‹ Le palais de St. Cloud, son histoire et sa déscriptionChapitre 9 sur 43 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L4>UlS-i>liILIPPP. 1^ .

La France avait accueilli avec enthousiasme la

royauté (le juillet; des clëputalk>iis élaieul venues de tous les départements la saluer et la reconnaître; l'Europe la respectait; et S. M. Louis- Philippe élail iraïujuillemenl à Saiul-CioucJ depuis le 117 mars i83a , lorsque , le 5 juin^ au soir, le duc de Bassano accourut et lui dît : « Sire , Paris a est tout en feu; c'est la révolulioii de juillet qui a recommence. » — «Soyez tranquille , mon cher « duc; je sais ce qui se passe, et je ne resterai pas « à Saint-Cloud. Vous me voyez eu uniforme , H et j'attends ma voiture pour me rendre à

« Paris. »

Il reste toujours, après les révolutions qui remuent jusque dans leurs bases Tordre politique

r.E PALAIS DE SAINT-CLOVD.

el la société y uu levain qui ièrmente, et qui, mb en œuvre par des mains audacieuses, remonte à la surface, se soulève, se répand comme une lave meurtrière, el cherche à renverser tout ce qui fait obstacle à ses jaloux envahissements. Cet esprit d'envie et de perturbation, las et huinihé de se sentir comprimé dans cercle salutaire des lois, rêvait, au nom de la licence, le renversement du trône récemment élevé pai* la liberté ; et les factieux avaient choisi les funérailles du général Lamarque pour lever l'été iKlaid de la rébellion.

J étais souOirant, et pourtant comme je connaissais particulièi*ement le fils du générai Lamarque, je me levai et me rendis à midi rue Saint-Honoré à la maison mortuaire. Je ne tardaii pas à m'apercevoirque le caractère et les pi cparatifs de la cérémonie avaieiil quehjiie chose d'iuaccoui mué; ou s'observait, ou se paillait à Toreilie, et des hommes connus par leur exaltation républicaine allaient, venaient, et donnaient des ordres mystérieux. Inquiet, j'abordai M. LaOitte. 11 m'avoua que dans une réunion, chez lui, la veille, il avait eu graiid peine à décider ses amis à ne point faire un mouvement , et que Can'el , avec lui, s*y était vivement opposé. Maïs un autre député de Topposition manant dit que « personne « ne savait jusqu'où pouvait aller le peuple

3GiS RÉSIDFNCKS ROYALFS.

'( exaspéré,» je crusdevoir engager lediicdeChoisenl, aide de camp du roi, à se rendre à Saiiil- Cloud. « Cest inutile, me répondit le duc; le roi « est averti. » C'était une erreur : S. M. ne le fut (|u'à six heures du soir, par le général Heymès ; car la police était loin de connaître toute l'étendue, toute la gravité du mouvement séditieux <|ui s'était organisé dans l'ombre ; et lorsque M. le baron J. de Rolscbild vint, a six heures et demie, annoncer chez, un ministre où je me trouvais avec unautre ministi e etle général Flahaut,et l'ovation involontaire du général la Fayette dans un fiacre triomphal, et l'enlèvement du poste de la Banque, et la collision des troupes, ce ne fut pas une médiocre surprise, même pour les mond:)res du gouvernement. Le préfet de police arriva, confirma tous ces faits, et on expédia de tardives estafettes au roi qui déjà se mettait en route pour Paris.

Sa Majesté arriva à neuf heures. M. le vicomte de Chabot * avait fait éclairer les granfls appartements du {)alais des Tuileries, pour faire croire que le roi s'y trouvait déjà, car Timpatience de le voir était vive, surtout dans les rangs de la première et de la seconde légion de la garde nationale réunies sur la place du Carrousel,

' Pair de France, premier ecuyer honoraire du roi.

LE PàlAIS DE SAlMT-CtOUD. iOg

SOUS les ordres de leurs colonels , Marinier et Gan- Deron. Le roi parait; et tandis que la reine ^ madame Adélaïde et la princesse I.r)uise montent aux Tuileries S. M. s*élance au milieu de la garde nationale. On Taccueille avec transport ^ on la presse avec dévouement; on fait retentir Tair du cri mille fois répété de vive le roi!

