‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 5 sur 84 · DU PALAIS · texte numérisé non relu

DU PALAIS

Rue DE TouRNON. — Ce nom, qu'elle portait déjà en 1541, lui a été donné en l'honneur du cardinal François Tournon , l'un des abbés de Saint-Germain-des-Prés. Elle commence au coin de la rue du Petit-Lion , et finit à la rue de Vaugirard , devant le palais du Luxembourg, auquel elle sert d'avenue principale. Ce n'était anciennement qu'une ruelle désignée, comme les rues qui lui sont parallèles , sous le nom général de Ruelles de SairU-StUpice ; elle fut aussi nommée Ruelle du champ de la foire , parce que ce champ où l'on vendait des animaux et qu'on nommait aussi le Pré crotté, occupait une grande partie de l'espace situé entre les rues de Tournon et Garancière \ Cette rue n'était pas complètement bâtie en 1580, car on trouve qu'à cette époque plusieurs particuliers y avaient obtenu des concessions de terrains, à la charge d'y faire construire des maisons. On y éleva successivement plu-

1 II est à remarquer qu'aujourd'hui encore ce marche aux animaux se tient le dimanche dans la rue Lobineau , prés celle de Tournon.

sieurs hôtels assez importants : tel est celui de Concini , maréchal d'Ancre et favori de Marie de Médicis. Cet hôtel a été , sous la régence de cette princesse , le théâtre de désordres graves dont je dois dire quelques mots. Lors de l'arrestation du prince de Condé, qui eut lieu au Louvre le V' septembre 1616 par suite des inquiétudes que donnait à la reine la faction soulevée contre son autorité, la princesse douairière de Condé avait en pleurant parcouru les rues de Paris, dans l'espoir de soulever le peuple en faveur de son fils; n'ayant pu y réussir, elle retourna dans son hôtel et tint conseil avec ceux qui lui étaient attachés, pour savoir quel parti il était à propos de prendre dans la circonstance. Les uns parlaient de s'armer, et d'aller droit au Louvre délivrer le prince de Condé; d'autres, plus prudents, représentaient que ni la bourgeoisie ni le peuple ne paraissant disposés à seconder ce mouvement , l'entreprise serait vaine ; qu'ils seraient promptement repoussés par les troupes de la reine, et que le peuple se joindrait peutêtre à ces troupes lorsqu'il les verrait les plus fortes. On trouva beaucoup plus habile d'essayer une seconde fois de soulever la populace en faisant piller l'hôtel de Concini, contre lequel s'élevait une réprobation presque générale. On se flattait d'ailleurs que l'espoir d'un riche butin serait, sur l'esprit du peuple, plus efficace que son amour pour le prince et ses frères. Cette odieuse machination ainsi arrêtée, quelques domestiques du prince de Condé vont le lendemain à la porte de Concini, la forcent, et, chose étrange, ils sont aidés dans leur coupable entreprise contre le favori de la reine-mère par les nombreux ouvriers que cette princesse employait alors à la construction de son palais du Luxembourg. La populace des environs se joint bientôt à eux; ils pénètrent dans l'hôtel, brisent tout ce qu'ils ne peuvent emporter, et les gens du maréchal sont forcés de fuir pour

n'être pas massacrés. A la nouvelle de ce désordre, la régente envoie sur les lieux Liancourt, gouverneur de Paris, mais les gens du prince tirent sur les archers ; ceux-ci voyant tomber mort un parent du chevalier du guet, prennent la fuite, et la populace, enhardie par le succès, continue son pillage avec encore plus d'acharnement. La nuit suspendit les désordres , mais le lendemain la multitude recommença ses excès, et ne trouvant plus à assouvir sa cupidité dans la maison de Concini, elle courut à celle de son secrétaire, Vincentio Ludovici, qui logeait près de lui, et ravagea complètement sa demeure. Ces furieux avaient été jusqu à détruire le toit de la maison du maréchal et de celle de son secrétaire. La perte seule des meubles de l'hôtel de Concini fut évaluée à deux cent mille écus.

