Ibidem
L'aile en façade sur la montée de Notre-Dame des Doms est seule un peu mieux conservée, parce cju'elle sert de prison. Le cloître est en ruines. Les constructions voûtées ont mieux résisté. C'est surtout celles que le rapport propose d'uliliseï-. il se termine par un devis de 125.180 l'r. pour les réparations les plus urg-entes qui permettraient d'y log'er 2254 iiommes '.
On préféra, pour la succursale d'Avig-non, le séminaire St-Charles, et, plus tard, les deux établissements réunis du noviciat des Jésuites et du monastère des Gélestins.
Un décret impérial du 23 avril 1810 comprit le Palais des Papes parmi les édifices publics affectés aux services militaires, dont la propriété était attribuée aux communes, à charg'C de les entretenii pour l'usag'e auquel ils étaient destinés. D'autre part, un autre décret du 9 avril 1811 cédait au département de Vaucluse la partie transformée en prison, qui n'avait pas été comprise dans le décret précédent, applicable seulement aux bâtiments militaires.
Dès lors, le Palais eut deux propriétaires : le Département, dans la partie voisine de Notre-
1. libl. du Musée-Calvet, ms. 2825, f^ 333etsuiv. : Mémoire et description succincte du ci devant falais des vice-légats, actuellement appelé le Fort, à Avignon, et état approximatif de la dépense à y faire pour le réparer et le rendre propre à y former l'établissement de la succursale qui doit être établie, en conformité de l'arrêté reiulu à cet effet par les consuls de la République, dans la huitième division militaire. — Avignon, le 15 frimaire an IX de la République une et indivisible (6 Ucceinbre i801).
Dame des Doms ; la Ville pour le reste, qui lui fut retTiis par l'administration des Domaines, suivant procès-verbal du 10 octobre 1810.
Une ordonnance royale du 5 avril 1818 modifia le décret du 23 avril 1810. Tout en maintenant les cessions gM^atuites opérées par ce décret, elle disposa que les établissements cédés rentreraient, quanta la jouissance, dans le domaine de l'Etat, la nue propriété seule restant aux communes*.
En vertu de cette ordonnance, l'usufruit du Palais fut rétrocédé par la Ville à l'Etat, suivant procès- verbal du 10 septembre 1818.
Toutes ces modifications lég'islatives ne chane:eaieni malheureusement rien à l'état de ruine, qui empirait toujours. Ce n'est g-uère qu'en 1822 que le ministère de la g-uerre se mit en mesure d'aménag*er le Palais pour le casernement rég"ulier des troupes. De 1823 à 1839,480.000 fr. y furent. dépensés, plus 90.000 ïr. pour la manutention établie sur l'emplacement des anciennes écuries ou bâtiments de service du Pape, et ag-randie en 1883 par la construction de nouveaux bâtiments'. D'autres crédits pour adjonctions ou remaniements s'ajoutèrent successivement aux devis primitifs et aux dépenses annuelles d'entretien.
1. Cetteordonnance était rendue en exécution de l'article 46 de la loi de finances du 13 mai 1817. Voir au fhtiletin des /oî.«, comme pouitous les autres actes législatifs cités.
2. Ces con.structions furent faites sur des terrains, en dehors des limites du Palais, achetés à M. Pila bAtiincnts et couri, et j^i la Ville d'Avignon emplacement de rues , par actes des 18 février et 1" mai 1883.
Il serait inutile d'insister sur le détail de cette adaptation du Palais en caserne. Certaines parties, comme la Salle brûlée et le Jeu de ballon furent, sauf les g*ros murs, entièrement refaites avec des divisions nouvelles d'étag-es et des voûtes de briques sur croisées de nervures en arcs très bas. Les façades exposées au midi et au couchant sur la cour d'entrée furent remontées sans style avec des files de fenêtres carrées, rég'ulièrement espacées. Elles ont ôté tout caractère à cette partie du Palais qui était la plus endommag'ée. Ailleurs, il n'y eut que des divisions et des cloisonnements qui ont moins altéré l'architecture primitive, comme dans l'Audience et dans la g-pande Chapelle, où la suppression des voûtes et des murs de séparation a permis de rétablir déjà l'aspect ancien.
On a dit beaucoup de mal de cette adaptation du Palais en caserne. J'ai exposé plus haut avec (jnels reg*rels tous les amis des arts déplorent la disparition des fresques de l'Audience et la dég-radalion de tant d'autres, (^e furent des actes de vandalisme qu'aucune c jnsidération ne saurait excuser. D'autres mutilations intérieures et extérieures sont tout aussi reg^retlables. Néanmoins, ces réserves faites, on peut se demander si, en somme, il n'a pas été heureux que le Palais des Papes ait reçu cette utilisation militair'e, en un temps où le g'oût moins dévi'loppé des reconstitutions architecturales pour le seul amour de I art n'eut pas suffi à le préserver de la ruine. H est à peu près certain que, sans les
travaux de conPortation faits à l'occasion du casernement, la tour de Trouillas serait par terre ; les inurs de la Salle brûlée et ceux du Jeu de ballon seraient peut-être irréparablement condamnés. Rien que les toitures, remises à tant de bâtiments qui en manquaient, ont constitué une préservation efficace que ne peuvent soupçonner ceux qui n'ont pas lu les descriptions lamentables du Palais faites par les ing-énieurs et les architectes, au commencement du XIX*" siècle.
Pour porter un jug'ement équitable, il faudrait faire la part exacte tle ce qui a été perdu et de ce qui a été sauvé. A mesure que le monument sera mieux étudié, on pourra faire une balance qui, les fresques à part, ne semble pas, pour l'instant, à de bons esprits, aussi défavorable que beaucoup le croient, sans pouvoir justifier leur opinion par des raisons suffisamment documentées.
Quoi qu'il en soit, la Ville d'AvigMion a repris la pleine propriété du Palais par la construction d'une autre caserne, mieux appropriée aux exig'ences modernes du service. Si elle devait maintenant assumer, même avec les subventions g-ouvernementales ordinaires, la restauration et l'entretien de ce colossal monument, ce serait nne(diarg*eà laquelle le budg'ct municipal ne saurait suffire. Il faut demande!' à ri^]lat de faire, pour h; Palais des Papes, au moins autant que poin* le iMont-Sl-Micbel, dont la restauration est au joMr'd'Iiui achevée, peut-être même excessivement pour ct.'rtaines parties. Sans
(Joute, la célèbre abbaye normande, qui est une pure merveille, méritait cet effort national. Le Palais des Papes d'Avig-non en est encore plus dig"ne, non seulement pour avoir été, pendant près d'un siècle, le phare pontifical sur lequel la ctirétienté toute entière s'orienta, et parce qu'il s'est passé là, suivant le mot de Lacordaire, des clioses qui seront l'éternel entretien de l'humanité ; mais aussi parce qu'à ce contact, à la fois surhumain et historique, les pierres elles-mêmes ont pris une empreinte et des formes où une époque entière s'est synthétisée pour en faire, selon l'appréciation autorisée que j'invoquais en commençant, « un des plus beaux' édi fices du inonde ^ ei même, comme l'a dit Misti'al, sans égal entre tous les autres :
Mai lou palai pountificau Eto entre tôuti sensu egau^.