‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 18 sur 84 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

)> ans à tant de haine et de périls pour la république , moi y> qui ai conservé ma pureté au milieu de la révolution, moi y* qui n'ai de pardon à demander qu'à toi seule au monde , » ma chère Lolotte, et à qui tu Tas accordé, parce que tu )) sais que mon cœur, malgré ses faiblesses, n'est pas indigne yy de toi ; c'est moi que des hommes qui se disaient mes yy amis, qui se disent républicains, jettent dans un cachot, » au secret , comme un conspirateur ! Socrate but la ciguë , » mais au moins il voyait dans sa prison ses amis et sa yy femme. Combien il est plus dur d'être séparé de toi! Le y> plus grand criminel serait puni s'il était arraché à une y> Lucile autrement que par la mort, qui ne fait sentir au ^y moins qu'un moment la douleur d'une telle séparation; y> mais un coupable n'aurait point été ton époux , et tu ne ^ m'as aimé que parce que je ne respirais que pour le bon-

y^ heur de mes concitoyens. On m'appelle Dans ce

yy moment les commissaires du tribunal révolutionnaire vien* yy nent de m'interroger '. Il ne me fut fait que cette question : » Si j'avais conspiré contre la république. Quelle dérision! et )' peut-on insulter ainsi au républicanisme le plus pur! Je vois )) le sort qui m'attend. Adieu, ma chère Lucile, ma Lolotte, '' mon bon Loup; dis adieu à mon père. Tu vois en moi un yy exemple de la barbarie et de l'ingratitude des hommes. ^y Mes derniers moments ne te déshonoreront pas. Tu vois ?> que ma crainte était fondée', que nos pressentiments fu-

^ Les Dictionnaires historiques lui attribuent la réponse suivante k la question qui lui fut faite sur son âge : « J*ai trente-trois ans (il en avait trente-quatre) , Tâge du I sons-culotte Jésus , Âge funeste aux révolutionnaires, i

* L'infortuné avait prévu sa fîn tragique. Quelques jours avant son arrestation, Tun de ses amis , l'ayant rencontré , lui demanda ce que contenait un paquet qu'il lui voyait à la main. « Des numéros de mon Vieux Cordclier ; en voulex-vous ? — Non pas, ça brûle. — Peureux , répond Camille; avez-vous oublié ce passage de l'Kcriturc : Kdamns et bibamvs , cras enim moriemur : Buvons et mangeons , car nous mourrons demain. «

)) rent toujours vrais. J'ai épousé une femme céleste par ses w vertus , j*ai été bon mari , bon fils ; j'aurais été bon père. i> J'emporte l'estime et les regrets de tous les vrais républi- ?) Gains, de tous les hommes, la vertu et la liberté. Je meurs n à trente-quatre ans; mais c'est un phénomène que j'aie y> passé, depuis cinq ans, tant de précipices de la révolution " sans y tomber , et que j'existe encore , et j'appuie encore îï ma tête avec calme sur l'oreiller de mes écrits trop nomyy. breux , mais qui respirent tous la même philanthropie , le y> même désir de rendre mes concitoyens heureux et libres, yy et que la hache des tyrans ne frappera pas. Je vois bien )) que la puissance enivre presque tous les hommes, que ^y tous disent comme Denys de Syracuse : ^ La tyrannie est )) une belle épitaphe. » Mais console-toi, veuve désolée ! l'é- '> pitaphe de ton pauvre Camille est plus glorieuse : c'est yy celle des Bnitus et des Caton , les tyrannicides. ma chère yy Lucile ! j'étais né pour faire des vers , pour défendre les yy malheureux, pour te rendre heureuse, pour composer, yy avec ta mère et mon père, et quelques personnes selon yy notre cœur, un Otaïti. J'avais rêvé une république que yy tout le monde eut adorée. Je n'ai pu croire que les hommes » fussent si féroces et si injustes. Comment penser que quel- )) ques plaisanteries dans mes écrits , contre des collègues )> qui m'avaient provoqué, efiaceraient le souvenir de mes » services ! Je ne me dissimule pas que je meurs victime de yy mes plaisanteries, et de mon amitié pour Danton. Je reyy mercie mes assassins de me faire mourir avec lui et Phi- )> lippeaux; et, puisque mes collègues sont assez lâches pour y> nous abandonner et pour prêter l'oreille à des calomnies jy que je ne connais pas, mais, à coup sûr, les plus grossières, )' je vois que nous mourrons victimes de notre courage à déyy noncer des traîtres, de notre amour pour la vérité. Nous yy pouvons bien emporter avec nous ce témoignage, que nous

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