‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 87 sur 134 · Noél Valois, op. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Noél Valois, op. cit., t. I, p

le nom de Papes dans son obédience, — m sua obedienlia PapaK Les meilleurs érudits ont g'ai'dé la même neutralité.

Là où l'Eg'lise et la science liistorique s'accoi-dent à rester en suspens, il serait témérau'e de décider si l'éleclion violentée d'Urbain VI ne permettait plus Télection libre de Clément Vil par le même collègue cardinalice.

Il suffît d'avoir justilié le titre de Pape, auquel ont droit histoi'iquement et canoniquement les deux derniers pontifes d'Avig*non.

Ce fut pour cette ville une fortune inespérée d'y voir revenir un Pape, et avec lui, toute la série des visites royales et des affluences populaires qu'attirait le séjour de la Papauté.

Quant au Palais, il y g'ag*na de letrouver l'animation et la pompe de la cour romaine dont il était privé depuis trois ans. Mais, si tout fut réparé et désormais entretenu avec le plus g-rand soin, il n'y eut pas de constructions nouvelles ; c'est à peine si on peut sig^naler, d'après les textes, quelques additions à la partie construite par Urbam V dans les

1. Après le schisme, le pape Martin V (lualifie (élément Vil de pape de pieuse inéinoire. Arch. du Vatican, Supplicaiwnea Martini V, 1U2, fol. 144 v": « Pie meiiiorie Cleinens papa VU m ejus ohedieniia nuncupatus. » — La Hierarchia CaUulica, du i'. C. Eubel,1898, porte les derniers Fapes d'Avif<non, (.lémenl Vil et Henoit Xlll, sous le nom de PAi'Es, tandis (ju'elle (jualilie d'ANriPAPE Pierre de Corbario, (|ui vint mourir au Palais d'Avignon sous Jean XXll.

jardins du Palais. Guillaume Colombier, maître d'œuvres, y construisit à neuf un édifice » et un promenoir ^ dont rien n'est resté, et répara les dég-âts causés par un incendie dans le cloître de Benoît XII, au-devant des escaliers de l'ancienne chapelle pontificale'.

L( maître d'œuvres, Jean Bisac, fit paver en cailloutag'e les allées des jardins* ; le jardinier chef, Pierre Gilles, y traça des pièces de g'azon ; le fustierJean Delorme y répara un pavillon de plaisance ^

Les arts et les lettres ne furent pas oubliés. Guillaume Bonjean, peintre et serg-ent d'armes du Pape, peig*nait une chapelle attenante à l'édifice du jardin \ Jean Petiot, Gautier de Rode et d'autres artistes travaillaient aussi au Palais \ Une bibliothèque nouv^elle fut org^anisée par le maître d'œuvres

1. 25 novembre 1388, Eh., 665 : « Pro edi/icio novo quod fit in palacio apustolico Avenionensi prope camerain. Rome. »

2. 12 décembre 1388, Eh., 665 : « Pro deaiitbulatorits que flunt de novo in palacio apostoUco Avenionenai rétro cameram Rome. »

3. 22 février 1392, Eh., 666 : « Pro deaiiibulatoriis ante capellain antiquam palacii apostolici Aoinioaensis propler ignein nuper combustis de novo reflciendis. »

4. Eug. Mûntz, Clément VII, Essai sur l'histoire des Arts à Avignon à la fin du XIV' siècle, p. 12 : « 1389. Pro incipiendo calata.m stve pavimentum quod dominus noster papa mandavit fieri subtus viridarium. »

5. Ibid : i( Petrus Egidius horlolanus viridani. -- Johannes de Vlmo, fusterius. »

6. 8 juillet 1381, Eh., 665 : « Guilhemo Bonjehan pictori pro de-

pingendo capellain novam faclam in caméra Rome. »

7. Arch. du Vatican, Reg , 3>9, fol, 203 v«. — Reg. 370, fol. 118 v».

Colombier et fermée par une porte de fer '. Plusieurs miniaturistes et copistes sont fréquemment nommés dans les comptes *.

La situation de Clément Vil était trop incertaine à Avig*non pour qu'il eût la pensée d'augMiienter davantag-e les bâtisses du Palais. La division de la catholicité en deux obédiences inquiétait en effet les peuples et les rois, qui auraient voulu y mettre un terme. La mort d'Urbain VI, à Rome, en 1389, sembla une occasion inespérée de ramener l'union. Mais ses cardinaux, prévenant les efforts des princes chrétiens, s'empressèrent de nommer un nouveau pape qui prit le nom de Boniface IX, et le schisme continua, malg-ré les tentatives impuissaides de l'Université de Paris.

