‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 63 sur 134 · Avisamenta, dans Muratori, op. cit., III, 2' part · texte numérisé non relu

Avisamenta, dans Muratori, op. cit., III, 2' part

2. Délibération des citoyens composant la commune d'Avignon le 16 novembre 1791, dans Les ciloyens d'Avignon à toute la France, Avignon, F. Seguin, 1791, p. 9.

à le fortifier d'un puissant donjon, le plus vaste et le plus haut du Palais. II a 52 m. 50 de hauteur au-dessus du sol, et sa base a 20 m. sur 17, avec des murs de 4 m. 50 d'épaisseur.

Le 20 avril 1341, les Sarrazins commencèrent à creuser la terre pour les fondements ♦, car le rocher contre lequel la tour s'adosse est coupé perpendiculairement en falaise, et à la base on ne trouve plus que les dépôts du Rhône, qui jadis se brisait contre cet obstacle.

Tous les anciens édifices du vieux Trouillas furent démolis par Jean Fabre et Pierre de Gastillon '.

A partir du mois de juillet 1341 %on trouve fréquemment dans les comptes des articles relatifs à la construction de la tour de Trouillas, confiée à quaire entfvpi^eneurs qui avaient déjà exécuté au Palais d'autres travaux : Pierre Clair, Jean Mate, Jacques Alasaud et Bertrand Gafuel.

Au mois de mars 1342, une assez g-rande partie de la tour était construite ; on voûtait l'étag^e du bas sur un pilier central*, et des g-ardes veillaient déjà de ce côté ^

1. 20 avril 1341, Eh., 623 : « Pro sarracenis ad levandiim et Irahenduiii terrain de fiDidatnento Utriis iiove incepie juxla iiiarestallani equoruni . »

2. 21 avril 1342, Eb. (525 : <( Johamii Fabri et Peiro de Castilhone, fregedariis, pro diruttnne parietuni ei fustaruiu dotiius in qua fit turris Trolhacii. »

3. 4 juillet 1341, Eh., 624 : « Turris: iiove de Trulhacio . »

4. 31 mars 1342, Eh., 625 : « Crota niagre turris Trolhacii, in qua fit pilare in luedio. »

5. 5 mars 1342, Eh., 625 : « Vbi jacent cursores qui custodiunt turriin Trulhasii. »

Mais Benoît XII mourut le 24 avril 1342, et il y eut f|uel(|ue retard clans les travaux. Ils reprirent dans les premiers mois de l'année suivante *. Ce ne fut pourtant fjue le 19 février 1345 qui> fut apuré le compte total de toutes les dépenses du gM-os œuvre de la tour de Trouillas^

il fallut ajouter encore Tétag^e final avec les màchicouliset les créneaux, dont l'ensemble fut rég'lé à part le 20 mars 1346 '.

Le 17 juin, les premiers acomptes sont payés pour la toiture de plomb sur une charpente à quatre pentes *. Puis, ce sont d'autres dépenses pour les escaliers descendant aux étag'cs inférieurs, en contrebas du sol du Palais et de plain pied avec la cour de service. Enfin tout est fini le 18 avril 1347. ( )n paie ce jour-Là une croix de fer plantée sur le sommet de la toiture \

Sept ans après (1354), un incendie immense dévastait cette tour, du haut en bas'. Le feu avait pris

1. 10 mai 1343, Eh , 626 : « De turri Trulhalio coinplende. »

2. 19 février 1346, Eh., 630 : « Facto computo cuin magistris turris de Trolhacio..., que oiunes suinine predicle ascendunt ad II'" CLXXXVII. »

3. 20 mars 1346, Eh , 635 : « Facto cumputo... de operibus factis in dicta turri..., videltcet a quatuor crocis ferri positis in 1111°' angulis dicte turris usque ad soniinitatein et perfectioneui . .. cuin merletis..., que omnes ascendunt ad VI^ XLIX flnr., X sol, III d. nionete. Avinionensis. » C'était la monnaie pontificale dont le florin d'or était h 24 carats. M. Prou, toc. cit.

