Valadier, Le Lahyrynte de l'Hercule gaulois, p
C'était pourtant un grand bâtisseur, à ce que nous dit un de ses contemporains : « Le dit Pape « Urbain, quasi depuis le commencement de son « pontificat, fît continuellement bâtir en divers « lieux, et premièrement au Palais d'Avig'non, « qu'il aug-menta d'une grande partie, à savoir du « côté aujourd'hui vulg-airement appelé Rome. Là « furent faites, chambres, habitations, promenoirs (( couverts, et jardins d'admirable beauté et ag*ré- « ment, ayant en soi plus g-rande délectation que (( toutes autres choses existant dans le reste du <( Palais*. » Il faut croire ce biog-raphe sur parole ; ainsi qu'on va le voir, il ne reste à peu près rien de ce qu'il admirait.
I«es Constructions d*urbaln T
(W 41 du plan.)
Trois dessins du XVIP siècle, de la collection de Lincel, au Musée-Galvet, dont le meilleur est reproduit ci-après, nous donnent une idée approximative de l'importance et de l'élévation des bâtisses d'Urbain V. On en voit aussi le tracé sur le plan du Palais, dressé par Pompéany en 18Ui. C'est donc dans l'adaptation du monument en caserne que
1. Baluze, I, 392 : « In palatio Àveaionensi quod in magna parte ampliavit, in illa videlicet quœ hndie vulgariter roma appellatur, in qua factœ sunt cainerœ, habitationes, deambulatoria et viridariuin n> irœ pulchritudinis et amœnitatis, habentia in se majorem delectationem quant etiain qurrrumque aliœ in toto palatio existentes. »
tout ce qui restait encore de ces constructions a disparu.
Elles consistaient en une aile de bâtisses allant perpendiculairement de la tour des Etuves au rempart qui enfermait le jardin. Sur ce dernier point elles se terminaient par une tour, dont une partie existe encore, et qui est nommée dans les comptes : la Tour du jardin [Tiirria virida?ii).
C'est de cette aile, de proportion moins écrasante que le reste du Palais, plus bourg^eoise, si on osait dire, et plus log'eable, au sens moderne, que s'accommodaient mieux les g*oûts simples et modestes du Pape. Car Urbain V, en montant sur le trône pontifical, avait g-ardé son habit de moine bénédictin, et ne cessa jamais d'en pratiquer la règde dans toute sa rig*ueur.
Les comptes de la construction nous donnent des dates et des prix, mais nous renseig*nent trop peu sur les dispositions et les aménag-ements de ce log-is intime.
Le 28 février 1364, on paie « les piocheurs et « terrassiers qui ont brisé le rocher en tête du fon- « dément, où se fait V édifice du jardin '. » — Le 20 septembre, u on détourne l'escalier qui descen- « dait au jardin *. » — Le 5 novembre, « on cave <( les fondements pour la tour, qui se fait dans le
1. 28 février 1364, Eh., 655 : « Qui fregerunl rupeni m capite funda menti in quo fit edificium viridarii. j)
2. 20 septembre 1364, ibid. : a Qui inutaverunt gradarium lapiduin viridarii ubi fit novuin edificium. »
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« jardin, et avec des étançons on contre-bute la « terre qui s'éboulait ^ »
A plusieurs reprises, dans les premiers mois de 1365, il est question des travaux de cet édifice. Enfin, le 31 août, on pose trois croix sur les toitures % et au mois de novembre, la bâtisse est terminée, au point qu'on y met les peintres». C'est à peu près tout ce qu'on peut savoir sur ce log'ement « délectable par dessus tout le reste du Palais », comme dit le biog-raphe contemporain.
On n'est pas mieux renseig'né sur le motif qui fit donner à ces nouvelles bâtisses le nom de Rome [caméra Romse) : c'était peut-être une peinture ou une fig-ure allég'orique de cette ville.
Il reste encore des traces d'arrachements et de portes de communication bouchées sur le mur du levant de la tour des Etuves et des appartements privés par où Urbain V passait de son log'ement préféré dans tout le reste du Palais.
Les vice-lég'ats y avaient établi leur appartement d'hiver. C'est dans ce dernier état, et avec des modifications plus ou moins profondes, que le dessin ci-contre reproduit cette partie du Palais.
1. 5 novembre 1364, ibid. : « Pro cavando XXXVI cannas fundamenti turris que fit in viridario... pro apoycherando fundamentum. »
2. 31 août 1365, Eh , 656, note 351 : i Positœ sunt très cruces super illud edificium. j)
3. Eh., 656 : « Mense novembri ita perfectum erat ut a pictoribus exornaretur. »
l.e3 Jardins du Pape
(N° 43 du plan.)