S. M. rentre dans son palais; et ceux des cltpiilés i\m s'étaient réunis à la hâte à Tétatmajor de la garde nationale vont lui offrir leurs hommages. Le conseil des minisires s*assemble; on y appelle le maréchal Gérai d. Paris est mis en état de siège; on se bat pendant la nuit ; le lendemain , MM. LafBtte , Ârago et Odilon-Barrot ont une entrevue aux Tuileries avec le Foi^; le courage et la lidélité des troupes triomphent; le roi parcourt à cheval le théâtre de rémeute î sa présence et son calme admirable achèvent d'apaiser la sédition , et S. M. peut dire, en rentrant trois jours après à Saint-Cloud : « La république et la contre-révolution sont vaincues. »

« Le duc d'Oriéans était à Marseille.

* Dans le même moment» une autre partie de la cbanibi'e ae réunissait ches M. Laflitte.

5 Les il* tails (\q cette entrevue a ppai tiennent à VHistoire du palais des Tuileries,

Neuilly est , entre toiites les résideoces royales, celle que préfère le roi. Cest en partie sa création; c'est là qu'il a passé, comme duc d'Orléans, les années les plus tranquilles , les plus douces de sa vie; c'est là que la pairie est Tenue le chercher pour lui confier ses destinées; et une de ces calamités , pour lesquelles les yeux et le cœur d\ai père et d'un roi nont pas assez de larmes, vient encore de donner à ce lieu une consécration nouvelle , sous les auspices de la douleur et de la religion!....

Mais Saint-Cloud a aussi un charme naturel pour le roi. C/esi là qu'il a passé son enfance; et le souvenir des premières années se réflecliit avec iutérét sur toute la vie. Aussi le goût éclairé de ce prince a*t-il pris soin d'embellir ce palais de tous les avantages de ragiément et de tout l'éclat de la magnificence >. il a convié les arts et l'industrie ; et , à sa voix bien connue , l'Architecture, sous la direction savante de M. Fontaine, a restauré les appartements, changé les distributions , amélioré les dispositions intérieures, classé avec ordre les services dans les rezde-chaussée et construit un salon -bibliothèque aussi riche qu'élégant ; I» Peinture , sous la main de Scheffer, d'àUaux, de Picot, a décoré

* Voir, pour les déUiîls, te chapitre VU.

LE PALA.IS Dfi SAINT-CLOU D. ^71

les plafonds et les lambris ; les beaux tableaux de Rubeos, traduits en tapisseries des Gobelins, or^ nent merveilleusement les grands salons ; et sous réclat étincelant des plus riches cristaux, les porcelaines de Sèvres ' brillent sur les meublefi de Boule, à côté des bronzes les plus artistement travaillés et des vases les plus rares de la Chine et du Japon.

La sollicitude du roi s'est étendue en dehors du palais. Une route de ceinture qui domine Sèvres , et de nouveaux chemins tracés avec art dans le parc, permettent aujourd liui d y laiie des promenades aussi commodes qu agréables, et d'admirer les brillants coteaux de Meudon , et cette petite Suisse que forment les jolis vallons de Garches, de Marne et de Vaucresson ; la grande cascade a été reconstruite en très-grande partie ; une nouvelle source deau a été amenée de la porte Jaune pour aider à alimenter le bassin des vingt-quatre jets; les étangs de Ville-d'Àvray ont

1 s. M. Louis-Philippe a joint à la manufocture de Sèvres un atelier de peinture sur verre dont on admire les produits,

notamment aa Louvre, dans le beati vitrail de Vinvcntinn de iiinpninerie, par Chenavard; à Trianoii, dans une assomption de Zieglei -, à TegUse d'Eu, dans le grand vitrail des comtes d'En et de leurs patrons ; et à la chapelle du château d'£u, daus Tadmirable figure de sainte Amélie ^ par Paul de Laroche.

'i7'l AÉSIDEMCES llOTA.L1%S.

ëté assainis ; de wuuvelles écni ics s'élèvent sur remplacemenl de l'ancien manège des pages; toutes les facilités ont été données pour le passage du clieniin de fer à travers le parc, et l'indemnité, due à ce sujet au domaine de la couronne, a éré remise par le roi à PÉtat pour être emplovée aux premu rs ira\au\ de la ioute nouvelle qui monte à droite du pont, conduit à Versailles, met Saînt-Cloud en communication avec i( s villages qui l'environnent , et forme un amphithéâtre orné déjà de belles maisons et de riants jardins.