4. 17 juin 1346, Eh , 636 : « Pro coopertura plunibi turris de Troilhatio.

5. 18 avril 1347, Eh., 638 : « Pro tribus crccis ferreis... quaruin vna fuit posita iii cacuniine turris Trolhatii. »

6. 30 juillet 1334, Eh , 647 : « Pro extinguendo ignein turris magne de TroUiatio. >

fortuitement dans les étag-es inférieurs, qui servaient de bûcher ; toutes les charpentes intérieures et les toitures furent détruites ; il ne resta que les quatre murs. On recueillit dans les décombres le plomb fondu et on l'entreposa contre la chapelle basse du Palais'. Pour préserver cette chapelle et les bâtiments voisins, on avait fait la part du feu en abattant les toitures et des pans de niurs du côté des cuisines et du fruitier ^

Il fallut plus de deux ans pour réparer le désastres Ce fut seulement le 30 septembre 1357, que Lancel in, />eyro//er a vig-nonai s, c'est-à-dire chaudronnier-plombier, fut payé pou ravoir refait, par-dessus les coursièi^es de la plate-forme \ et sur chacune des quatre faces de la nouvelle toiture, une lucarne décorée d'un épi en Forme de boule, et à la pointe extrême, une g'rande fleur de lys surmontée d'une croix

A l'aide de ce compte de plombier, on peut reconstituer complètement les toitures (jui recou-

1. 6 novembre 1354, Eh., 647 : « Pro portando pluinlmiii de furre combxista ad capellam inferiorein palaln. »

2. Même date : « Pro recoperiendo catuerain racemoruiii et cooperturaiii coquinaruin diruplain proptcr ignem turris. »

3. ÎS août 1356, Eh., 649 : Pro fuslando et reparando turrim de Trolhas que alias fuit coiubusla, M. flor. »

4. 22 septembre 135G, Eh., 649 : « De cohoperiendo de lausaet morterio turrim de Ttolhassio, Ile LXXV flor. »— 13 juin 1357, Eh., 651 : « Pro cohoperiendo turrem de Trolhatio alias combusta casu fortuito. ».

5. 30 septembre 1357, Eh., 651 : « Lancelino, peyrolario, pro IIIl feneslris de plumbo per eum factis cl un a flore lilii in coopertura turris prcdicte de Trolhasio, pro quatuor poinicellis supra dictas fenestras et una croce super floreiu dicte turris. »

vraient les châtelets au-dessus des plates-formes de toutes les g-randes tours du Palais.

La violence de cet incendie causa peut-être dans la tour de Trouillas un ébranlement qui a nui à la solidité de la bâtisse. Au commencement du siècle dernier, elle paraissait bien compromise, et on dut consolider avec un triple chaînag-e de fer les murs dang^erensement lézardés.

Quant à la destination de cete tour, les élagues du bas servaient de bûcher. 11 y avait un treuil installé au niveau de la cuisine pour monter le bois «. Dans le sous-sol du fond de la tour, on mettait d'abord le charbon ; mais, pour l'avoir plus près de la cuisine, on le porta derrière la chapelle de Benoît XII \ On a prétendu, sans la moindre preuve, que cette pièce basse de la tour avait servi de cachot à Rienzi, qui aurait été enchaîné, par le pied, au pilier central.

On sait comment ce célèbre ag-itateur, après avoir conquis, par la faveur populaire, le pouvoir souverain à Rome, s'était intitulé : Tribun auguste, libérateur de Rome et protecteur très illustre de l'Italie. Il jouit quelque temps d'une vog'ue et d'une prospérité inouïe, mais passag'ère 11 fut victime de ses audaces, et tomba aux mains de l'empereur Charles IV, qui l'envoya à la cour du Pape, où il fut remis au jugement d'une commission de cardinaux.

