‹ Le palais de Tibère et autres édifices romains de CapriChapitre 4 sur 9 · IS · texte numérisé non relu

IS

■sTJ

leurs nombreuses familles dans les anfractuosités des falaises, ou bien encore un sphinx se chauffant au soleil au haut d'un pic et fixant de son regard impassible, dirigé vers le sud, la surface plane de la mer sans golfes et sans îles.

Au milieu de ce chaos sauvage, tout ce ([ue les hommes y ont établi fait un effet étrange. En haut, où il y a relativement peu de rochers écroulés, on a élevé des murailles et planté des vignes. Un vigneron a construit sa maisonnette sur un gros rocher arrondi isolé au milieu du terrain. Il en a adroitement approprié le plan, d'ailleurs très simple, à cette surface restreinte. Un peintre est venu se construire un atelier de ses propres mains, entre deux blocs énormes. Il vivait là comme Robinson dans son île. Les rares pêcheurs qui habitent ce rivage étroit et semé d'écueils ont aussi bâti leurs cabanes sur ces entassements de rochers écroulés. Ils font sécher leurs filets sur les bancs d'écueils durs comme le fer, mais polis par les vagues, dont les formes fantastiques sont d'une telle beauté qu'on voudrait voir des sirènes s'y reposant à demi cachées et faisant glisser sur les eaux étincelantes leur chant séducteur.

Malheureusement on est venu établir, il y a quelques années, un four à chaux avec cheminée à 40 mètres au-dessus de ce charmant petit point d'atterrissage. Il dévore l'un après l'autre les blocs amoncelés et en fait de la chaux blanche. Depuis, le charme est rompu. Tous les êtres fabuleux ont quitté ces parages. Le peintre aussi a gagné les hauteurs de la nouvelle ville de Capri. Quand le four à chaux aura déblayé la Petite Marine, on pourra peut-être en établir un autre dans le voisinage des Faraglioni, ou, mieux encore, près de l'Arco naturale et peu à peu il nous rendra le service d'aplanir les routes de Capri.

Nous n'avons pas l'intention de donner une description de l'île telle qu'elle est aujourd'hui, mais telle qu'elle fut dans l'antiquité. C'est donc à ce point de

vue que nous avons examiné le petit port de la Piccola Marina, et surtout les nombreux débris de murs romains que nous avons trouvés au-dessus comme au-dessous de la surface des eaux. On peut admettre qu'en dehors des constructions du port il y a eu ici encore d'autres installations, probablement de petites maisons de campagne et des bains, qui ont été détruits en partie et jetés à la mer par des écroulements de rochers dont nous trouvons encore des restes abondants sur le rivage actuel.

Une assez grande cavité semi-circulaire, creusée dans la pente abrupte tout près du rivage, mais à l'écart de la petite baie du port, nous donne tout à fait l'impression qu'il a existé ici des constructions, détruites depuis par les grands blocs de rochers encore semés tout autour. Seul le terrain creusé par la main de l'homme a subsisté. Nous n'avons pu résister au plaisir de faire une esquisse de cette vallée sauvage, en y représentant un petit établissement de bains romains démoli par l'écroulement des rochers

C'est une fantaisie d'architecte. Pendant qu'il se reposait au soleil, au milieu de ces amas de pierres et de ces murs antiques tombés en ruines, l'idée lui est venue de reconstituer de cette façon l'aspect de cet intéressant rivage si souvent représenté. Il n'aura pas besoin de s'excuser si le dessin manque d'exactitude, puisqu'il ne visait qu'à le mettre d'accord avec le caractère sauvage de ce lieu. Les trois blocs énormes des Faraglioni sont bien en harmonie avec cet ensemble. Ils doivent leur existence à des bouleversements bien autrement gigantesques encore. Comme les éclats de rochers de nos jours paraissent misérables en comparaison! Quand on s'attarde sur ces rivages et qu'on se met à songer à toutes ces transformations des temps passés, on croit entendre le bruit étourdissant des écroulements de rochers qui, fendant le toit des maisons, démohssent d'un seul coup les gros murs

Fig. 1 3. Les trois rochers des Faraglioni et l'île de Monacone (M), vus de l'est.

et cassent en deux les robustes colonnes, pour se précipiter enfin dans la mer jaillissante.

Quittons maintenant le rivage et montons le sentier ardu qui grimpe sur le flanc de la montagne. Nous y trouvons des traces d'écroulements plus récents. Les maisons sont toujours menacées. Mais sur les bords du golfe de Naples, soit au pied du Vésuve, soit entre des parois de rochers à pic , partout les habitants sont insouciants et s'abandonnent avec confiance à leur bonne étoile et à la protection des saints.

Fig. 14. Partie de la côte méridk

dans l'antiquité (traitée librement).

Fig. 15. Substructions d'une route romaine.

Page 1