‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 71 sur 134 · ANNO DOMINI M. DC. LIX · texte numérisé non relu

ANNO DOMINI M. DC. LIX

A Dieu très bon, très grand, Alexandre VII, pontife très bon, très grand, heureusement régnant, — Eminentissime et réoérendissime seigneur Cardinal Flavius Chigi, neveu [du Pape) par fi ère, étant légat, — illustrissime et révérendissirne Seigneur Gaspard de Lascaris, vice-légat, a fait rétabli/ , de ses deniers, en sa première forme, cet escalier hors d'usage, la voûte étant tombée par l'injure des temps,

Pour l'utilité publique de la cour, par les soins de Jean Checconi, noble Siennois, auditeur général.

L'an du Seigneur 1 659.

Puisque le grand escalier était de pierre à l'orig-ine, et que Lascaris nous avertit qu'il a remis les choses en \ei\r forme première, on doit écarter cette assertion sans preuve d'un escalier de marbre, dont il n'a pas été d'ailleurs retrouvé le moindre débris daiis le déblaiement de toute cette aile.

Au bas de l'escalier, fermé par une porte \ le dessous de la première volée formait une petite pièce élég-amment voûtée, destinée aux huissiers, et de même le dessus de la première volée servit pour installer de petites chambres, avec des vues sur l'escalier pour faciliter la surveillance. Du premier palier, on passait, par des ouvertures ououvertes et murées à diverses époques, dans un entre-sol donnant sur la cour.

Au sommet de l'escalier, on trouve, à g'auche, et faisant face à l'emplacement de la g*rande baie, jadis vitrée, la porte de la g-rande Chapelle.

Z«a8:rande CbapeTIe

(N°9daplan.)

La première chapelle pontificale, élevée par Jean XXll sur les soubassements de l'antique ég'lise paroissiale de St-Etienne, et doublée de long-ueur par Benoît XII, était insuffisante pour le fastueux Clément VI, à qui un de ses biog-raphes prête ce mot : « Mes prédécesseur)^ ri ont pas su être papes. »

1. 23 Avril 1354, Eh., 646 : « Pro porta macjnorum gradariorum

jUXtaia AUDIENTIAM. »

Sur les voûtes de l'Auflience, il fit élever par Jean de Loul)ières une vaste chapelle*, d'une hardiesse extrême, haute de 20 mètres, larg-e de 16, et profonde de 52.

On y entrait, sur le côté nord, par une g'rande porte ognvale, dont l'encadrement, aujourd'hui martelé et réduit en porte de chambrée, était surmonté d'un g-able accosté de pinacles qui ont laissé leurs traces sur les murs.

Tandis que l'ancienne chapelle de Benoît Xll, d'une extrême nudité architecturale, n'avait que des murs unis, portant une simple voûte en berceau continu et sans doubleau, la nef de la nouvelle était voûtée en sept travées, sur croisées d'og-ives dont les nervures reposaient, avec les arcs doubleaux et formerets, sur un faisceau de colonnettes g^roupées en piHers eng^ag'és dans les murs, et couronnées de chapiteaux feuillag^és.

Huit majestueuses fenêtres og*ivales, — deux à chaque extrémité et quatre sur le mur du midi% — versaient dans cette vaste enceinte une lumière éclatante à travers les g-randes verrières, serties par des meneaux aujourd'hui disparus, et remplacés par trois fenêtres superposées dans le murag^e de

1. Baluze, I, 277: « ... Ante predictum Benedictinum palaiium CAPELLAM ainplissiiiuini niiiiiuiiique décorum sub qua modo causarum et conlradictananim AUDiENTi.ii tenenlur a fiindamenlis grossissiinis fecii œdificare. »

2 31 mal 1354, Eh , 646 : « Magistro Lhriaiiano de Canlurane, viinario, commoranli Avinione, de faciendo vilra seu vinalia \n octo fcni'stris capellc magne palalii novi. »

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L'r. PALAIS DHS FAFHS D'AVIGNON Cvandf Chape'lc po))rifica)e '.It Clcnienr Vî.

chaque embrasure pour éclairer les trois étag'es de cliambre'es établies par le g-énie militaire sur la hauteur de cette chapelle ♦.