A la suite de cette émeute, qui n'eut cependant pas le succès qu'en espérait la faction du prince de Condé, trois compagnies du régiment des gardes étant enfin intervenues pour rétablir l'ordre , les curés de Paris condamnèrent en chaire les excès du peuple, et sommèrent ceux de leurs paroissiens qui avaient pris part au pillage de rendre les efiTets volés. Ils proposèrent, comme moyen de favoriser les restitutions sans trop compromettre les coupables, de promener dans les rues un chariot dans lequel chacun mettrait ce qu'il avait pris. Ce moyen fut employé en effet, et l'on recouvra , dit-on , une grande quantité de papiers et de meubles précieux. L'Italienne Galigaï , femme du maréchal d'Ancre, ayant représenté à Marie de Médicis qu'il s'en fallait beaucoup que la restitution égalât les pertes, reçut de cette princesse trois cent soixante mille livres à titre de dédommagement.

L'année suivante, après l'assassinat du maréchal d'Ancre au Louvre, le 24 avril 1617, son hôtel fut pillé une seconde fois par le peuple , et confisqué ensuite au profit du roi. Le

fils de Tinforfuné Concini habitait une des chambres de rhôtel , on lui enleva jusqu'à son lit. Ce malheureux enfant passa un jour et une nuit dans cette chambre ainsi dépouillée , où Vitry, l'un des assassins de son père , le fit garder par quelques soldats. Cependant Fiesque en ayant pris compassion , Femmena on son logis au Louvre , après l'avoir caché dans le manteau de son laquais pour le soustraire à la fureur du peuple '.

En 1630, Louis XIII voulant, dit-on, se rapprocher de la régente, à laquelle il rendait de fréquentes visites au palais du Luxembourg où elle était alors, vint loger dans le même hôtel. Jaillot, dans ses Recherches critiques sur Paris, laisse planer quelques doutes sur les véritables motifs de ce séjour. « Louis XIII , dit-il , y a logé quelque temps pour des rai- " sons particulières; on les colora du motif do la proximité n du palais du Luxembourg , que Marie de Médicis y avait r> fait bâtir : il ne me convient ni de les approfondir ni de » les discuter. »

Depuis , cet hôtel a été afiecté au logement des ambassadeurs extraordinaires , puis échangé contre celui de Pontchartrain; il devint propriété nationale en 1790. Sous la Restauration et pendant les Cent-Jours il a été habité par la duchesse douairière d'Orléans, et vendu, en 1815, par le domaine de l'Etat à la ville de Paris; elle y a établi une caserne occupée aujourd'hui par la garde municipale.

On voyait aussi dans la rue de Tournon les hôtels de Ventadour et de Brancas.

* Cet enfant était connu sont le titre de comte de Pènc , nom d'une maison illustre dltalie, dont Concini se prétendait issu. Quelques jours après la mort de son père, le comte de Pêne , qui devait s'attendre à la plus brillante fortune , fut conduit an château de Nantes et y demeura cinq ans prisonnier; il y resta jusqu'en 1622, époque où la reine-mère , rentrée en grâce , obtint sa liberté à condition qu'il sortirait du royaume. Il se retira & Florence, et mourut de la peste en 1651.

Rue de Vaugiraro. — Elle commence à la rue des Fossés* Monsieur-le-Prince,au coin descelle desFrancs-Bonrgeois^et finit à la barrière qui donne entrée au village de Vaugirard. Ce village connu dans les anciens titres sous le nom de Valhoitron ou Vauboitrouj le portait encore en 1256. Mais Gérard , abbé de Saint- Germain , Fayant fait rebâtir et y ayant joint une chapelle et des bâtiments réguliers pour la communauté, il perdit son ancien nom pour prendre celui de l'abbé; on le nomma Vaugérard, et par corruption Vaugirard. La rue dont il s'agit s'appelait simplement chemin de Vaugirard , et les titres ne lui en donnent point d'autres jusqu'au seizième siècle, époque à laquelle les bâtiments qu'on y éleva lui firent donner le nom de rue.

Sauvai prétend ^ que depuis 1543 on l'a nommée la rue des Vaches, et que, antérieurement à l'époque où Marie de Médicis fit bâtir le palais du Luxembourg, elle portait le nom de rue de la Verrerie , parce que des verriers étaient venus s'y établir. Jaillot conteste cette assertion.

En 1533, le duc de Piney-Luxembourg acquit un pavillon appelé la ferme du bourg , ainsi que plusieurs maisons et héritages situés dans cette rue ; on commença dès lors à lui donner le nom qu'elle a conservé. Dans un contrat de vente du 16 août 1659, elle est nommée Grande rue du Luxembourg , autrement de Vaugirard.

