Guérin, Vie de Calvet, Avignon, Seguin, 1825, p
Tout, à cette époque, était au pillag^e dans l'ancien Palais de la Papauté. On y caserna 800 hommes qui, au lieu d'empêcher les déprédations, y participèrent. « Ce qui acheva de dég'rader le Pax( lais, dit Fransoy, témoin oculaire, c'est le séjour « des troupes qui l'ont habité pendant la Révolu- « tion. Chaque bataillon a constaté son passag-e <( par des destructions horribles. D'autre part, que « de ravages n'y ont pas fait les Avignionais de- « puis le départ des vice-lég-ats ? Nous avons vu i' long'temps, et presque journellement, les ou- <( vriers emportant quelque chose de ce Palais. Il « n'existe plus ni portes, ni fenêtres. Les tuiles, (( les malons, les fers, les bois et tous les oitjets « d'ag'rément intérieur ont disparu. De la sont ré- « suites des écroulements, des démolitions et une « ruine presque totale *. »
Il s'en fallut de peu que l'édifice ne. disparût dans une destruction complète. Le L"'' octobre 1792, le premier officier municipal, présidant en l'absence du maire, ouvrit en ces termes la séance du Conseil g-énéral de la Commune d'Avig"non :
« Citoyens,
« Cette Bastille du Midi, que nous avons encore
<c dans nos nmrs, devrait depuis long*temps avoir
<( subi le sort de celle de Paris. Sans être d'aucun
(( avantagée pour la cité, elle a été la terreur des
1. Fransoy, Mélanges historiques sur Avignon, Bibl. du Musée- Calvet, ms. 2066, f* 52.
« patriotes ; elle leur a servi de tombeau, dans le « temps que les ennemis de la liberté triomphaient « insolemment dans la Commune. Ses ruines peu- « vent lui être encore d'une g*rande utilité. Là, les » ou^vriers dépourvus de forUine pourront Ircjuver « un chantier où ilsg'ay-neront de quoi se défendre « contre la misère. »
<( Ouï sur ce le procureur g-énéral de la com- « mune,
« Le Conseil g*énéral, faisant ilroit à la pioposi- « tion, mu par les considérations qu'elle présente, <( considérant en outre qu'il existe' une loi qui « prescrd la démolition de tous les châteaux dont (( la conservation ne serait pas spécifiée par le « Corps lég-islatif, (( Arrête :
« Qu'il sera demandé à l'administration du « District de faire tous ses efforts auprès du Dé- « partement, pour obtenir de lui et accélérer la (( démolition du château, ci-devant connu sous la (( dénomination <le Palais papal *. »
Ce projet, revêtu de toutes les confirmations officielles, ne resta inexécuté que par un hasard providentiel, et g-ràce aux fluctuations incessantes qui déplaçaient si rapidement les autorités locales.
Loi'sque les plus mauvais jours de la Terreur furent passés, des commissions locales reçurent
1. Recueil de notes et documenls de M. P. Achard, ancien archiviste. Bibl. du Muséc-Calvet, ms. 1552, f 2.
mission de reevieillir les épaves des pillages révolutionnaires. Le 16 brumaire an III, les commissaires avig-nonais se présentèrent au Palais pour prendre possession des archives de la lég'ation, qui étaient dans l'ancienne salle du Trésor de la tour des Ang-es. « Nous avons trouvé, disent-ils, le lo- « cal ouvert aux quatre vents, dépourvu de toutes (( ses cloisons, boiseries, rayons, et même des fe- « nêtres, et enfin, pour toutes archives, quelques (( feuilles de papiers lacérées, g'isant sur le sol *. » Le moment vint où, pour prévenir de nouveaux abus, les pouvoirs publics se préoccupèrent de rég'ier la situation lég^ale flu Palais des Papes. En droit, il appartenait à l'Etal français, rég'ulièrement substitué au St-Sièg*e depuis le traité de Tolentino. La GoLiimune d'Avig'non ne pouvait rien prétendre sur un bien du domaine de la Chambre apostolique. En fait, l'État avait fait usag'e de ses droits en affectant le Palais, dès 1792, au casernement intermittent de troupes et à l'installatiori de prisons.
En 1801, on eut la pensée de l'utiliser en succursale des Invalides de Paris. Le rapport de i'ing'énieur en chef du département, dressé à ce sujet, nous renseig-ne sur l'état lamentable des bâtiments. La Chapelle de Benoit XII n'a plus que les quatre murs ; la salle brûlée [Comidoire et salle à manijer) est dans le même état ; l'aile de la chambie d'apparat ou du parement ^ i\Q\ev\ue\*à Jeu de ballon, n'a plus de planchers, et à peine la moitié de sa toiture