‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 2 sur 134 · FroissarL, VA. S. Kervyn de Lettenhove, t. 1(3, p · texte numérisé non relu

FroissarL, VA. S. Kervyn de Lettenhove, t. 1(3, p

samment réparé et encore plus mal entretenu par les lég'ats qui l'habitèrent depuis le rétablissement du St-Sièg'e à Rome, et qui g-ouvernèrent jusqu'à la révolution les Etats pontificaux d'x^vig-non et du Comtat Venaissin. Les deux tiers du Palais restèrent sans emploi et à peu près délaissés, car le budg-et des lég'ats était trop faible pour ces constructions colossales.

La Révolution y mit tout au pillag-e, et les sansculottes avig-nonais avaient même demandé, en 1793, la démolition totale de ce qu'ils appelaient la Bastille pontificale. Abandonné dès lors à divers usag'es militaires ou autres, et exposé à toutes les dég'radations, le Palais fut finalement converti en caserne en 1819, et cette adaptation, si elle causa de nouvelles pertes artistiques et architecturales, assura du moins la conservation de l'édifice. A la demande d'un maire très dévoué à son pays natal, M. Paul Pamard, l'empereur Napoléon III avait décrété la restauration du Palais des Papes, qui fut confiée à Viollet-le-Duc '. Les désastreux événements de 1870 empêchèrent la réalisation de ce projet. Il fut repris partiellement pour la reconstitution de la chapelle de Jean XXII et de Benoît XII, exécutée par M. Revoit sur un vote du Conseil g*énéral de Vaucluse, qui avait décidé d'afïecter

1. Le projet de restauration du Palais des Papes d'\vignon par Viollet-le-Duc a été publié dans les Xrchives de la Commission des Monuments historique'i. Paris, Baudry, 1883 72, gr. in-fo'io avec planches et plans.

cette partie du Palais aux archives départementales. Elles y furent installées en 1878'.

De même, la tour de la Campane^ la plus voisine de Notre-Dame-des-Doms, a recouvré récemment ses mâchicoulis et ses CF^éneaux par les soins de l'architecle du Palais, M. Nodet.

Celle première tentative de restauration a été blâmée avec une railleuse acriaionie par un critique parisien qui avait habitué les avig'nonais à moins de persiflag-e et à plus de justesses

Pour avoir rendu des créneaux à la tour de la Gampane, comme on a refait ceux de Villeneuvelès-Avig-non, et comme M. Revoil en avait remis récemment au château de Tarascon, nous sommes, paraît-il, atteints, à Avig^non, de crénetite aiguë. Le mot est sans doute joli, mais on peut contester la chose.

Evidemment, si la tour de la Gampane n'avait jamais eu ni mâchicoulis, ni créneaux, il eût été ridicule d'en mettre. Mais tous les points d'attache, avec leurs crampons de fer, étaient visibles ; il existait sur place assez de frag-ments pour reconstituer le reste sur les mensurations les plus exactes ; on avait, au surplus, d'excellents dessins des siècles derniers, pouvant servir de g-uides précis; enfin, les moigMioiis branlants des mâchicoulis et des

1. Le Déparlcmcnl avait 6t6 mis en possession de celle partie haute du Palais, par l'administration des Domaines, à titre de maison de détention pour l'arrondissement d'Avij^non.

5. Journal des Débats, feuilletons des 8 février et 1"^ Mars 1907.

créneaux privés de soutien, ou déjà délités par les infiltrations pluviales, étaient une cause permanente (le dégM^adations dang-ereuses. J'avoue humblement ne pas voir quel si g-rand crime de lèsebeauté ou de lèse-archéolog-ie on a bien pu commettre en remettant ce qui manquait à un couronnement aussi certain.

A ce compte, M. Revoil', l'excellent architecte, à fjui Nîmes, sa ville natale, vient d'érig-er un buste, serait un bien plus g^rand coupable. 11 ne se contenta pas, en efïet,de recréneler, au Palais des Papes, la chapelle de Benoît Xll, où sont maintenant les archives départementales ; il la reconstitua entièrement sur la simple carcasse des quatre murs, à demi démolis, et qui ne servaient plus que d'enceinte banale pour un préau de détenus. Fallait-il laisser ces murs lamentables tomber chaque jour un peu plus, ou rendre à cette partie capitale du Palais, sinon son décor primitif, du moins sa structure orig'inelle? M. Revoil reconstruisit, recrénela, et fit bien. Mais, puisqu'on le loue avec raison, pourquoi donc tant médire de ceux qui suivent son exemple?