Après un pontificat de seize ans. Clément VU mourut au Palais d'Avig-non, le 16 septembre 1394, dans sa cinquante-deuxième année. Il fut provisoirement enseveli à la cathédrale d'Avignion, et reçut plus tard sa sépulture définitive dans l'égMise du monastère des Célestins qu'il avait fondé sur le tombeau d'un de ses cardinaux, Pierre de Luxembourg"'. Nommé à l'évêché de Metz et au cardinalat

1. Ibid., Reg. 356, fol. 93 : « Pro ponendo porta m fer ri in cuinera librarie iioviter fade. » — Sur la Bibliothè(iue des Papes d'Avignon, voir Fr. Ehrle, op. cit. —M. Faucon, La Librairie des Papes d'Avignon, Paris, 1886

2. Le Musée-Clalvet possède un précieux missel du l'ape élément Vil (ms. n° 136j où M. Mûntz a cru pouvoir reconnaître dans quelques miniatures le portrait du Pape.

3. Cf. Fourier de Bacourt, Vie du bienheureux Pierre de Luxembourg, étudiant de l'Université de Paris, évêque de Metz et cardinal. Paria, 1882.

clans une précocité d'àg-e extrême, Pierre de Luxembourg' s'était sig'nalé par une piété et une charité sans bornes. Bien qu'apparenté à toutes les familles souveraines de son temps, il avait voulu, par humilité, être enseveli, à Avig-non, dans la fosse commune du cimetière des pauvres, près de la porte St-Michel, tandis que la plupart des cardinaux se faisaient élever des toaibeaux mag-nifiques. Mais il y eut sur l'emplacement de sa sépulture un tel concours de peuple * et un tel éclat de miracles, qu'on dut y construire une chapelle provisoire. Les dons de sa famille et les offrandes publiques la transformèrent en une magnifique égalise, ajoutée à un monastère de Gélestins, dont le roi de France fît poser la première pierre. C'est dans cette ég-lise, et à côté de son cardinal, que Clément VII voulut avoir son tombeau. Les deux monuments funéraires'furent détruits à la Révolution ; on ne sauva que les deux têtes mutilées des statues tombales. Elles sont conservées ensemble au Musée-Calvet avec un blason de Clément VII sur pierre, donné en 1834 comme provenant du Palais des Papes, sans qu'on pût indiquer l'endroit précis d'où on l'avait tiré. Il est à présumer que c'était de la partie ajoutée par ce Pape à la Caméra Borne d'Urbain V, car

1. Parmi les malades venant au tombeau du bienheureux, se trouvait une pauvre femme de Gascogne, Marie Robine, (]ui, après sa guérison, joua un certain rôle dans les négociations sur le schisme auprès d'Isabeau de Bavière. Voir Noël Valois, op. cit., II, 365, III, 215, et sur le grand etîet produit par [es miracles dans l'obédience de Clément VII, idem, ibid., II, 361.

ce Put vers l(S30que le g^énie militaire en fit dis paraître les derniers restes. Ces armoiries, à quatre points d'azur équipollées à cinq points d'or, sont conformes à celles de l'annea-u d'or du même Pape conservé au Musée clirétien du Vatican sous le n'' 524.

Quoique troublé par les dissensions du schisme et par les incursions du trop fameux Raymond Rog-er, vicomte de Turenne, qui fut le fléau de la Provence, le pontificat de Clément VII marqua pour Avig-non un retour heureux de prospérité, entretenue par l'éclat de fêtes brillantes. Ce furent successivement l'entrée du roi de France Charles VI en 1389 * ; le couronnement de Louis II, duc d'Anjou, roi de Sicile et de Naples, dans la g^rande Chapelle du Palais ^ ; la visite du roi d'Arménie, du duc de Berry et d'une infinité de grands personnag'es, auxquels le Pape était apparenté, car il descendait par les femmes de Louis VII, roi de France, et la belle-mère du roi régniant, Charles V, était sa cousine g"ermai ne ; aussi mettait-il sur ses bulles les trois fleurs de lys de nos rois ».

Quand les cardinaux avaient nommé, à Fundi, ce jeune pape de 36 ans, avantagée des plus hautes

1. Manuscrit de Laurent, drapier. Bibl. du Mu.sée-Calvet, n° 2562.

2. Recueil de Véras. Bibl. du Musée-Calvet, ms n° 273ii,p. 68.

3. Cf. NoCl Valois, Le rôle de Charles V an début du grand Schisme, Paris, 1888. On y trouve, à la page 13, la bulle de Clément VII dessinée d'après un sceau appendu a un acte du 10 novembre 1378, aux Archives naUonales, et à la page 14, un tableau de 1h descendance du roi Louis Vil justju'au pape Clément Vil.

alliances de famille, et ayant déjà donné des preuves d'un caractèr^e à la fois intrépide, habile et conciliant, ils espéraient sans doute avoir bientôt raison du vieil Urbain VI, que d'intolérables cruautés avaient rendu odieux, même à ses créatures, à tel point cpie deux de ses cardinaux, Pileus de Prata et Galéot de Pétramale \ vinrent plus tard à Avig'non Paire leur soumission à Clément Vil.