1. Septembre 1370, Eh., 659 : « Rota que trahtl lignuin pro coquina juxta iurrim de Trolhacio. »

2. 9 août 1346, Eh., 637 : « Pro recolligendo carbone qui eral in fundo turris Trulhatii, ubi modo sunt posita ligna coinbustibilia. »

Les recherches de M. Maurice Faucon, dans les Archives du Vatican, ont démontré qu'il fut amené à Avig-non vers le 10 août 1352, et commis à la g-arde de Michel de Pistoie, serg'ent d'armes du Pape. Le 14, messire Etienne Priozi, cubiculaire du cardinal camérier, lui faisait acheter un lit, plus une couverture piquée de 170 fr. On lui fît raccommoder deux paires de chausses et on lui en acheta trois autres paires neuves à 50 fr. la pièces Il avait un barbier qui raccommodait rég^ulièrenient. C'était une belle couverture, beaucoup de chausses et trop de soins de toilette pour un prisonnier qui eût été enchaîné par le pied.

Rien qu'à ces petits détails des registres de comptes, on est bien forcé de reconnaître que l'internement de Rienzi dans le Palais ne comportait pas la mise au cachot. Du reste, après une détention qui ne dut pas être bien cruelle, il repartit pour Rome avec le cardinal Albornoz, léguât du Pape en Italie, et il recevait, en don sur la cassette pontificale, 200 florins d'or, envii'on 12.500 francs-.

Il faut donc renoncer à la sombre lég'ende du cachot de Rienzi, au fond de la tour de Trouillas, où il n'y eut jamais que du bois à brûler, et pas plus d'oubliettes et de basses fosses qu'à la tour de la Campane.

1. Maurice Faucon, Noie sur la détention de liienzi à Avignon' dans Mélanges d'arcliéologie et d'histoire de l'Ecole française de Borne, année 1887, p. 53-58.

?. Maurice Faucon, ihid. : « Domino Nicolao I.anrenUo, vocato aliter Iribuno, e.v speriali dono per ipsuni doininuni r oslrinn sibi facto pro redeundo Rome, II' flor. » Cameralia, 270, f° 74.

Au-dessus des bûchers, se trouvait une pièce pour les provisions '. Le maître d'hôtel avait son habitation dans l'étag'e du miheu de la tour ^ Des serg-ents d'armes occupaient les étag-es au-dessus, où on voit encore, du côté de Notre-Dame des Doms, une g*rande fenêtre à croisillons, qui fut réparée en 1349 % et une plus petite avec une colonnette au milieu. Enfin, à l'étag^e supérieur, il y avait un mag'asin de matériel de défense, balistes, traits, g-arots, etc., *.

Depuis la restauration totale de 1357, la toui* de Trouillas fut employée, dans ses éta.t^'es moyens, à d'autres log*ements(le dig'uitaires. C'est ainsi qu'en 1359 il y avait l'aumônier d'Innocent VI '■' et l'évêque d'Albi \

Après le départ des Papes, son éloig'nement du centre du Palais la rendit inutilisable, et elle resta complètement abandonnée.

Au commencement du siècle dernier, elle était

1. Inventaire de 1411, Eh., 668 : « Caméra provisionuin turris de Trulhacio. »

2. 31 août 1357, Eh., 651 : « Caméra turris quam custodit magister hospitii. »

3. 6 novembre 1349, Eh., 641 : « Pro refectione cujusdaiii fenestre cum crosseria in turre vucaia de Trolhasio, videlicet in caméra in qua jacent servientes arinorum. »

4. Inventaire 1369, Eh. 662 : « In alio slagio superiori très spingales... duo ferri seu caiiones degaroto. »

5 31 octobre 1339, Eh., 652: « Pro faciendo unam portam in caméra in qua Jacet do minus I. eleemosinarius, videlicet in turri magna de Trolhassio. »

6. 28 février 1359, Eh., 633 : « Pro reparatione hospiUoruni de Trolhassio d. n. pape coinbustorum et disriiptorum que tenet dominus Albensis episcopus. »

en si mauvais état qu'il fut un moment question de l'abattre, et qu'on eut assez de mal à la consolider.