L'efîet d'une pierre qui remue, comme dans la chanson, sur une autre qui ne tient g'uère, en menaçant de rejoindre celles qui n'y sont plus, est

1. En outre des constructions et restaurations remarquables qu'il fit exécuter, M. Revoil fut chargé de missions architecturales dans la vallée du Rhin. Il a laissé des ouvrages très estimés, entre autres : L'Architeclnre romane dans le Midi de la France. Paris, 1873.

peut-être poétiquement admirable sur un fond de paysag-e romantique ; mais, outre que ce g-enre de beauté n'est pas inofïensif pour les passants, il n'est pas sain non plus pour les fissures qui s'élarg-issent et les brèches (|ui s'ag-g'ravent, n'étant pas abritées par un crénelag^e protecteur.

Sans doute, il faut bien se g-arder de toute exag*ération maladroite. Un monument ancien ne se retape pas comme un vieux chapeau. Ce fut par exemple folie impardonnable de retailler à vif et de racler à i)Ianc la façade gothique de rhôlei de Sade, comme le Ht un ancien maire d'.\vig'non, pour la remettre flambant neuse, avec des profils diminués et perdus, des moulures aplaties et camuses, des reliefs amincis et saccag'és.

Mais rien de tel n'a été fait dans le recrénelag'e de la Gampane. Comme M. Revoil, son successeur, M. JNodet, s'est scrupuleusement borné «à rétablir ce cjui était tombé, sans rien inventer ni ajouter. D'adleurs, cette restauration, votée par le Département, subventioniK^e par l'Etal, et contrôlée par la Commission des Monuments historiques, s'exécuta sous une surveillance suffisante pour mettre en g-arde l'autorité supérieure si l'accès de crénelHe, spiriluellenHMil reproché, avait déshonoi'é la lour de la Campane et compromis la beauté du Palais.

Donc, tant que les restaurations se borneront à pi'éserver les parties intactes, à consolider ou à remplacer avec une scrupuleuse exactitude les parties endommag'ées ou détruites, il n'y aura pas lieu d'exprimer d'inutiles alarmes.

Il faut souhaiter, au contraire, qu avec toute la prudence et le discernenicnt nécessaires, des restaurations, t)ien étudiées d'après les documents les plus authentiques, permettent de rendre au plus tôt à la façade principale du Palais des Papes ses véritables proportions, au lieu du nivellement trop éo-alitaire et trop déprimant qu'on lui a fait subir.

Ce sera, au vrai sens des mots, une réparation et une restitution absolument nécessaires pour qu'on puisse entièrement jouir de la beauté de l'œuvre de nos vieux architectes français ', tello qu'ils l'avaient conçue dans l'esprit de leur temps, et non pas mutilée et raboug-rie, comme l'ont faite trop de vandalismes successifs.

A la fin de l'année 1906, le Palais des Papes a été définitivement évacué par les troupes, qui depuis trois quarts de siècle y étaient casernées, et rien ne s'oppose plus à sa restauration, qui vient d'être entreprise par le déblaiement de la partie méridionale, comprenant : au rez-de-chaussée, V Audience ou Pala';s de Justice ; et au-dessus, la g-rande C//apelle ponti ficale deXAéiweni VI. II m'a seml)lé que le meilleur moyen d'y intéresser l'opinion publique était de donner à son histoire la notoriété ({u'elle n'a pas encore sulfisamment reçue.

l. Les architectes employés par les Papes à la construction du Palais étaient tous français, comme l'a déjà fait remarquer E. Mùnlz, Les Architectes du Palais des Papes à Avignon. Seniatnr des C(ynstructeurs, 9 Avril 1887.

Sans parler des auteurs sans critique, qu'il est inutile d'énuniérer, et qui ont surtout propag-é des erreurs, le sujet n'a été [néthodicjuement traité, jusqu'ici, qu'à des points de vue partiels et ditîérents, par trois érudits des plus disling^ués.

Le premier en date fut M. Eug^ène Mitntz', membre de l'Institut, dont j'ai tout particulièrement déploré la perte prématurée, à cause du g'rand amour dont il s'était épris pour notre vieil xlvig^non, et de l'amitié constante dont il avait bien voulu m'honorer depuis sa première visite en cette ville.

Ses études avaient été dirig'ées de ce côté, dès le début de sa carrière, par une circonstance fortuite. Lorsqu'il n'était encore que membre de l'école de Rome, il avait été prié par M. Denuelle, excellent peintre et beau-père de l'éminent historien M. Taine, de rechercher, dans les archives du Vatican, les auteurs des lVesc|ues du Palais des Papes.

