prérogatives. Ah! '< M. de Polignac vous di.^Adil'^ eh bien! il meplaît à moi, et malgré vous il restera. S'ils avaient « articulé quelques faits, nous aurions vu ; mais u non, il dcplaii à ces messieurs! En vérité c'est « inçoncevable. Eux aussi me déplaisaient , et je « les ai renvoyés. — Mais, sire, c'est peut-être a par respect qu'ils n'ont point allégué de griefs a particuliers: c'est ainsi que les choses se sont « passées sous le feu roi à l'égard du duc de Ri» a chelieu. — iNon, non, ou avait articulé des laits,
It PALAIS DE SAINT-CLOUD. 33 1
ff sur le Midi , je crois.— Oui, sire , mais c'est le « ministre qui s'était plaint du Midi. — Ma foi! « j'ai un peu oublié cela; tout ce que je sais, « G*est que ce n'était point le même cas. Àu sur- « plus, je suis sur mes gardes, je verrai venir, et « s'ils sortent encore de la Charte , je saurai taire <c respecter mes droits; l'article i4 m'en donne « les moyens et j'en userai'. »
Le moment n'était pas loin où Fimprudent monarque allait en (aire un abus désastreux! Malgré l'auguste proclamation , les deux cent yingt et un ont été réélus... 11 faut châtier cette audace. Mais quel parti prendre? Du lo au i5 juillet , on se réunit plusieurs fois dans le cabinet du roi à Saint-Gloud , pour en délibérer secrètement. Deux ministres voulaient attendre le retour de madame la Daupliine qui était à Vichy; mais Charles X et le prince de Polignac étaient plus impatients ; on redoutait d'ailleurs la réunion des chambres convoquées pour le 3 août ; déjà les lettres closes avaient été adressées aux députés.
Le conseil des minisires s'assemble à Saint-
' Le aS juillet, le duc d'Orléans étant au spectacle à Chantilly, chesB le duc de Bourbon , eut avec un des confidents de Charles X , qni était dans le secret des ordonnances , une conversation énergique contre tout projet d'atteinte aux droits de ta nation.
33a RltUDlMCSS ROTALB8.
Cloud, le dimanche ^5 juillet , dans Fancienne bibliothèque I derrière le salon de famille. 11 se composait de MM. le prince de Polignac , Peyroonet, Chaiïtelaiize, Gueiiioii de Ranville, de Montbel , d'Haussez , et baron Capelle ' ; il était présidé par le roi , et M. le Dauphin y assistait.
C'est M. deViiièle qui avait désiré que ce prince fit partie du conseili soit pour le former aux habitudes du gouvernement, soit peut4tre aussi poui' paralyser au dehors ces influences d opposition qui se groupent et s'agitent ordinairement autour de l'héritier du tr6né. Le caractère dominant du Dauphin était un respect religieux , une obéissance absolue aux volontés de son père ; son opinion politique était que la France était eenircj et que c'était vei-s ce but que devaient graviter les tendances politiques du gouvernement *.
Le ministre de la justice lit son rapport , convenu et piéparé d avance; et après une discussion où MM. de Peyronnet et Guernon de Ranville combattirent , dit-on , les mesures proposées, on adopte les ordonnances exti-aconsti(utionneiies
t Le maréchal Bourmont, ministre de la gueri'e » était à Alger.
* * Vous penser peut-être, dit un jour ce prince, que la
« France veut alltà a gauche? non, elle n*est m gauche ^ ni « droite, elle est c^/t/re. »
LE PALAJS DE flAIHT-GLOUD. 333
qui mettent le séquestre sur toutes nos libertés. A ce moment , le Dauphin se lève brusquement de son fauteuil, et frappant sur la table du conseil , it Si le roi , dit-il , faisait comme le roi > « mon oncle , de Sardaigne % je sais ce que j^au- « rais à faire, n Charles X était un peu sourd de l'oreille droite , et c'était de ce côté qu'était assis le Dauphin. — « Que dit donc mon fils ?j» demanda le roi. M. Guerpon de Banville allait répoudi e. a Je n'ai rien dit , monsieur , » reprit vivement le Dauphin; et en élevant ta voix, il répéta à Charles X , « Je n*ai rien dit. »
Les ministres avaient écrit de leur propre main les ordonnances afin de ne point en laisser trans> pirer le secret \ Ils k s avaient rapportées àPaiis revêtues de la signature du roi.
A cinq heures du soir , Sauvo , rédacteur en chef du Moniteur , est mandé chez le garde des sceaux qui lui donneTordrede les publier. « Dieu sauve le roi ! Dieu ss^uve la France ! » s'écria Sauvo en jetant les yeux sur ces pièces. « Que
* Charleft-^Eiumanuel , qui a abdiqué,
* CependAnt le secret n'ayaitpas été si hemétiquement gardé qu'il n'eAt filtré dans certains esprits; trois jours avant
les ordonnances, Pozzo di Borgo eu avait parlé vagueim ur à la suite d'un dîner à Neuiilv, et M. de Sénionville avait dit au duc d'Orléans : « S'il en est ainsi, à vous la balle. »
334 BisiinmciK rota.les.
dites-vous.'^» lui dit M. deMoiilliel, ministre des finances y qui était prë&ent. — «J'ai vu, répondit- «t il , toutes les journées de la révolution , et je « me retire avec une profonde douleur'.»
Le lendemain, lundi le Moniteur publie les fatales ordonnances t la liberté de la presse est suspendue, la cliauibre des députés dissoute, la loi électorale renversée, le règne du bon plai* sir rétabli, k cette nouvelle une agitation difficile à décrire se mauiieste dans tout Paris, et tandis que des insensés se réjouissent de ce que le roi, en tirant Pépée, n jeté au loin le fourreau, les esprits sages s attligent et les hommes d'action songent à la résistance. Déjà , quinze jours avant les ordonnances, il y avait eu chez le dnc de Broglie une réunion, à laquelle assistaient entre autres MM. Molé, Guizot, Sébastian! , et là, comme par un secret pressentiment des tentatives de la cour , on avait décidé que si le gou* vernement portait atteinte aux libertés publiques, on refuserait l impot.
