‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 7 sur 84 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sancy avait fait bâtir, sur remplacement où est aujourd'hui le palais de la Chambre des Pairs, une grande maison avec des jardins. Un arrêt de la Cour des aides, de 1564, l'adjuge à une demoiselle Jacqueline de Marainvilliers, veuve de Robert de Harlay, et qualifie cette habitation d'Hostelbâti de neuf. Le duc de Piney-Luxembourg en devint ensuite l'acquéreur, et, en 1583, il augmenta les jardins de plusieurs pièces de terre contiguês.

Tel était l'état de cette propriété lorsque Marie de Médicis l'acheta en 1612. Le contrat de vente, qui est du 2 avril de la même année, dit : « Que cet hostel consiste en trois corps » d'hostels, cours devant et aussi cours et jardin derrière.... » tenant d'un costé aux héritiers et bien tenans de feu maître Ti Pellerin , vivant lecteur du roy.... Item, le pavillon de la « ferme appelée la ferme du Bourg, avec ses appartenances yy et dépendances, tenant d'un costé au sieur de Montherbu, » d'autre aux terres naguères acquises par ledict seigneur » vendeur. Aboutissant par devant sur ladite rue de Vaugiw rard et par derrière audict parc... Item le parc dudict » hostel tenant d'une part à messieurs les Chartreux, et à la yy ferme de l'Hostel-Dieu de Paris, etc.... Item, une autre » petite maison seize devant ledict hostel de Luxembourg » avecques le jardin d'ycelle maison joignant d'un costé à n la maison de M. Duhamel , aboutissant des deux autres " costez sur les rues de Vaugirard et de Garancière , et » d'autre sur la rue du Fer à Cheval et aultres. Item trois " arpens quarante deux perches et demye en hache, atte- " nant la muraille dicte du parc hors l'enclos d'ycelluy, " tenant d'ung bout à une nommée Laguignarde , d*autre à » la muraille du parc desdicts Chartreux aboutissant parde* ^ï vant sur ladicte rue de Vaugirard.... Item, sept quartiez '> de terre, et une pièce en ce meyme lieu, etc.... Item, de

)) cinq quartiez de terre et une pièce aussi assize audict

3i LE PALAIS DU LIXEMBOURH.

>) lieu, etc. , etc. ^ La totalité' fut vendue quatre- vingl -dix mille livres tournois.

L'année suivante , la régente l'augmenta considérablement par de nouvelles acquisitions et par des échanges; elle y ajouta la ferme ou pressoir de FHôtel-Dieu ', contenant sept arpents environ ; vingt-cinq autres arpents de terre au Uni dict le Bouletmrd; deux jardins appartenant au nommé Antoine Arnaud, lesquels contenaient deux mille quatre cents toises de superficie, et plusieurs autres terrains du clos Vignerei , propriétés de divers particuliers ou des Chartreux. Ceux-ci furent largement indemnisés par des terres que la régente leur donna en échange au delà du chemin conduisant a Issy. Dans son ouvrage sur les antiquités de Paris, Malingre dit, en parlant des terrains du Palais, que, pour en augmenter la surface, a on a pris partie ^^ du grand cloistre des Chartreux avec la place de leur '^ moulin à vent : ce qu'on a remplacé de trois fois autant )' de terres, qui vont depuis la porte du monastère iusques au >' deuant du monastère des Carmélites du faubourg Sainty^ Jacques, et le long de la rue d'Enfer '. '''C'est à la même époque, et par suite de cet échange, que les Chartreux renfermèrent dans leur enclos l'ancienne voie romaine qui se dirigeait sur le village d'Issy; dès lors, pour arriver à ce village, il fallut faire un détour assez considérable à l'EsL

Enfin, en 1615, Marie de Médicis, après avoir renversé toutes les bâtisses existant sur l'ensemble des terrains dont elle venait de faire l'acquisition , y fit commencer, par Jacques de Brosse, les constructions du bel édifice que nous voyons aujourd'hui*. Il devait, dans l'origine, porterie nom

^ A TEst du palais du côté de la rue d* Enfer. * Antiquités de la Ville de Paris , livre II , page 402.

