‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 16 sur 96 · LES THERMES DE ZEUXIPPE · texte numérisé non relu

LES THERMES DE ZEUXIPPE

Les Thermes de Zeuxippe, xo BaXaveîov 6 ZetiÇimtoç, to ZetiÇiintov Aouxpov (n° 15),

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. n, § 3 et 4, p. 37. 5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxv, p. 185. 1 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 583.

1 P. Gïllii De topogr. Consl., lib. I, cap. vu, ap. Banduri, Imp. Orient., p. 355 et 357.

étaient situés en dehors du palais impérial mais ils touchaient aux Nouméra 2, qui étaient, du côté occidental, le dernier des bâtiments du palais élevés sur le Forum. Originairement construits par Sévère 3, Constantin les embellit et en fit un véritable musée, où l'on voyait de magnifiques chefs-d'œuvre de la statuaire antique 4. Ces thermes furent brûlés pendant la sédition des Yictoriats, avec les Nouméra et le vestibule de la Chalcé. Justinien les fit reconstruire avec magnificence 5. On a vu plus haut qu'en sortant du Forum pour aller à l'Hippodrome, il fallait passer devant ces thermes ; ils étaient donc situés très-près du Cirque , mais ils n'y touchaient pas : une belle maison s'élevait entre les Bains de Zeuxippe et l'Hippodrome (n° 1C) , ainsi que le constate une inscription en vers du poète Léonce, rapportée dans l'Anthologie grecque 6. La situation que nous avons donnée aux Bains de Zeuxippe est donc parfaitement justifiée. Quant aux dispositions intérieures indiquées sur le plan , elles sont de pure fantaisie. Supposant qu'à l'époque de Justinien on suivait encore dans la construction des bains les usages de l'antiquité, nous avons emprunté ces dispositions à une restitution de M. Mazois7. A l'époque où Pierre Gylli visita Constantinople , il ne restait aucun vestige des Bains de Zeuxippe 8.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut 9 de l'emplacement et de la dimension de l'Hippodrome, ô ïwrcd§po|ji.oç , Ïtiuixov (n° 17). Il nous reste à parler de quelques particularités relatives à sa construction, de ses dispositions intérieures et de sa corrélation avec le palais impérial. L'obélisque de granit et l'obélisque de pierre qui nous ont donné la direction du grand axe de l'Hippodrome, sont, avec la colonne des Serpents dont nous parlerons plus loin, les seuls vestiges subsistants de l'Hippodrome; mais on sait que ce cirque, qui avait été commencé par Sévère, fut terminé par Constantin à l'imitation de celui de Rome I0. La restitution que le

1 Procop.,Z)é! œdif., lib. I, cap. x; Paris., p. 23; Bon., p. 202.

1 Niceph. Callist., ap. Du Cange, Consl. Christ., lib. I, § 27, n° 2, p. 90. — Anonym., Ant. Const., ap. Banduri, lib. V, p. 103.

♦ Georg. Cedreni Comp. hïst.; Paris., p. 252; Bon., t. I, p. 442.

* Chronic. Pascliale, Paris., p. 664; Bon., t. I, p. 527. — Cedreni Hist. comp., Bon., t. I, p. 648. — Anonym., Ant. Const., lib. V, p. 103 et 105. — Du Cange, Const. Christ., lib. I, § 27, n°2, p. 89.

* Procop., De œdif., lib. I, cap. x; Paris., p. 23; Bon., p. 202.

6 Ex libro quarto ap. Banduri, Imp. Orientale, Ant. Const., lib. VII, p. 146.

7 Le palais de Scaurus, p. 251; Paris, 1822.

• P. Gyllii De topojr. Const., lib. II, ap. Banduri, p. 373.

• Voyez chap. I, § n, p. 13 et suiv.

10 CoDiN.,X>e originibus, Paris., p. 7; Bon., p. 14.

savant antiquaire Onuplire Panvinio a faite du Circus-Maximus de la vieille capitale du monde romain, d'après les ruines qui subsistent, les médailles antiques et les textes des auteurs , nous a donc fourni la forme générale de l'Hippodrome de Constantinople. Cependant les dispositions de détail ne purent être absolument les mêmes dans les deux cirques. La péninsule sur laquelle devait s'élever Constantinople , couverte de collines et de vallées étroites, n'offrait pas un espace convenable à l'établissement d'un grand cirque. L'emplacement qui avait été choisi par Sévère pour l'Hippodrome ne présentait de surface plane que jusqu'à l'endroit où fut élevé plus tard l'obélisque de pierre ; au delà , le sol était escarpé. Sévère construisit donc des piliers et des voûtes pour asseoir le terrain sur lequel s'étendit le champ de course et les gradins. On fit arriver de l'eau sous ces voûtes, qui formèrent une vaste citerne à laquelle on donna le nom de Citerne froide 1 .