En 1615, la régente Marie de Médicis y fit élever le palai» du Luxembourg, et quatorze ans plus tard, vers 1629, on construisit dans cette même rue l'hôtel du petit Luxembourg *.

Le couvent des filles du Calvaire existait aussi dans la même rue; il était contigu à l'hôtel du petit Luxembourg.

' Tomr I , page 166.

' Voir la description de cet hôte^

Cet ordre religieux avait pris naissance à Poitiers, en 1617, par les soins de madame Antoinette d*Orléans-Longueville. Vers la même (époque, le père Joseph Leclerc du Tremblai, si connu sous le ministère du cardinal de Richelieu , établit à Angers un couvent appartenant à cette congrégation. La reine Marie de M édicis , qui avait obtenu le gouvernement de cette ville, et qui s'y trouvait pendant les derniers temps de son premier exil, se déclara la fondatrice de cet établissement Elle voulut en même temps prqcurer aux filles du Calvaire un asile à Paris, dans l'enceinte même du palais qu'elle faisait bâtir à cette époque. En conséquence six religieuses de l'ordre de Notre-Dame du Calvaire de Poitiers se rendirent à Paris vers la fin de l'année 1620. L'année suivante leur ordre, approuvé par une bulle de Grégoire XV en date du 22 mars , fut confirmé par lettres patentes au mois de juin suivant. Marie de Médicis passa en même temps avec ces religieuses un contrat de fondation , par lequel elle leur donna mille livres de rente et cinq arpents de terre situés rue de Vaugirard , à l'Ouest dfi son palais. Elles s'installèrent d'abord dans une maison dite de Beauregard, hors de la porte Saint-Michel; elles achetèrent ensuite rue de Vaugirard, une propriété dite de Montherbu et l'hôtel des Trois Rois.

Trois ans environ après leur installation dans le couvent, qui eut lieu le 28 juillet 1622, Marie de Médicis fit bâtir l'église que l'on voit encore attenant à l'hôtel du petit Luxembourg ; la première pierre fut posée en son nom au mois de mai 1625, et cette église bénie par l'évoque de Lyon le jeudi-saint 1631. On doit également à la munificence de la régente le chœur, la tribune, le cloître et une chapelle intérieure de ce couvent. Il existait au-dessus de la porte principale de l'église une Notre-Dame-de-Pitié. Ce bas-relief qui, dit-on, n'était pas sans mérite, a été détruit

pendant la première révolution; il ne reste plus aujourd'hui qu'un groupe allégorique en pierre représentant le sacrifice du pélican : il est placé au sommet du fronton de la façade. L'intérieur était orné de quatre tableaux peints par Philippe de Champagne.

Les parties d'architecture que je viens d'indiquer comme ayant été construites par les soins de Marie de Médicis existent encore aujourd'hui , et servent de dépendance à l'hôtel du petit Luxembourg. Elles ne sont pas sans mérite ; l'architecture du petit cloître et de la chapelle intérieure, quoique altérée par le temps et par des mutilations sauvages, mérite l'attention des connaisseurs.

En 1790 le couvent fut supprimé, et plus tard les bâtiments occupés par un quartier de cavalerie dont les écuries étaient dans le chœur, l'église et les dépendances. Il avait encore cette destination en 1830. Au mois de février 1835 tous ces bâtiments ont été convertis en prison destinée aux détenus politiques accusés de crimes et de délits dont la connaissance est déférée à. la Cour des Pairs.

Aujourd'hui, de tous les anciens bâtiments d'habitation destinés aux filles du Calvaire, il n'existe plus qu'un corps de logis perpendiculaire à la rue de Vaugirard connu sous le nom de prison Fieschi. Ceux qui longeaient la rue de Vaugirard à l'Ouest, ainsi que plusieurs autres constructions qui s'étendaient jusqu'à la porte d'entrée du jardin du Luxembourg en face de la rue du Pot-de-Fer, ont été, par les soins de l'administration de la Chambre des Pairs, complètement détruits au mois de novembre 1840; ils ont fait place, l'année suivante , à des parterres , et à une grille comprise entre l'ancienne église des Filles du Calvaire, et l'extrémité Ouest des jardins ouverts au public.

