Bertrand Boysaet, Archiv., VII
1399, en latin el en provençal, que le roi de France persistait dans la soustraction d'obédience à Benoît XIII, un frère mineur prêchait, le 17 février suivant, dimanche de la septuag'ésime, que les auteurs de la soustraction étaient des schismatiques. Peu à preu un revirement s'opérait, et de puissantes influences travaillaient pour le Pape à la cour de France.
Le Palais cependant restait toujours bloqué. Si le blé n'y manquait pas, les autres provisions commençaient à s'y faire rares, et c'était un rég'al pour la table du Pape quand, du haut des tours, on pouvait abattre quelques oiseaux. Le vinaig-re mêlé à l'eau remplaçait le vin.
Au commencement de 1402, une détente se produisit. Le parti favorable à Benoît XIII parut l'emporter à la cour, et quelques cardinaux renouèrent des relations avec le Pape.
Les communications furent bientôt plus faciles. Le 27 août 1402, Louis II d'Anjou, roi de Sicile, vint dîner et coucher au Palais. Il fît hommag^e au Pape et se remit sous son obédience.
Les Avig*nonais et les cardinaux virent que Benoît XIII allait sortir victorieux de ses long-ues épreuves. Un revirement coniplet s'opéra, dont une chronique avig'nonaise porte la preuve. Dix-sept mois auparavant, le 4 octobre 1401, François de Gario, docteur ès-lois et assesseur de la ville, accusé de tramer un mouvement populaire en faveur du Pape, « avait eu la tête tranchée et le corps
u mis en quatre quartiers ; le quartier du bras <( droit mis au portai Saint-Laze (Lazare) ; et au « portai Imbert la jambe droite ; et à la porte St- « Michel le quartier du bras senestre ; et à la porte « des Miracles (St-Roch), la jambe senestre; et la (( teste mise sur un bâton au milieu de la place St- « Didier, et ses entrailles à la foupche de St-Pierre « dans un cabas '. » Ces hoi'ribles dépouilles restaient publiquement exposées pour intimider les partisans de Benoît Xlll. Mais, dit la même chronique, « l'an 1403, le vendredi 27 février, à la « g'ache (ou ronde) de la nuit, furent ostés les « cartiers dudit M. François de Cario et reposés « en certaine maison, et le lendemain fut enseveli « honorablement en l'église des Carmes, et le (( coleig'e des cardinaux retourna tout son bien à « ses enfants pour l'honneur de Dieu. Les procé- <( dures faites contre ledit de Cario furent portées « par toute la ville, à voix de trompe, par le bour- « reau,sur un baston, et brûlées dans la cour de « St-Pierre, où était toute la ville ^.. »
Décidément, les esprits étaient chang-és en faveur du Pape Benoît. Cependant le blocus du Palais, bien que fort adouci, continuait toujours. Des nég-ociations s'ébauchaient avec la cour de France, qui regrettait ce qui s'était passé. Mais, pour
1. Noél Valois, Essai de restitution d'anciennes annales avignonaises 11397-1420), Paris, lJiJ2,p. 7.— Cf B. Boisset, ^rc/tî y., VII, p. 304.