PRINCIPAUX FAITS HISTORIQUES
Marie de Médieis n'habita que peu d'années le palais quelle avait fait élever à grands frais; elle le quitta, pour n'y jamais rentrer, au milieu de l'année 1631. Cette princesse violente et opiniâtre poussait tout à l'excès, l'amitié et la haine ' : dès les premières années de sa régence, elle avait excité contre elle et son favori Concini des cabales de cour qui eurent pour tous deux les conséquences les plus fatales. Cet étranger , comblé de faveurs , auquel elle abandonnait sans réserve la direction des affaires du royaume, périt assassiné le 24 avril 1617, comme il entrait au Louvre pour se rendre au conseil. En apprenant cette nouvelle, la reine-mère reste atterrée : elle comprend qu'elle va perdre tout l'ascendant qu'elle avait jusqu'alors conservé
^ Marie de Médicis n'avait que quatorze ans lorsqu'elle perdit son père ; sa tante , la (][rande-duchesse Christine de Lorraine , qui s'était alors chargée de son éducation , se plaignait souvent que sa nièce éiait si fortement attachée à ses opinions qu'il lui était impossible de l'en faire changer, et que son entêtement était extrême. (Voir l'Histoire de la Mère et du Fils, tome I, page il.)
Mi LK PALAIS DU LUXEMBOURG.
sur Fesprit du roi son fiis '. Elle veut néanmoins ie voir; on lui refuse d*abord cette faveur, qu'elle n'obtint ensuite qu'avec peine, et sur le consentement, qu'on lui arracha, de s'éloigner pour quelque temps de la cour. A la suite de cette douloureuse entrevue, elle se résigne et part pour l'exil. Elle se retira au château de Blois le 4 mai de la même année
Cet exil, ou pour mieux dire cette captivité, durait depuis deux ans , lorsque , dans la nuit du 21 au 22 février 1619, Marie, secondée par l'Italien Ruccelaï, s'échappe de Blois au moyen d'une échelle appliquée à la fenêtre de son cabinet, traverse à pied les jardins du château , gagne un carrosse disposé pour la recevoir, et trouve aux environs de Loches le duc d'Epernon, qui, ayant consenti à favoriser son évasion , la conduisit à Angoulême. Elle avait alors quarantesix ans. Après de nombreuses négociations , auxquelles prit part Richelieu , investi alors de toute sa confiance , elle eut avec son fils, Louis XIII, une première entrevue, le 5 septembre 1619, au château de Couzières près de Tours*. Ils
^ On voit dans les mémoires du temps qu'en ce moment critique elle parut plus affligée de la perte de son autorité que de la mort de son favori , car elle s*écria en apprenant ce Iftche assassinat : J'ai régné sept ans; il ne faut plus petiser quà la couronne du ciel. Elle garda ensuite un triste silence. Quelqu'un lui ayant témoigné rembarras où Ton était d'annoncer à la maréchale d'Ancre la mort de son mari, et ajant ose la prier de prendre ce soin, elle s'emporta et répondit : J'ai bien d'autres choses à faire présentement : si on ne peut dire à la maréchale que son mari est mort, il faut le lui chanter aux oreilles; qu'on ne me parle plus de ces gens-là» je leur avais dit, il y a longtemps, qu ils feraient bien de s'en retourner en Italie.
* Ce château asses curieux, qui existe encore aujourd'hui, appartenait alora au duc de Montbaxon. L'entrevue de la reine-mère avec son fils eut lieu dans le jardin, parce que, celui-ci étant entré dans le parc , elle courut au-devant de lui. Louis témoigna beaucoup de joie de revoir sa mère ; l'émotion de Marie fat telle que ses larmes , coulant en abondance , baignèrent le visage de ce prince. Elle lui dit en l'embrassant : Monsieur mon fils, que vous vous êtes fait grand. — Madame, lui répondit Louis, fai rrtl pour votre service. Il avait alors dix-huit ans.