De même que le grand Cirque de Rome, l'Hippodrome était de forme oblongue. L'extrémité méridionale, qui se terminait en hémicycle, portait le nom de Sphendoné, 2cpev§oVfj ; l'extrémité septentrionale était rectiligne. Des gradins garnissaient les deux grands côtés latéraux et la Sphendoné. Les auteurs nous apprennent qu'ils furent brûlés une première fois en 406 sous Arcadius, et une seconde fois en 498 sous Anastase 2. Depuis, on les reconstruisit en marbre3. Une galerie, -ncpiuaTo? , enrichie de colonnes, régnait au haut des gradins et servait de promenade aux spectateurs des jeux4. Les gradins de la faction des bleus, à laquelle appartenaient ordinairement les empereurs, étaient à la droite du trône 5. Ceux de la faction verte étaient à gauche. Au centre de la face septentrionale du . Cirque, se trouvait la tribune du haut de laquelle l'empereur assistait aux jeux, et, de chaque côté de cette tribune, des arcades qui formaient l'entrée des loges où les chevaux et les chars étaient réunis avant la course. Ces loges, qui avaient à Rome le nom de Carceres, portaient à Constantinople celui de Manganon , to Mdcyyavov 6. Nous avons figuré sur notre plan deux cours (K) , sorte de compluvium, dans lesquelles on entrait par ces arcades. Elles étaient dominées par les terrasses (n° 57) du palais du Cathisma. On trouvait autour de ces cours, au-dessous des terrasses, toutes les dépendances du Manganon.

La tribune des jeux ( nos 18 et 19), qui recevait le nom de Cathisma, io KàGirjpia , était placée en avant d'un palais qui , prenant son nom de cette tribune ,

1 Codin. , De originibus, Paris., p. 7; Bon., p. 14. — Bondelmonti, Descript. urb. Constant. 1 Citron. Paschale, Paris., p. 715 et 761.

* Bondelmonti, Descript. urb. Constant.

4 Anonym., Ant. Const., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. III, p. 42. — P. Gyllii Topogr. Constant., lib. II, cap. xiii, p. 377.

• Procop., De bello Persico, lib. I, cap. xxv ; Paris., p. 73; Bon., t. I, p. 128.

6 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xx, p. G13. Du Cange (G/oss. Grœc.) n'a pas donné cette acception au mot MayYav°v- Nous la trouvons dans le livre des Cérémonies de la cour.

s'appelait le palais du Cathisma (nos 5G et 57). Il était renfermé dans l'enceinte de la demeure impériale. Ce palais, de même que la tribune des jeux et l'église Saint-Étienne (n° 54), dont nous parlerons plus loin, devaient dominer l'Hippodrome.

Un dessin reproduisant une vue à vol d'oiseau de l'Hippodrome, publié par Panvinio et, plus tard, d'après lui, par Banduri 2, en fournit la preuve, et justifie les principales dispositions que nous avons données à notre Hippodrome. Panvinio dit qu'il a emprunté ce dessin à une topographie de Constantinoplc écrite peu de temps avant que les Turcs se fussent emparés de cette ville, et le titre placé au bas de la gravure l'indique comme reproduisant les ruines du Cirque, telles qu'elles existaient cent ans avant cette époque. Mais le savant archéologue n'indique pas le manuscrit auquel il a emprunté ce dessin. L'Hippodrome y est représenté comme étant déjà à peu près détruit. On voit encore cependant au midi , du côté de la Propontide, l'extrémité en hémicycle qui est portée par ces arcades édifiées pour créer une arène plane sur un terrain qui , d'après Pierre Gylli , présentait « des pentes non-seulement ardues et en précipice , mais même perpendiculaires et » élevées de cinquante pieds plus ou moins. » A l' opposite de l'hémicycle , la face septentrionale est occupée par un mur rectiligne percé d'arcades qui donnaient entrée aux loges où se tenaient les chevaux et les chars avant la course. Le champ de course est rempli de monticules provenant de la démolition des gradins; des maisons sont même déjà bâties dans son enceinte; quoique la plate-forme qui en occupait le centre ait disparu sous les décombres, on voit les obélisques, ainsi que plusieurs colonnes, disposés sur une même ligne.