La coniiscatioa des libertés publiques donne un nouvel élan aux résistances, un caractère plus actif aux oppositions. Les rédacteurs des journaux s'assemblent d'abord chez M. Dupin ainé ,
* Voir, aux pièces jusàiicatives du chapiuc V, le rapport et les ordonnaiices.
puis dans les bureaux du National^ où M. Thiers rédige une protestation. Les députes présents à Paris ne restent point oisifs; ils se réunissent chez M. de Laborde, mais seulement au nombre de treize, parmi lesquels on remarque Casimir J*errier, MM. Persil , Bernai*d de Rennes , Bérard : ils étaient trop peu nombreux j)our délibérer; ils s'ajournent au lendemain chez Casimir Perrier.
Une sourde fermentation se manifeste dans le peuple , et le soir du lundi, on jette des pierres contre les croisées de l'hôtel des alfaires étrangères. Cependant la physionomie générale delà irille est calme en apparence, et la nuit n'est marquée par aucun désordre public.
Le mardi 27, M. de Beileyme, président du tribunal civil, et Fun des deux cent vingt et un, rend une ordonnance de référé qui autorise les imprimeurs à imprimer les journaux 9 malgré les ordonnances royales du 26 juillet'. Foils de cet appui loyal et courageux , les journaux publièrent la protestation rédigée par M. Thiers où l'on remarqua cette plirase : a Le régime légal est inter- «t rompu, celui de la force commence , Tobéis- « sance cesse d'être un devoir. »
' M. Ganneroii , président du tribunal de commerce de Paris, donna aussi une preuve de courage ciril. Le mardi a8, il éuit sur son siège consulaire, et, au bruit des coups
336 ii£siD£irc£s royales.
C'était aussi tirer ta grande épée du peuple ^ et
jeter au loin le faune au! L'émotion gagne toute la cité y ou s'assemble , on sagile j ou court aux. armes.
Charles X était à Saint-Cloud. Averti par le prince de Polignac du mouvement de la capitale, il charge le maréchal duc de Raguse de prendre le commandement destron])es, et d'apaiser ce qu'il appelait une échauflourée ^ Le maréchal vient s'établir à rétat*major, place du Carrousel , et assigne à la garde royale ses positions dans les divers quartiers de Paris.
Cependant des groupes hostiles commencent à parcourir les rues ; des jeunes gens se rassemblent au Palais-Royal y et là , nouveaux Camille DesmouHns, ils appellent le peuple aux armes; uueluUe s engage avecla gendarmerie ; ou lance des pierres; la troupe répond par des coups de fîisil; un citoyen tombe mort dans la rue du Lycée. Ce premier sang versé exaspère les esprits; on se fait une arme de tout ce qui tombe sous la
de fusil, il ordonna, sur la plaidoirie de M. Mérilhou, dMmprimer le Courrier, se fondant sur l'illégalité des ordonuances.
1 Le roi n'a jamais cru que Taffaire dût avoir un caractère dangereux et même sérieux* U répéiait encore à Édinobourg, dans son exil y qu*U «vail pensé qu'il s'agissait seulement d'une émeute, comme celle de la rue Sainte-Denis , en 1897.
LE PA.LAi& 1>£ SAIX^T-CLOUB. JO^
main , et le cri de vii^e la Charte ! devient le cri de ralliement.
La réunion des députés chez Casimir Perrier avait été plus nombreuse que celle de la veille. On y avait parlé d'une protestation ; mais sur robservation que le peuple ne paraissait point encore prendre une part sérieuse aux débats, on n'avait rien décidé.
Lepeuplene tarda pasàétre partout sur pied; des barricades s'élevèrent rue Saint-Honoré : ce fureut les premières f on porta sur la place de la Bourse, à 7 heures du soir, le cadavre de Thomme tué , en criant : « Vengeance! Et quand la nuit fut venue, on brisa les réverbères, en brûla les corps de garde, on efFaça les fleurs de lis, on foula aux pieds le drapeau l>lanc en criant « A bas les Bourbons! » Pendant ce temps, les électeurs^ réunis chez Cadet-Gassicourt, sous la présidence de Maurice Duval, arrêtaient la formation de douze comités libéraux pour communiquer avec les citoyens.
Le roî était toujours dans la même sécurité ; il faisait tranquillement son whist à Saint-Cloud'. Mais les ministres, plus inquiets, tinrent conseil chez le prince de Polignac, et le mercredi j.S , daiis lamaliuëe, M. Guernon de Banville apportaau duc
' Il le continua jusqu'au premier coup de canon.
338 RlSsiDENOSS AOTàLRS.
de Baguse rordoiiuance (|ui luellail Paris en état de siège.
La natioiit à son tour, prononce Fëtat de siège contre la royauté. Paris devient un camp , et chaque citoyen se fait soldat; les femmes ellesmêmes font des cartouches ^ les enfants tirent des coups de pistolet ; des jeunes gens du monde se montrent dans la rue avec leurs fiisilâ de chasse ; d'anciens gardes nationaux ont repris leur uniibriue délaissé depuis la revue du Champ de Mars; TÉcole polytechnique, TÉcole de droit « l'École de médecine, déploient toute l'ardeur de la jeunesse et de la liberté ; le peuple , après un sanglant combat, commande en maître à l'hètel de ville', et le drapeau tricolore flotte sur les tours de iNotre-Dame.
Ce symbole national, qu'on apercevait des hauteurs de Saint-Cloud , portera* t-il dans ce palais de salutaires avertissements? éclairera-t-il enfin la royauté sur ses intérêts et sur les vœux du peuple? Non : Ton ne songe qu'à châtier la ville
* « Pendant que le peuple combattait pour reprendre l'hôtel de ville, un jeune homme portant un drapeau tricolore s'avança du quai de la Gté sur le pont suspendu, en s'écriant : « Si je meurs, souvenes-vous que je me nomme Àrcole! » Il tomba aous les balles. Ses compagnons donnèrent au pont de la Grève le nom déjà historique de pont d' Arcole. •
{Chronique de juillet i83o, par Rozet.J
LE PAL4IS OE SiiINT-CLOIID. OSg
rebelle; on dresse l'ordre d'arrêter plusieurs citoyens connus par leur ferveur pour la liberté % et notamment MM. de la Fayette , LafBtte , le généial Gérard.
C'était cbez Audry de Puyraveau que les députés tétaient réunis. MM. de la Fayette et Laffitte, absents au moment de la publication des ordonnances ^ étaient accourus à cette assemblée; le premier , avec le secret espoir de voir enfin se réaliser le réve de toute sa vie; le second, avec une autre pensée* M. Guiisot lut une protestation qui fut adoptée et signée par tous les députés présents * j et cinq commissaires furent chargés d'aller trouver le duc de Raguae pour arrêter FelFusion du sang. Le choix tomba sur MM. Casimir Perrier, Laffitte, Gérard , Lobau etMauguin.
