CHAPITRE DEUXIEME
pardonnait à tous ses ennemis, et en particulier au cardinal de Richelieu : De tout mon cœur^ répondit-elle. Le nonce alors ayant voulu l'engager à envoyer à Richelieu , en signe de réconciliation , son portrait dans un bracelet qu elle portait au bras: Questo e pur troppo (Oh c'est trop), répondit-elle. Chigi n'insista pas davantage. Au moment suprême , elle le pria de lui donner sa bénédiction, et mourut presque aussitôt avec le courage qu'inspire la religion.
Ainsi finit dans l'abandon, et vivant du peu d'argent qu'elle pouvait retirer de l'électeur de Cologne , une princesse que la fortune avait placée sur l'un des premiers trônes du monde.
tt Marie de Médicis, dit Monglat, veuve d'Henri IV, mère ^ de Louis XIII, des reines d'Espagne et d'Angleterre, ainsi i> que de la duchesse de Savoie, tellement qu'on aurait pu ^ dire que ses enfants régnaient dans toute la chrétienté , î) n'avait pas en mourant un seul pouce de terre \ w Sur la fin de sa vie, ses chagrins multipliés et ses humiliations en tout genre avaient tellement énervé son courage et flétri son âme, qu'elle semblait avoir perdu jusqu'à la faculté de se plaindre. Si l'on considère les divers événements qui ont rempli la vie de cette infortunée princesse, on ne peut s'empêcher de lui attribuer tous ses malheurs, et l'on déplore que pendant la durée de sa régence elle ait si mal profité des sages conseils qu'Henri IV lui donna peu de temps avant de périr *. On est forcé de reconnaître que Marie de Médicis avait tous les défauts de son sexe sans aucune des qualités propres à les racheter ou à justifier son ambition, et que, incapable de se gouverner, elle se perdit elle-même en voulant gouverner l'Etat. Néanmoins il faut reconnaître en même
' Mémoires de Montglat , lome H , page 38.
- Histoire de la Mère et du Fils, tome I , pa<][e9 27 el suivantes.
temps que rien ne saurait justifier Richelieu aux yeux de la postérité, de la dureté inouïe dont il usa à Tégard de sa bienfaitrice : il ne devait jamais oublier que , malgré ses torts envers lui, il tenait d'elle le pouvoir dont il se servit pour la persécuter et l'accabler.
Marie de Médicis, forcée, lors de son dernier exil, d'abandonner le somptueux palais qu elle avait fait élever, l'avait donné à Gaston de France , duc d'Orléans , son second fils. Il existe une transaction du 26 mai 1646 \ faite entre Louis XIV, sur l'avis de la régente Anne d'Autriche, sa mère, et Gaston, son oncle, concernant la succession de Marie. Une des clauses de cet acte porte que le palais du Luxembourg, dix-huit arpents de terre sis au Mont-Parnasse et plusieurs domaines considérables, représentant ensemble 1,800,000 livres , constituées en dot à la feue reine; de plus tout le mobilier, seront délaissés à Gaston d'Orléans, à la charge par lui de payer toutes les dettes de cette princesse.
Anne-Marie-Louise d'Orléans , duchesse de Montpensier, connue sous le nom de Mademoiselle j devint ensuite propriétaire du palais du Luxembourg, parce que cette princesse était déjà, par ses droits, en possession de la moitié du fonds. Par transaction du 1**^ mai 1G72, il passa dans les mains de sa sœur consanguine, Elisabeth d'Orléans, duchesse de Guise et d'Alençon , épouse de Louis-Joseph d'Orléans, dernier de cette maison. Cette princesse, morte sans enfants en 1696, en fit don à Louis XIV le 16 mai 1694. A la mort de ce monarque , il retourna à la famille d'Orléans. Le régent l'abandonna à sa fille, la duchesse de Berry, qui l'habita, ainsi que sa sœur, Louise-Elisabeth d'Orléans, mariée à Louis I'' d'Espagne. Celle-ci y demeura après son retour en France, 1725,
' Cette transaction §e trouve dans les Mémoires de Dupuy , n^ *W.