‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 12 sur 84 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

restèrent dans ce château pendant trois jours. Cette courte entrevue terminée , Louis XIII retourne à Paris avec sa cour, la reine-mère part pour Angers, dont elle avait obtenu le gouvernement ; elle espérait être bientôt rappelée à Paris. Une seconde entrevue entre la mère et le fils eut lieu le 13 août 1620 au château de firissac.

Enfin, après trois années d'exil et de captivité, Marie de Médicis revint à Paris au commencement de l'automne de la même année 1620, et réunit au Louvre sa cour à celle de la jeune reine Anne d'Autriche, femme de Louis XIII \ Aux discordes» de la^cour succédèrent, pendant l'hiver suivant, les plaisirs, les bals et les fêtes. La malheureuse Marie croyant , dans l'ivresse du premier moment, son retour et sa faveur assurés pour toujours, s'empressa d'appeler à Paris le célèbre peintre Rubens, et lui ordonna de retracer, dans une suite de tableaux, l'histoire allégorique de sa vie , sa bonne et sa mauvaise fortune , depuis sa naissance jusqu'à sa dernière réconciliation avec son fils Louis XIII.

Rubens se mit promptement à l'œuvre : il commença en 1621 et termina complètement en 1623, c'est-à-dire en deux ans 9 cette grande et admirable collection de vingtquatre tableaux connue sous le nom de Galerie de Rubens. J'ai indiqué précédemment l'emplacement qu'occupait cette

^ Le mariage de Louis XIH avec Anne crAutriche avait eu lieu h Bordeaux , le 23 novembre 1615. Vittorio Siri, dan» le Memorie recondite, tome III, pa^e 395, raconte à cette occasion une contestation asses curieuse qui s'éleva , dit*il , h Borgns outre Philippe \\\ et l'ambassadeur de France , à l'occasion de la bague que , suivant l'usage , Louis XHI devait donner à l'Infante le jour de la célébration du mariage ; il prétend , chose asses peu croyable , que Philippe H! exigeait qu'elle fût du prix de trois cent mille livres. Le commandeur de Silleri , trouvant cette somme exorbitante , n' j voulut point consentir ; et le roi d'Espagne dut , en définitive , se contenter d'un diamant de dix mille écus que l'ambassadeur présenta à Tlnfante de la part du roi son maître.

galerie de plain-pied avec les appartements de la reine. J'ajouterai que le Poussin, Philippe de Champagne et plusieurs élèves de l'école de Rubens, contribuèrent à l'embellissement du palais par des œuvres remarquables dont il existe encore des fragments au Luxembourg '. On leur attribue particulièrement les peintures de l'oratoire et des archives de Marie de Médtcis. On raconte à cette occasion que Philippe de Champagne *, élève de Jonquières, étanl venu à Paris à l'âge de dix-neuf ans , le Poussin lui reconnut des dispositions et le fit employer par un nommé Duchesne, qui avait, dit-on, l'entreprise des peintures du palais. Le talent avec lequel le jeune artiste exécuta le travail dont il fut chargé excita la jalousie de Duchesne, qui lui était bien inférieur. Découragé par d'injustes tracasseries, Champagne retourna à Bruxelles. Mais, après la mort de Duchesne, 'il fut rappelé par la régente, qui lui donna un logement au Luxembourg, avec la direction des tableaux et une pension de douze cents livres. Il avait peint une partie des appartements de cette princesse, et le Poussin y avait exécuté de petits tableaux dans les lambris.

La reine-mère habitait depuis peu de temps sa nouvelle demeure quand s'élevèrent entre elle et le cardinal, devenu ministre, des mésintelligences suivies bientôt d'une éclatante rupture qui amena le triomphe de Richelieu et la perte de cette princesse. Trois ans après le retour de Marie, son caractère altier, que n'avaient pu fléchir ses récentes infortunes, la domina plus que jamais ^; elle ne voulait se souve-

^ Dans la salle du Livre-d*0r dont ils ornent les lambris. (Voir le chapitre IV. )

- Ce peintre célèbre naquit t\ Bruxelles en 1602, et mourut à Paris en 1674. .