Avant la mise à exécution de cet important projet, la rue de Vaugirard, qui, depuis les boulevards jusqu'à la rue du

Pot-de-Fer, possédait déjà les avantages d'une belle et large voie de commnnication , se trouvait réduite, à mesure qu'elle se rapprochait du petit Luxembourg , aux plus étroites proportions. Aujourd'hui cette partie de la rue ne le cède point en largeur aux plus belles rues de la capitale.

Rue Notre-Dame-des-Champs. — Elle aboutit au Nord à la rue de Vaugirard, et au Sud à la rue d'Enfer, vers l'extrémité de l'allée de l'Observatoire. Aux quatorzième et quinzième siècles , ce n'était qu'une sorte de voie longeant parallèlement à l'Ouest une grande partie du grand clos des Chartreux, et qu'on nommait alors le chemin Herhu. Plus tard elle a pris, sans qu'on puisse en donner une explication satisfaisante, le nom de rue du Barc; on suppose qu'elle a pu avoir avec la petite rue du Bac une communication qui aurait été depuis supprimée. Le plan de Defer, publié en 1692, la désigne simplement sous le nom de rue Notre- Dame, il est le premier sur lequel se rencontre cette désignation; on trouve sur d'anciens plans qu'elle avoisinait un monticule appelé le mont de Parnasse ou de la Fronde, terrain où on se livrait à cet exercice. Ce monticule a donné son nom à la barrière et au village élevés sur l'emplacement où il existait jadis.

Rue des Frangs-Bourgeois. — Elle fait suite à la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince , et aboutit à la place Saint-Michel ; on pense que ce nom lui vient de la Confrérie aux bourgeois qui existait sur le terrain où elle est située, et en faveur de laquelle Philippe-le-Hardi l'amortit. Peut-être aussi tire-t-elle son origine du parloir et du clos aux bour^ geois (lieu d'assemblée des officiers municipaux) qui existait à côté de la porte Saint-Michel , à gauche en sortant de la ville. Le n" 49 de la rue Monsieur-le-Prince , laquelle précède la rue des Francs-Bourgeois, sert d'entrée particulière au collège Saint-Louis, élevé sur l'emplacement de l'ancien

collège (i'Harcourt. Celui-ci avait été fondé en 1280 ' par Raoul d'Harcourt, chanoine de Paris, grand archidiacre de Rouen, dans le but de procurer aux pauvres étudiants de la Normandie les moyens d'étudier la théologie et les arts. La réputation des professeurs et le grand nombre de jeunes gens qui désiraient être admis dans ce collège, firent penser aux moyens de l'agrandir. A cet effet, l'on fit l'acquisition des maisons voisines, qui appartenaient au collège de Bayeux, et de l'hAtel des évêques d'Auxerre contigu à la porte d'Enfer et aux murs de la ville. Cet espace fut augmenté en 1646 par le don que Ix)uis XIII fit au collège d'une place, de l'emplacement d'une tour, du mur de rempart, du fossé et de la contrescarpe, ainsi que des matériaux de démolition de ces murailles.

On voit encore rue des Francs-Bourgeois dans quelquesunes des cours attenant au collège actuel , des restes de la muraille dont il vient d'être question; mais ces restes de l'enceinte de Paris, construite par Philippe-Auguste, sont beaucoup plus considérables et bien mieux conservés dans les jardins de la rue Saint-Hyacinthe, faisant suite à la place Saint-Michel, notamment au n** 15 de cette rue.

Place Saixt-Michkl. — Elle est située entre les rues des Francs-Bourgeois et d'Enfer sur l'emplacement de l'une des principales portes de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans quelques actes du quatorzième siècle elle est nommée Gilbert ou Gibert. On croit que c'est une altération du mot Gibart. C'est ainsi que l'on nommait le terrain où est aujourd'hui la place Saint-Michel, et cette désignation avait été étendue à un pressoir situé dans la rue d'Enfer. En 1613, Marie de Médicis, lorsqu'elle fit l'acquisition des terrains nécessaires à l'établissement du palais du Luxembourg, y

' Histoire uiHYPrarlIe. Paris. Toiiif HI , pa^jc ^50.

comprit celui de ce pressoir, qui alors portait le nom de ferme ou pressoir de V Hôtel-Dieti,

