‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 57 sur 134 · Voir ci-dessus, page · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, page

2. \*' décembre 1339, Eh., 613 : « Pro clatisura gippi lairinarum doinini Pape contiguariiin turri magne. » — 1«' juin i;<41, Eh., 623 : « Lalrine secrète domininostri a parte introitus deambulatoriurum viriaarii. »

3. « Camere secrète. » Eh., 601 : ;( Turris camerarum secretarum. »

était établi sur des mâchicoulis à corbeaux '. Le nombre d'étag^es était aussi le même. Ils étaient aménag'és en latrines inférieures et supérieures, sauf Tétag'e du haut, sous la voûte flnale qui portait la plate-forme. On fit plus tard communiquer ce dernier étag'e avec la tour de Trouillas, et il servit à log'er Guillaume de la Guillaumie et d'autres chefs des g'ardes du Palais, casernes de ce côté -.

Cette toui* fut appelée la Glacière dans les siècles derniers, parce qu'un sous-sol pour la conservation de la g^lace avait été établi, non pas dans la tour elle-même, mais daris son voisinag'e. M. Nodet a récemment retrouvé cette g-lacière, avec un petit canal d'écoulement pour l'eau de fonte de la g'Iace.

Ce nom de C^/ac/é^'e est tristement célèbre dans les annales avig-nonaises : pendant la nuit du 10 au 17 octobre 1791, 61 victimes, arrêtées arbitrairement le jour même, furent ég'org'ées dans le Palais par une bande de scélérats, la plupart étrang*ers à la ville, commandés par un velaisien nommé .lourdan, et surnommé Coupe-lêle. Ces malheureux, dont 13 femmes, pris indistinctement dans toutes les classes de la société, et sur lesquels s'assouvissaient des veng'eances personnelles autaiU ([ue révolutionnaires, étaient assommés ou dépecés, à coups de sabres et de haches, puis précipités dans l'ancienne

1. 26 janvier 341, Kh , 620: u Pro barbacanis, tni'rU'lis elbuteiis ..

TURRIUM CONSISTORIl ET LATRINARU.M. ))

2. Inventaire 1369, Eh.,6o2: a In superiori caméra turris parve juxta turriin de Truilhucio, tu qua caméra solebai jacere Guillelmus de GuiUelmia, castelanus quondam predicti palatti.»

fosse des latrines du Palais, où plusieurs, mal assassinés, ne moururent que lentement, au milieu de râles désespérés qu'on entendait encore le surlendemain, et qu'on dut étouffer sous des jets de chaux vive'. Avig^non eut ainsi ses massacres d'octobre un an avant les massacres de septembre à Paris.

Le procès- verbal de l'extraction des cadavres constate que les victimes avaient été jetées de 60 pieds ou 20 mètres de hauteur, qui est bien celle des latrines supérieures au-dessus de la fosse dans le fond de la tour.

Oranâes cuisines et dépendances

(N°' 20,21, 24 du plan.)

Le 16 octobre 1339, Pierre Salvat, d'Avig*non, recevait le prix de la démolition des anciennes cuisines du Palais de Jean XXll et de leurs dépendances '. La reconstruction avait aussitôt commencé, à côté de la tour des latrines, en utilisant certaines parties conservées, et le 10 novembre, on commençait à payer des acomptes à Jean Mathe et à Jean Galhe, pour les nouvelles cuisines et la grande cheminée du Palais \

1. Procès-verbal officiel de l'extraciioa de 60 cadavres dans leChâ' teuu d'Avignon par les coininissaires civils dépulés par le Roi, des U, /Set in novembre i~91. Avignon, Fr. Seguin, rue Galante, 17 novembre 1791. On retrouva encore un cadavre le lendemain.

2. 16 octobre 1339, Eb,, 612 : « Petro Salvati de Avinione, pro dirutione AULE ET COQUINE ANTIQUORUM pa/atit doïiiini Pape »

3. 10 novembre 1339, Eb. 612 : « Johanni Mathe, lapiscide, pro constructione seu factura coquinarumcw/h magno fornello palacii... » — K Johanni Calhe pro crota subtus solum coquine predicte contioue

TURRI LATRINARUM. »

