Bibl. du Miisée-Calvet, ms n° 2502, folios 141 .>l
beaux insig-nlfiants et infimes. Quant à la Crucifixion^ une mince bande de ciel de quelques centimètres, et le sommet de la croix, sont tout ce qui subsiste entre les deux fenêtres, avec un tracé à la sang-uine.
Quelque pénible que soit cette constatation sans réplique, il faut reconnaître qu'un acte injustifiable de vandalisme commis par le g*énie militaire a privé le Palais des Papes et la ville d'Avig^non d'une incomparable merveille qui serait unique en France pour le X[V° siècle, et f|ui aurait suffi, à elle seule, pour amener les amateurs des arts du monde entier.
Et ces mag'nifiques fresques existaient entières avant le commencement des travaux militaires !
Hélas! puisqu'il s'agnt de crucifixion, on peut sans irrévérence redire ici l'excuse divine du Calvaire :
Ce capitaine du g-énie et les fonctionnaires qui l'approuvèrent ne savaient pas ce qu'ils faisaient !
Us avaient d'ailleurs pour excuse l'assentiment g-énéral de la population, désireuse avant tout d'avoir un casernement définitif qui pût redonner un peu d'animation et de prospérité à une ville déchue de son ancienne situation privilégiée, et qui, après avoir été la capitale jalousée d'un petit état indépendant, était tombée au rang- de modeste chef-lieu du plus petit département de France.
On a voulu, bien à tort, mêler l'administration du Musée-Calvet à la perte des fresques de l'Audience,en prétendant que, consultée sur leur conservation, elle avait donné un avis défavorable. Il est
prouvé de la façon la plus péremptoire, par le registre des délibérations de cet établissement et par le reg-istre de la correspondance, que jamais elle ne fut consultée sur les fresques du Palais des Papes. 11 existait alors une Commission des Antiquités de Vaiiduse, présidée par l'ing^énieur en chef du département, qui avait seule caractère officiel pour donner des avis, et qui se prononça aussi énerg'iquement que possible, mais sans succès, pour la préservation des fresques de l'Audience.
Une dame Barret, qui prétendait avoir un secret pour le transport des fresques sur toile, et qui ne put jamais justifier de ses capacités, avait proposé d'enlever celles du Palais des Papes, à condition d'être autorisée à les exhiber dans les principales villes d'Europe et de les rendre ensuite à la ville, lorsqu'elle se serait trouvée suffisamment rémunérée de ses peines et soins.
M. de Gambis, maire d'AvigMion, fit examiner ces offres par une commision spéciale, dont faisait partie M. Xavier Moutte, pharmacien et savant chimiste, ainsi qu'un amateur d'art italien, alors en résidence à Avig-non ». C'est ainsi que les propositions de la dame Barret furent rejetées. Leur acceptation aurait certainement dég'radé et peut-être complètement perdu ce qui reste encore.
Quant à l'administration du Musée-Galvet, qui
1. Voir à ce sujet les notes manuscrites de M. P. Achard, archiviste de la ville et du département. Bibl. du Musée-C.alvet, ms n° loGi.
n'eut aucun rôle officiel en cette affaire, elle n'intervint que pour prendre l'initiative de sauver les fresques de la tour St-Jean, qu'on peut encore admirer aujourd'hui.
En voici la preuve authentique tirée du reg-istre de la correspondance. (Archives du Musée- Galvet, série B, reg-istre 1, folio 13.)
« 29 Janvier 1833.
« Monsieur le Maire,
« L'ancien Palais des Papes à Avignon, (ju'on a trans- « formé en caserne afin de l'utiliser, renferme encore, « malgré les ravages et les changements qu'il a subis, « quelques restes de peintures remarquables du moyen « âge, dont il conviendrait d'empêcher la destruction totale.
« C'est surtout à Clément VI qu'on était redevable
« de la grande Chapelle, de la salle de TAuflience, et des « décorations majestueuses dont ces lieux étaient revêtus.