Privée de ses planchers supérieurs, de son châtelet, de ses créneaux et de son couronnement de mâchicoulis, dont il reste seulement les crampons de ?er^ elle présente encore, dans son délabrement, une masse colossale et imposante. Depuis la base jusqu'au tiers de la hauteur, son parement extérieur est très avarié. Au-dessus, les pierres sont bien meilleures. Les entrepreneurs avaient sans doute utilisé dans le bas les matériaux provenant de la démolition de l'antique Trouillas.

Porte Piotre-Dame

fN° 32 du plan.) Tourelle d'anele sur la place du Palais

(N" 34 du plan.)

Sous le pontificat de Benoît XII, la porte d'entrée actuelle du Palais n'existait pas encore. La cour était, de ce côté, complètement fermée par un rempart sans ouverture, que remplaça plus tard le corps de bâtisse en façade sur la place du Palais.

Pour pénétrer dans la cour, qui était à peu près aussi g*rande que maintenant, sauf un peu moins d'étendue au midi, on entrait par une porte aujourd'hui murée, mais dont l'encadrement intact, et seulement un peu enfoncé sous des reml)lais. fait face aux escaliers du porche de Notre-Dnine des. Doms.

Cette porte n'avait pasd^abord de nom spécial ; on ne pouvait pas la confondre, puisqu'elle était seule, et on l'appelait simplement le grand portail ou la première porte du Palais. Lorsque Clément VI eut ouvert deux nouvelles portes donnant sur la place du Palais et sur la rue Peyrolerie, l'ancienne fut nommée porte Notre-Dame, à cause de sa situation du côté de la cathédrale '.

Le compte final de cette g-rande porte fut rég-lé à Gaubert, entrepreneur, le 19 mars 1341 , ainsi que celui de tout l'ouvrag'e de g'ros murs s'étendant jusqu'à la tourelle du Palais '. Ces g'ros murs et cette tourelle forment le devant des constructions tournées vers la cathédrale, qui furent surélevées et modifiées plus tard par Clément VI, mais dont la base est de Benoît XII. J'ai entendu jadis les vieux avig'nonais appeler Tourelle du Cardinal blanc cette g*i'acieuse construction dont l'encorbellement donne un caractère si pittoresque à l'ang-le saillant de la façade sur )a place du Palais. Cette tradition est confirmée par les reg-istres du Vatican. La tourelle a pu être sans doute remaniée par Clément VI et même plus tard ; mais son orig-ine remonte bien au Cardinal blanc, c'est-à-dire à Benoît XII.

1. 19 mars 1341, Eh., 621 : « Fro edificio priini porlalis inagni palacii » — 1" juillet 1346, Eh., 636 : x Porta magna. » — Septembre 1370, Eh., b60 : « Supra niagnam poriam patatii b. Marie de Doinpnis.

2. 19 mars 1341, Eh., 621 : « Pro LXXIX cannis quadralis porlalis et muronnn grossorum..., videlicel xtvrella. palacii, aparté tinellv domini Regensis episcopi, usque ad tinellum parvum dicti doinini. »>

Pour donner plus do force au mur que surmontait cette tourelle, on fit, au [)ied, un talus, porté dans un article spécial du compte, et qui existe toujours à la base de cette construction '.

En arrivant devant le Palais, il fallait traverser la place et venir passer devant cette tourelle, où se tenaient des veilleurs, à toute heure du jour et de la nuit. On g-ravissait de là une pente, remplacée maintenant par Tescalier public (|ui longue ce côté du Palais, et on arrivait devant la porte, où était ménag*ée une petite place, entourée de foi'tes barrières ou ct^/zce/i, consolidées par des doublagvsde fei' '.

La barrière franchie, on se trouvait devant le portail fermé par une herse, ou porte couladhso en provençal, jouant de bas en haut dans des rainures qui existent toujours, et qui protég-eait la porte ordinaire tournant sur des g*onds \

L'encadrement de la porte était surmonté des armoiries sculptées de Benoît XIl, qui devaient être assez g-randes et bien ouvragées. Deux experts, l'architecte Pierre Poisson et Pierre Clair, les taxèrent en plus du tlevis de l'entrepreneur, où elles n'avaient pas été comprises*. Il ne reste i-ien de ces armoiries, remplacées par une fenêtre moderne.