Revenons au Cathisma. Cette tribune était très-élevée au-dessus de l'arène. Nous en trouvons la preuve dans un fait historique. L'impératrice Zoé, arrière-petite-fille de Constantin Porphyrogénète, avait donné la pourpre à Michel IV, un ancien banquier qu'elle avait épousé ; à la mort de Michel, elle avait été reléguée dans l'île du Prince, rasée et revêtue de l'habit monastique, par ordre du neveu de Michel, qu'elle avait eu la faiblesse de laisser proclamer empereur sous le nom de Michel V (1042) . Le peuple de Constantinople ne put voir sans indignation l'ingratitude du nouvel empereur envers Zoé ; il se mit en révolte ouverte et se porta dans l'Hippodrome pour attaquer le palais. Afin de conjurer sa colère , Michel fit ramener Zoé de l'île du Prince et la revêtit de la robe impériale. Puis étant monté dans le Cathisma , il s'efforça de parler à la multitude, en lui annonçant que Zoé était rétablie dans ses droits. Mais il ne put faire entendre raison aux insurgés , et fut obligé de fuir , chassé par une grêle de pierres et de flèches qu'on lui lançait d'en bas, dit Cédrénus, à qui nous empruntons ce récit 3. On voit par là que le Cathisma devait être assez élevé au-dessus du sol de

1 De ludis cîrcens., p. 56; Venet., 1600.

5 Imp. Orient., t. Il, p. GGi; Parisiis, 1711.

3 Hist. comp.; Paris.; p. 751 ; Bon., t. II, p. 538.

LE GATHISMA ET LE STAMA. 47

l'Hippodrome. Bondelmonti constate aussi que le lieu où se tenait l'empereur avec sa cour était porté par de hautes colonnes 1 .

La tribune des jeux se composait de deux parties distinctes , le Catliisma proprement dit (n° 18) et le Stama, ib (n° 19).

Au centre du Catliisma existait une plate-forme à laquelle on montait par quelques degrés en sortant du palais du Catliisma. A droite et à gauche se trouvaient deux loges garnies de degrés. Le trône de l'empereur était établi sur la plate-forme , les grands dignitaires qui l'accompagnaient se tenaient dans les deux loges. Cette partie de la tribune ne dépassait pas le mur de terrasse qui fermait l'Hippodrome au nord.

Le Stama, qui prenait aussi le nom de Pi, de sa ressemblance avec cette lettre (n), faisait saillie sur le champ de l'Hippodrome ; il était placé au-dessous du Catliisma, et l'on y descendait des deux loges situées à droite et à gauche de la plate-forme. C'est dans le Stama que se plaçaient les soldats de la garde de l'empereur et ceux qui portaient les étendards.

Divers passages des auteurs nous ont fait connaître les dispositions de la tribune des jeux. Ainsi le livre de Constantin Porphyrogénète, en rendant compte des cérémonies à observer lorsque des courses avaient lieu dans l'Hippodrome, nous apprend que l'empereur, après avoir reçu les hommages des hauts dignitaires dans le palais du Catliisma, sortait de ce palais accompagné par eux, et montait dans le Catliisma; là, se tenant debout devant le trône , il bénissait le peuple par trois fois , d'abord au milieu , puis du côté de la faction des bleus , enfin du côté de celle des verts ; il s'asseyait ensuite sur le trône. Alors le Préposé, ô IIpaiTrociTcx;, qui était le chef de tous les officiers du palais, se tenant au haut des degrés du Catliisma, appelait les patrices. Chacun d'eux entrant à son tour dans le Catliisma, se prosternait devant l'empereur, puis se retirait au bas des degrés. Lorsque tous avaient ainsi rendu hommage à l'empereur, le Préposé les invitait à gagner leurs sièges 2.