Le consciencieux ar'liste voulait, à leur sujet, élucider un point de critique historique. Il avait été chargé par le ministère des Beaux-Arts de reproduire les peintures du Palais et de la cathédrale d'Aviguion en une série de g-randes aquarelles qui sont aujourd'hui dans les collections des Monuments historiques au Musée du Trocadéro. Gomme l'attribution de ces fresques suscitait depuis loug-

1. Voir, pour la bibliographie des ouvrages de M. Mûnlz, relatifs au Palais des Papes, ï'iiulr.v à la lin du présent volume.

temps de nombreuses hypothèses et des controverses sans résultat, M. Denuelle aurait été heureux de trancher la question par la découverte de pièces authentiques et irréfutables, selon la méthode de iM. Taine. Le reg"retté M. Paul Achard, alors archiviste de la ville d'Avig-non et du département de Vaucluse, les chercha vainement dans les dépôts dont il avait la g-arde. Il put, à la suite de ce labolieux dépouillement, d'autant plus difficile et méritoire qu'il n'avait jamais été tenté, publier le premier des notices inédites sur un g"rand nombre de très vieux peintres avig-nonais '. Mais toutes les archives pontificales ayant été portées à Rome lorsque les Papes y retournèrent, rien ne put être trouvé sur les fresques du Palais, sauf quelques indications parlielles doat M. Denuelle remercia M. Achard en lui offiant le relevé à l'aquarelle de l'un des panneaux de la chapelle St-Martial dans le Palais, et un dessin de la fresque qui orne le porche de la cathédrale d'AvigMion. Son fils, M. Félix Achard, a bien voulu en faire don au Musée-Calvet, où on peut les voir, à l'entrée de la première travée, consacrée aux primitifs français, dans la g-rande g-alerie de peinture.

M. Muntz fut assez heureux pour découvrir, dans les archives du Vatican, non seulement beaucoup de noms de peintres ayant travaillé au Palais d'Avig-non, mais encore des comptes assez détaillés,

1. Paul Achard, Notts sur quelques artistes d'Avignon, Carpentras

qui permettaient d'identifier les travaux de l'un d'eux, Matteo Giovannetti, de Viterl^e. Encourag-é par ce premier succès, il publia en diverses reprises, depuis 1881 jusqu'à ces derniers temps, les nombreux résultats de ses recherches sur les arts et les artistes à Avignon pendant la période pontificale. Ils offrent sur ce point spécial une très profitable contribution à l'histoire du Palais des Papes.

M. Maurice Faucon, qui faisait ég-alement partie de l'école de Rome, publia aussi, vers la même époque, un travail des plus intéressants et des plus fructueux : Les Aj^ts à la Cour d" Avignon sous Clément V et Jean XXH , d' après les registres caméraux des archives du Vatican ' .

M. Léopold Duhamel, le savant archiviste actuel du département et de la ville d'Avig*non, aborda l'histoire du monument d'une façon plus g^énérale. Il donna, en 1882, sur les Origines du Palais des Papes % une étude très remarquable et très neuve, en publiant tous les documents inédits des anciennes archives épiscopales sur la transformation du vieil évêché d'Avig*non en Palais apostolique. Malheureusement, les documents qu'il détenait

\. M. Faucon, dans Mélanges iVarchéologie et d'hisloire, publiés par l'école de Koine, t. II, 1882, pp. 36 63, et t. IV, 188i, pp. 57-130.

2 Duhamel, dans Conurès Archéologique de France. 188?, et tirage à part, Tours, Paul Bousrez, même année.

n'allaient pas plus loin. On peut jug-er, par l'excellent parti qu'il en tira, de ce qu'il aurait pu faire s'il avait disposé de sources d'informations plus complètes.

Ce bonheur était réservé au R. P. Ehrle, le très disting-ué préfet actuel de la bibliothèque du Vatican.

Lui aussi ne s'était occupé tout d'abord des Papes d'Avig-non qu'à un point de vue spécial. Si M. Miintz avait pour unique objectif les arts et les artistes de la cour pontificale, le R. P. Ehrle recherchait surtout des documents pour reconstituer les anciennes bibliothèques des Papes.

Mais, après une première visite au Palais d'Avig-non, il prit un tel intérêt à ce merveilleux édifice, qu'il y revint encore à deux reprises, et qu'il publia, à son sujet, ce (pie sa modestie excessive ne lui faisait considérer que comme une dissertation auxiliaire de son g'rand ouvrag'e*. C'était en réalité la première histoire du Palais des Papes, basée sur un dépouillement complet des anciens livres de comptes de la Chambre apostolique, contemporains de la construction du Palais, et qui sont aujoui'd'hui dans les archives du Vatican.