1. 19 mars 13U, Eh., 622 : « Pro factura cujusdam lalucii facti in dicto inuro a parle e.vteriori justa tuiellain prcdiclaiit. ■>

2. oaoùl 1.J49, Eh., 6i. : « l*roXllll aniilis ferreis pro cancello Domine nostre de Uonis. — 30 juin ':in(î, Eh., 649 : « Pro ti ibua cuiiei'< ferreis posilis in cancello prope b. Maria m de Doinps. »

3. 1" juillet 1346, Eh., 636 : « l'ro factura i'orte colatissie fade in magna porta, per quant itur ad eccla^iam béate Marie de Doma. »

4. 19 mars 1341, Eh., 622 : « Fro factura armorum, seu signi.

Au sommet du mur crénelé, qui va du portail à la tourelle, avaient été placées quatre g-ar^ouilles, en fig-ures de singles à forme humaine, sculptées de l'autre côté du Rhône, et mises en place au prix de 16 florins, ou 1000 francs '. Il y a encore quelques restes de ces quatre g-arg-ouilles.

Pour le service de l'entrée, il y avait, à g-auche, dans la cour du Palais, une construction en forme de petite tour (n° 31 du plan), servant de posteaux serg^ents d'armes '.

Des couloirs étroits, g'ag'nés par un douhlag'e extérieur des murs \ et éclairés par de petites ouvertures, permettaient de circuler jusque sur le portail pour en défendre l'accès, placer des g-ardes aux mâchicoulis, lever ou ahaisser la herse. Deux escaliers montaient ;m-fiessus du portail et sur la plate-forme, portée sur une voûte au sommet de tout l'édifice *. La plus gn^ande partie de ces défenses existe encore, et l'encadrement de la porte, très

domini noxtri pape, factoruin sapra portais prcdictum, taxalorum per maçjmtroa Pelriiiii Piscis et Petruni 'lariadXVflor. auri. »

1. li avril 1344, Eh., 628 : « Pro factura IIII babouinorum lapideorvDi ad ymagines hoiiitniDn, positoruin supra portaiii priinam palatii apostolici, ac prn portaturu eorunidetn de ultra Rhodanuin, IVIflor. »

2. 28 avril 1345, Eh., 636 : « Ad portaïu. juxta beatani Mariani de Doinf, caméra gervientiiim armorum ibidem. »

3. 19 mars 1341, Eh. 622 ; « Pro factura iiuorunnaiii murorum dicti pnrtalis c.reun'iuin extra inurnni. tant a parte ftapenori quant inferiori. »

4. Ibidem : « l'ro facitira diioriim gradarioruni per que ascenditur supra purtale predictunt et sttpra crolain superinreni ipius portails. »

apparent au dehors, se reconnaît parfaitement à rintérieurde la cour, dans l'ang-le nord-ouest, où il est encore surmonté de ses mâchicoulis à corbeaux.

En pénétrant par cette porte, placée à dessein dans un ang-le rentrant de puissantes bâtisses, pour mieux en défendre l'accès, nous pouvons, au moment où le pontificat de Benoît Xll va finir, jeter un rapide reg-ard d'ensemble sur le Palais qu'il lég'uait à ses successeurs.

Suivons un visiteur qui l'aurait parcouru à cette époque.

Dans la cour,où il entrait par l'ang-le nord-ouest, ce visiteur avait en face de lui X Audience^ ou palais de justice, de Jean XXII, que Benoît XII 'avait conservée et que Clément VI allait reconstruire plus en avant sur la rue Peyrolerie. A droite, un rempart de clôture, là où est maintenant la porte d'entrée. A g'auche, les appartements particuliers du Pape, tlanqués de la g-rande tour des Anges. Derrière lui, en continuation du portail qu'il venait de franchir, le visiteur trouvait Vaile des réceptions avec la caméra paramenti, où il pouvait être reçu par le Pape. Il prenait, pour y arriver, la pente qui existe toujours sur le côté nord de la cour, et il parvenait à la grande porte intérieure qui donnait accès dans les cloîtres et dans tout le Palais. Il entrait alors, comme aujourd'hui, dans un vestibule voûté, où il ti'ouvait trois portes : à g'auche, pour entrer tlans Wûle des

