‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 8 sur 84 · CHAPITRE PREMIKR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIKR

aujourd'hui , deux corps de bâtiments saillants à ses extrémités, et un arrière-corps, au centre duquel se trouvait un petit pavillon surmonté d'un dôme, mais le portique ouvert dans l'arrière-corps ne s'élevait que d'un rez-de-chaussée terminé par une terrasse. Il est aujourd'hui surmonté d'un étage. Tous les rampants des frontons des façades étaient décorés de statues couchées qui n'existent plus. Ces statues présentaient entre elles un mélange assez bizarre : celles qui étaient couchées sur le fronton circulaire, au-dessous du dôme couvrant la chapelle, représentaient des sujets religieux empruntés au culte catholique , tandis que celles des frontons triangulaires des grands pavillons en avant-corps, appartenaient à la mythologie, et les métopes de l'ordre dorique, aux attributs du paganisme que l'on voit encore aujourd'hui.

Blondel, dans son ouvrage sur l'architecture française, remarque avec raison que cette confusion n'est pas excusable. Au reste, ce mélange du sacré et du profane n'est pas sans exemple, surtout au commencement de la renaissance ; on voit encore dans le chœur de la cathédrale de Limoges de charmants bas-reliefs représentant les travaux d'Hereule, ils datent du règne de Louis XII ou de François V\

A l'intérieur, le rez-de-chaussée était composé de grandes galeries ouvertes et de salles entièrement voûtées, réservées pour les différents services généraux du palais.

Le premier étage renfermait les appartements de réception et d'habitation de Marie de Médicis. Cette princesse , née et élevée dans une des plus belles parties de l'Italie, avait tous les goûts de son pays ; douée d'une imagination vive et ardente, elle aimait et protégeait les arts; aussi voulut-elle que la décoration intérieure du palais fût digne de l'édifice. Elle forma une galerie de peinture à la suite de ses appartements , qui occupaient , à l'Ouest du palais , les

pavillons principaux '. Les peintures de cette galerie , composée de vingt-quatre tableaux représentant Thistoire allégorique de Marie de Médicis, furent exécutés par Rubens, quelle avait appelé à Paris à la fin de 1620. La galerie * était éclairée par des fenêtres ayant vue d'un côté sur la cour, et de l'autre sur les jardins; les tableaux occupaient les trumeaux existant entre chaque fenêtre et les extrémités de la galerie; l'une d'elle était décorée par une cheminée monumentale et par deux portes , au-dessus desquelles se trouvaient les portraits de la reine Marie de Médicis debout, sons la figure de Pallas , du grand-duc François de Médicis et de la grande-duchesse Jeanne d'Autriche '. La voûte était richement ornée de caissons et de peintures représentant les douze signes du zodiaque, par Jacques Jordaens, élève et ami de Rubens. A la fin du dernier siècle, la construction de la seconde galerie située à l'Ouest, où est actuellement le Musée, était encore inachevée. La Reine avait, dit-on, le dessein d'y établir une seconde collection de tableaux représentant l'histoire allégorique de son fils Louis XIII, mais les discordes politiques et l'exil de cette princesse la forcèrent de renoncer à ce projet

La description suivante, extraite d'un ouvrage écrit en 1640 *y c'est-à-dire vingt années seulement après la construction du palais , donne sur la disposition et la décoration primitive des détails d'autant plus intéressants qu'ils font connaître d'une manière précise l'emplacement autrefois

1 Les appartements de la Reine occupaient la partie du palais où sont aujourd'hui la salle des Gardes , le salon d*Hercule , celui du Silence , etc. L'ancienne salle des Gardes occupait remplacement où est aujourd'hui la salle des Conférences.

* Elle existait sur l'emplacement où ont été construits le grand escalier d'honneur et quelques petites pièces réservées au musée.

' Tous ces tableaux sont aujourd'hui au musée royal du Louvre.