•^ On ignore le lieu , la date de la naissance et de la mort de cet architecte célèbre. Les principaux édifices qu'il a élevés dans la capitale de la France sont : le

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(le palais de la Reitie Douairière \ Les travaux , poussés avec activité, furent, en grande partie, achevés en 1620, elle palais put être habité dès cette époque. Dans Tétude de la décoration extérieure, de Brosse s'appliqua, par ordre de la régente, à prendre pour type Tarchitecture du palais Pitti à Florence , dans lequel Marie était née '; mais il n'est pas vrai, malgré l'opinion généralement accréditée, que l'un de ces édifices ait été la copie de l'autre. En effet, le plan général des deux palais, l'ensemble des élévations, la décoration et la distribution, offrent fort peu de ressemblance.

tt De Brosse , sur qui était tombé le choix de la reine , ne y^ négligea rien pour la satisfaire. Il fit plusieurs projets. » Celui qu'elle préféra fut envoyé par ses ordres en Italie , v et dans d'autres pays encore , aux architectes le plus » en crédit, pour recueillir leurs observations. Il paraît ^ qu'il obtint les plus honorables suffrages. Bernin, qui vit w le bâtiment terminé lors de son voyage à Paris, conve- » nait qu'il n'y avait nulle part de palais mieux bâti ni plus w régulier*. »>

Les éloges donnés au projet de de Brosse étaient mérités. Le palais du Luxembourg est, sans contredit, un des plus beaux qui existent; son architecture extérieure porte un remarquable caractère de grandeur et de force imposante, elle est en même temps d'une richesse vraiment royale. Dans l'origine, c'est-à-dire, avant les additions nécessitées

Polai^ du Luxembourg, le portail de Saint-Gcrvais, la grande salle des Pas-Perdus tlii Palais de Justice , et l'aqueduc d* Ai'cueil.

< Histoire de la Mère et du Fils , tome IH , pages 237 et 238. Mercure Trauçais , (onie m , pages 296 et suivantes.

* Après la mort de son propriétaire, le palais Pitti était devenu le séjour habituel des grands-ducs de Toscane.

'' Quatremère de Quincyy Biographie des plus célèbres architectes , tome II , page ihk.

successivement parles nouvelles destinations de l'édifice, la niasse du plan général formait un parallélogramme presque exact el symétrique, dont la plus grande dimension était, latéralement, de cent dix-huit mètres, et de quatre-vingt-dix mètres du côté des façades principales.

La décoration architecturale du palais, soit du côté de la rue qui y aboutit , soit dans la grande cour, était extérieurement, sauf quelques légères modifications, telle qu'on la voit encore aujourd'hui, mais au fond de la cour actuelle, entre les deux pavillons saillants, il existait, du côté de la ville, une seconde cour d'honneur comme celle que l'on remarque au palais de Versailles; c'était une terrasse élevée d'environ ua mètre au-dessus du sol extérieur du palais. On y montait par un perron demi-circulaire. Elle était séparée de la cour principale par une balustrade à jour en marbre blanc, avec des piédestaux ornés de statues qui furent, dit-on, vendues avec les meubles de Marie de Médicis, lorsque les mauvais traitements du cardinal de Richelieu obligèrent cette princesse à quitter définitivement la France. Au fond de la cour d'honneur on arrivait à l'escalier principal par les trois portes qui existent encore aujourd'hui, et dont la partie supérieure était décorée par les bustes de Henri IV, de la reine Marie de Médicis et du roi Louis XIII leur fils.

Les façades latérales, à l'Est et à l'Ouest, se composaient chacune d'un pavillon d'angle sur la rue, d'une galerie, et d'un corps de bâtiment principal divisé en deux pavillons par un petit arrière-corps. Les constructions ajoutées au palais de 1836 à 1840, et dont je parlerai plus loin, ont de ce côté augmenté les façades latérales d'un second arrière-corps et d'un troisième pavillon, mais l'ancienne décoration architecturale a été respectée.

La façade, au Sud, du côté des jardins, avait, comme

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