L'autel était à sa place liturg-ique, entre les deux fenêtres de Textrémité du levant, qui se termine carrément sans abside et sans aucune différence avec le reste de la nef, sauf que la dernière travée a un peu moins de développement que les autres. La table de cet autel unique, et sur lequel le Pape officiait, était formée d'une seule pierre, biseautée sur les bords, ayant au centre la cavité pour les reliques, et portant, à chaque ang*le, sur sa face supérieure, une croix de consécration, g-ravée en creux, de forme latine, à extrémités fleuronnées. Elle a été retrouvée mutilée d'un tiers et dressée dans l'embrasure de la porte de la sacristie, on le g-énie militaire l'avait employée pour boucher la majeure partie de l'ouverture. Dans sa forme primitive, elle avait 4 m. de long* sur 2 m. de larg*e et 35 cent, d'épeiisseur. Elle fut payée fort cher, les fournisseurs s'étant eng'ag-és à la mettre en place bien taillée, polie, moulurée et sans écornure à leurs risques et périls ^ On l'a placée provisoirement sur un dé de pierre au centre de la nef.

1. A l'origine, il devait y avoir au midi autant de fenêtres que de travées. Mais la tour St-Laurenl ayant été bâtie quelques années plus tard contre l'exlrémilé de la grande Chapelle, on fut obligé de boucher les fenêtres des deux dernières travées.

2. 14 décembre 1354, Eh., 647 : (( Pro sindendo seu lallando, poliando et lathomando lapidem altaris capelle nove magne, pro ducendo lapidem predictum in capella et levando de loco suo sane et intègre ad periculum eorumdem, XXVI flor. »

C'est tout ce qui reste du mobilier de cette chapelle pontificale.

Il ne pai^aît pas d'ailleurs qu'elle ait reçu, à l'orig.ine, aucune décoration peinte. Aux jours de cérémonies, les murs devaient être tendus des belles étoffes ou des tapisseries d'Arras, dont les inventaires nous font connaître les riches réserves dans le g^arde-meuble papal. Si Clément VI avait vécu pluslong-temps, sans doute ce pape, qui, pendant ses dix ans de pontificat, fit continuellement travailler au Palais une légnon de peintres, français et italiens, n'aurait pas manqué d'offrir ce champ mag-nifique à l'illustration de leurs pinceaux. Il en vit à peine finir la bâtisse et n'y officia qu'une seule fois.

Le 2i octobre 1351', les clés de voûte étaient posées et Clément VI faisait compter à l'architecte Jean de Loubière 100 florins d'or ou environ 6000 fr. de g*ratification à répartir entre tous ses collaborateurs, en raison de Taché vement de la gTande Chapelle.

L'année suivante, le jour de la Toussaint, le pape y officia solennellement. Un annaliste contemporain ajoute qu'il prononça un beau discours pour remercier Dieu d'avoir vu ses projets accomplis. Il mourut un mois après, le 6 décembre 1351.

1. 21 octobre 1351, Eh., 643 : « Traditi fueruni de mandalo domini nostri pape inagistro Johatmi de Luperiis pro clave lapidca volte capelle nove palaiii distribucndos magistris raiione complementi dicte capelle C jlor. »

Bien que sa santé fût depuis quelque temps inquiétante, on ne s'attendait pas à une mort si subite, presque au lendemain de Tinaug-uration de la Chapelle pontificale'.

Les cérémonies de la Cour romaine devaient être splendides dans ce cadre tnagniifique. Parmi les principaux officiers pontificaux fig'urait le Maître de chapelle. Il avait sous ses ordres les chantres log-és hoi^s du palais, mais qui avaient une entrée spéciale, i\\\.e porte des chantres-, au bas de la tour St-Laurent, pour venir chaque jour s'acquitter de leur chargée. Quant au maître de chapelle, il habitait le palais, et assistait même aux repas du Pape pour faire lire la Bible ou quelque autre livre par le chantre qui avait la meilleure diction ^

La réputation musicale de la Chapelle d'Avig*non était si g'rande, qu'elle survécut au départ des Papes. Dans Marie Tiidor, l'un des seigMieurs angolais, reprochant à la reine les raffinements de son luxe, lui dit : Madame la reine, vous faites venir des chanteurs de la Chapelle d'Avignon \

Quant aux ornements de g-rande cérémonie, il serait impossible de citer tous les textes des comptes qui en attestent la splendeur. L'or et l'argent, les

1. Baluze, 1,278: « In dicta nova sua magna capella seinel duiiiiaxat, in omnium sancloruin festo videiicet, soleniniier celebravit et facundissiine predicavit ac de votis ejus utcunque complelis dignas Deo laudes exolvil. •>

2. Septembre 1369, Eh., 659 : n. Porta turris l'eyrolarie in quasunt ingénia et infra palatiuin porta cantorum. n

3. Avisaiitenta, dans Muralori, op. cit., t. III, 2" part., p. 813.

4. Victor-Hugo, Marie Tudor, acte 1", scène 1", lord Clinton.

perles et les pierres précieuses, les broderies de soie et les tapisseries les plus rares furent tellement accumulées sous ce règ-ne somptueux de Clément VI, que lorsque Urbain V eut quitté Avig^non, on en retrouvait encore un peu partout dans le Palais, même dans les endroits les plus inattendus. C'est ainsi que, sur l'inventaire de 1369 ', dans la chambre du sommet de la tour de la Glacière, qu'avait occupée le commandant militaire du Palais, on trouvait cinq g-rands parements d'autel à personnag'es, brodés à l'aig'uille avec les armes de Clément VI.

