PORCELAINES DE L'ÉPOQUE KHANG-HI
paisible et intime, où les mandarins à longues moustaches et à, longues tresses font vis-à-vis à des dames aux petits pieds, aux lourds chignons noirs, aux regards malicieux luisant entre des’ paupières bridées, Chine blanche et bariolée où tout est irréel, où le ciel et les paysages semblent de soie peinte et
brodée, où les dragons de bronze, affreusement contorsionnés, restent immobi-
les et inoffensifs, roulant les yeux et tirant la langue parmi les mandarins à longues moustaches et les dames à petits pieds, qui continuent à se sourire et à se faire des révérences.
L'invention de
la céramique remonterait à 2600 Statuette de Mirokou
Statuettes de bronze. Art chinois (XVe siècle) en bronze doré. Japon ans avant notre (XVI siècle)
ère, mais la porcelaine daterait seulement du If° siècle avant ou du 1* siècle après Jésus-Christ. La fabrique de King-te-tchin, première manufacture impériale au XI° siècle, et qui comptait 3000 fours à porcelaine en 1700, n’était pas le seul centre de tabrication. Treize provinces sur les dix-huit de la Chine possédaient des manufactures.
Tout un monde de vases, de figurines, a été créé là, depuis les poteries dures en céladon craquelé ou en céladon fleuri, depuis
les flambés où l’œil fin du céramiste a distingué les couleurs si véri-
diquement dénommées: haricot rouge, vert d’eau, jaune d’anguille, aubergine, blanc de neige, thé en poudre, écorce d’orange, rouille de fer, poil de lièvre, et le fameux «bleu de ciel après la pluie», voulu pour ses porcelaines par l’empereur Che-tsong vers l’an 954.
Avec les porcelaines flambées obtenues, selon le degré et la
Plaque de miroir en bronze — Art chinois antérieur au Xe siècle
direction du feu, bleues, violacées ou rouges, les vases décorés sur biscuit font surgir tout un monde réel et fantastique: des monstres écailleux, griffus, ailés, cornés, à la gueule largement fendue sur des dents terribles; des chiens, des chevaux, des cerfs, des oiseaux aux parures de plumes étincelantes,
des papillons, des insectes, des fleurs, et les animaux pris comme signes du Zodiaque, depuis le lapin jusqu’au tigre. Les dieux dominent de leur sagesse et de leur gravité le monde des formes animales: Cheou-lao, dieu de la longévité; Pou-tai, qui garde l’outre contenant les biens terrestres; Kouan-in, la déesse du soleil, debout sur un lotus: le Dieu de la guerre, la Déesse des Talents. Ces innombrables porcelaines sont classées en blanc de
Chine, camaïeu bleu, décoration polychrome, chrysanthèmes et pivoines, et toutes les variétés de la famille verte et de la famille rose.
En Chine, en Corée, au Japon, quelles que soient les variétés de la technique et du décor, la beauté des formes ravit les yeux et l’esprit. L’art du potier, en Extrême-Orient comme en Grèce, découvre les belles formes tournantes, les larges panses, les cols effilés, les bords évasés. Le Japon, qui a recu les leçons de la Chine au XIII siècle, qui a eu de nouveau recours à elle au XVI siècle, s’est servi des procédés acquis avec l’habileté, la compréhension qu’il a su apporter en toutes choses. Mais ce n’est pas assez dire du Japon: s’il n’a pas égalé la force superbe, la magnificence concentrée, que la Chine vénérable à manifestée,
Gardes de sabres en fer forgé et incrusté — Art japonais des XVe et XVIe siècles
Boîtes de pharmacie japonaises XVI. siècle)
surtout dans ses Décoration d’écritoire japonaise (XVe siècle) bronzes, le Japon a su trouver les éléments d’une ornementation nouvelle dans l'étude amoureuse de la nature. C’est elle qui est devenue sa grande éducatrice, et qui lui a inspiré tant de délicates merveilles de ses grès, de ses faïences, de ses laques, de ses gardes de sabres, de tous les objets, bols, théières, écritoires, boîtes de pharmacie, où sur la plus menue surface s’inserit un paysage, une forme vivante, un aspect grandiose ou un détail essentiel.
Boîte de pharmacie ; Japonaise (XVIe siècle)
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