^ Malingre. Antiquités de Paris, 1640. Livre U, pa((e 401.

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habita* par elle, u II consiste (le Palais) en quatre grands » pavillons aux quatre coings, en trois grands corps d'hostel. » Celui de main droite , où est le département de la Royne , » est composé d*une belle grande gallerie haute, ayant deux ^ cheminées aux deux bouts , fort belles pour l'invention , yy façons et dorures. Les fenestres regardent sur le petit >>. Luxembourg d'un costé, et de l'autre sur la grande cour. V Aux deux costez de cette belle gallerie, sont quantité de )) tableaux de l'invention du fameux peintre Rubens d'An- ^> \/ers, dans lesquels est représentée toute la vie de la )' Royne depuis sa naissance.

yy Avant d'entrer à cette gallerie , est la chapelle de la yy Royne , avec ses lambris dorez et l'autel de mesme , de )) très belles menuiseries en feuillage dorez , et au fond un >' fort riche tableau.

yy De- ce même costé et département est la chambre de " la Royne , belle , grande et carrée , enrichie d'une che- )> minée admirable pour son ouvrage et dorure, garnie de '' deux gros chenets d'argent. En cette chambre se void la '' place du lict enfermé de balustres dont les pilliers sont « d'argent.

y> De cette chambre on entre au cabinet, le plus riche y^ qu'il se puisse voir. Le plancher est fait de marquetterie ^y de bois, la cheminée d'un ouvrage très-rare et tout doré, >' le lambris fait de pièces de menuiserie de rapport doré , yy les vitres de fin cristal, et au lieu de plomb pour les lier, ^y la liaison est toute d'argent Ce département est dans le ^y pavillon d'en haut (au premier) à main droicte, entrant au )' dict hostel. Au-dessous de cette allée sont les salles au ') nombre de trois,' la grande sous ce pavillon, les deux yy autres sous la belle galerie et le pavillon de droicte qui ^y regarde le fauxbourg.

)) Le département de main gauche qui regarde le faux-

)) bourg d'un costé et de l'autre le jardin , est composé de )' deux grands pavillons, entre lesquels est une belle et « longue gallerie de raesme façon et ouvrage que celle du » costé droict en laquelle en divers tableaux se doit voir la » vie du Roy Louis XIII, ses victoires et triomphes, mais n ce costé-là n'est pas encores parachevé,

)) La face d'enhaut (au premier) dudict hostel qui regarde " le iardin et la grande cour est composée de quatre grandes n salles, deux en haut et deux en bas. Au milieu est un maw gnifique escalier en forme ronde et en coquille, couvert ^ de tous costez, et on peut voir la cime d'iceluy qui abyy boutit à une forme de dôme à l'italienne, ainsi que celuy » des Thuileries. Au dehors, aux coings de ce dôme, sont n de fort belles colomnes de marbre et de bronze, et de « très-excellentes statues.

V L'entrée dudict hostel qui regarde la rue de Tournon est » composée d'une haute allée (la terrasse au premier) qui » va depuis le pavillon iusques au donjon du portail du » costé droict, et une autre pareille au costé gauche, laquelle » allée est toute embellie de ballustres des deux costez. Au » dedans, sous ces allées, sont d'autres allées en arcades. » Ce donjon fait en rond et enrichy de belles colomnes et » statues de marbre , et la ceinture toute dorée , comme D toutes les autres ceintures des trois autres corps d'hostel , î> et le haut d'iceux tout dorez, w

On voit, d'après l'extrait qui précède, quelle devait être la magnificence d'un palais où le luxe de la décoration et des objets d'art de tout genre avaient été richement prodigués; ainsi la beauté des appartements , dont il ne reste malheureusement rien aujourd'hui, n'était point au-dessous de l'architecture intérieure qu'un heureux hasard a laissée à peu près intacte jusqu'à nos jours.

Les jardins, dessinés également par Jacques de Brosse,

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