Après la mort de Grég^oire XI à Rome, lorsque le schisme d'occident éclate, et qu'au moment où Avig"non n'espérait plus revoir de Pape, Clément VII vient y résider, on cherche pour son couronnement ce qui pouvait rester encore de plus beau afin de décorer la g-rande Chapelle. On trouve un parement d'autel tissé d'or, avec d'admirables fig-ures du Sauveur, de la Ste Vierg-e et des apôtres, le tout tellement merveilleux, qu'après la cérémonie, le Pape le fait redescendre avec sa tiare dans la trésorerie basse de la tour des Ang'es'.

1. Inventaire de 1369, Eh. 662 : « In superiori caméra turris parve que est juxia iurriin de Trnlhacio, in qua solebat jacere Guilleiiius de Guillemia, castellanus ({uondani predicti palatii : primo, quinque paramenta diversis ymaginibus et armis domini Clemenlis Pape VI ad acum operata.

2. 1*' octobre 1380, Eh., 666 : « Die priitia octobris. que fuit dxes coroaationis domini nostri domini démentis VII, unum paramentuin altaris aura texatum cum pulcherrimis ymaginibus Salvatoris et b. Marie et apostolorum ... quod paramentum fuit receptum de turri bassa in coffra ubi est tyara domini nostri pape. »

Sans insister davantag'e sur les trésors d'art qui ornèrent ce beau vaisseau, aujourd'hui tout nu, sauf (juelques restes d'armes parasites de vicelég'ats, et encore si'im posant par sa seule structure, on jieut se faireune idée du talent de Jean de Loubière, rien qu'à considéi'er la vaste bâtisse de l'Audience, surmontée de la gM^ande Chapelle. Conformément à la tradition de l'école provençale, il jetait ses voûtes, comme les romains, sur des murs renforcés de piliers, mais sans les contre-forts en arc boutant des architectes du Nord. Et même, pour donner toujours plus d'élég'ance à ses ouvragées, il ne laissait à ses piliers que l'épaisseur strictement suffisante pour résister aux poussées des voûtes. De tous les architectes qui ont travaillé au Palais, c'était évidemment le plus raffiné et le plus liabile, mais aussi le plus audacieux. Il sacrifiait excessivement à la g-iàce, aux dépens delà solidité. On ne le vit que trop quelques années plus tard, quand il fallut consolider la g'rande Chapelle par l'arceau de la Peyrolerie.

Façade et aile du couchant

GRANDE PORTE, VESTIBULE, DISPOSITIONS INTÉRIELRES (N° 6 du plan.)

En même temps que l'Audience et la Chapelle pontificale, Clément VI faisait construire l'aile du couchnnt en façade sor la place actuelle du Palais. Cette g'ratule construction complétait l'encadre-

ment de la cour d'entrée et donnait au nouveau Palais cette forme quadrang*ulaire que nous avons vue notée par un chroniqueur contemporain. Jean de Lou bière menait de front tous les chantiers.

L'aile du couchant est comprise souvent dans les comptes sous le terme g-énéral de nouvel œuvre au palais neuf, qui s'appliquait à l'ensemble des ouvragées de Clément VI. Elle y est aussi appelée Trésoreiie neuve, parce que la plus gM^ande partie devait être affectée au log'ement rlu trésorier et de ses g-ens, ainsi qu'à l'installation des bureaux de notaires, receveurs, comptables et autres employés de la trésorerie pontificale.

Toute cette aile du couchant est construite sur caves creusées en rég*ularisant la déclivité du rocher. Le prix fait des fouilles fut conclu le 14 mai 1344*. En même temps, la chaux et les pierres étaient apportées à pied d'œuvre -, et les travaux se poursuivirent en 1345 et 1346.

Le 27 avril 1347, la démolition de toutes les maisons achetées parle Pape sur la place actuelle du Palais était achevée, et les constructions nouvelles se trouvaient dég'ag'ées, comme aujourd'hui. Ces démolitions furent considérables ; quatre entrepreneurs y avaient travaillé: Gautier Vial, Bernard Cotier, Bernard Frizier et Lambert Fabre'.

1. 14 mai 1344, Eh., 631 : « Facluni fuit pretium de cavando rupem vbi fade sunt cavee in hospitio novo thesaurauie. »

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