'* Faisant allusion au caractère difBcile de Marie , Henri IV l'appelait souvent

Madame la Ré({cnte. Un jour qu'elle en paraissait vivement contrariée : « Vous avez

« raison , lui dit-il , de désirer que nos ans soient é<)aux , car la fin de ma vie sera le

t commencement de vos peines ; vous avei pleuré de ce que je fouettais votre fils

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nir que de la puissance sans bornes qu elle avait longtemps exercée. Elle s'était flattée de gouverner seule sous le nom de cet homme habile , qu elle regardait comme sa créature. En effet, Richelieu devait à Marie de Médicis son élévation ; c'était elle qui d'abord lui avait fait donner le chapeau de cardinal : plus tard, voulant l'introduire dans le conseil , elle avait dû déployer toute son adresse et toute sa puissance pour lui en aplanir la route. Il lui fallut d'abord forcer le roi son fils à surmonter l'éloignement que lui inspirait la personne du cardinal , puis vaincre les répugnances et les mauvais vouloirs des personnages puissants qui lui étaient contraires, et plus particulièrement l'opposition du marquis de la Vieuville, alors surintendant des finances, qu'elle fut obligée de gagner. Enfin , après bien des démarches et des intrigues de tout genre, Richelieu entra au conseil en 1624. Le rôle qu'il joua d'abord ne fut que secondaire; mais peu il peu, s'étant rendu maître de l'esprit du monarque, il domina bientôt le.conseil par l'ascendant de son génie et devint tout-puissant.

Déçue dans ses espérances, s'apercevant , mais trop tard, que son protégé, loin de la seconder dans ses projets, ne cherchait qu'à y mettre obstacle, la reine-mère fit éclater alors tout son ressentiment et jura la perte de son ingrat favori. Aussitôt, par ses intrigues, elle forme une puissante cabale : elle ne s'arrête qu'après avoir arraché à la faiblesse du roi la promesse de renvoyer son ministre, et en même

> avec un peu de sévérité , mais quelque jour vous pleurerez beaucoup plus du mal 9 qu'il aura ou que vous recevrez vous-même. Mes maîtresses vous ont souvent déplu ; 9 mais difficilement éviterez-vous d*être un jour maltraitée par celles qui possède-

> ront son esprit. Une chose vous puis assurer, c'est qu'étant de l'humeur que je « vous connais, en prévoyant celle dont il sera, vous entière, pour ne pas dire têtue, « et lui opiniâtre , vous aurez souvent maille à partir ensemble, i — Cette particularité se trouve dans l'Histoire de la Mère et du Fils , tome I , pages 15 et 20.

temps toutes les personnes que le cardinal avait placées auprès d'elle , entre autres madame de Combalet , sa nièce. Le faible Louis XIII, obsédé, consent, puis se rétracte; il conjure sa mère de recevoir les excuses de la nièce dont elle prétendait avoir à se plaindre, et de rendre ses bonnes grâces au cardinal. Il engage celui-ci à accorder quelque chose au ressentiment d*une femme et à prescrire des soumissions à sa nièce. Marie, à ses conditions, promet à son fils de leur rendre sa faveur. Les choses ainsi réglées donnèrent lieu à la fameuse explication connue sous le nom de Journée des dupes \ Je crois devoir faire connaître dans tous ses détails cette scène étrange qui se passa au Luxembourg le 1 1 novembre 1630 dans les appartements de la reine-mère. Voici comment Anquetil la raconte : u Madame de Comba- '^ let est admise en présence du roi à l'audience de la reine >' qui demeurait au Luxembourg. Elle se jette aux pieds de ^> la reine et lui demande pardon de lui avoir déplu. Marie ^ la reçoit froidement, et bientôt, lasse de se retenir, elle se ^^ laisse aller à toute la fougue de son caractère , l'accable î^ de reproches et d'injures, la traite d'ambitieuse, d'ingrate, '^ de fourbe, de femme débordée, et avec tant de pétulance, >^ que le monarque ne peut la contenir, et est obligé de faire y* signe à cette dame de se retirer. Il tâche de calmer sa - mère, la conjure de se modérer, et, croyant avoir trouvé ^' un moment favorable, il appelle le cardinal. Celui-ci, qui ?) avait vu sortir sa nièce tout en larmes, entra lui-même en 5> tremblant. Cette scène commence et finit comme l'autre. ^^ La reine, plus irritée qu'adoucie par les excuses de Riche- ^^ lieu, qu'elle traite de soumission hypocrite, pleure, san- ■^ glote, s'écrie que le cardinal est un perfide, un scélérat , '^ l'homme le plus méchant et le plus détestable du royaume.

' Ct' nom (If Joitrnrr tirs dupes est allribui^ à Bassompierrr.

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