Ils se rendent aux Tuileries, et pour engager le maréchal à faire cesser le feu , ils lui représentent avec une chaleui-euse énergie 1 état déplorable de la capitale et l'honneur qu'il y aurait pour lui à le faire cesser. — <r L'honneur d'un militaire, « répond le maréchal, c est Tobéissauce. » « 11 en
' Cet ordre avait été, dil-on, remis i\ M. de Foucault, colonel de gendarmerie, le nicmc qui arrêta Manuel ; mais le duc de Raguse le suspendit, après la démarche que firent aux Toileries les commissaires^ au nombre desquels se trouTaîent MM. LafBtte et Gérard.
* Voir la protestation, aux pièces justificatives.
aa.
34o ItÛHlDENCES ROYALES.
« est un autre, répliqua vivement M. LafBtte; « c est de ne point égorger ses concitoyens. — « Mais enfin quelles conditions proposez-vous? « — I.e r ap|)Oi'l des ordonnances, le renvoi des a mmistres et la convocation des chambres. — « Messieurs , je dois avant tout rendre compte de a vDlre démarche au prince de Poli<];nac. Il est K ici| je vais lui demander s'il veut vous recevoir. »
Le maréchal rapporta pour réponse que les conditions proposées rendaient toute conférence inutile. « ils veulent donc la guerre civile! j» sécrièrent MM. Laffitte et Casimir Perrier. — « Je a vais écrire au roi, reprit le duc de Raguse,et « j'attendrai ses ordres. » £t il engagea les commissaires à se rendre eux-mêmes à Saint-Gloud.
Les députés élaienl rassemblés chez M. Bérard. Les commissaires s'y rendirent pour annoncer leur infructueuse démarche. On décida sur-le-champ que la protestation serait imprimée et publiée, et on invita le général Gérard à prendre le com* mandement de la force armée.
Tandis que la garde royale se concentre aux Tuileries , au Louvre , au Palais-Royal , le peuple élève partout des barricades; il coupe les arbres sur les boulevards , il fait pieuvoii du haut des maisons sur les soldats des pavés, des meubles , des barres de fer; son héroïsme grandit et se multiplie sous la mitraille.
LS PJk.LAlS DE SAINT-CLOUD. 34 I
Fidèle à la parole qu'il avait doonée aux commissaires, le duc de Baguse avait envoyé le commaiidaiU Koinierowski , son aide de camp, auprès du roi 9 à Saint-Cloud. Rien n'était changé à la cour; c^était la même étiquette , le même cérémonial pour remettre une lettre , la Jiiéme difficulté pour pénétrer jusqu'au roi. C'est à grand peine, dit-on, que le duc de Duras osa prendre les uidresde S. M. pour nitroduire M. Romierusvski. Àdmis enfin auprès de Charles cet officier fit à S. M. une peinture douloureuse des combats qui se livraient dans les rues de Paris. — Le roi Técoutait avec une calme incrédulité : a Tenez bon , dît S. M. ; réunissez toutes les forces sur la place Louis XV et aux Champs-Élysées ; agissez avec des masses; avec des masses, entendez-vous? » — L'aide de camp du duc de Raguse fut chargé de reporter cette réponse verbale.
Le Dauphin et la duchesse de Berry étaient dans le cabinet du roi : ils avaient gardé le silence. Telle était l'erreur présomptueuse de toute la cour , que les avis utiles étaient repoussés parce qu'ils étaient désagréables , et que les faux avis étaient accueillis parce quils étaient fiaiteurs. Le même soir, le roi , avec une tranquiililé mystique , disait à MM. de Maillé , de Duras , de Luxembourg:» Quelques coups de iusd iinii(»nl « l'affaire ; » et se promenant avec le duc de
34^ RESIDENCES ROYALES.
Bordeaux dans le jardin du Trocadéro , il demandait au jardinier le nom de diverses fleurs. Ge> pendant il envoya M. Mennecliet, son lecteur, chercher aux Tuileries un petit coffret à la possession duquel il attachait un prix mystérieux.
La nuit du 'i8 au 29 juillet fut sanglante et décisive ; et, jeudi matin , le peuple triomphait partout'.C'est alors que le marquis de Sémonville et le comte d'Ar^out arrivèrent aux Tuileries , où ils eurent avec le prince de Poliguac cette entrevue dans laquelle M. de Sémonville le supplia de se retirer, et sur son refus, lui reprocha dans les termes les piusénei^ques, d'être Tunique cause des malheurs de la capitale et des périls de la royauté. « Monsieur, lui dit-il, quand on veut déff fendre une dynastie, on ne la tue pas. » Le prince de Polignac s*emporta et sortit brnsquement du salon. M. de Sémonville conseilla alors au duc de Baguse de le faire arrêter.— a Je n'en « ai pas le droit , répondit le maréchal ; mais pera mettez-moi de vous supplier de vous rendre , « M. d'Â.i^;out et vous , à Saint-Cloud. Votre téff moignage ne peut être que d'un grand poids
» Le lieutenant général comte Alexandre de Girardin était venu, à six heures du matin, de la part du roi , engager le duc de Raguse à se concentrer à la bar Hère de TÉtoile , et à tenir bon ; mais ia garde était épuisée de &tigues.
LE PALAIS 1>B SAINIVCLOUB. 343
« auprès de S. M. » — MM. de Sémonville et d Argout le promirent.
TjO maréchal, après la prise du Louvre, de la caserne de Babylone, et du palais des Tuileries par les colonnes parisiennes , songeait lui-^méme à la retraite , lorsqu'il reçut cette lettre du Dauphin :
« Mon cousin , le roi m*ayant donné le commandement en chef de ses troupes ' , je vous donne Tordre de vous retirer avec toutes les troupes sur Saint-Cloud. Vous y servirez sous mes ordres. Je vous charge en même temps de prendre ies mesures nécessaires pour faire transporter à Saint-Cloud toutes les valeurs du trésor royal. Vous voudrez bien prévenir immédiatement les troupes qu elles ont passé sous mon commandement.
(( LouispAntoine.
t< De mon quartier général à Saint-Cloud ^ le 2g juillet i83o.»
