‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 10 sur 84 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avait alors douze ans. Les travaux, mis au rabais et adjugés le 8 octobre de Tannée précédente à Jean Coing, maître maçon , pour quatre cent soixante mille livres , furent achevés en 1624 Cet aqueduc a environ trois cent quatrevingt-dix mètres de longueur et vingt-quatre mètres de hauteur. Les eaux de Rongis et des sources avoisinantes traversent Taqueduc, composé de vingt-cinq arcades , et, après avoir parcouru des conduits souterrains de onze mille six cent soixante-quatre mètres, sont reçues dans un château d'eau situé à droite de la grille d'entrée de l'Observatoire Royal. Ensuite elles se dirigent en partie dans des réservoirs voisins de la belle fontaine connue autrefois sous le nom de Grotte de Marie de Médicis, et construite par Jacques de Brosse à l'extrémité Est de l'allée des Platanes, il Pour donner de l'eau à ce palais, elle (Marie) y fit con- ' duire les fontaines de Rongy à quatre lieues de Paris , ^ œuvre vraiment royale, et ce d'autant plus que, n'en rete- ^ nant que la moindre part pour elle, elle donna tout le *' reste de ces eaux au public , les divisant au collège royal ^ et en plusieurs autres lieux de l'Université '. ^

A l'époque où Marie de Médicis fit exécuter cet important travail, au moyen duquel trente pouces d'eau furent conduits du village d'Arcueil à Paris, il n'existait encore aucune fontaine publique dans la partie méridionale de cette ville. Il ne serait pas exact de dire, comme le cardinal de Richelieu, que la reine-mère ne retint pour l'usage de son palais que la moindre pari des eaux de Rongis, mais il est certain qu'après en avoir réservé dix-huit pouces pour cette demeure royale et l'embellissement de ses jardins , elle abandonna les douze autres pouces à la ville de Paris, qui les distribua dans les quartiers Saint-Victor, etc. Quatorze fontaines

' ^fémoii'Pii du Cardinal de Richelieu.

encore existantes furent construites à cette <^poque, et, pour la plupart , alimentées par cette portion des eaux d'Arcueil. Marie de Médicis ne comptait pas lorsqu'il s'agissait de satisfaire son goût prononcé pour le luxe et la magnificence : ses prodigalités étaient sans bornes *. Aussi serait-il intéressant de connaître le chiffre des dépenses de toute nature qu'elle fît pour se procurer la somptueuse demeure dont je viens de décrire l'état primitif; malheureusement les recherches faites sur cet objet ont été jusqu'à présent sans résultat Au surplus, si l'on réfléchit à tout ce qu'exigea la construction et l'embellissement du palais et des jardins , aux œuvres d'art qui y furent répandues avec profusion, aux travaux importants exécutés dans un parcours immense pour conduire les eaux de Rongis au Luxembourg et dans les quartiers avoisinants , on pourra se faire une idée des sommes énormes consacrées par Marie de Médicis à l'achèvement de cette somptueuse résidence.

^ Les dépenses de sa maison , du vivant de Henri IV, montaient à trois cent quarante-cinq mille livres par an, somme considérable alors. La Reine exigeait sans cesse des gratifications et des pots-de-vin. On publia même des édits portant des créations d'oflices faites en sa faveur , et , quoique ces objets réunis formassent une somme exorbitante , elle ne suflisait pas pour satisfaire son luxe et ses prodigalités , surtout envers Goncini et sa femme. Elle alla même jusqu'à engager une partie des diamants de la couronne , et le Roi fut obligé de prendre sur le trésor royal l'argent nécessaire pour les dégager. Ces diamants avaient été achetés par un intrigant italien , l'abbé Ruccelaï , qui joua un rôle important dans l'évasion de la reine-mère , lorsqu'elle était captive à Blois , et finit , en définitive « par la trahir.

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