«De ces rares peintures du I4'' siècle il ne reste plus « que quelques groupes de figures à la voûte de l'ancienne « Chapelle, et sur les murs, où on admirait, comme à la « chapelle Sixtine du Vatican, une vaste composition re- « présentant le Jugement dernier.
« D'autres portions de scènes pieuses se font également « remarquer dans deux petites salles, qui sont sur le point « d'être démolies ; dans ces dernières on aperçoit plu- « sieurs têtes enlevées, d'autres prêtes à l'être par des « maçons qui les vendent aux voyageurs curieux.
« Les administrateurs du Musée, affligés de la perte de « ces monuments artistiques, dont les restes intéressants « peuvent être utiles à l'histoire de l'art, ont pensé, M. le « Maire, qu'en faisant appel à votre goût éclairé, vous vous « empresseriez de les préserver d'une prochaine destruc-
« tion ; rien ne prouve mieux leur mérite que ravidité avec « laquelle les artistes et les amateurs cherchent à s'en « procurer des fragments.
« En conséquence, nous vous prions de vouloir bien en- « gager M, le Prétet, non moins ami des arts que vous, « Monsieur, à solliciter auprès de son Excellence le minis- « tre de la guerre la conservation des deux petites salles
« qui conservent le plus de ces vénérables peintures
« Si, par vos soins et par votre zèle, M. le Maire, vous par- « venez à sauver ces ouvrages classiques, les gens instruits « vous en seront d'autant plus reconnaissants, que ces noce blés vestiges se rattachent à des souvenirs aussi intéres- « sants que glorieux pour notre cité.
« Veuillez agréer etc.. »
Les administrateurs :
Artaud, correspondant de l'Institut, ex-directeur des Alusées de Lyon.
Michel DE Beaulieu, vicaire général.
DE Bertrand, conseiller de préfecture.
deCambis, conseiller municipal.
DE Montfaucon, id. E. Requien fils.
Roque, conseiller municipal.
DE Teste, id.
L'un des sig'nataires de cette lettre, le célèl)re naturaliste Requien, obtint le puissant secours He Mérimée, alors inspecteur des monuments historiques, avec lequel il était lié d'une amitié intime. C'est ainsi (pie furent sauvées les fresques de la tour St-.Iean, f^-râce à Tinitialivede l'administration du Musée-Cal vet.
On voudra bien excuser cette citation un peu
long*ue. Mais, administrateur du Musée-Calvet, j'avais le devoir impérieux de veng'er mes prédécesseurs d'un reproche absolument immérité,
L,*CcoIe de Tbéolosrle
(N° 48 du plan.)
Vers le fond de l'Audience, du côté de la place de la Mirande, le rocher forme une déclivité si rapide qu'il fallut construire en dessous un étag-e en sous-sol pour porter une partie du dallag'e de l'Audience. On put obtenir ainsi une salle voûtée sur croisées d'og-ives, et ayant 16 m. de larg-eur sur 10 de profondeur. Pour avoir ces dimensions, il fallut au fond emprunter un peu dans le rocher. Deux terrassiers-mineurs, Durand Guilhe et Jean Galafred, furent payés, pour ce travail, le 10 juin 1346 '.
Quatre mois après, les murs et la voûte étaient achevés ; on déblayait la salle de tous les résidus provenant du nivellement du sol \ et on se disposait à y installer l'école de théolog-ie, précédemment tenue dans une maison contig-uë, louée par le Pape.
Le mois suivant, on déménag-eait le mobilier de l'ancienne école, composé de 18 bancs ; on en fai-
1. 10 juin 1346, Eh., 636 : « ^uin Durandus Guilha el Johannes Galfredi fragelerii laborassent in scindendo rocham in qua factus est murus transversalis in capite macjni palatii causarum novi, in locoubi est ordinata doiinis subterranea in voila lapidea pro scolis.»