La garde royale en se repliant sur Sauit-Cioud s'arrêta au bout du bois de Boulogne ^ où le Dauphin vint la passer en revue, «r Monseigneur^ c( lui dit le général Talon , il n'y a qu une chose « à faire ; c*est de &ire volte-face et de marcher « sur les Tuileries ; donnez-moi Tordre de les re- « prendre, et V. A. R. y couchera ce soir. » Le
' Dans un petit conseil tenu, jeudi matin , à Saint- ClouU.
344 RiSlD£irCES llOYALKS.
Dauphin sal>oucha avec le duc de Kaguse, et les troupes eurent ordre de se diriger, non sur les Tuileries , mais sur Saint-Cloud.
Cette retraite ne lioubla point rincroyable quiétisoie de Charles X. « Ce n'est rien , » disait*U encore au due de Mortemart qui le conjurait de veiller à la sûreté de sa couroune ; « d'ail- « leurs , je ne reculerai pas d'une semelle. »
Sur ces entrefaites^ arrivent MM. deSémonville et d'Arguut; ils sont reçus par le roi. «Sire, » Jui dit Sémonville après avoir fait le tableau des mal* heurs de la guerre civile y « si le roi ne prend pas « le parti de révoquer les ordonuauces et de chan- « ger son ministère , demain peut-être il n'y aura V plus ni roi, ni dauphin, ni duc de Bordeaux. » — a Je ne le crois pas, Monsieur, répondit le roi.... «r Mon frère^ Louis XVI, n'a péri que par faiblesse. <c Dans tous les cas , je suis prêt à paraître devant « Dieu. » — « Mais, sire, que V. M. daigne songer «( à madame laDauphine! » A ce nom, Charles X, laissant tomber sa tète sur sa poitrine : « Eh bien, a dit-il d'une voix émue , je vais dire à mon fils « d^assembler le conseil. »
Les ministres, qui étaient revenus à Saint* Cioudy résignent leurs portefeuilles, et conseillent au roi de confier au duc de Mortemart le soin de composer un nouveau ministère. Le duc demanda carie blanche pour le choix de ses col-
lègues ; ou lui accorda Casimir Perrier et le générai Gérard, il demanda le rapport des ordonnances ^ et la convocation des chambres pour le 3 août ; on y consenùt : il accepta.
Mais il n*était plus temps; l'insurrection parisienne s'était organisée. Les troupes de ligne avaient écouté la voix de leurs anciens frères d'armes, et notamment d'un ancien aide de camp du maréchal Ney, le colonel, depuis général Hey mes; et les 5* et 53^ régiments étaient entrés tambour battant dans la cour de Thètel de M. Lafïitte; le général la Fayette , enchanté de voir rajeunir 1789 , s'était mis à la téte de la garde nationale; Je général Gérard , en habit de lieutenant général , avait pris le commandement des troupes; le général Pajol, aussi en uniforme, avait visité , à cheval , tous les postes; enfin* une commission municipale, composée de MM. Casimir Perrier, Lafifîtte , de Scbonen, Audry de Puyraveauy Mauguin et Odillon-fiarrot, s'était installée à l'hôtel de ville.
C'est là qu'à leur retour de Saint-Cioud, se dirigent MM. d'Argout et de Sémonville; au cri de Fii^e la Charte l les barricades s'abaissent devant leurs pas. — •« V ictoire ! s'écriait Sémonville, « les ordonnances sont rapportées! » 11 répète la même phrase cle\anl la commission municipale. « il est trop tard, réplique M. de Schouen ;
346 jiisioEircEs botals$.
« Je âaiig versé crie vengeance ; Charles X a cessé « de r^;ner. j» — « Mais , reprend M. d*Argout , fc le roi a cbœsi de nouveaux ministres, le duc « de Mortemart , le générai Gérard , Casimii' Perce rier. — Âvez-vous rordonnanoe qui les nomme? « — Non. — Eh bien , nous attendrons et nous ver- « rons. »
Ces messieurs passent chez le général la Fayette qui était aussi établi à ThAtel de ville. — « Ëh
« bien, lui dit le général , s'exécute-t-ou enfin à «t Saint-Cloud? y prendron la cocarde nationale? «( — Pas encore. — Oh! ce n'est plus la peine à « présent. »
£t Sémonville, peu satisfait de son voyage, retourne au Luxembourg , tandis que M. d^Argout va chez M. Laffitte porter la même nouvelle y qui est accueillie avec la même indiiférence.
Cest que la journée du jeudi avait assuré la victoire du peuple. Déjà on ne voulait plus compter avec Charles X , et quatre partis étaient prêts à se disputer son héritage. L'un , composé de ces esprits modérés et tranquilles , qui aiment la paix et les choses établies , ne désirait que le changeaient du ministère et le cours légal de la Charte constitutionnelle; le second, agité des souvenirs de notre vieille gloire, songeait à Napoléon II; le troisième, plus jeune, plus ardent , exalté par la présence de la Fayette
LE PàLàlS D£ ftAIIIT<3LOUD.
et pai- lamour de la liberté, espérait le retour de la république; le quatrième, enfin , pen<^ sait qu'un prince qui avait combattu pour la liberté sous le drapeau tricolore et n'avait jamais porté les armes contre son pays; un prince mûri par Texpérience et doué de toutes les vertus de famille, serait une trausiliuii plus facile, plus heureuse , et offrirait à la France plus de garan^ lies : cette opinion penchait pour une révolution analogue à celle de 1688. Elle s'était déjà produite , même avant les ordonnances, dans le ^aiionai sous la plume de M. Thîers ^; et , le mercredi matin, 28 juillet , dans une réunion chez M. Guizot, à laquelle assistaient Casimir Perrier, Carrel, et MM. le duc de Broglie, Thiers, Mignet et Hémusat, elle avait été présentée de nouveau; mais Casimir Penrier, entre autres, n'avait pas
' Le célèbre article sur 1688 avait fait dire qne le Nathnal avait été foodé aux frais da duc d'Oriéans, et que deux personnes de sa maison y travaillaient. C'est une des mille et
une erreurs répandues pour faire croire que ce prince avait de longue main jjrepare la révolution (jni l'a porté au trône. M. Tliiers a dit plus d'une fois, avec toute vérité : «« Je n'a- « vais jamais vu le prince; et ma devise était pour lui et sa/u « lui. »
» Il disait à cette époque : « Si les Bourbons savent at- <« tendre, ils pourront encore durer; s'ils attaquent, ils bont « perdus. »
trouvé les esprits assez préparés à un pareil cbangeineut.