En donnant au public son précieux travail, écrit en latin, pour qu'il fût mieux accessible aux érudits

1. Fr. Ehrle, Hisloria biblïothecœ Romanorum Pontifi,cum, tum Bonifaiianœ, tum Avenionensis, Romae, typis Vaticanis, 1890, t. I, pp 129-135 et 587-786. - Tirage à part sous le titre : De historia palaiii Romanorum PoiUificum Avenionensis même date).

(le toute nationalité, le R. P. Ehrie émettait le souhait que les hommes d'étude, ayant Toccasion de fréquenter le Palais d'Avig-non, pussent compléter et réformer au besoin ses indications, en appliquant sur place aux diverses parties du monument les textes qui les concernent.

Malheureusement, ce travail n'a jamais été fait. Tant que le Palais fut utilisé en caserne, la visite en était peu aisée, et l'étude tout à fait impossible. L'accès n'était pas autorisé partout, à cause des mag*asins d'armes, de munitions et d'efïets militaires de toute sorte. Les corps d'état régnmentaires étaient installés dans des salles morcelées en ateliers et en habitations particulières, forcément interdites aux visiteurs. Même dans les chambrées et autres locaux dont l'autorité militaire facilitait l'entrée, l'excès des divisions et l'encombrement étaient tels qu'on avait peine à s'y reconnaître. Dans de pareilles conditions, les recherches, fatalement incomplètes, n offraient que peu de chances de succès et exposaient à trop d'erreurs

Il ne faut donc pas s'étonner que les mieux intentionnés se soient découragées.

Maintenant que le Palais est libi^e, et qu'on peut commencer à scruter le secret des vieilles pierres sous les énormes surcharg-es et les couches de ba-

(lig'eons accumulées depuis si long'temps, j'ose entreprendre l'étude que le P. Erhle souhaitait, et dont toute Tinitiative lui revient. Je ne la tente d'ailleurs qu'avec l'aide des textes qu'il a publiés, de ceux que j'ai pu recueillir moi-même, et surtout avec l'appui efficace que je suis toujours assuré de trouver dans son inépuisable complaisance.

J'exposerai d'abord l'état g-énéral de la ville d'Avig'non et du Gomtat Venaissin, avant la venue des Papes.

Je dirai ensuite les raisons qui les décidèrent à se fixer temporairement dans cette ville, et à y continuer leur résidence.

Ce sera le moment d'aborder l'histoire de la construction du Palais, en suivant, règ-ne par règ"ne, dans les comptes et les inventaires de la Chambre apostolique, les aug*mentations, les transformations et les vicissitudes successives des bâtisses.

Viendront après : les abandons momentanés, puis définitifs, à la suite du transfert du Saint- Sièg'e à Rome et de l'extinction du schisme d'Occident ; enfin, le sort du Palais sous les lég-ats et vicelég-ats, sous la Révolution, et pendant le siècle dernier, jusqu'à l'époque actuelle.

Je terminerai par une description topogM^aphique de l'état présent, (jui pourra g'uider les visiteurs du Palais.

Telles sont les grandes lig-nes de ce travail, auquel est ajouté un index bibliographique des sources manuscrites ou imprimées, que pourront consulter les lecteurs désireux d'étendre leurs recherches.

La ville d'Avi^net> et le Comtat-Venaissip avant la venue des Papes

Si la ville d'Avig-non doit maintenant sa principale notoriété au séjour de la Cour romaine, qui en a fait dans l'histoire la cité des Papes, elle avait eu auparavant un passé qui ne fut pas sans g-loire, et qu'on peut résumer rapidement en quelques traits sommaires.

Son origine remonte si haut qu'il est impossible de la préciser.

Le rocher qui lui sert d'assise avait été, aux temps g-éologMques, uti récif des mers primitives, puis un îlot rocheux dans un vaste estuaire ou dans un lac qui recevait les eaux du Rhône et de la Durance'. Les premiers g-roupes humains qui occu-

1. Léonce Joleaud, Terrains néogènes de la plaine du Cointat et de ses abords, dAus Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1905 et 1906.

pèrent le pays trouvèrent là une station préparée par la nature comme celles qu'ils recherchaient au-dessus des eaux.

