‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 3 sur 134 · Félix Achard, La République d'Avignon, Avigaon · texte numérisé non relu

Félix Achard, La République d'Avignon, Avigaon

-Z. De St- Venant, SI liéiiczel, patron des ingénieurs, Bourges, 1889.

Comment les Papes acquirent le Comtat Venaissin

A la fin du XIP siècle, l'unité nationale de la France était encore loin de sfi constitution actuelle.

A l'ouest, les Angolais possédaient plusieurs provinces du littoral de l'Océan ; à l'est, la rive g-auche de la Saône et du Rhône était sous la suzeraineté de l'Empire g-ermanique ; vers le sud, l'influence française ne passait pas la Loire. Ce fleuve franchi, tout chang'eait, aussi bien la souveraineté que la lang-ue, la lég-islation, les mœurs et encore plus l'esprit public. On aurait dit un autre peuple. Entre ces deux moitiés de la future France, lang-ue d'oileA lang-ued'oc, il y avait diverg^ence profonde etantag'onisme absolu. Le Midi, fortement imprég'né de culture latine, très épris d'indépendance et de nouveautés, détestait le Nord, dont le vieux fond g-aulois, mal romanisé, s'était facilement soumis à la rude domination franque.

Si, au-dessus de la Loire, les rois Capétiens travaillaient à étendre leur prépondérance, en deçà, la g'rande maison souveraine des comtes de Toulouse s'efforçait de faire prévaloir sa suprématie depuis les Pyrénéesjusque dans la vallée du Rhône. Sur leurs monnaies, ces puissants seig'neurs ajoutaient à leurs titres celui de marquis de Provence (Marcliio Provincie). Ils possédaient en effet cette marche^ et rég'issaient par leurs officiers le Gomtat Venaissin, mais non pas la ville d'Avig*non. Ils avaient trop d'intérêt à se concilier cette riche cité, maîtresse de l'unique pont sur le Rhône, poiu^ ne pas respecter son indépendance de ville lihre.

Le moment était venu où les deux coalitions du Nord et du Midi devaient fatalement se heurter, pour dominer l'une sur l'autre. La partie n'était pas inég*ale, et si le comte de Toulouse, Raymond VI, avait su la jouer, ce serait- peut-être la lang"ue de Clémence Isaure et de Mistral que parlerait aujourd'hui la vieille Gaule. Mais ce prince, irrésolu et versatile, n'était pas de taille pour ime telle lutte. D'ailleurs, le socialisme et l'anticléricalisme albig'eois, dont il ne sut être carrément ni l'adversaire, ni le champion, furent la cause de sa ruine.

Depuis le milieu dn XII'' siècle, le Midi était ag-ilé par des héréli(|ues révolutionnaires, nommés Cathares, Palarins et surtout Albig'eois, ilu nom de la ville d'Alby, leur principal centre. Née d'un excès de radicalisme relig'ieux, cette secte, d'abord

puritaine, avait dég-énéré jusqu'à menacer non seulement le (log'me et l'org\inisati()n eatholique, mais encore l'ordre social, le mariag'e, la propriété. Certains même de ses adeptes les plus audacieux prêchaient déjà l'amour libre et la communauté des biens, comme de simples collectivistes modernes.

Contre ces exaltés qui jetaient la discorde dans la cité et dans les familles, l'Eglise et les États s unirent ; le roi et les grands vassaux de France furent conviés à une croisade qui devint, pour les seigneurs du Nord, une excellente occasion d'acquérir des domaines au delà de la Loire.

Le comte de Toulouse, Raymond VI, ne s'était posé ni en chef, ni en protecteur attitré des Albigeois, mais il les avait laissé faire chez lui, espérant profiter de cette force nouvelle qui aurait travaillé pour ses visées ambitieuses, en gagnant au loin chez les autres. Ce fut donc, en fait, contre lui que fut dirigée une guerre dont s.es états devinrent l'enjeu.

Il les défendit mal, et les perdit. Ce fut à grand peine que le pape Innocent 111, qui avait désiré i'altolition d'une hérésie, mais non pas la ruine de la maison de Toulouse, put s'opposer aux avidités conquérantes qui voulaient la dépouiller de tout. A défaut de Raymond VI, trop compromis, il tint bon pour son fils. Au concile de Latran, l'auteur delà Chanson de la Croisade met dans la bouche du Pape ces paroles :

« Je ne veux pas consentir à vos cruels désirs,

« car, par la foi que je vous dois, il n'est jamais « sorti de mes lèvres que le comte Raymond dût « êtte condamné, ni ruiné, et s'il l'était, pourquoi « son tils perdrait-il la teri-e et l'héritag-e? Jésus- « Christ, l'oi et seig-neur, a dit que le péché du père (( ne retombe pas sur le fils... Si ce fils n'est ni or- « g-uei lieux, ni traître à Dieu et à l'Eg-Iise, Dieu lui « rendra Toulouse, et Ag^en, et Beaucaire...' »

En attendant, le Pape put lui conserver ce que la maison de Toulouse possédait sur la rive g-auche du Rhône, de la Durance à l'Isère, et en particulier le Gomtat Venaissin'. Quant à la ville d'Avignion, heureusement éloignée cette fois du théâtre de !a g-uerre, son indépendance absolue n'étant alors contestée par personne, elle continuait à s'administrer librement sous ses consuls ou podestats.

Ce qu'Innocent 111 avait prévu se réalisa. Les horreurs commises par les envahisseurs du Nord ne tardèrent pas à exciter, dans tout le Lang'uedoc, une réaction favorable au comte de Toulouse, qui en profita pour g'rouper tous ses partisans en vue d'un retour offensif. Un an après cette session du concile, qui, en novembre 1215, avait conservé au fils de Rayniond VI le Comtat Venaissin, fauteur de la Chanson de la Croisade nous montre ce jeune prince faisant à Avignon, avec son père, une entrée solennelle, au milieu des protestations du plus complet dévouement :

1. Chanson de In Croimde conltc les Alhigenis, édll.Meycr.Sociéié de l'Hisloire de France, 1875-79. V. 3750 el suiv.

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