‹ Le Palais des Papes d'AvignonChapitre 91 sur 134 · Noel Valois, op. cit., III, p · texte numérisé non relu

Noel Valois, op. cit., III, p

2. Àrchiv., VII, 70 : « Item proditorie et falso modo, ipae Bussicaudus et magister portuum qui eral offtciarius regius, et commissarii régis, et multi de régna Francie et extra regnum, fecerunl Iractatum de inlrando per cloaquam seu per conductum coquine ; et

' portahant penuncellos regios, causa deprcdatidi palatium et pnnendi penuncellos regios supra palatium, et causa, ut dicitar, interficiendi papam. »

3. B. Boysset, dans Archiv., VII, 354 (14) : k Acomenseron la mina d'enfra la gleisa de Nostra-Dona de Doms, los XL homes davanl dig per la mina intreron d'infra lo palais ; et si la inlreron, si la remaneron per personies, quar totz foron preses per aquelos qu'eran d'enfra lo palais per papa Benezeg . »

effet, après l'insuccès de la tentative de l'ég'out, les assaillants pratiquèrent des mines, Tune sous la tour de la Peyrolerie, l'autre sous celle de la Gâche, une troisième sous celle de Notre-Dame ou de la Campane. Mais ces mines étaient moins destinées à créer un passag^e souterrain, qu'à priver d'appui une face des tours. Les fondements enlevés étaient remplacés par des étançons de bois, auxquels l'assaillant mettait le feu. Le mur, privé de base, croulait, et par la brèche ainsi produite l'assaillant pouvait pénétrer.

La mine creusée sous l'ancien cimetière de la Courtine entre Notre-Dame et la tour de la Campane était la plus dang*ereuse. Comme la g'alerie souterraine avait été commencée à l'intérieui' de l'ég'lise [enfra la gleisa) et s'était poursuivie sous terre, lesassiég'és l'avaient d'abord ig'norée et ne la connurent que lorsque le pic des mineurs s'attaquait déjà aux fondations de la tour. Pour l'éventer, lesdéfenseurs du Palais creusèrent trois contremines, et après un combat sous terre firent ébouler les g*aleries des assaillants qui, ainsi mis à jour, étaient criblés de flèches, assommés par des projectiles ou biûlés par l'huile bouillante et la poix enflammée jetées à travers les g-rands mâchicoulis.

Pour se g-arantir, les assiég-eants avaient enlevé les portes de fer de Notre-Dame et en avaient fait une toiture protectrice au-dessus de leur mine, pendant que, pour rendre intenables les toitures de la toui'el de la chapelle de Benoît XII, les ma-

chines lançaient contre le Palais des pierres de trois à dix quintaux. La mine achevée, le feu y fut mis, mais les assiég-és s'étant tous portés de ce côté, les soldats repoussèrent l'attaque, pendant que les serviteurs et même les clercs réparèrent rapidement la brèche *. Il en fut de même pour une mine faite sous l'habitation du camérier, à côté de la g-rande Chapelle pontificale dédiée à St Pierre*.

« Je ne sais, dit M. Valois, si Boucicaut se fût lassé du sièg'e ; mais les Avig'nonais se lassèrent de lui. Il s'était trop vanté de faire, avant peu de jours, danser dans le Palais les bourg'eoises delà ville. Le succès répondait mal à ses fanfaronnades. Ses brutalités ne contribuaient pas à lui ramener les esprits '. Vers le milieu de novembre, cardinaux et citadins s'entendirent pour le remplacer dans ses fonctions de capitaine.