Le château de Compiègne avait été témoin du mariage de la princesse Louise d'Orléans , en 1 83d, avec S. M. T^opold î^"", roi des Belges ; Fontainebleau avait vu s'illuiuiner, en iSS^, pour le mariage de S. Â. R* le duc d'Orléans , les galeries historiques de Henri IT et de François 1er; et le 27 avril 1840, jour de clémence et d'amnistie S le duc de Nemours épousait , à Saintdoud , ime jeune princesse éclatante de fraîcheur et de beauté.

« MM* les ministres secrétairas d'État; MM. les

' L'amnistie fut signée par le roi, À Saint-Cloud , le 27 avril iSAo. Déjà un acte semblable, si conforme aux vœux

du cœur de la princesse Hilène, avait signale l'union de cette |ii incesse avec le duc d'Oiléans.

maréchaux de Frauce, M. le cliancelier; MM. les vice*présidents et les secrétaires de la Chambre des pairs; M. le président, MM. les vice-piésidents et MM. les secrél aires de la Chambre des députés; les officiers de la maison du roi et des princes; les James de la reine et des princesses, s'étaient réunis avant neuf heures du soir dans les salons du roi.

« MM. les vice-présidents de la Cliainbre des pairs y M. le président et MM. les vice-présidents de la Chambre des députés avaient été choisis comme témoins pour le roi ; MM. les niaréchaux duc de Dalmatie et comte Gérard , comme té* moins de M. le duc de Nemours ; M. le comte Lelion, ministre plénipotentiaire de S. M. le roi des Belges , et M. le baron de Bussières, ministre plénipotentiaire du roi près S. M. le roi de Saxe, devaient être les témoins de madame la ducliesse Victoire de Saxe-Cobourg Gotha.

« Après quelques instants , on s*est rendu dans la galerie d'Apollon qui avait été disposée pour le mariage civil.

« Le roi donnait le bras à madame la duchesse Victoire, et la reine à M. le dnc de i\emours.

a Venaient ensuite le roi des Belges et madame la duchesse d'Orléans, le duc Ferdinand de Saxe-Cobourg et madame la priiu esse Adélaïde, les princes et princesses de la femille royale;

LL. AA. KK. les infants d'Ëspague, le duc Alexandre de Wurtemberg et le prince Auguste de Sax&> Gobourg Golha.

« Monseigneur le duc d'Orléans et monseigneur Je duc d'Aumale manquaient à cette cérémonie, absents pour le service du Roi,

« Dans la galerie y la famille royale et les témoins se sont réunis autour d'une table cii^ culaire sur laquelle étaient déposés les registres de Fétat civil. Au milieu « les augustes fiancés, à la droite de monseigneur le duc de Nemours^ le Hoi, le roi des Belges; à gauche de la ducliesse Victoire, son père le duc Ferdinand^ la Reine, la duchesse d'Orléans ; des deux côtés, en cercle, les princes et princesses, et ensuite les témoins. £n face des futurs époux, se tenaient le chancelier ayant à sa droite M. le président du conseil des nnnistres et M. ic j^aide des sceaux entouré des auti'es magistrats, et à sa gauche,. M. le grand référendaire et le garde des archives de la Chambre des pairs.

« M. le chancelier, ayant pris les ordres du Hoi, a donné lecture du projet d'acte civil , a reçu de monseigneur le duc de IVeniuuis et de madame la duchesse Victoire la déclaration exigée par rarticle 76 du Gode civil , et a prononcé, au nom de la loi, que le prince et la princesse étaient unis eu mariage.

« Ensuite, il a été procédé à la signature de Tacle de mariage. Les augustes époux , LL. MM.» les princes et princesses et les témoins ont signé; Facle a été clos par M. le président du conseil des ministres, par M. le garde des sceaux, par M. le chancelier et par M. le grand référendaire de la Chambre des pairs ^ »

Après la cérémonie civile, on descendit dans la chapelle, et Tevéque de Meaux appela sur les illustres époux les bénéciictious du ciel. • . . Aujourd'hui plus que jamais, la France a besoin f|ue la Providence exauce cette prière!

* Moniteur du ad avril iâ4o.

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