réceptions ; à droite, pour accéder à la fois aux appartements privée: (\\\ Pape et aux g-randes pièces publiffues : Consistoire et salle à manger de cérémonie ; enfin, en face, l'arceau d'entrée des cloîtres, à double étag-e, servant de corridors pour les bureaux et logements des officiers, des dig-nilaires et des hôtes du Pape. Ces divers services étaient répartis dans l'aile du côté de Notre-Dame des Doms et dans la tour de la Campane.

En traversant le préau du cloître, le visiteur arrivait à la g"rande chapelle pontificale, avec sa crypte ou chapelle basse, et sa g'rande nef supérieure ou chapelle haute, k laquelle on accédait par un larg-e escalier partant du préau. Du pied de cet escalier, en tournant à droite, il trouvait : en bas, à l'extrémité du Consistoire, les annexes de la cuisine ; audessus, la grande cuisine avec sa haute cheminée conique, la paneterie, la bouteillerie, le dressoir, qui touchaient à la g-rande salle à mang'er ; enfin, à la suite des cuisines, venait la lourdes latrines (laGlacière) et le puissant donjon de Trouillas, destiné à log-er le commandant militaire du Palais [Castelanus) et ses serg-ents, avec le chef des services civils [Magister hospicii)\ mais qui, à ce moment, n'était pas encore achevé. Si le visiteur avait voulu voir les écuries du Pape, le petit escalier des cuisines, qui existe toujours dans son réduit à toiture conique, l'aurait conduit, en passant sous une po-

1. Pour les f.inctions du commandant militaire et du chef des, services civils du Palais, voir ivisame/i^a, dans Vluratori, loc. cil., JII, 2» part., 8t2.

terne à mâchicoulis, dans la cour de service, où il aurait trouvé, à la place de la manutentation militaire, les écuries, sellerie, maréchalerie, grenier à fourrage, et autres dépendances diverses '.

Le visiteur aurait pu terminer sa tournée par une promenade dans \q jardin du Pape, dont Jean Xz\ll avait fait comme une sorte de jardin zoolog-ique, avec des lions, dromadaires, ours, autruches, cerfs, etc., installés dans les log-es spéciales, surveillées par un g*ardien rég-ulièrement appointé \ Dans ce jardin se trouvait le g*rand puits, d'où, au moyen d'un g'rifîon et d'un aqueduc, l'eau était conduite dans diverses parties du Palais et particulièrement à la cuisine ^

La distribution de l'eau dans tout le reste du Palais, au moyen de porteurs, était un service très important, il était dirig'é par un des principaux fonctionnaires, appelé le Maître de l'eau (nuigisler aque), qui assistait aux repas du Pape avec l'échanson. Les autres g-rands services avaient aussi à leur tête un officier spécial, comme, par exemple, l'éclairag'e de tout le palais, log-ements intérieurs, cours, passag-es, etc., confié au Maître de la cire (magister cere) *.

1. Eh., 636: « Marestalla equorum. •> — 14 octobre t3i4 : « Ad Tru- Ikas pro tcnendis sellis, freins, ha^lisel aliis lœce^surus pro cqutn. »

2. Arch. du Vatican, Reg. 84, f" 81 v°. — M. b'aucon, op. cit., Mélanges, 1384, p. 69.

3. 3 décembre 1345, Ëh., 633 : « l'ru conduciu grifonis » — 31 décembre 1352, Eh., 6i4 : « Pro rcfcclione pulei i:iridarii et conduclus aque prope coquinam. ->

4. Avisaiiioiift pro (tiino liO'.i, dnns Muratori, op. cil., t. III, 2" partie, p, 816.

Dans ce vaste palais de Benoît XII, tout était grand, fort et solide, mais sans aucune espèce d'oj-nement. On chercherait on vain dans les constructions de ce Pape une concession à l'éléo'ance.