« Ce ne fut pas encore la fin des hostilités. De part et d'autre, on continua de pousser mines et contre-mines. Un jour même, la g'arnison opéra une sortie : les soldats du Pape, protég-és par des manteaux de bois descendus le long* de la muraille,

1. Archiv., VII, 180 : (( Fecerunt etiain fieri inpluribus locis minas subterraneas ad capienduin palacium, per ecclesiam Béate Marie de Donmis, et ista fuit aperta et ignis positus et pugnatum in ea. »

2. Ibid. : « Per do muni camerarii, etiam pro parte sancti Pétri, et per alias partes . »

3. Trois des cardinaux restés avec Benoît XIII étant sortis du Palais, à la faveur d'une trêve, pour négocier avec Boucicaut, celui-ci, sous de faux prétextes, en retint deux prisonniers, (ît couper par dérision leurs robes à la hauteur des genoux et les enferma au fond de la tour de Boulbon, près de Tarascon, d'où ils ne sortirent qu'en payant une forte rançon. — Bertrand Boysset, dans A.rchiv., VII, 354 (6).

attaquèrent une des mines, incendièrent les échoppes et les maisons environnantes. Ce n'est que le 24 novembre, qu'une trêve, demandée par un nouveau vig-uier, mit fin à une lutte aussi scandaleuse qu'inutile. Au bout de deux mois, le seul résultat acquis était la certitude que le Pape disposait d'une force morale et de ressources matérielles bien supérieures à tout ce qu'on avait imag*iné.

« L'intrépide résistance opposée par le Pape à ses cardinaux et à ses sujets rebelles n'allait pas tarder à devenir le thème delég'endes merveilleuses. On avait aperçu, dit-on, des terrasses de Villeneuve, une lang-ue de feu qui passait le Rhône et s'étendait jusqu'au Rocher des Doms. Une relig'ieuse du couvent de Ste-Catherine avait eu la vision d'une croix penchée au-dessus de la tour de plomb, et, peu api^ès, un boulet en effet tordit la croix fleurdelysée qui surmontait cette tour. Plus tard, des formes blanches et des lumières resplendissantes furent vues au milieu de la nuit sur les combles du Palais *.

« Mais, mieux que ces apparitions, la mort soudaine de Jean de Neufchâtel sembla montrer la main de Dieu s'appesantissant sur les ennemis du Pape. Ce cardinal, qui, pour mieux braver l'autorité pontificale, était venu s'installei' dans le palais de l'évêque, et qui avait si activement coopéré au ■soulèvement de la ville, fut, dès le 1" octobre, at-

;i. Chronique de Martin d'Alpartil, à la date des 22 et 23 octobre 1400.

teint d'une fièvre pestilentielle qui remporta en quatre jours. On ajoutait que le relig-ieux venu pour l'assister n'avait même pas pu, intimidé par une soldatesque fanatique, l'exhorter au repentir*. »

1. Noel Valois, op. cit., III, p. 204-205, et note 2. — Martin d'Alpartil : Infor inatio seriom, C, 1124. — Brief des chroniques (Bibl. nat., ms. latin 8975, p. 169). — Aimery de Peyrac (Baluze, I, 1316) — Boniface Ferrer [Thésaurus novus anecdotorum, t. II, C, 1491). — Chronographia regum Francoruin, t. III, p. 157. — Le Couteulx, inrta/es ordinis Cariusieasis, t. VII, p. 70.

Le blocus du Palais

Le sièg-e du Palais produisit un mouvement de réprobation dans l'obédience de Benoît XIII. Ce Pape, assiég"é par une partie des cardinaux qui l'avaient élu et tenu comme prisonnier dans son palais, émut tout particulièrement le roi d'Arag-on, son parent, qui envoya à son secours une flottille. Elle ne put remonter le Rhône au-dessus d'Arles que jusqu'à Valabrègues, les eaux étant trop basses et des chaînes ayant été tendues près d'Avig'non pour l'empêcher de passer *.

Mais des interventions plus efficaces se produisirent à la cour de France, qui s'alarma des effets de son œuvre. Les Comtadins aussi s'àg'itaient. Le seig'neur de Sault, à la tête de oOO gens d'armes, courut tout le Venaissin jusqu'au pont de Sorg"ues et même jusqu'aux portes d'Avig-non, au cri de : Vive le Pape Benoît ! La ville leur fît écho. Bien que les cardinaux hostiles eussent fait prêcher à Ste-Catherine et aux Carmes, le 8 décembre

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