‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 111 sur 134 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Cette deuxième ambassade ne ramena pas le Pape ; mais peut-être Martin V considérait-il le retour à Avignon comme une éventualité possible, car Tannée suivante il faisait procéder, par un bref spécial, à des réparations complètes non seulement du Palais, mais de ses annexes : palefrenerie, g'reniers de la porte Ayg'uière, et même du château de Sorg'ues '.

Mais la pacification rapide de l'Italie permit à Martin V d'aller siég-er à Rome.

En 1419, Jean XXIII avait renoncé définitivement à toute prétention à la Papauté. Benoît XIII, mort à son château de Péniscole, avait protesté indéfectiblement jusqu'à son dernier souffle qu'il était pape lég'itime, et il avait fait jurer à ses trois derniers cardinaux de lui donner un successeur. Ils le firent dans un conclave tenu a Péniscole, le 28 mai 1423 ; mais cet élu, impuissant, après quatre années d'efforts stériles dans une minime obédience, où il avait pris le nom de Clément VIII, se démit le 26 juillet 1429, et ses cardinaux firent, pour la forme, une élection où ils donnèrent leurs voix à Martin V. Cette fois le schisme d'Occident était bien fini.

Le concile de Bàle essaya de le faire renaître, et l'antipape Félix V fit faire une tentative pour s'emparer d'Avig'non. Elle échoua, et ses principaux auteurs furent pendus aux portes de la ville.,

l. Ek., p. 669. Le bref de Martin y est reproduit en entier.

Avig-non dut se contenter désormais d'être, jusqu'à la Révolution, la capitale amoindrie, mais indépendante et enviée, de l'enclave pontificale au royaume de France.

Le Palais sous les légats et vice-lc$ats

Dès que les Souverains Pontifes ne résidèrent plus à Avig-non, ils firent administrer (3ette ville et le Gomtat Venaissin par un lég-at. C'était g-énéralement un cardinal investi de tous les pouvoirs civils et militaires, et ayant sous ses ordres, outre sa maison, les fonctionnaires préposés aux divers services de la ville et de la province. Quelque intérêt que pût ofïrir l'étude de cette org-anisation administrative, il faut se borner strictement à dire ce que devint le Palais des Papes sous ce nouveau rég'ime.

Le léguât, ses principaux officiers et leurs bureaux n'en occupèrent qu'une partie réduite, et de vastes locaux, désormais sans emploi, ne furent plus suffisamment entretenus Où trouver les fonds nécessaires pour ces énormes bâtisses, trop disproportionnées avec les besoins et les ressources de la lég-ation ? Les revenus du petit Etat pontifical étaient absorbés par les dépenses ordinaires. Quant aux taxes spéciales établies à diverses reprises pour l'entretien du Palais des Papes, elles ne four-

nissaient que des produits minimes en reg-ard de Timmensité des travaux.

I)e 1476 à 1503, un des plus célèbres lég'als d'Avignon, le cardinal délia Hovere, ou du Roure, mit à restaurer le Palais et les autres momimenls de la ville» la même ardeur qii'il déploya plus tard à Rome, lorsque, devenu le g*rand pape Jules 11, il attacha son nom à la reconstruction de la basilique de St-Pierre. Cependant son successeur, Léon X, sig'n;dait dans plusieurs brefs Turo^ente nécessité d'entreprendre des réparations g*énérales au Palais d'Avig'non, dont il avait, disait-il, constaté luimême les menaces de ruine prochaine.

Son lég*at, de Clermont-Lodève, qui g-ouverna Avig-non et le Gomtat Venaissin pendant 27 ans, seconda de son mieux les intentions pontificales. Certains auteurs ont même dit que, non content de réparer, il ajouta. Valadier va jusqu'à prétendre que ces constructions nouvelles g"àtèrent les jardins', bien (|ue la voix publique les eût g'ratifiées du nom laudatifde La Mirande \ 11 est im-

1. Le cardinal du Heure répara les remparts et restaura de fond en comble les bâtiments de l'évèché. Ce fut le premiei archevèiiue d'Avignon ; son oncle, Sixte I /, en le nommant ii ce siège forma en sa faveur une province ecclésiastique dont Avignon fut la métropole. Le nom de ce cardinal est resté ;i une rue d'.\vignon, où il avait institué un collège d'étudiants. Cette rue,(|ui longe la préfecture, s'appelle toujours rue Collège du Roure.

2. Valadier. Le labyrinthe r<,ynl de l'Hercule yaulois, p 30 : « Le cardinal de Clermont gasta les beaux vergiers, y faisant établir la Mirande et cette grande gallerie (jui occupe la plus grande part de ces jardinages. »

3. 11 n'est pas certain t|UP les constructions du jardin aient pris le înom de Mirande du latin nnntnduft, iidinirablc D'autres étymoiogies seraient peut-être plus acceptables.

possible de contrôler cette appréciation, toutes les constructions additionnelles de ce côté ayant disparu avec celles d'Urbain V, mais, d'après quelques documents contemporains, celles du lég'at de Clermont se bornèrent à un petit bâtiment dans le parterre, entre la tour du jardin (n° 41 du plan) et la rue actuelle du Vice-Lég'at. Ce bâtiment se dé- .tache à Texlrême g-auche sur le dessin reproduit ci-dessus, pag-e 307. La g'alerie avec fenêtres ménag'ées dans les créneaux de l'ancien rempart, que l'on voit sur le même dessin, dut être ég^alement établie ou remaniée par le même lég'at.

Si on y ajoute l'avant-corpsde la porte d'entrée, dont il a été question ci-dessus*, et un autre avantcorps appliqué dans la cour, devant la tour des i^ng'cs et l'appartement des lég-ats, on aura le bilan de toutes les additions faites au Palais par les g'ouverneurs pontificaux.

Le reste ne consista qu'en remaniements intérieurs qui, loin d'embellir le Palais, en mutilèrent et dénaturèrent certaines parties. On ne saurait cependant le reprocher bien vivement aux lég-ats. Ils ne cherchaient qu'à s'installer le mieux possible, au g'oût de leur époque, dans d'immenses locaux, trop vastes pour eux et d'une architecture passée de mode. Ils en avertissaient bonnement les visiteurs dans un quatrain qu'ils avaient fait peindre sur les murs de leur salle de réception :

Page 1