Sous le pontificat d'Urbain V, les jardins furent particulièrement soig-nés. Déjà le Pape Clément VI les avait ag'randis, car on trouve alors dans les comptes deux mentions bien distinctes : du viridarium, qui était un bosquet d'arbres d'ag'rément ou d'arbustes toujours verts, soumis à la taille, comme chez les anciens; — et du jardiniim novum, ou nouveau ja?'din', plus spécialement consacré aux plantes à fleurs; c'était ce qu'on appela plus tard le parterre.
Ces deux divisions étaient encore bien marquées, sur le plan de Pompéany, avant la transformation du Palais en caserne.
L'enceinte du rempart enfermait le riridaîmim ou jardin planté d'arbres. Entre le rempart et les maisons voisines de la Banasterie s'étendait le jardinum ou parterre., entouré d'un g^and mur de clôture défensive. Ces deux parties communiquaient par une porte ouverte dans le rempart, qui était ég'alement traversé par une canalisation ' pour conduire l'eau du g-rand puits, dit des étuves, ou du viridarium .
1. 9 juin 1345, Eh., 632 : a Pro operando tectum deambulatorii Novi jARDiNi dnmini nostri. n — Juillet 1370, Eh., 658 : « Pro IJ viridariis domini nostri pape, tam pro novo quam pro antiquo, rigando et preparando. »
2. 3 décembre 1345, Eh., 633 : (( Pro perforando nmro jardini domini nostri pro conductu grifonis ibidem de novo facti. »
3. Juillet 1370, Eh., 658 : « Pro corda posita ad pulheum stupharum pro aqua ex eodein trahenda pro viridario antiquo. »
Le g'énie militaire renversa la séparation pour obtenir du tout une vaste cour où avait été établi le g'ymnase de la caserne. Les deux extrémités du rempart furent seules conservées et permettent de se rendre compte de l'ancienne situation.
Le vmdaruim mesurait à Torig-ine environ 2000 mètres carrés. Les constructions nouvelles l'avaient diminué et coupé en deux moitiés, appelées g-rand et petit mnV/an«m*. Si Urbain V n'y g-ardait plus, comme Jean XXIL des lions et autres animaux exotiques, il y avait beaucoup de paons. Il en est porté dix-huit, dont six blancs, sur l'inventaire de 1369 ^ Quant au jardin ou parterre, il mesurait environ 1000 mètres.
Il y avait autour du jardin des promenoirs couverts, dont il est question souvent dans les comptes, mais d'une façon insuffisante pour en donner la forme et la situation. D'après un texte, il semble que ces promenoirs étaient à double étag-e, comme les g-aleries du cloître de Benoît Xll, car il y est question de fenêtres ^ Notre dessin montre en effet des fenêtres au-dessus du rempart qui séparait les deux jardins ; mais il est difficde de savoir quels remaniements les vice-lég-ats avaient pu faire à l'état antérieur.
1. 30 juin 1338, Eh., 632 : « In viridarin parvo... in viridario magno jiixta coquinani. »
2. Inventaire 1369, Eh , 06 i : « Item in viridario sunl XVIl pavanes, tam antiqui qnain juvenes, quorum sex surit albi. »
3. 9 juin 1345, Eh , 632 : k Deambulatorium novi jardini domini nostri, cum duabus partis et VJ fenestris. »
Il est plusieurs fois question dans les comptes du griffon du jardin''. C'était une machine élévatoire adaptée au grand puits du jardin pour remplir un réservoir, d'où l'eau était distribuée dans diverses directions au moyen de conduites. Le mot g^rifîon est encore usité en provençal pour désig'ner un jet d'eau'. Au XIV" siècle, il était d'usag*e courant. Il y eut, lors de la venue d'Urbain V, une violente sédition à Viterbe, en 1367, parce que le ^rzy^o?? destiné à alimenter la ville ne fonctionnait pas '.
ta Cour d'entrée (N" 4 du plan.) L,e Nouveau Puita (N" 5 du plan.)
On a dit qu'Urbain V avait fait tailler dans le roc et aplanir la cour d'entrée ; mais avant ce Pape elle n'était pas demeurée accidentée et rocailleuse. Le travail d'Urbain V ne fut qu'une simple réparation et consista surtout en passag*es dallés à la façon de nos trottoirs. La pente de la place du Palais (n" 35 du plan) fut ég-alement adoucie dans les mêmes conditions *.
Le seul ouvrag-e vraiment nouveau d'Urbain V
1. 3 décembre 1345, Eh., 633 : « Pro conduclu griffonis de novo facti. »