Quant à l'identité du Stama et du Pi, et à la position de cette partie de la tribune des jeux, nous en trouvons encore l'indication dans le livre des Cérémonies. On y voit, en effet, que lorsqu'il s'agissait d'indiquer une course, le Tesséraire, sur l'ordre du Préposé, se rendait dans le Stama, c'est-à-dire, ajoute l'auteur, dans le Pi, etç to 2-rafjt.a rjyouv eiç to II 3. On lit aussi dans la relation que donne ce livre de l'inauguration d'Anastase (491), que le nouvel empereur, ayant revêtu le costume impérial dans le triclinium où les sénateurs font leur cour à l'empereur lorsqu'il y a des courses (le palais du Catliisma), entra dans le Catliisma, et que les chefs des troupes se tinrent au-dessous dans le Stama4.

' Descripl. urbis Const.

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxviii, § 3 et 4, p. 305. * De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxix, p. 310. A De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xcxn, p. 423.

Un monument encore subsistant, quoique fort dégradé, vient justifier les dispositions que les auteurs nous avaient indiquées pour la tribune des jeux. Chacune des faces du piédestal qui porte l'obélisque de granit, érigé par Théodose au milieu du Cirque, est enrichie d'un bas-relief qui représente cet empereur assistant aux jeux du Cirque dans le Cathisma '. On voit par ces bas-reliefs que la tribune des jeux est divisée en deux étages. Au centre de l'étage supérieur se trouve la plate-forme sur laquelle est placé l'empereur sur son trône; à droite et à gauche du trône, une loge où sont des dignitaires revêtus de la toge. Dans l'étage inférieur, le Stama, se tiennent divers personnages. Cet étage inférieur est encore assez élevé au-dessus du sol du Cirque, qui est reproduit avec ses principaux monuments sur le stylobate du piédestal 2. Dans le bas-relief qui décore la face méridionale du piédestal existe un escalier qui indique, autant qu'une sculpture en bas-relief pouvait le faire, qu'on descendait du Cathisma dans le Stama, et que cette partie inférieure de la tribune des jeux faisait saillie en avant. Les loges n'auraient pu contenir tous les sénateurs qui accompagnaient l'empereur lorsqu'il présidait aux jeux du Cirque. En effet, Marcellinus nous apprend dans sa Chronique que Justinien reconstruisit la tribune des jeux, et qu'il fit, de chaque côté, des galeries où les sénateurs prenaient place suivant l'usage3. Ces galeries (n° 18, c) étaient donc établies sur la terrasse que nous avons figurée au-devant du palais du Cathisma (n° 57).

Nous avons dit qu'à droite et à gauche du Cathisma on trouvait des arcades qui formaient les entrées du Manganon, lieu où les chevaux et les chars étaient renfermés avant la course. Lorsqu'il y avait des courses, le Manganarios, officier qui, d'après son nom, devait être chargé de la police du Manganon, établissait au-devant des arcades des barrières qui s'ouvraient au moment où le signal du départ était donné4.

Le centre du champ de course était occupé, comme dans le Circus-Maximus de Rome, par une plate-forme de peu d'élévation et de peu de largeur 5, mais qui tenait en longueur une assez grande étendue (n° 17, A à E). Les deux extrémités en étaient arrondies. A Rome, on donnait à cette plate-forme le nom de Spina, l'épine. On l'appelait ainsi parce que, comme l'épine du dos partage le corps de l'homme, de même elle partageait en deux le champ de course. Les deux extrémités de la plate-forme, sur lesquelles étaient placées les bornes, s'appelaient camptos, jtajjiirrcSç. L'extrémité septentrionale, qui était en face du trône de l'empereur (n° 17, D), portait le nom de camptos des bleus; l'extrémité opposée,

4 D'Agincourt (Hist. de l'art par les monuments) a donné, t. IV, sculpture, pl. 10, la gravure Je ces basreliefs d'après les dessins d'un habile artiste, M. Fauvel; ils lui avaient été envoyés par M. le comte de Choiseul, ambassadeur de France à Constantinople. Ces bas-reliefs ont subi de nouvelles dégradations depuis l'exécution de ces dessins.

1 Spon et Wheler, Voyage d'Italie, de Grèce et du Levant, ont fourni la gravure de ce stylobate. T. I, p. 232; Lyon, 1678.

3 Marcellini comm. III. Chronicon, p. 02. Lut. Paris., 1619.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxix, p. 310.

5 « Humilis murus, » dit Bondelmonti.

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