CHAPITRE PREMIER
furent commencés en 1613, deux années avant le palais, u Marie de Médicis, dit le cardinal de Richelieu dans ses î> Mémoires', achète l'hôtel de Luxembourg au faubourg î^ Saint- Germain et plusieurs jardins et maisons voisines ^' pour y commencer un superbe palais, duquel, par avance, ^ elle commença à faire planter les arbres des jardins, qui, '^ ne venant à leur croissance qu'avec le temps qui leur est ^> limité par la nature , sont ordinairement devancés par les -• bâtiments , le temps de Taccomplissement desquels est ^) mesuré à la dépense, et liAté, selon la magnificence et ^^ la richesse de celui qui les entreprend. '> Ces jardins allaient en largeur bien au delà des liniites actuelles et se prolongeaient à l'Ouest, parallèlement à la rue de Vaugirard, jusqu'à l'impasse Xotre-Dame-des-Champs '. A l'Est, les anciennes limites étaient à peu près telles qu'elles existent encore aujourd'hui, c'est-à-dire que ces jardins étaient terminés par la rue d'Enfer. Au Sud, ils s'étendaient jusqu'au couvent des Chartreux.
La magnificence des jardins répondait à celle du palais. Le parterre, plus large, mais bien moins profond que celui d'aujourd'hui, était bordé de chaque côté par des platesbandes ornées de fleurs et renfermées dans un double mur. L'un à hauteur d'appui était garni de balustres , l'autre plus élevé, soutenant des terrasses, était décoré de petites cuves ou vasques en marbre de couleur, jetant de l'eau et communiquant entre elles au moyen de rigoles ; les terrasses étaient, suivant le goût de l'époque, plantées d'ifs et de buis découpés en formes bizarres. Le bassin principal placé au centre du parterre était orné d'un groupe en plomb. « Le ^^ jardin , dit Malingre', est embelly d'un beau bois par
^ Mémoires du Cardinal de Richelieu.
' C'est-à-dire jusqu'au n" 13 de la rue de Kleurus actuelle.
^ Antiquités de la Ville de Paris , livre H , page 402.
^ allée, et de deux longues allées couvertes d'arbres; les w parterres sont ornés de grand nombre d'allées et de car- '' reaux représentans diverses figures et inventions des '> jardiniers. H y a deux grands bassins de pierre , au mi- )' lieu une statue jetant de Teau en abondance, qui vient " du village d'Arcueil , et dont le regard est devant Thostel > de Troyes au fauxbourg Sainct- Michel. Aussi pour le ^^ même sujet du jardin et d'autres offices on a pris les '^ places des fermes de l'HôlelrDieu, qu'on a remplacez d'au- - très lieux. *^
Aqueduc d'Arcueil. — Dès Tan 1613, c'est-à-dire deux ans environ avant qu'elle fît commencer la construction du palais, la régente s'était occupée des moyens d'y faire arriver en abondance les eaux nécessaires aux services généraux et à l'embellissement des jardins. Pour parvenir à ce but, on fit d'énormes dépenses. Dans l'ancien village d'Arcueil (Arcoleum)^ se trouvaient les restes d'un aqueduc romain construit au troisième siècle et destiné à conduire les eaux de Rongis au palais des Thermes *. Marie de Médicis fit élever un nouvel aqueduc : c'est celui que l'on voit aujourd'hui dans le même village. Cet ouvrage , comparable aux plus beaux monuments que l'antiquité nous ait laissés en ce genre, fut construit d'après les dessins et sous la direction de Jacques de Brosse. La première pierre en fut posée par la régente et par son fils Louis XIII le 17 juillet 1613; il
^ On voit à Arcueil près Paris, dans une propri<^té particuliôre , les restes de l'aqueduc antique.
* Des restes considérables de ce palais, que l'on croit avoir été construit par Constance Chlore, grand -père de l'empereur Julien, existent encore rue de la Harpe; Zoiime qualifie cet édifice de basilique, et Ammien Marcellin de palais et de maison royale. Les empereurs Valentinien et Valens y séjournèrent. Clotilde l'habitait avec ses petits-fils , qui furent égorgés par leur oncle. Le poète FoHunat prétend qu'il a été bâti par L'itrogote. Les restes de ce palais et de ses souterrains mériteiit d'être vus avec attention.