Plus tard, à l'aurore de la civilisation dans la Gaule méridionale, les Grecs de Phocée, qui avaient fondé Marseille, et qui remontaient le Rhône pour trafiquer avec les rive?^ains, firent de ce rocher hospitalier une escale et un entrepôt, d'où les indig-ènesdu lieu, devenus courtiers et détaillants, portaient les marchandises dans tout le voisinag'e.

Ce commerce enrichit et g^récisa si bien la jeune cité celto-lig-ure que nous avons de cette époque des monnaies autonomes d'arg^ent et de bronze, au nom g-rec de la ville : Aojev'ov, aussi belles que les plus parfaites de la métropole marseillaise '.

Sous la domination romaine, Avig-non, d'abord cité latine, jouissant de privilégies spéciaux, et d'une autonomie relative, fut bientôt éclipsée par les grandes colonies voisines d'Arles, de Nîmes et d'Orang-e ; mais elle prit sa revanche lors des invasions et des troubles de l'époque méroving-ienne. Ses fortifications et la défense naturelle de son rocher, au-dessus du Rhône, en firent une ville" imprenable dont Glovis dut lever le sièg'e\ et d'où Charles Martel ne put qu'à g-rand peine chasser les Sarrazins que la trahison du duc Mauronte et la connivence des habitants y avaient laissé étaljlir.

1. Le monnayage grec d'Avignon a été étudié par MM. de Lagoy, de la Saussaye, Laugier, etc., et tout récemment par M. A. Blanchet : Trailr des nioanaieii gnuloise^i, Paris, 1905, 1' partie, p. 440.

2. Grégoire de Tours, Hisloria fran^oniin, 1. 11, ch. 32 et 33.

Chef-lieu d'un comté, qui devint plus tard le Comtat Venaissin, et qui comprenait à peu près les trois quarts du département de Vaucluse, Avig-non fît partie successivement des royaumes méroving-iens et caroling-iens ; puis des royaumes dissidents et éphémères de Bourg'og*ne, de Vienne et d'Arles, qui s'émiettèrent rapidement en comtés indépendants, sous la suzeraineté inefficace de l'Empire g-ermanique*.

En effet, les comtes, qui n'étaient d'abord que des g"ouverneurs arnovibles et révocables, finirent par se rendre héréditaires et s'émancipèrent de l'autorité de leur souverain, qui n'eut plus g'uère sur eux qu'une suprématie rarement effective.

Au XI P siècle, la famille comtale de Provence avait fait du pays, depuis Avig-non jusqu'au Dauphiné, sa marche, c'est-à-dire son territoire frontière. Un mariag-e le porta dans la g-rande maison seig*neuriale de Toulouse. Mais la ville d'Avig-non avait dès lors une importance si considérable, que, dans leur partag-e territorial , les maris des deux héritièresde la famille de Provence, impuissants à l'avoir chacun dans leur lot, avaient voulu la laisser indivise'. Une autorité si fractionnée fut vite annihilée, et les Avig'nonais, secouant toute suzeraineté, s'érig-è-

1. R. Poupardin, Le Royaume de Provence. - P. Fournier, Le Royaume d'Arles ei. de Vienne, Taris, 1891.

2. Le texte de ce partage, fait en 1125, a été publié par Papon : Histoire de l'rovence, t. II, Preuves.

rent en république, comme les villes d'Arles et de et de Marseille*.

Enrichie par son commerce et par son heureuse position au centre de territoires fertiles, la République avig-nonaise eut par surcroît le l)onheur de posséder, vers la fin du XIP siècle, le pont lég'endaire de Saint-Bénézet», qui fit partout crier au miracle, car les Romains n'en avaient pas fait de pareil, même pour la cité impériale d'Arles, et depuis Lyon jusqu'à la mer, c'était alors le seul pont de pierre qui traversât le Rhône. Tout le monde y passait en réalité, comme dit la ronde que les enfants chantent encore. Toutes les routes du midi venaient y aboutir, et dans beaucoup de villes, comme Nîmes, Aix en Provence, Vienne en Dauphiné, le Puy en Velay et bien d'autres, il y a encore aujourd'hui la Porte, d'Avignon, le Chemin cF Avignon, tellement tout transit converg-eail vers le pont unique et célèbre qui fît la g-loire et la fortune, mais aussi le malheur de celte ville, en lui occasionnant le sièg'e désastreux qu'elle subit en 1226.

Mais il faut maintenant moins presser le récit. Nous sommes au moment où la Papauté va entrer en scène et prendre pied dans le pays, en acquérant d'abord le Gomtat Venaissin, et ensuite Avig'non.

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