Au commencement du quatorzième siècle, la porte ou place dont il s'agit s'appela porte d'Enfer. Ce nom lui avait Hg donné, suivant quelques auteurs, à cause de sa communication directe avec le chemin qui conduisait au château de Vauvert, habité, disait-on, par des démons. Jaillot et Sauvai ne sont pas d'accord sur l'origine de cette désignation. Le premier prétend que le nom de porte d'Enfer n'est qu'une altération de celui de porte de fer , qui lui avait été donné , parce que la ferrure qui la garnissait était probablement plus considérable qu'aux autres portes de même destination. Le second * prétend que dans les Gestes des évéques d'Auxerre , elle est appelée : porta quœ anti^ quitus solebat nominari d'Enferto. Jaillot affirme qu'il faut au contraire lire de ferto. Si on s'en rapportait aux Statuts du collège de Narbonne, du 16 aoât 1379, dans lesquels il est dit que ce collège est situé in inco Citharœ inter portamferri et palatia Thermarum, cette opinion semblerait devoir être acceptée. Mais l'opinion de Sauvai pourrait être soutenue avec le même avantage, puisque dans l'acte de fondation du collège d'Harcourt, fait par Robert d'Harcourt le 9 septembre 1311 *, cette porte est nommée porta Inferni.

A la gauche de cette issue, et en sortant de la ville pour gagner la rue d'Enfer, ouverte sur l'ancienne voie antique de Vanves et d'Issy, l'on trouvait le parloir aux Bourgeois. Enfin, dans les dernières années du quatorzième siècle, le 11 janvier 1394, la reine Isabelle de Bavière étant accouchée d'une fille, Charles VI avait fait donner à cette enfant le nom de Michelle par dévotion pour le saint archange

' Tome I , page 36.

* Dubreul , pagt» 637.

qae ses prédécesseurs et lui-même avaient choisi pour patron dii royaume; la même année, il fit exécuter des réparations considérables à la porte d^Enfer, et voulut en même temps qu'elle prît le nom de porte Saint-Michel ' ; elle Ta conservé jusqu'en 1684, époque à laquelle elle fut démolie.

RuK d'Enfer. — Elle part de la place Saint-Michel et aboutit à la grande route d'Orléans. Cette rue s'est élevée sur une partie de l'ancienne voie romaine conduisant par Vanves et Issy, à Orléans. Au treizième siècle, elle était désignée sous le nom de chemin d'Issy et de Vanves ; on l'appelait aussi chemin de Vauvert (nom du château auquel elle servait de communication) ou rue de la porte Gibard. Elle a encore porté d'autres noms qu'il est inutile de rappeler ici. Elle doit sa désignation actuelle, suivant les uns, au voisinage du château de Vauvert, suivant les autres , à sa situation par rapport à la rue du faubourg Saint-Jacques; cette rue, qui lui est parallèle et dont le sol est plus élevé, ayant reçu le nom de via Superior, l'autre se serait appelée via /nferior, via Inféra. Ce mot aurait été altéré et changé en celui d'Enfer *. Cette explication paraît forcée et peu satisfaisante. Il me semble plus naturel de penser qu'après avoir fort souvent changé de nom , elle a pris définitivement celui de la porte de la ville à laquelle elle faisait suite, et qu'elle l'a conservé, même après que cette porte eut reçu le nom de Saint-Michel.

Le fameux couvent des Chartreux, établi à Paris au treizième siècle et supprimé en 1790, avait son entrée rue d'Enfer, au n* 46. Cette porte , l'avenue qui y fait suite et le bâtiment qui le termine sont aujourd'hui les seuls restes de ce couvent ; elle sert d'entrée au Jardin botanique de la

' Ju vénal des lirans, Histoire de Charles VI , pa;|e 108. ' Piganiol , tome VII , page 208.

Faculté de médecine, établi sur lancien enclos des Chartreux '. Aujourd'hui le seul grand établissement digne d*urie attention sérieuse, que Ton trouve dans la rue d'Enfer, est FEcole des Mines, dont le cardinal de Fleury avait conçu le projet. Il fut mis à exécution en vertu d'un arrêté du conseil du 19 mars 1783. Les galeries de cet établissement renferment une des plus curieuses et des plus complètes collections de minéralogie qui existent en Europe. L'Ecole des Mines a reçu , depuis quelques années , les plus heureux accroissements ; aujourd'hui , par la grandeur et l'élégance de ses nouvelles constructions , elle est devenue un des monuments les plus précieux que renferme Paris.

* Voir la description de ce couveiif.

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