‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 6 sur 134 · N. de Brai, Gesta Ludovici VIII versi · texte numérisé non relu

N. de Brai, Gesta Ludovici VIII versi

encore sur le plan actuel de la ville, le tracé de l'ancien Avig-non.

Confiants dans leurs remparts formidables, les avig«nonais osèrent barrer la route au roi de France, après avoir mis en déroute Tavant-g'arde de son armée au Pont de Sorg'ue, et l'avoir poussée si vivement que les fuyards n'eurent de salut qu'en se jetant dans le petit bras du Rhône,, pour aller s'abriter dans l'île d'Oiselay.

Le roi et le lég-at commencèrent le sièg-e de la ville le 10 juin 1226. Mais, comme dit un contemporain, elle était à peu près imprenable *. Pendant trois mois, les avig-nonais repoussèrent tous les assauts, tuant les croisés par centaines, brûlant les machines du roi, écrasant sous les projectiles de leurs batistes le chef des ing-énieurs, Amauri Copeau, et le conseiller préféré du roi, le sire de St- Pol, précipitant d'un seul coup trois mille hommes dans le Rhône par la rupture de plusieurs arches du pont, et jetant enfin dans l'armée de la croisade, décimée par une épidémie très meurti^ière, une telle désespérance, qu'un des plus grands vassaux, Thibaut, comte de Champag-ne, quitta l'armée en emmenant ses troupes, et que beaucoup parlaient de l'imiter. Mais le lég-at tint bon. Il fit huer le comte Thibaut à sa sortie du camp par la valetaille de l'armée, et exig-ea serment du reste desseig'neursde ne pas encourir la même honte.

1. Gesta Ludovici VIII, auctore anonyme, Duchesne, t. V, p. 284 : (( .... Venit rex ad Avignionent urbem fortissiwain et quasi inexpugnabilem. u

Il défendit les assauts inutiles, et ordonna un blocus rig'oureux. Cette tacti(|ue, moins brillante, mais plus sûre, eut raison de la ville, que les attaques les plus furieuses n'avaient pu emporter, et que la famine oblig^ea, le 9 septembre, à la plus dure des capitulations *. L'indomptable lég-at voulut faire un exemple : pas de massacre, la vie sauve pour les habitants, mais la ville démantelée de ses remparts et de 300 maisons fortes, le matériel de g-uerre livré au roi, une énorme contribution de 7000 marcs d'arg'ent, l'envoi en terre sainte et l'entretien pendant un an de 30 hommes d'armes, interdiction de toute aide future au comte de Toulouse, sans compter plusieurs autres stipulations g-aranties par la livraison de deux cents otag'es '.

La chute d'Avignon, réputé imprenable, terrorisa toute la contrée ; les souujissions affluèrent au camp du roi, et pendant longtemps, dans les chartes, il fut question de « l'année où le seignew roa de France s'empara (TArignon. »

Du coup, la campag-ne était finie, le reste ne fut qu'une démonstration armée à travers les villes du Lang'uedoc. Deux mois après, Louis VIII, retournant à Paris, mourait à Montpensier, laissant, pour lui succéder, son fils aîné, mineur, et sa femme, Blanche de Gastille, rég'ente du royaume.

1. Voir Petit-Dutaillis, Étude sur la vie et le règne de Louis VIII, pp. 306 315, Paris, 189i. Le siège d'Avignon y est décrit avec l'indication complète des sources.

2 Voir le texte' intégral de la sentence du cardinal de Saint- Ange dans Nouguier, Histoire de l'Eglise d'Avignon, p. 75. En Avignon, Bramereau, 1660.

Tous les avantag'esg'ag'nés paraissaient remis en question, et Raymond YII tenta une revanche. Mais le lég'at fit pour la rég^ente ce qu'il avait fait pour le roi défunt, et trois ans après, le Comte de Toulouse, convaincu de son impuissance, sig-nait, en 1229, le célèbre traité de Paris par lequel il promettait sa fille unique au frère cadet du roi de France, avec le Lang*uedoc en dot. C'était le commencement de l'annexion définitive, qui fut consommée quelques années plus tard.

Quant au Comtat Venaissin, qui était en terre d'Empire, et sur lequel la couronne de France n'osa pas élever de prétention, afin de ménag-er l'empereur, le comte de Toulouse le céda préckément, absolument et à perij&tuité, àTEg-lise romaine. Le Pape n'en exig-ea la remise effeclive qu'en 1274, au concile œcuménique de Lyon ; mais son droit était irrévocablement écrit dans le traité de Paris, rédig'é par le cardinal de St-Ang*e.

Boutaric, l'historien moderne qui a le mieux étudié cette époque, apprécie en ces termes la portée de ce g-rand événement :

« La réunion, à la suite de la croisade contre les « Albig^eois, des provinces du Midi a une telle im- « portance qu'elle tient du prodig-e, et l'on peut « affirmer que le jour où elle fut effectuée, notre <( nationalité fut définitivement constituée * ».

Pour prix d'un service si prodigieux et de beau-

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