Austère, droit et inflexible, Benoît XII s'est, pour ainsi dire, incarné dans son œuvre. Deux traits de sa vie suffiront à le peindre. Son vieux père voulut revoir un jour ce fils, org-ueil et joie de sa vieillesse. Le bon fournier était venu au Palais d'Avig-non avec l'habit de son état, Les officiers craig-nirent d'humilier le Pape en lui présentant son père si pauvrement vêtu, et ils rhabillèrent de leur mieux. Mais quand il s'avança, ainsi paré, dans la salle des réceptions : — Ce n'est pas mon père, s'écria le Pape ; mon père est un fournier et vous m'amenez un seig-neur vêtu de soie et de velours. — La leçon fut comprise Un moment après, le père revint avec son habit ordinaire, et le Pape, descendant du trône, se jeta dans ses bras devant toute la cour. Non seulement il ne cacha jamais son humble or'igMue, mais il ne voulut pas que personne de sa famille s'élevât au-dessus de son rang*. Il n'avait qu'une nièce, qui fut recherchée en mariag-e par des fils de g'rande maison. Il les refusa tous, disant chaque fois plaisamment qu'il ne convenait pas que si beau cheval eût pareille selle, et il maria sa nièce à un simple marchand de Toulouse, en la dotant suffisamment '.

t. Baluze, I., 210 : ■ Diccns in vulgari suo quod non decebat talein equuin Jianc hahere sellain. »

Cependant, ce fils de fournier tint tête toute sa vie à Louis de Bavière, empereur d'Allemag'ne, dont il avait déclaré Télection nulle, et que, ni par prières, ni par menaces, il ne voulut jamais reconnaître officiellement. L'injustice le trouvait intraitable. Un g'entilhomme g-énois, Nicolin de Fiesqui, fut soupçonné d'être venu à Avig-non travailler pour le roi d'Ang*leterre, alors en lutte avec le roi de France, Philippe Vl. Violant le droit des g-ens, quelques soldats français vinrent à une auberg-e de la Garreterie, où log'eait Nicolin, le prirent dans son lit et l'emmenèrent prisonnier de Tauti'c côté du Rhône. Benoît XII excommunia aussitôt tous les fauteurs de l'attentat. Nicolin lut vite rendu, mais le Pape n'en fut pas apaisé. Son maréchal de justice, Jean, de Toulouse, convaincu d'avoir prêté les mains à l'enlèvement, se déroba au châtiment en prenant du poison ; m.us le Pape fit passer ig-nominieusement son cadavre à travers la ville pour l'enterrer en un champ hors des cimetières. Quant aux complices du maréchal, ils furent pendus à la fenêtre même de l'auberg-e de la Garreterie où l'enlèvement avait eu lieu K

Duraux puissants, ilétail pitoyableaiix humbles. Près de la porte du Palais, il lit mettre un registre à la disposition du public pour que chacun pût y inscrire ses plaintes. Sa sévérité contre les concussionnaires et l(*s couï'eurs de bénéfices ecclésias-

1. Baliizc, I., 220. Le roi de Pranec obtint plus tard de Clément VI que le maréchal fût exhumé et enseveli au cimetière.

tiques lui attira des haines dont quelques échos sont restés *. Mais, à sa mort, la cour et la chrétienté entière le pleurèrent K

Il fut enseveli dans la cathédrale d'Avig-non.

Son tombeau, de forme similaire à celui dé Jean XXIt, était fort endommag-é au XVII" siècle. On le restaura en le simplifiant, et il fut entièrement détruit pendant la période révolutionnaire. Celui qu'on montre aujourd'hui à Notre-Dame des Doms n'est qu'un tombeau reconstitué sur lequel on a mis une statue de pape avec une tiare à ti'ois ranges de créneaux faite vers 1830 ^ L'artiste trop insuffisant seconda mal le désir qu'on avait eu de rappeler la mémoire de Benoît XII dans la chapelle qui avait autrefois contenu son tombeau.

Rome a mieux g'ardé un monument élevé à ce Pape d'Avig'non, au-dessus de la porte de la nef majeure de la basilique (Je St-Pierre, en souvenir

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