Mais dans ce schisme où, sauf la validité d'élection, aucune question dog*matique n'était eng^ag-ée. In politique joua un rôle aussi considérable qu'au WV siècle rlans les g-uerres de relig'ion, et le moment était encore loin où les coalitions rivales de la France, de l'Ang-leterre et de l'Empire permettraient à l'Eg'lise de retrouver son unité.

1. Le nom du cardinal de Pétramale est resté à la rue d'Avignon où il avait sa lu i-ci\ ou palais cardinalice, dont il ne subsiste que quelques traces. Ou mt k l'ileus de Prata, son humeur versatile lui fit abandanner plus tard Clément Vil, bien qu'il en eût reçu un nouveau chapeau de cardinal 11 retourna en Italie pour adhérer au successeur d'Urbain VI, «[ui, ;i son tour, lui redonna u.i troisième titre cardinalice. Aussi ses collègues avaient-ils i'hangé,par dérision, son nom àe Pileus en Tniiilcaln^ ou Tricapi'lli, c'est-à-dire le Caidiuat aux trots chapeaux. Baluze, I, 5"24.

Le neuvième et dernier Pape d'Avignon Benoît XIII

A la mort de Clément VII, les cardinaux d'Avig'non firent comme ceux de Rome, ils s'empressèrent de donner un successeur à leur Pape.

La cour de France avait envoyé des courriers et une ambassade pour demander la remise du conclave ; ils arrivèrent trop tard. Le cardinal Pierre de Luna, orig'inaire de Péniscola (Espag^ne), et d'une des plus nobles familles d'Arag-on, venait d'être élu le 28 septembre d394 par 20 voix sur 21 votants et avait pris le nom de Benoît XIII. Il était âg*é de 66 ans, petit, mince, mais de haute science, et s'était montré le plus intrépide de tous à Rome, lors de l'invasion du conclave.

Avant son élection, il avait, comme la plupart de ses coUèg'ues, prêté serment de rétablir l'unité de l'Egdise, et même de céder la Papauté, si la majorité des cardinaux le jug^eait nécessaire '. Cet eng'ag*ement fut très bien accueilli en France, et le

i. Cedula cardinalium congiegatoi'um in conclavi in quo Benedictus XIII electus est. Baluze, I, 567 et suiv.

roi convoqua un concile national qui réunit neuf cents membres dans la Ste-Ghapelle de Paris. La cession des deux Papes fut déclarée la meilleure voie pour l'extinction du schisme, afin qu'on pût en nommer un nouveau que toute la chrétienté reconnaîtrait. La France, l'Angleterre et la Gastille finirent par se mettre d'accord pour demander l'abandon de la tiare aux Papes de Rome et d'Avig*non ; mais chacun d'eux exig^eait avant tout la renonciation de l'autre, et aucune démarche ne put aboutir.

Afin de donner l'exemple et d'arriver en fait à la déposition des deux Papes, l'assemblée du clerg'é français décida de se soustraire à l'obédience' de Benoît XIII.

Le l^"" septembre 1398, un commissaire royal et un crieur vinrent publier l'ordonnance de soustraction sur le pont d'Avig-non». Dès le lendemain, dixsept cardinaux, abandonnant le Pape, passèrent le Rhône, et allèrent habiter Villeneuve. Ils emportaient la bulle qui servait aux officiers de Benoît XIII pour sceller les actes pontificaux ^ Le Pape répondit qu'il résisterait jusqu'à la mort, et son confesseur, Vincent Ferrier, qui mérita plus tard les honneurs de la canonisation, prêchait au peuple dans

1. Archiv., VII, 71 : rr Guillemus Gardas, homn ligiusregis et vassalus, diffidavtt dominum papani... existens supra pontem sub numine suo et régis. »

2. Ibid. : u Domint cardinales iniserunt ad donnim buUatorum et capientes bullam et buUatorem ad villam duci et portari fecerunt. »

le même sens. Gardez vos remparts, disait le Pape aux Avig-nonais, je réponds du reste.

Mais, le 5 septembre, le Maing-re, dit Boucicaut, de l'assentiment des cardinaux et du roi de France, envahissait le territoire d'Avig-non. A la suite d'une assemblée tenue dans l'ég-lise St-Didier, un g-rand nombre d'habitants, qui avaient juré de défendre le Pape, firent cause commune avec les cardinaux hostiles*. Le 22, Boucicaut entrait dans la ville, et s'intitulait capitaine d'Avig-non ^ ; le 27, toutes les portes de l'enceinte, le pont, l'hôpital St-Bénézet et le palais de l'évêque tombaient en son pouvoir. L'incendie des mines et le nombre des assaillants av-aient forcé la petite g^arnison du pont à capituler'. Il ne restait, pour dernier refug'e, à Benoît XIII, que le Palais, où il s'enferma avec cinq cardinaux restés fidèles, et une g"arnison d'artilleurs et d'arbalétriers*.

1 . Archiv., VII, 179 : « Deinde cives in Sancto Desiderio convocatis sindicis, officialibus et populo, lento consilio per eos, rebellarunt contra papam el esse cuni cardinalibus contra euin et itajurarunt ibidem. »

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