Voir ci-dessus, p
3. 9 février 1344, Eh., 627 : « Cuiii Bernardus Escot et P. de Caslris piclores recepisscnt sub cerlo prelio,videlicet ad suwmam /..V.Y.Y flor. pingendani canterain que est inniiediate subtus cametiam doinininos-
tri NOVAM. »
Dans la pièce située imaiédiatement sous la chapelle St-Michel, on a découvert en effet de véritables peintures artistiques à personnag'es, formant une suite de sujets de chasse, de pêche, de baig'nade, de cueillette de fruits, dans le g-enre des tapisseries qu'on tendait sur les murs. On ne pourra jug'er complètement ces peintures que lorsqu'elles auront été débarrassées du badig'eon qui les couvre encore. Mais on peut dire déjà quelles sont très différentes de celles des chapelles St-Jean et St-Martial, comme dessin et comme coloris. Elles sont moins conventionnelles et plus près de l'imitation de la nature. C'est peut-être aussi dans cette pièce que travaillaient Ricconi d'Arezzoet Pierre de Viterbe qui, le 6 septembre 1344, avaient peint, à un endroit confusément indiqué de la Garde-robe, un ciel d'azur avec des étoiles, et sur les murs, la continuation de sujets déjà commencés par d'autres '. Certainement un ciel avec étoiles eût convenu au-dessus de sujets champêtres ; mais c'était aussi une décoration de style courant dans les plafonds à caissons de l'époque. 11 est souvent question, dans les comptes du Palais, de plafonds d'azur avec semis d'étoiles d'or ou d'étain doré.
Pierre de Castres et Bernard Escot étaient français ; les deux autres maîtres étaient italiens. Cette
1. 6 septembre 1344, Eh., 629 : a Depingendo aliain parle m garde raube doinini nostri, videlicet cela de azurio cuni stellis, et parietes sicut alia pars exlitH. »
double orig'ine des peintures expliquerait les différences de faire que l'on y remarque. Il y a des fîg'ures comme celle d'une femme assise près d'un vivier qui sont absolument italiennes. L'ag'encement de la coiiiposition et la plus g^rande partie des personnag^es est de style français.
En attendant que ces fresques soient dég-ag-ées du linceul de cbaux qui les masque encore en g'rande partie, en voici une description succincte :
Paroi nord : Une scène de pêche à Fépervier et à la lig*ne, dans un vivier' sur lequel nag^e une sarcelle avec un cyg*ne sur le bord. Les personnag-es, dans des attitudes variées, se détachent sur un fond de verdure.
La paroi du levant est divisée en deux panneaux par une fenêtre. — Ag-auche : Cueillette de fruits ; des personnages au pied d'un arbre reçoivent les fruits jetés par ceux qui sont juchés dans les branches. — A droite : Citasse au faucon ; un chasseur élève sur son poing" un faucon que vient de lui remettre le fauconnier placé devant lui et tenant le sac d'où l'oiseau vient d'être tiré. Scène très curieuse pour les costumes et les accessoires de chasse.
La paroi du midi est ég'alement coupée par une fenêtre. — A grandie : Nciiades au bain ; elles sortent précipitamment de l'eau, comme etïarouchées pai' l'approche de la chasse. Les personnag-es
1. Le Pape avait un vivier à côté de l'aballoir actuel, près de l'église deN.-D. des Miracles (Minimes . Eii., 68i, note o43, n" 7 : « Piscariuni domini pape prope ecclesian b. Marie de Miracults . •>
sont beaucoup plus petits, peut-être pour faire suite en perspective avec le panneau précédent. — A g-auche : Chasse au lapin ; un chasseur tient dans ses mains un furet ; plusieurs lapins se sauvent vers leur terrier.
Paroi du couchant : Chasse au sanglier ;*deux chasseurs achèvent la bête forcée. La partie g"auche de ce sujet a beaucoup souffert de l'installation d'une cheminée avec trumeau en plâtre, où le vicelég-at, auteur du méfait, n'a pas manqué de mettre ses armes. Il faut dire, à sa déchargée, qu'il ne faisait que partag-er le dédain de son temps pour les fresques g-othiques que l'on recouvrait de tentures ou d'étofï'es de soie, selon le g-oût du jour.