Les événements avaient marché dans quarante-huit lieures avec une telle rapidité; il y avait dans 1 atmosphère pohtique quelque chose qui désignait si hautement le duc d'Orléans au choix de la nation, que, lorsc|ue vendredi matin , chez M. Laihlte , on prononça sou nom « il fut accueilli avec autant de satisfaction que de confiance. On citait plusieurs faits particuliers qui semblaient attester que tel était aussi le vœu secret de la population; on racontait que chez l'armurier Lepage , on avait effacé les mots jéltesse Royale et qu'on avait laissé subsister le nom du duc d'Orléans ; que le Palais- Royal avait été gardé spontanément par des citoyens et des gardes nationaux ; qu'une personne de la maison du prince, arrêtée dans son cabriolet à la barrière Monceau.v , par le commandant d'un poste improvisé, avait été relâchée aussitôt qu'elle avait dit se rendre à Neuîlly chez le duc d Orléans ' j qu'enfin le duc de Chartres avait été à Montrouge Tobjet de la solUcitude populaire.
I Ce commandant était un jeune homme qui avait emprunté son étrange costume à un théâtre de la banlieue. Il avait un chapeau à la Henri IV, avec des plumas de coq , des moustaches postiches et un sabre romain.
LE PÀLAIS im SillNT-CLOUn. 349
Ce jeune prince était à Joigny avec le premier régiment de hussards dont il était colonel. Sur une lettre qui Fappelait au sein de sa famille , il était parti dans une Yoiture de poste à quatre chevaux, avec le général Baudrand et le secrétaire de ses commandements, M. de Boismilon. Le 3o au matin, il arrive à Moutiouge. La population en armes l'entoure, et le maire, auquel il se fait connaître, ordonne de conduire sa voiture dans la cour d'une auberge voisine de la poste, «i Monseigneur , lui dit-il alors, dans votre propre « intérêt , comme pour ma responsabilité personanelle, jene puis vous laisser continuer votre « route , sans avoir un laissez-passer de M. de la «Fayette ou du général Gérard, qui tous les deux « commandent à Paris. » Le prince charge M. de Boismilon de se rendre à Thètel de ville ; on lui donne pour l'accompagner un capitaine de la gai'de nationale en uniforme. M. de Boismilon part , mais, arrivé à Fhôtel de ville , il perd dans la foule son conducteur. 11 se présente seul à M. de la Fayette, qui était établi dans les appartements où M. le comte de Rambuteau , préfet de la Seine, doiine aujourd liui ses bals; il lui ra» conte la position du duc de Chartres et lui demande un laissez-passer pour se rendre à Neuilly. «Certainement, rc pond le géntial; le duc de « Chartres est citoyen , et tous les citoyens sont
35o RéSIDEMCES ROYALES.
« libres de voyager. » A HnsTant on il allait signer
le permis , un de ses aides de camp et plusieurs autres personnes Fentourent, lui disent que le peuple s*agite sur la place , qu'on parle déjà d'un nouveau roi , et que sa présence seule peut calmer cette fermentation ; ils entraînent le général sur le balcon.
A son retour, et sous cette impression, il dit à M. de ik>isniilon : « Vous le voyez ; avant de ce vous remettre le laissez-passer, il faut que j'en a délibère ; » et en eitet , il s'enferme avec quelquesuns de ses amis : MM. Odiion-Barrot et Comte étaient du nombre. Au bout d'une heure, Comte parait avec le permis et une lettre qu'il se réserve de porter iui-méme au prince^ auquel il doit par» 1er. M. de Boismilon sort avec lui de l'hôtel de ville , retrouve, par le plus grand des hasards , sous l'arcade St-Jean , son capitaine de garde na<tionale , et se dirige à pied vers Montr-ouge.
Le duc de Chartres n'était plus dans i auberge où d'abord on avait placé sa voiture. Le maire Tavait conduit dans sa maison de campagne; le prince y avait dîné, et causait avec MM. Agier et Tribert , députés , qui, arrivant de leur département , et surpris de la foule dont la route était remplie j s'étaient jarrétés à Montrouge , lorsqueM. de Boismilon et Comte arrivèrent. Comte eut avec le duc de Chartres un entretien secret , et après
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son départ, le prince prit le parti de retourner à Joigny. A la hauteur de Sens, il vit venir sur la route un courrier; il se douta que ce pouvait être celui de madame la Daupliine qui revenait de Dijon. En effet , il reconnut la princesse dans une voiture qui suivait de près, et dont la simplicité était extrême'. Elle demanda au duc de Chartres des nouvelles de Paris. « Je n'ai pas pu y en- « trer , madame , mais j'ai vu de loin le drapeau « tricolore flotter sur tous les édifices. — Et le a roi ? — Il est à Saint-Cloud. — Je vais le rejoin- « dre. — Je conseille à V. A. R. de ne pas prendre u le même chemin que moi; et, si Elle veut être a sûre d'arriver , Elle fera sagement de tourner à « la croix de Berny. » — Et les deux illustres interlocuteurs se saluèrent , pour la dernière fois!
Les moments étaient précieux. Il fallait s'assurer du consentement du duc d'Orléans. MM. Thiers , Dupin , Persil , de Rigny , vont à Neuilly. Le prince était absent; il avait cru devoir se rendre à cheval au Raincy ^. k Mais, » s'écria S. A. R. madame Adé-
' C'était un ofïïcier des gardes , déguisé , qui était sur le siège.
* Dans cette course, un paysan aperçoit le prince et son aide de camp dans les champs d'Aubervilliers : « Dites donc, « vous autres, leur cria-t-il, est-ce que vous allez chercher le « petit bonhomme ? Je gage que vous êtes pour Napoléon II et « la cocarde tricolore? — Cette cocarde me plaît beaucoup, »>
352 RKSIDENCKS ROYALKS.
laide, après un long entrelien avec M. Thiers , « â la présence d'une personne de la maison
« d'Orléans pouvait , comme vous le dites, tout «t calmer et tout guérir, j'irais à Paris, et jede- « viendrais ce que Dieu voudra * ! »
La démarche ofticielle de la cliambre des députés devait enfin mettre un terme aux incerti* tudes ; mais tandis qu^on parlait au palaisBourbon de déférer la lieuteuauce générale au duc d'Orléans; tandis qu'on y nommait cinq commissaires pour s'entendre à cet égard avec la chambre des pairs, le duc de Moilemart, revenu à grand'* peine de Saint-Cloud , s'était rendu à pied chez M. de Sémonville , oii il trouva une vingtaine de pairs rassemblés. « 11 £siut avant tout , lui dit « M. de Sémonville , communiquer les nouvelles «ordonnances à la chambre des députés; mais, ce mou cher duc, vous êtes malade, harassé de faa tigue; priez lecomte de Sussy devoussuppléer.»
