‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 14 sur 84 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

la nioindrc émotion, dit : Je niassure que vous parliez de moi La reine , accoutumée à la dissimulation , réj)ond négativement d'un ton assuré; mais Richelieu ayant osé lui repartir par ces mots inconvenants : Avouez4e, madame; alors éclate une scène d'injures et de reproches du côté de la reine , et de soumissions les plus humbles de la part du cardinal, qui cherche en vain à l'apaiser. Voyant qu'il ne pouvait la fléchir, il supplie le roi de trouver bon qu'il quitte le ministère pour aller pleurer dans la plus profonde retraite le mal^ heur qu'il avait de déplaire à sa bienfaitrice. Louis joint ses prières et ses supplications à celles de son ministre pour tâcher de calmer Marie ; mais elle insiste pour que cet ingrat soit chassé , et demande à son fils s'il serait assez dénature pour préférer un valet à sa mère. Renonçant à la calmer, le roi sort suivi de Richelieu, et part pour Versailles afin d'éviter une nouvelle explication que l'emportement de sa mère lui faisait redouter.

Richelieu vint encore se jeter aux pieds de Marie pour implorer son pardon , mais elle resta inexorable. Plusieurs amis du cardinal ayant représenté à cette princesse l'affliction profonde où elle l'avait réduit : Bon, bon, répondit-elle, // change de visage et de contenance comme il lui plaît; lorsqu'on le trouve le plus gai et le plus content du monde , il parait en un instant triste et demirmort si l'état de ses affaires le de^ mande.

Après cette dernièrç et humble tentative de Richelieu, ce ministre, se croyant perdu sans ressource, n'avait d'abord songé qu'aux moyens de ravir à ses ennemis, par une retraite précipitée , le plaisir de jouir devant lui de son humiliation. Il déclara donc publiquement qu'il irait coucher à Pontoise pour passer ensuite en Normandie. Mais, bientôt ranimé par les conseils de quelques amis et par une démarche habilement combinée du cardinal de Lavalette, il va trouver le

5i Ll*: PALAIS DU LlJXlilMBOURG.

roi à Versailles, et il lui suffit d'une seule entrevue pour reprendre sur Fesprit de Louis XIII tout son ascendant. Le cardinal avait tout à craindre des intrigues sans cesse renaissantes de la reine-mère; il n hésite plus, il conseille et fait consentir le roi à une rupture complète et sans retour.

La malheureuse Marie, d'abord prisonnière à Conipiègne le 13 février 1031 \ s'évade le 18 juillet suivant et cherche à se réfugier à Avesnes, d'où elle est forcée de sortir au bout de trois jours; elle se retire alors à Bruxelles, puis à Gand. Obligée bientôt de quitter les Pays-Bas , elle passe en Angleterre à la fin de 1638 auprès de Charles P' , son gendre, et négocie sans succès son retour en France *. On veut la reléguer à Florence ; mais, pour ne pas rendre son pays natal témoin de ses disgrâces, elle refuse; enfin, réduite une dernière fois à chercher un abri contre ses persécuteurs, elle se réfugie à Cologne, ville impériale et neutre. Elle y arriva vers la fin de 1641 et y mourut le 3 juillet 1642, à l'âge de soixante-neuf ans. Dans les derniers temps de sa vie, elle s'y était trouvée réduite, faute d'argent, à renoncer à tout appareil royal , à renvoyer ses domestiques , et à se borner au pur nécessaire.

Elle pardonna à Richelieu en mourant. Après qu'elle se fut confessée , le nonce apostolique Fabio Chigi , qui depuis fut pape sous le nom d'Alexandre VII , lui demanda si elle

' Voir la Défenae de la mne-inère , pages 264 et 706.

* Marie de Mcdicis s*cml)arqua , le 20 octobre 1638, avec une suite d'environ deux cents personnes; elle essuya pendant la traversée une tempête si violente qu'elle fut sept jours en mer , et aborda enfin à Essex. Après quelques jours de repos , elle se rendit à Douvres, où Charles 1*^ vint la reeevoir avec sa femme. Il marqua le plus vif intérêt aux malheurs de sa belle-mèi*e et le plus grand désir de les adoucir; il la conduisit i\ Londres où on lui fit une réception pompeuse. Pendant les trois années qu'elle y resta , Charles lui assigna cent livres sterling par jour, qui lui furent, dit-on, payées exactement jusqu'au moment où, forcée de quitter l'Angleterre , elle passa ti Cologne.

Page 1