‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 23 sur 84 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

queur de l'Italie. Celui-ci s'avance sur un char triomphal précédé paria Victoire; il est couronné par Flmmortalité et assis entre la Sagesse et la Force. Sur le devant sont la Justice et la Piété : la Paix et TAbondance accompagnent le char et conduisent, à leur suite, des Génies avec différents attributs; des femmes portent des parfums et répandent des fleurs sur le sol. Dans le même groupe, l'Histoire écrit , sous la dictée du Temps , les hauts faits de Napoléon. Les Sciences et les Arts se pressent devant le cortège , derrière lequel on voit à quelque distance, en fuite ou terrassés, la Discorde, l'Hypocrisie et le Fanatisme politique. Dans le fond du tableau, la foule paraît se livrer à l'allégresse et à la joie.

Il ne faudrait pas s'attendre aujourd'hui à retrouver la composition de ce tableau telle que je viens de la décrire : a la rentrée de la branche aînée des Bourbons, en 1814, elle a subi une mutilation au moins singulière. On a cru devoir à cette époque substituer à la figure de Napoléon celle du roi Louis XVIII : cette substitution n'était pas heureuse; aussi fut-elle loin d'obtenir l'approbation générale. L'année suivante , pendant les cent jours , on s'empressa de rétablir sur le char triomphal celui-là seul qui y avait de véritables droits. Enfin, en 1816, la figure de la France, accompagnée par les mêmes allégories, la Victoire et l'Immortalité, a remplacé les deux souverains tour A tour détrônés. J'ai entre les mains une notice sur le palais de la Chambre des Pairs, publiée en 1818, dans laquelle, en décrivant le tableau dont il s'agit, on dit : Ce tableau représente, dans une composition allégorique, vaste et pompeuse, l'heureuse époque oii l'un desJUs de saint Ixmis et du grand Henri, frère de l'infortuné Louis Xl/I, rappelé en France par les décrets immuables de la Providence, est remonté sur le

trône de ses aïeux. Plus loin, on dit encore : « L'Histoire écrit

SOUS la dictée du temps : Retour du Roi en France \ ^ C est ainsi que sans égard pour l'histoire et pour la vérité, fut altérée à plusieurs reprises, et par des mutilations ridicules, cette œuvre remarquable * destinée d'abord à perpétuer le souvenir de l'époque où Napoléon, triomphant et pacificateur, enrichissait nos musées des chefs-d'œuvre de l'Italie.

Le 20 mars 1811 , l'impératrice Marie-Louise étant accouchée d'un fils, le litre de Roi de Rome lui fut donné par Napoléon, qui, en vertu d'un sénatus-consulte en date du 18 février de l'année précédente, avait réuni à l'empire les Etats de l'Eglise et la capitale du monde chrétien. Le Sénat, voulant consacrer la mémoire d'un événement qui semblait devoir assurer les destinées de la dynastie impériale, décida qu'une des salles du palais recevrait le nom de Salon du Roi de Rome, et fît exécuter en môme temps, pour en former la décoration, un ameublement complet composé de huit panneaux de tenture, de canapés, de fauteuils et de chaises, sur lesquels étaient représentées des vues de Rome antique, peintes sur velours, d'après les dessins d'Auguste et Emile Vauchelet. Ce salon existe encore aujourd'hui; mais sous la restauration , époque à laquelle on fit disparaître, avec le plus grand soin, tous les emblèmes qui se rattachaient au règne de Napoléon , on s'empressa de substituer une vue du Campo-Vaccino, au panneau principal représentant, par une composition allégorique, la naissance du Roi de Rome. Cette composition importante étant détruite, je transcris ici la description assez curieuse qu'on en a conservée :

(c Le Sénat, sous la figure de Minerve, s'appuie sur le ber-

I Notice sur la Chambre des Pairs , par M. Grivaud « pages 28 et 29.

> Cette grande composition a é\à exécutée par feu Renaud , membre de rinsfitiit.