Le comte de Sussy se rend au palais Bourbon; M. Latlitte, président, lit ces pièces, mais
répondit le prince en souriant; et il poursuivit son chemin.
Plus loin , il fut reconnu, du côté de Bondy, par plusieurs personnes, qui crièrent Five le duc d'Orléans!
> Nous réservons pour Thistoire spéciale de Neuilly les
détails des faits particuliers qui se passèrent à cette époque dans cette icsidence.
seulement à titre de documents historiques De là, M. de Sussy va à Thètel de ville, où il trouve le général la Fayetle entouré de ce cortège qu'il aimait y c'est-à-dire, d'une foule d'officiers, de citoyens, de gardes nationaux , d'ouvriers. « J'ap- « porte , lui dit-il , les ordonnances qui révoquent « celles du a5 juillet , et qui nomment un autre « ministère. — Qu'est-ce que cela? s'écrie la foule « qui se pressait auloui- du général. Un acte de « Charles X? Mais Charles X a cessé de régner; a il n'y a plus de Bourbons * ! — Vous le voyez, « dit M. de la Fayette, c'en est tait des Bourbons, « il n'y a plus à s'occuper de ce qui vient de Saint-Cloud. »
M. de Sussy n'est pas plus heureux auprès de la commission municipale. « Nous n'avons rien à démêler avec Charles X ^, dit Âudry de Puyra-
' Sur la propositiou de Benjamin Couplant.
a Ce nom , en efFet , pi osent par l^irritatîon publique , était même devenu un obstacle pour les partisans du duc d'Orléans. L*un d'eux, ancien ministre à Naples, imagina de dire que le due d'Orléans n'était pas un Bourbon , mais un
f^aloiSy et (^a' il descendait de Louii XII, duc d' Orléans, Père du peuple. Le mot lit fortutu' , tU plusieiirs phicards afiichés sur lea murs de Paris, ie reproduisirent et le rendirent po pulaire.
^ commission municipale publia, le vendredi 3o, une proclamation de déchéance contre Charles X.
354 HÉ&IDBFfCKR BOYALES.
« veau ; reprenez vos ordonnances j » et M. de Snssy se retire, n'emportant, pour fruit de sa mission , (ju'un reçu du général la 1 ayelte pour servir de décharge au duc de Mortemart.
Cependant la cour de Sainl-Cloud avait tout espéré de celle démarche; et dans la pensée de ressaisir y après quelques concessions passagères, son premier ascendant, elle cherchait à entretenir, par des gi'atihcatiuus et des rloges, le zèle de la garde royale , et à préserver les troupes de l'esprit contagieux des régiments qui avaient fraternisé avec le peuple. Cesl dans ce double but que le Dauphin leur adressa cel ordre du jour :
H Soldats,
tf Vous avez noblement soutenu les dangers « et les fatigues des journées qui viennent de se « passer ; vous avez rempli avec le zèle et Téner- « gie qu'on attendait de vous, vos devoirs envers a la patrie. C'est la cause de l'ordre que vous « défendez; c'est la Fiatue que vous piotégez « contre des hommes égarés. Continuez à soutenir <c avec constance et la vigueur qui convient « au soldat français, la lutte que \ousavez roni- « mencée. La France l'attend de vous, et i'Ëu- « rope entière a les yeux sur vous. Le roi m^a « uouuné commandant en chef de ses troupes; n vous me verrez toujours à votre tète! Lunion
l E PALAIS DF. SAIM-CLOlil). 355
K et la discipline sont la force des armées. Oflli-
« ciers, rappelez-le à vos soldais.... et vous, solu dats, suivez la trace de vosofâciers : ils ne vous « conduiront jamais que dans les routes de l'hon- « neur et du devoir!
tt Le roi me charge de vous remercier de votre (t dévouement.
« Au château de Saiut-Gioud , 3o juillet i83o. (c Le commandant en chef,
« LOUIS-ÀNTOINE. »
Dans le même moiuent, le duc de Raguse, voyant que la lutte était devenue inégale, ou malheureux d'avoir été forcé de faire verser taiil de sang français, puhliait uu autre ordre du jour, où il disait aux troupes que le roi renonçait à combattre, et que S. M. iiauiail plus besom de leurs services que pour la défense de sa personne. Les généraux Talon et Saint* Chamans vout, tout surpris, porter cet ordre du jour au Dauphin, a Monseigneur, sommesic nous donc trahis? i» dirent*ils au prince. — « Dites au duc de l\aj2;use de uiooter, » i époiidit brusquement le Dauphin. <k Monsieur le maré- « chai, s'écria le prince avec vivacité, que signifie « cet ordre du jour? Esl-ce ia ce que je vous avais tf prescrit? C'est une trahison ! oui, une trahison ! » A ce mot, le duc de Raguse , hors de lui , tire son
'^56 llÉSIDF.X^KS HoyVLF.S.
épée à moitié du fouri^eau ; le Dauphin , croyant
<|ue le (hic voulait Ten frapper', lui arrèle [)réci pi t; miment le bras; dans ce mouvement, il se blesse deux doi^ de la main droite , et son SLin^ jaillit; mais sa main j^auche est libre; il en saisit au cou le marécljal, le renverse à ses pieds 9 tombe avec lui et crie : /4 mail M. le (iîic de Giîicbe, ])remier ('cuver et ami du Daupbin, qui connaissait le caractère vif et nerveux de ce prince, ^vait pressenti, à Texpression de son visage et an Ion dont il avail mandé le duc de Raguse, qu'il allait se passer une scène violente; et il avait prié le duc de Venta* dour, aide de camp du \ )auphiii , de laisser la porte du cabinet entr'ouveite , après avoir intix> duît le maréchal. A la voix du prince et au bruit de leur chute, ileiitr( avec le duc de Ventadour, et trouve le Dauphin et le maréchal renversés Fun sur l'autre, sur le parquet teint de sang... Le prince se relève, et ordonne aux gardes du corps de conduire le duc de Raguse aux arrêts dans sa chambre.
