DROITE
Enoch.
Job.
Salomon.
David.
Daniel.
Osée.
Amos.
Soplionias
Une sybille.
Johel.
Chacune de ces fîg'ures tient, dans les positions les plus variées, un rouleau sur lequel, conformément au désir du Pape, se détache lisiblement une sentence relative àlajusticeou aux jugements. Il serait trop long" de les reproduire. En voici deux comme exemple :
Abdias : Parce que le iour du Seigneur est juste, comme tu as fait il te sera fait, et ta rétribution reviendra sur ta tête. (Chapitre II.)
Salomojn ; Crains Dieu et observe sa loi, car il est écrit : Tout homme et toute action Dieu les traduira en jugement ( Eccl . , X II . )
C'était donner même aux jug-es de hautes leçons de justice.
Peintures sur les murs
Si les peintures de la voûte de TAuchence sont demeurées complètes et presque aussi vives qu'au XIV° siècle, il n'en est malheureusement pas de même des autres compositions qui décoraient les murs en deux très g-randes et très belles fresques, l'une du Jugement dernier au-dessous des prophètes, — l'autre de la Crucifixion, entre les deux fenêtres du fond.
Et cependant elles étaient encore parfaitement conservées en 1840, bien que la salle de l'Audience eût été déshonorée en vulg-aire mag-asin à Iburrag^e. Un ami des arts, après avoir visité le Palais àcette époque, écrivit une relation détaillée de l'état des
peintures qui fut inséré, sous la sig-nature M. R. P.,
dans la Ruche Provençale ».
Cette relation est malheureusement trop long-ue
pour être citée entièrement. En voici quelques
extraits :
« Dans la peinture entre les deux fenêtres du fond..., Jésus en croix, St Jean et Ste Mag-deleine sont les principales fig-ures. Deux ang-es très petits, les ailes étendues, semblent soutenir If s bras de la croix ; près de chaque ang\^ est un prophète beaucoup plus g-rand, à demi-caché dans les nuag-es. On voit, derrière la Mag^deleine, St Georg-es et St Jérôme ; derrière St Jean, St Ambroise et St Aiig-uslin Ces sixfig*ures, de proportions naturelles, sont debout et rang"ées symétriquement. Au-devant des saints Pères, on a placé des personnag^es qui adorent Jésus-(]hrist. Ces deux files doubles sont g-roupées de manière à ce que, s'écartant vers le premier plan, elles y laissent un g-rand espace devant la croix, St Jean et Ste Mag'deleine, entièrement à découvert... « La composition de ce tableau tient delà manière des premiers maîtres... L'expression des têtes est < vraie, le mouvement g^racieux, le coloris ne ( manque pas de vig^ueur...; il est peint sur fond ( bleu..., et mérite d'être examiné par ceux qui
« font une étude particulière de l'histoire des beaux-arts.
1. La Ruche provençale, publié à Marseille, en 1819 et années suivantes, chez Achard, imprimeur de l'Académie, t. II, 1819, p. 86-98.
« Quant à l'autre fresque.., avant d'essayer la description de ce grand ouvrag-e, il est convenable d'en bien marquer remplacement. Il se ( trouve en face de l'enceinte consacrée aux jug'es, ( formée d'ais en lambris, couverte d'un plafond ( de bois à la hauteur de la naissance des voûtes, et ( décorée des armoiries et des devises de Paul V, peintes en blanc sur fond roug'e ^ « La composition s'étend dans toute la larg^eur de la travée et monte jusque sur la pointe de l'o- ( g*ive ; sa dimension est approximativement de < trente pieds sur ving't de hauteur, divisée en ( cinq bandes inég^ales. Le plus bas de ces étag'es représente le sol terrestre ; les quatre autres, autant de deg-rés de la sphère céleste. » Suit une description détaillée, mais prolixe, des damnés poussés en bas vers les flammes, desang'es qui présentent les hommes et les femmes devant les jugées, des élus accueillis par les saints, les moines, les évêques, les cardinaux, les papes qui forment le corlèg-e des bienheureux.