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V ceau du roi de Rome ; elle tient d'une main le symbole n de la Prudence (emblème du Sénat conservateur), de Tau tre » celui de la Victoire et de la Paix. Le roi de Rome, couché '' sur son berceau, reçoit du Sénat Temblème qui lui est >' offert, et devient personnellement celui de la Concorde '^ et de la Paix ; près de lui est un piédestal sur lequel sont >" placés les attributs de la royauté : au milieu du piédestal *^ est écrit le mot Roma, au centre d'une couronne de '^ laurier.

w De l'autre côté de la figure de Minerve est un colfre de ^^ forme antique sur lequel on lit : Constitution de l'Empire; ^ divers attributs de la Justice se trouvent aussi groupés de yy ce côté.

)> Au bas, sur le devant, Romulus et Rémus allaités par

V la louve; elle paraît • s'occuper du second fondateur de ^ Rome; quelques fragments d'architecture sur lesquels est

V écrit : S. P. Q. R.

^ Dans le fond , à l'horizon , on aperçoit Rome moderne.

^ Toute la composition est placée sur des nuages éclairés

par la lumière d'un disque au milieu duquel apparaît le

chiffre de Leurs Majestés Impériales et Royales.

yy Le fond de cette Gloire est traversé par le signe du ^> Bélier, sous lequel était né le roi de Rome. y>

Le tableau dont il s'agit avait été exécuté d'après une esquisse de Laflite ; il n'est pas sans intérêt d'observer qu'au nombre des jeunes gens encore inconnus dans les arts, qui contribuèrent à l'exécution de ce tableau, se trouvait M. Picot, aujourd'hui membre de l'InstituL

Vers l'an 1780 on avait retiré du Luxembourg la collection de tableaux qui y était exposée et on l'avait transportée dans les magasins du Louvre, afin qu'elle fît partie du Musée, dont on projetait déjà l'établissement dans la grande galerie de ce palais; mais, en 1805, on la replaça dans la galerie du

Luxembourg \ et on y ajouta les marines de Joseph Vernet, celles de Hue , ainsi que tous les tableaux de la vie de saint Bruno peinte par Ëustache Le Sueur; ils ornaient autrefois les portiques du petit cloître des Chartreux à Paris. Chacun de ces tableaux était alors fermé par des volets, représentant différents sites de l'admirable paysage connu sous le nom du Désert dans l'ancienne enceinte de la Grande-Chartreuse qui existe aux environs de Grenoble *.

En 1815, les tableaux dont il vient d'être question furent, de nouveau , reportés dans la galerie du Louvre pour remplacer ceux des anciennes écoles , enlevés à la France par suite de l'invasion étrangère ; mais en même temps il fut décidé que la galerie de peinture du palais du Luxembourg serait occupée par une collection de tableaux des peintres vivants. Cette destination lui a été conservée depuis la révolution de juillet 1830.

Les jardins du Luxembourg ont, comme le palais dont ils font partie, subi, à différentes époques, d'importants changements et des suppressions qui en ont complètement altéré la disposition primitive. On a vu plus haut que ce palais et toutes ses dépendances, comprenant l'hôtel du Petit-Luxembourg et les communs, avaient été donnés en apanage à Monsieur, comte de Provence. L'édit du roi Louis XVI , son frère, concernant cet apanage, est du mois de décembre 1779. Monsieur en prit alors possession, et, en vertu d'une autorisation qu'il avait obtenue le 25 mars de l'année suivante, il aliéna, en 17^, une portion considérable des jardins qui s'étendaient à l'Ouest jusqu'à la partie ancienne de la rue de . Fleurus. A cette époque , ce n'était qu'une impasse connue sous le nom de cul-de-sac Notre-Dame-des-Champs , dont

' Celle où Marie de Médicis voulait faire peindre la vie allégorique de Louis XUI. ' Ces volets , qui ne sont pas sans intérêt , sont conservés dans les magasins du Palais de la Chambre des Pairs.

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