2. 18 novembre 1346, Eh., 637 : « Fragelerio qiii ainovit residuuiik roche de scolis novis infra palatium. »
sait faire 10 autres, et on portait le tout dans le nouveau local, qui ne tarda pas à être utilisé '.
Les professeurs qui enseig-naient dans cette école pontificale étaient sous la direction du Maître du V'ixXm^ (Magister sacri palatii), toujours pris chez les dominicains \ Cet ordre, qui a donné à l'Ég-lise, entre autres théolog-iens illustres, St Thomas d'Aquin, canonisé à Avig-non % avait une réputation universelle de science et de pureté de doctrine qui lui faisait confier les chaires les plus célèbres.
L'école de théolog*ie était éclairée par deux fenêtres carrées à meneau central, soig-neusement gM'illées On y entrait de plain pied par la place de la Mirande, sans passer par l'intérieur du Palais. Elle a servi d'écurie pour les officiers du rég"iment caserne au Palais jusqu'à ces derniers temps.
A l'autre extrémité de l'Audience, sur la place du Palais, une autre déclivité du rocher avait permis d'installer sous une partie delà salle un dépôt d'eng-ins de maçon et d'ag-rès encombrants, dont la porte était, comme aujourd'hui, à l'ang-le de la place du Palais *. Ce local a servi aussi d'écurie pour le casernement.
1. 12 décembre 1346, Eh., 637 : « Pru iiiutandis scannis seubanquis qui erani numéro XVIII de scolis antiquis et p or tandis in s colis novis théologie faclis infra palatmm et pro aliquibus (decem) novis. »
2. Four les fonctions du Magister palatii, voir Avisainenta, dans Muratori, op. cit., t. III, 2" part., 815.
3. ('.elle canonisation eut lieu au couvent des Dominicaitis d'Avignon, en 1323, et une inscription y fut placée pour rappeler ce souvenir.
4. 30 mars 1358, Eh., 652 : « ....Portant in anglariacapeUe magne a parte carerie marescaii. »
escalier de la ST^ande Chapelle
(N° 8 du plan.)
L'arceau qui sert de vestibule devant la porte d'entrée de V Audience donne accès au grand escalier appliqué à g-auche contre le mur de cette salle pour monter à la Chapelle pontificale.
Il est établi sur 3 "" 30 de larg-eur, entre deux murs droits portant une voûte d'arête rampante, dont les gTacieuses nervures retombent sur des culs de lampes ornés de fig-ures fantastiques.
Le premier palier est éclairé par son ancienne fenêtre, avec bancs de repos dans l'embrasure. Sur le second palier s'ouvrait une très vaste baie og'ivale, aujourd'hui murée, mais dont l'encadrement, encore bien visible de la cour, pourra être facilement rendu à sa destination. Cet escalier ne montait pas plus haut, puisqu'il n'y avait au-dessus de l'Audience qu'un seul étag-e, la g-rande Chapelle.
On a dit que les marches étaient de marbre blanc. Il n'est pas question de marbre dans les comptes, lorsque l'escalier est construit sur le rocher taillé à cet effet, au mois d'octobre 1346 '. Si le vice-lég'at Gaspai^l de Lascaris, qui le fît restaurer en 1659, s'était donné le luxe de le refaire en marbre, il n'aurait pas manqué d'en
1. 19 octobre 1346, Eh. 637: « Pro cavandis XXIIIl canms cum dnobus palmis dérocha in loco ubi fiunt gradaria ad ascendendum in capeUa nova que edifbcatur ante palatium. »
informer la postérité dans la pompeuse inscription qu'il se décerna sur le tympan du premier palier, dans un bel encadrement rectang-ulaire surmonté de ses armes : de g*ueules à Taig-le éployée d'or, à deux têtes couronnées de même.
Comme cette inscription jusqu'ici a été mal lue, la voici exactement relevée sur place :
ALEXANDRO VU P. 0. M. FELICITER StDEINTE
EM. AC REV. D. GARD. FLAVIO CHlSlO EX FRATR. NEPUTE LEGATO