‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 78 sur 134 · Noél Valois, op. cit., t. III, liv. m, ch · texte numérisé non relu

Noél Valois, op. cit., t. III, liv. m, ch

L,ea remparts d'Avisrnon

Il ne fut pas inutile aux Papes d'avoir si puissamnaent fortifié leur résidence d'Avig-non. Si le règ*ne de Clément VI s'acheva sans trouble, et ne fut attristé que par la peste de 1348, Innocent Vï vit tous les fléaux à la fois fondre sur la vallée du Rhône. En 1357, l'invasion delà Provence par les Gompag*nies d'Arnaud de Cervole,dit l'Archiprêtre, alarmèrent la cour romaine à tel point que le Pape mit le Palais en état de défense *, et fît pousser avec la plus g-rande activité les remparts d'Avig-non, à peine commencés'par son prédécesseur. On y travailla sans relâche depuis le mois d'août 1357*.

A chaque trêve de la g"uerre de Cent ans, les mercenaires licenciés s'org'anisaient en bandes et vivaient <le pillag'e. Après le traité de Bretig-ny (1360), elles désolèrent la France entière sous le nom de Grandes Gompag*nies.

Le 29 décembre 1360, plusieurs Gompag'nies, dites des Anglais, prirent et occupèrent le Pont-St- Esprit ; les craintes devinrent très vives, car ces Ang-lais avaient promis, comme dit F'roissard, « de

1. Mat. Viilani, loc. cit., 643 : « La città tuta presse l'arme .. si contendea a fare steccali e bertesche si alla città, si al gran palagio del papa. «

2. Arch. du Vatican, Introit. et exil., n" 282, fol 236 : u Die 111 augusti soluli fuerunt de mandata domini noslri pape, Johanni Christophori de Luca el Ponlio Rigoit civit. Aiienion., pro valatis et cLAusuRA VILLE [acieiidis, M. fJor. » C'est le premier paiement porté aux comptes pour les remparts d'Avignon sous Innocent VI. Il fut suivi d'une infinité d'autres.

secouer Avignon de la belle manière » . Le Pape ordonna d'élever à la hâte de g^randes barricades de bois, sur tous les points où Tenceinte de la ville n'était pas terminée '.

Avant la fin du pontificat d'Innocent VI, les remparts étaient suffisamment achevés pour qu'un contemporain pût dire :

(( Le Pape Innocent fit fermer et entourer toute « la ville d'Avig*non de murs et de tours hautes et « très fortes, avec fossés au dehors. D'où ladite <( cité, qui aupaiavant était tout à fait ouverte, <( devint très fortifiée et très bien disposée pour <( résister à toute attaque '. »

Ces remparts sont encore aujourd'hui une des curiosités monumentales les plus admirées On les cite partout comme le plus bel exemple de la défense d'une ville au XIV® siècle. Ils forment avec le Palais des Papes, qui en est le merveilleux donjon, un tout indissoluble, procédant des mêmes méthodes militaire et architecturale, et ayant une telle connexion historique et matérielle cjue rien n'en peut être séparé, et qu'ils se complètent nécessairement l'un par l'autre. C'est pourquoi la restauration du Palais des Papes et des remparts d'Avig*non avaient été décrétées simultanément et confiées toutes deux à Viollet-le-Duc. Un tiers environ de l'enceinte était déjà restauré lorsque les doulou-

1. lb\d. Reg. Aven. Innocent. VI, n» 25, fol. 434. - 11 juillet 13<il : « Ta»* pro cLAusuRA FUSTEA cUcle ciinlatis celeriter faciendn, quam ^ro arlhillcria, hominibus arntoruiu... »

J. Baluze, 1., 342.

reux événements de 4870 rendirent impossible la continuation des travaux qui ont été partiellement repris dans ces derniers temps *.

Au XIV'' siècle, ces remparts neufs, avec leurs largues Fossés, étaient assez puissants pour que les forces accumulées dans Avig-non et l'offensive prise par des troupes concentrées à Bag-nols donnassent à réfléchir aux chefs de bandes, contre qui le Pape avait fait prêcher une croisade. Ils entrèrent en accommodement. « Les Angolais, dit une chro- « nique contemporaine, ayant reçu du Pape beau- « coupd'arg-enl, à savoir 30.000 florins, s'éloig-nè- <( rent du Pont-St-Espr'it après l'avoir ravag-é ^ »

Malheureusement, une peste, plus terrible que celle de 1348, fit, dans Avignon, dix-sept mille vic-

1 . Cf. Digonnet, Les Remparts d'A ingnon. On n'aurait jamais pu croire, qu'après tant d'efforts pour conserver ces remparts, il se trouverait jamais un maire d' Avif^non qui poursuivrait avec acharnement la destruction des deux tiers de cette enceinte admirable, en commençant précisément par ce (jui venait d'être reslauré k grands frais avec le concours de la ville et de l'Etat. Cependant il ne fallut rien moins qu'un pétitionement organisé par un avignonais de cœur, le regretté M. Paul, ancien préfet, pour empêcher ce désastre. M Pourquery, devenu maire et député d'Avignon, quoi ]ue étranger à cette ville, avait commencé par démolir nuitamment li porte Imberl et raser ensuite la porte de l'Oulle. Il aurait achevé le reste, sans la patriotique opposition d'un comité présidé par le D' A. Pamard, et puissamment secondé à la Chambre des députés par M. Aynard, vice-président de cette assemblée. Le but avoué d'un acte de vandalisme aussi injustitiable était une affaire de spéculation. Voir le compte rendu des séances de la Chambre, Journal Officiel, \" séance du 5 mars 1902. Voir aussi : Mémoire relatif au projet de destruction de la parité sud des remparts publié par le Comité pour la conservation des Monuments d'Avignon, Juillet 1902.

2. Baluze, I, 354. — Cf. H. Denifle, La désolation des églises et monastères de France pendant la guerre de Cent ans, t. II, 1 ■■• partie, p. 385.

times, dont^cent prélats et neuf cardinaux^ rien que de 'la fin mars au 25 juillet 1361 ». La disette et la cherté des vivres mirent le comble à tant de désastres ^

Un peu de calme semblait enfin renaître, lorsque le Pape Innocent VI mourut le 12 septembre 1362, après dix ans d'un pontificat très ag-i té.

Enseveli dans la cathédrale, il reçut, comme il l'avait demandé, sa sépulture définitive dans la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avig-non, qu'il avait fondée \ et dont quelques restes g-randioses subsistent encore, notamment la chapelle du Pape, ornée de fresques *. Le superbe tombeau d'Innocent YI, sauvé des l'uines de l'ég-lise, a été transporté à la chapelle de l'hôpital de Villeneuve. 11 est de la même ordonnance que celui de Jean XXll a la cathédrale d'Avig-non.

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