Charles X , uistruit de ce qui venait de se passer chez son tils, mande le duc de Guicbe : « Eh ' « bien, qu'en dis^tu? voilà une belle campagne!
' C*est d*iin des plus illustres amis du Daupbin que nous tenons ces détails.
LE PA.LA.IS DB SAllfT-CLODD. 6^']
« --Hélas, Siie, il sérail à désiier(|ue les princes, « plus encore que les autres hommes , fussent « toujours maîtres d'eux-mêmes; mais enfin, le u duc de Raguse a eu le [)i eimer lort. — C'esl (c vrai ; va lui dire que je veux lui parler, et reviens «t avec lui. » Le maréchal arrive, et le roi, après lui avoir reproché sévèrement son ordre du jour, et le mouvement équivoque qui avait irrité le Dauphin^ ajoute : « Allons, il faut aller voir mon « (ils, et vous réconcilier avec lui. » Le duc de Raguse hésitait ; le duc de Guiche Tencourage et raccoiiipague. Le maréchal était tellement ému , qu'avant d'entrer chez le Dauphin, il demanda un verre d'eau; puis il fut introduit, et sans proférer une seule parole, il s'inclina devant le Daupliiii qui s'empressa de le relever, eu lui disant : « Ah! ce n'est pas ainsi: venez dans mes bras! »
Le soir de ce même jour, une scène plus imposante se passait dans les jardins de Neuilly ; une députation de la Chambre offrait la lientenauce t^énérale dn royaume au duc d'Orléans: et çe prince, cédant au vœu national, embrassait sa famille , mettait un ruban tricolore à Si! boulonnit re , et venail, à pied, en habit de ville, coucher à Paiis dans le Palais-Royal , où il devait se réveiller Roi
' Voir, dans ÏUistoirv du i^alais-Roy al [Jiémiences royfdcs.
358 RESIDENCES RCITALES.
Dans la soirée du 3o juillet, la diicliesse de Berry, alarmée pour ses enfants, avait prié le Dauphin d*engager le roi à quitter Saint-Cioud ; t't sur l'avis des généraux de la garde qui déclarèrent tous qu'il n'y avait plus sûreté pour la famille royale, ce prince fit éveiller le roi qui doriiiail proibndéraent. « Eh bien ! dit Charles X, « je suis,prét à me rendre à Versailles. » On part, et à deux heures du matin , la cour en désordre arrive à Trianon. f.e Daupbin resta le dernier, « heureux, disait-il, de se trouver enfin seul au milieu de ses soldats.» Cette satisfaction ne fut pas de longue durée ; dans une visite qu'il lit aux troupes stationnées à Sèvres, il aperçut le colonel Pocque (|ui occupait le pont, à la tête de a,ooo Parisiens. 11 s'approclia pour l'inviter à se retirer et à prévenir une collision, a Cest impossible , lui « répondit le colonel; éloignez-vous, Monseigneur, tt je vous en supplie; vous vous exposez tiop , et « je ne puis répondre de mon monde. » — « Épar-
tonie II ). la prorlainnuon de la charte-vérité; la résolution delà Chambre des députés; l'adhésion de la Chambre des pairs; la démarche Ae» députés au Palais-Royal ; la marche triomphale du lieutenant général à l'hôtel de ville; l'ouverture des Chambres; la déclarâtioii des députés offrant, le 7 août, la couronne au duc d^Orléans; la séance solennelle du 9,011 S. M. Louis-Phlli|)pe l*"*", roi des Français, prêle serment à la charte.
Ll- PALAIS D£ SAIMT-CLOlil). :yt}g
« gnez du moins le sang français, » reprit le Dauphin; el lorsqu'il vit qu'un batailiuu mciue lie la garde refusait d'obéir, ce prince se relira sur Saiut-Cloud. Il recominaiida au maire de rassembler la garde nationale, de veiller k préserver le château de tout désordre , et s'éloigna.
Arrivé à Tr ianon, le Dauphin raconta au roi ce quil venait de voir et d'entendre ; et ce récit, joint au bruit que dans les bois environnants on avait vu errer des partis armés , détenuiiia Charles X à se transporter à [Rambouillet. 11 entendit la messe, monta en voiture, accompagné du Dauphin , de la duchesse de Berrv et de ses enfants y et entra tristement, la nuit, dans le vieux château de François P'', où il avait pris si souvent le plaisir de la chasse On y manquait de tout, on mourait de faim, et pourtant l'étiquette et les consignes étaient obsei*vées avec la même rigueur qu'à baïul-Cloud
C'est dans ce château seulement que la Dau-
t Le prince de Poligoac s'y était arrêté quelques momeula auparavant, se dirigeant vers Granville.
' Un capitaine de la i»arde s'ctant jjci tnis de ])èrlier une curpt: dans uoctan^, uii surveillant vi«»t lui dire >.\\u' c'était «léfendti. x Aile/, dire au roi, répondit cet utticier, qu», « depuis dix*buit iieiirrs , mes soldats et moî nous n'avon'» rien mangé. »
36() R£SlDFJNCi:S MOYALES.
phine put rejoindi'e le roi, à son retour des eaux
de Vichy. Les ci is de rive hi Charte l prononcés avec celai en sa présence^ au théâtre de IMjon ; le morne silence qui avait accueilli l'aveu (jirelle as ait fait à Seinur d'être entièrement étrangère aux ordonnances; la tristesse et le deuil remplaçant à Âncy-le*Franc la féte qui lui avait été pu part e par M. le niaï quis de Louvois; le conseil qu on lui avait donné de cacher son nom et son rang sur la route ; la nécessité de tourner Paris pour se dérober aux regards du peuple 9 et de suivre tristement de château en château la royauté errante et fugitive, tout lui avait révélé les malheurs de la couronne; tout avait pénétré son cœur d'inquiétude et de désespoir. Charles X vint la recevoir sur le perron. « Ah! mon pere, lui dit-ello en pleurant, qu'avez- « vous fait ? » — Un échange de larmes fut tout leur enU^tien. La garde royale, les gardes du corps , les cent-suisses salueient la princesse avec transport ; mais que pouvaient ce dévouement inutile, celte tardive consolation ?
La cour était dans un profond dénùment; Charles X remet au comte Alexandre de Girardin un billet écrit de sa main. Ce général vient au Palais-Ko)al , présente cel écrit au duc d'Orléans. Ce prince donne aussitôt l'oixlre de compter six cent mille francs en or pour le roi.
