‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 13 sur 84 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

,, — Vous ignorez ses projets , dit-elle à son fils, il n attend ;' que le moment où le comte de Soissons aura épousé sa ^> nièce pour lui mettre votre couronne sur la tête. — Mais, ^^ madame, lui disait le roi attendri et ému, madame, que ^ dites-vous là, à quel excès vous transporte votre colère! :> C'est un homme de bien et d'honneur; il m'a toujours ^ servi fidèlement ; je suis très-satisfait de lui ; vous me dés- '> obligez , vous me mettez à la gène ; j'aurai de la peine à y> revenir du chagrin que vous me faites. — Peu touché de ?) l'état violent où elle mettait son fils, dont peu de chose '' altérait la santé, elle persévère dans son emportement; il '> est obligé, pour mettre fin à une scène aussi désagréable , ') d'ordonner brusquement au cardinal de sortir. Celui-ci se » croit perdu, il se retire consterné ; et, peu après, le roi sort » lui-même, profondément blessé de la double ofiense de )) sa mère , qui lui manquait si ouvertement de paroles et » d'égards.

'' Aussitôt que la reine se trouve seule , ses femmes ^ entrent , ses confidents , ses officiers , ses domestiques ^ s'empressent; tout le monde est bienvenu. Elle leur ra- ^ conte d'un air de triomphe ce qu'elle a dit, ce qu'elle ^ a fait 9 comme elle a humilié le cardinal , comme il )' était confus, désespéré; elle ajoute que si son fils ne )' lui a pas donné gain de cause devant son ministre , y^ c'est par une condescendance qui ne durera pas. Tous " ceux qui l'entendent applaudissent à sa fermeté. Les ?) courtisans, voyant que le roi s'est retiré sans rien dire, )' que tout est en désordre et en confusion chez le cardinal, V qu'il brûle ses papiers, qu'il fait emballer ses meubles y^ et se dispose à un prompt départ; les courtisans, cette >' nation mobile, qui tourne sans cesse au vent de la faveur, ^^ courent en foule chez la reine, remplissent ses apparle- >^ nients. Elle se montre, parle, écoute, caresse, remercie

') et respire avec volupté Tencens que ses flatteurs lui prow diguent \ yy

Cependant, après cette scène scandaleuse, la reine-mère, qui connaissait le caractère faible et irrésolu du roi, quoique triomphante en apparence, n'était pas sans inquiétude sur le succès des promesses qu elle lui avait arrachées concernant le cardinal. Aussi voulut-elle immédiatement faire un dernier eflbrt pour assurer la disgrâce de celui-ci. A cet effet elle sollicite et obtient du roi une nouvelle entrevue, qui eut lieu au Luxembourg le lendemain de la scène qui précède ; en voici le détail :

Sous prétexte d'une indisposition, Marie de Médicis avait défendu qu'on entrât dans son cabinet, afin de ne pas être interrompue dans l'entretien qu'elle allait avoir avec son fils. Celui-ci, qui habitait alors dans la rue de Tournon l'hôtel de Concini, étant venu au Luxembourg, s'enferme avec sa mère; elle renouvelle alors avec véhémence tous ses efforts pour obtenir la disgrâce du cardinal. Comme le roi cherchait à Tadoucir en faveur de son ministre , celui-ci , instruit probablement que le roi était seul avec sa mère et ne doutant pas qu'elle ne travaillât en ce moment a consommer sa ruine , court à l'appartement où il frappe inutilement; mais, comme il en connaissait tous les détours, il entre par l'oratoire qui communiquait au cabinet de la reine-mère, et dont on avait négligé de fermer la porte' : il se présente tout à coup; le roi reste si surpris en le voyant, qu'au lieu de lui reprocher sa hardiesse, il se contente do dire à Marie : Tout est perdu. Le cardinal , sans témoigner

1 Anquetilf édition Qucné, 1829, tome VU, pages 18, 19 et 20.

^ M. Capefiguc , dans son ouvrage intitule : Richelieu , Maiariu , etc. , tome IV , page 356, dit que Richelieu entra par la petite chapelle (Toratoire), et, donnant quelques centaines de doublons h. une femme de chambre nommée Gincolle , se fit ainsi ouvrir le cabinet de la reine.

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