(( Enfin, au-dessus, dans la pointe de l'og^ive, force mant la cinquième bande, est le Père Eternel sur
1. On voit encore quelques restes de ces armoiries sur le mur. Il faut remarquer que la destination judiciaire de la salle était bien connue en 1816, f t que l'estrade du tribunal subsistait encore. D'après un manuscrit de la bibliothèque Chigi à Rome, cité par E. Mûnlz. Histoire des arts au XI\' siècle dans la ville d'Avi(jnon, il y avait, au-dessus du tribunal, en plus des armoiries de Paul V, celles des cardinaux Borghèse et Philonardi, ainsi (juc celles d'un prélat portant trois monts et une colombe au-dessus, ('/était une décoration ajoutée au XV11« siècle.
« un trône, dans toute sa g-loire, et environné des « neuf chœurs des esprits célestes. »
Voilà bien cette (( divine Majesté peinte sur son trône » queClément VI avaitdemandée àson peintre, d'après les expressions précises du biog-raphe contemporain cité plus haut. 11 faut noter aussi que, d'après la description de la Ruche provençale :
« Les panneaux sont charg-és de versets et d'ins-
« criptions g-othiques On voit des lég*endes en
« caractères g^othiques au-dessous de chacun des « principaux personnag'es ; la distance ne m'a pas « permis de les lire *. ... »
Ici encore nous reconnaissons ces sentences que le Pape avait commandé d'écrire en lettres grosses et lisibles, pour servir d'avertissement salutaire.
Il ne faut donc pas douter que, si cette g-rande fresque eût été conservée, nous aurions sous les yeux l'œuvre la plus considérable et la plus belle du XIV*" siècle et la merveille du Palais. Car l'auteur de la description de la Ruche ne tarit pas en élog'es. Il assure que « les fig^ures de cette fresque sont innombrables, qu'elles ont trois pieds environ
de hauteur , que les mouvements sont pleins de
justesse, de correction et de gM^âce, que les tôles
1. L'auteur ajoute (lu'il a lu au bas la date de cette fresque : 3/ mai i539. Mais il a élé évidemment trompé par une de ces inscriptions adventices ou grafiltes si communes dans le Palais, précisément pour le XVr siècle, par exemple dans la chapelle St-Jean. Une date ainsi mise en caractères cursifs n'est pas un instant admissible sur une fresque où toutes les écritures indiquées par l'auteur sont en caractères gothiques.
ont toutes beaucoup d'ex})ression, que celles des ang-es et des femmes sont d'une beauté admirable qui rappelle les pins belles têtes de Raphaël, que le dessin est pur, vrai. etc. »
Si l'on veut savoir comment ces admirables fresques ont disparu, il n'y a qu'à lire cette réponse au rapport offlciel de la Conmi.ssion des Antiquités de Vaucluse, qui demandait instamment la conservation de ces précieuses peintures :
« Le capitaine du g^énie a observé snr tout ce (( que dessus qu'il ne parlag-e pas l'opinion de « MM. de la commission des Antiquités relative- « ment au mérite des peintures dont s'ag-it. La sienne (( est que, ni dans l'état où elles étaient avant le (( commencement des travaux militaires, ni dans « celui où elles se trouvent aujourd'hui, elles n'ont <( pu ofîrir qu'un t?-ès faible intérêt poar les arts et (( qu'enfin elles ne ne méritent pas les dépenses pro- « posées pour conserver ce qui en reste; que les « gTillag'es, en g'ênant le log*ementdu soldat, pource ront bien g-arantir les peintures, mais ne préci viendront pas la chute des enduits sur lesquels « elles sont appliquées ; (pie leur conservation enhn (( contrarie un établissement militaire^ »
Ce rapport, piraphé d'un coup de satire, fut l'arrêt de mort des g-randes fresques de l'Audience. Celle du Jugement demie?' a été si complètement détruite, qu'on n'a pu en retrouver que deux lam-