Le plafond, avec solives apparentes, a été repeint, probablement à l'époque de l'adjonction de la cheminée.
Dans la pièce au-dessous, il y a tout autour, dans le haut, une fiise d'animaux chimériques, et sur le reste des murs, des écussons encadrés d'entrelacements g^othiques. Ces peintures sont purement décoratives.
Tous les étag-es de la tour de la Garde-robe communiquent avec ceux de la tour des Angles, mais avec des différences de niveaux, rachetées par un certain nombre de marches. La chapelle de St- Michel, mitoyenne avec la chambre à couchei' du Pape, dut faire sans doute abandonner la chapelle privée ou oratoire que Benoît XII avait eu de
l'autre côté de la tour des Ang-es, à côté de son cabinet d'études.
Il est à croire que, dans la construction de la tour de la Garde-robe, Jean de Loubière donna au Pape une idée av^antag-euse de son talent, car Clément. VI le charg^ea dès lors de l'exécution de tous les projets que nous allons v^oir exécuter.
L,e nouvel ceuirre ou Palais nouveau de Clément VI
Malg-ré ses agrandissements considérables, le Palais des Papes devenait insuffisant. Certains services et divers fonctionnair^es, comme V Ecole de théologie et VAiguadier, ou cbef des distributions d'eau dans le Palais, étaient log'és en location dans deux maisons voisines appartenant aux Raynaud de Valréas qui avaient déjà vendu à la Chambre apostolique plusieurs imrneubles, dans une rue qui portait leur nom '.
De plus, le Palais n'était pas encore isolé de toute part sur la voie publique. Vers la place aduelle de la Mirande, et le long- de la i-ue Peyrolerie, certains immeubles confrontaient fa grande tour, (ju'babitait le Pape, et V Audience, où les auditeurs rendaient lajustice^
1. Acte du 5 mai 1344, Palaizin, notaire, Eh , 683, note 543 : « />aa.s domos. .. in altéra quuruiii lennelur niinc scolesm-ike théologie et in alia moratur aygaderius doinini pape. »
2. Môme date, tbid. : « ... et coufrontalur ex uita parte cuin palatio APOSTouco in quo tenetur audientia et sedent ad Jura reddenduiit sacri palatii apoytolici auditoies. » — 3 janvier 1348, l':h., 685, note 543, n' 10 : CI ... in caruehia peyrolahie prope tuurim magnam. » — Ibid., n° 9 : « ... prope tuurim domini pape. «
Clément VI voulut remédier à ce double inconvénient. 11 décida de dég^ager le Palais de toutes les constructions adjacentes et de o^ag^ner ainsi la place des nouveaux ag^randissements et embellissements qu'il avait projetés '.
Du 5 mai 1344 au 2 mai 1345, il acheta de gTé à g-ré, ou à dire d'expert -, toutes les maisons qui touchaient au Palais et qui semblent avoir formé un quartier assez aristocratique ; car, outre les Raynaud de Valréas, on y trouvait : Bertrand de Montblanc, coseig-neur de Vedènes ; Geoffroy de Boulbon, coseig-neur de Barbentane ; flélion de Bufenos, serg'ent d'armes du Pape, et autres g-ens de qualité '.
Le Pape fit démolir toutes ces constructions. 11 isola le Palais de toute part, et disposa d'emplacements considérables sur la place du Palais, sur celle de la Mirande et le long* de la rue Peyrolerie, pour élever des constructions plus somptueuses que celles qui existaient déjà.
Tous les annalistes contemporains ont parlé avec admiration de ce nouvel œuvre [opiis novum) qui, dans les reg'istres de comptes, est appelé souvent le g"rand palais neuï' [mar/mim pa/atiiim novum).
1. Acte du 16 novembre 1344, Eh., 684, noie 543, n° 6 : « Pro palatio apostoiico in civitale Avemunensi atnjiliando et tttagmficando. n
2. Acte du 16 novembre 1344, Eh., 684, note 543, n" 6 : « Cuin convenir e neqiiirent,... esiinialores coriinnmiter et coucorditer, ut dicitur, elegerunt. »