C'est la grande cheminée en forme de pyramide octog'onale, terminée par un couronnement rond, qui s'élève à côté delà tour de la Glacière, couvrant la totalité de la cuisine et servant de tuyau d'évent pour les fumées et toutes les émanations culinaires. Ce g*enre de cheminée n'était pas particulier au Palais d'Avig-non. Beaucoup de g^rands châteaux de l'époque en avaient '. On le montrait cependant, au siècle dernier, à titre de curiosité rare, comme le soupirail de la chambre des tortures de l'Inquisition ! Mérimée y crut et le consig-na sur ses ISotes de voyage. « Dans une des tours, dit-il, du côté de l'orient, on montre la chambre où siég^eaient les inquisiteurs ; une autre, voisine, où l'on donnait la torture. La voûte de cette dernière salle est très-bizarre. C'est une espèce {['entonnoir arrondi ( à son sommet. Un four, qui a pu servir à faire chauffer des ferrements de torture, est pratiqué ( dans la muraille ; à côté, on voit encore les trous ( où était fixée la machine nommée vieille, inven- ( tion avig-nonaise pour oblig-er l'hérétique le ( plus endurci à convenir des crimes c|u'on lui imputait ^ » Mérimée ajoute même, avec détails à donner le frisson, une description complète de la machine, comme s'il l'avait vue. 11 ne faut pas oublier que l'éminent écrivain était alors inspecteur général des monuments historiques de France, et f|u'il a

1. Cf. Enlart, Mmiuel d'archéologie française, Cuisines, U, 81.

2. Mérimée, Notes d'un voyage dans le midi de la France, Paris, 1835, p. 145.

fait mettre ce titre sur la couverture de son ouvrag-e. Il est vrai que cette fonction était alors toute nouvelle, et que Tétrenne en fut donnée à un littérateur qui s'entendait mieux à faire d'admirables romans que des inspections architecturales *.

La cuisine avait comme annexes : — la bouteillerie et \iipanete?'ie\ situées à côté de la pièce ou était la g-rande cheminée ; — le dressoir de la g-rande salle à mang'er % dans la partie la plus rapprochée du cloître, au-dessus de ce qui était resté au rez-dechaussée de la cuisine primitive du Palais. Ces divei^ses installations étaient séparées par des cloisons de plâtre *, maintenant disparues, et l'ensemble forme une pièce irrég-ulière, au-devant de la cuisine (n'' 21 du plan).

Il y avait encore d'autres annexes démolies, et dont l'emplacement forme une petite cour au-devant de l'entrée actuelle de la tour de Trouillas

1. Il en plaisantait dans l'intimité avec ses amis d Avignon. Le 28 juin 1835, il écrivait à Requien : « En feuilletant le Commentaire de Paucirole sur la Notitia utraque dignitatutu miperii Orientis et Occidenlis, j'ai trouvé qu'il y avait à Rome, dès le temps d'Auguste, un inspecteur des monuments historiques, lequel cumulait avec l'inspection des éditices publics celle des /«panana (au nombre de quarante-six, rien que dans la IX* région de Rome). Je me propose de citer ce précédent à M. Thiers et de faire ajouter ces fonctions à celles que j'exerce déjà. > Mérimée, Lettres a Requien, Revue des Deux-Mondes, 13 mai 1898, p. 238.

2. 20 décembre 1340, Eh., 618 : « butigularia et paneteria nova juxta coqui7iam inagnain palatii. »

3. 3 avril 1346, Eh., 635 : k In inuro veieri coquine inferioris... in pede graduumperquos ascenditur ad dressatorium magni tinelli.»

4. 20 décembre 1340, Eh., 618 : « Pro factura maianorum gippi in buticularia et paneteria. »

(n° 24 du plan). D'anciennes bâtisses, contre la chapelle de Benoît XII, étaient utilisées en dépôt de charbon^ de bois et de pierre, car la houille était déjà usitée ^ Au-dessus se trouvait le fruitier du Pape, donnant vers le pig*non de Notre-Dame-des-Doms. On y conservait surtout des raisins '. A côté de la cuisine, il y avait aussi le garde-manger *. Les inventaires du Palais mentionnent, parmi les ag-encements du sous-sol, dans la cuisine basse, le moulin à moudre la moutarde . Voilà de quoi légitimer le titre proverbial de premier moutardier du Pape \ De tous les aménag*ements de ces grandes cuisines, il n'y a g^uère que le fameux tuyau pyramidal qui soit bien conservé, et qui donne une note très pittoresque sur la façade orientale du Palais. Son couronnement s'élève à 40 mètres au-dessus du sol de la cour de service. Le rempart qui entourait le jardin venait finir au pied du bâtiment des cuisines et séparait ce jardin de la cour. Une poterne, défendue par des mâchicoulis, s'ouvrait à l'ang^le

Page 1