LE PALAIS DE SAIMT-CLOUJ). 36 1
l.a jn'ésence de Charles \ avec une armée si près de Pai'is embarrassait le gouvernement. Quatre commissaires furent envoyé à RambouiU let, avec la mission de bâter son départ, afin d'éviter une nouvelle effusion de sang. C'étaient le maréchal Maison , le baron de Schonen , le colonel JacqueminoL et M. Odiloii-Barrotj Je duc de Coigny leur fut adjoint sur la proposition du général Sébastian!, son beau-frère. Le duc d'Orléans, de son côté, avait envoyé à Ranil)ouillet le baron de Bertbois, un de ses aides de camp'.
Cétait le a aoiit, le jour où le roi et le Dauphin avaient abdiqué en laveur de Henri V^.« Que
' M. de Beithois arriva à cinq heures du matin; il pria qu on rît réveiller Charles X pour lui remettre une lettre du duc d'Orléans; ce prince répondait au roi qu*il ne pouvaii recevoir de ses malus le titre de Lieutenant Général du royaume, qu'il avait déjà reçu des chambres. « On ne peut « accepter ce que Ton possède déjà, » dit M. de Berthois à M. de Damai).
' A Moniieur U due d'Orléans.
« Rambouillet, ce 'i aoàt i83o.
« Mon cousin, je suis trop profondément peiné des maux.
qui allli^eiit (ju qui puun'fiient inenacer uk'S |iruples p<Mu u*avoir pas cherché un moyeu de les preveutr. J'ai donc
SGn RÉSIDKlfCES ROTALKS.
« ce suit aiijouid'luii ou [>Ius lard, avait dit Charles X , ii fallait toujours y venir : c'était N une conspiration ourdie par le comité-direc-
piis la résolution d'abdiquer la couronne en laveur de mon petit-fils le duc de Bordeaux.
H Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi ;i ses droits en faveur de son neveu.
« Vous aurez donc , en votre qualité de lieutenant général du royaume, à faire prodamn l'avéneiricnt de Henri V à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau roi. Ici, je me borne à (aire connaître ces dispositions; c'est un moyen d'éviter encore bien des maux.
« Vous communiquerez mes intentions au corps, diplomaii<|iie, et vous me ferez connaître le plus tôt possible la proclamation par laquelle mon petit-lils sera reconnu roi sous le nom de Henri V.
« Je charge le lieutenant général vicomte Foissac-Latour de vous remettre cette lettre. Tl a ordre de s'entendre avec vous pour les arrangements à prendre en faveur des per> sonnes cpii m'ont arrompai^né , ainsi que pour les arrangements convenables pour ce qui me concerne et le reste de ma famille.
« Nous réglerons ensuite les autres mesures qui seront la conséquence du changement de règne.
« Je vous renouvelle, mon cousin , Tassurance des sentiments avec lestpiels je suis votre affectionné cousin ,
«< Louis 'Ahtoikk. »
LJi PALAIS DE SAINï-CLOliD. 363
a teur et l>afayelle. Polignac et les ordonnances « pouvaient seuls sauver la monarchie ! w Malgré les instances du duc de Goigny, le roi refusa de recevoir les commissaires, qui retournèrent immédiateineut à Paris.
 la nouvelle de ce refus, le peuple se lève et s'agite, et crie â RdinhouUietl à RauiboaiUetl comme, en 1790, on avait crié A Versailles l à Fersailles ! Toutes les voitures sont mises en réquisition , et le général Pajol, accompagné de M. Geoi^e de la Fayette, prend le commandement de cette armée improvisée, qui part en tonte bâle et va camper le soir même à une lieue de Rambouillet. I^es commissaires du gouvernenient la précédaient.
Cette fois, ils sont introduits auprès de Charles X. M. Odilon-Barrot ' le supplie de^se décider à partir. — « La résistance serait inutile, a ajoute le maréchal Maison ; nous sommes sui- « vis par 60,000 hommes : 1» exagération dont le but louable était surtout d'éviter une sanglante collision eiitre Français. — « Attendez, dit <c Charles X; tout à Theure je ferai connaître mes a ordres, p 11 sort, et à son retour, s*adressant
» c'est celui tics cofiiniissaires (jiie le roi parut écouter avec le plus de hirnveillanre pendant tout le voyage. Il lui ■ rappelait, disait-on, Barnave au retour de Vatemies.
364 RESIDENCES BOYALES.
au maréchal : « Soixante mille horomes! avez* «vousdil? — Oui, Sire '. — Jepailiiai. » hlu eflel, il quitta Kaiubouiilet à ooze heures du soir, et alla coucher à Maintenon chez le duc de Noailles. Le lendeiiiaiu , comme le duc de Raguse l'engageait à se retirer sur la Loire : « Non^ maréchal, n répondit-il; je m'embarquerai à Cherbourg. »
Il part , traverse lentement Dreux où il voil le premier drapeau tricolore ; Carentan , dont M. delà Pommerais , député du Calvados, calme l'elilervescence ; Valognes, où les compagnies de sa garde lui remettent leurs étendards , et où il quitte lui*mémerhabtt militaire; ilamveàChei^ bourg où régnait une grande fermentation , et s^embarque sur le Gi^eat^Britain commandé par le capitaine Dumont d'iln^ille. Là , debout sur le pont, il reçoit les adieux de ses anciens serviteurs, remercie les commissaires et à deux
• Le manchal Maison, interpellé à Verneuil, par d« ufliciers de la partie, sur cette assertion, leur dit : a Vous H êtes des ingrats f c'était pour vous sauver. Ou plutôt « pour nous faire sauver; » répondit un des assistants.
* Voici le certificat que Charles X remit à M. Odilon- Barrot :
'« Je int' plais à rendre à MM. les commissaires cette justice tjueje n'ai eu qu'à me louer de leurs attetiîicjiib et île leurs. l'espects pouA' ma personne et pour ma famille.
« Signé Ghaklbs. »
Lt: PALAIS DE SAINT-CLOU D.
lieu les après midi, il s éloigne de celle France qu'il avait méconnue , et va mourir sur la terre étrangère.
C'est à Sainf-CIoud que le chei de la maison de Bourbon , Henri IV, avait été reconnu roi de France et de Navari*e, aux acclamations de Tarniée; c'est à Saiiil-CIoud que la branche aiuée de sa race est tombée à la voix du peuple !
366 H£Sii)ENCES ROYALES.