LA SPINA; LES OBÉLISQUES
vis-à-vis de la Sphendoné (n° 17, E), celui de camptos des verts '. Par métonymie, nous donnerons donc le nom de borne à l'ensemble de chacune de ces extrémités de la Spina. Ce mot xafjLiiToç était sans doute une dégradation de xat/.-TY)p, qui, dans la haute gréeité, signifiait courbure, inflexion, et, par extension, borne du Cirque. Les Byzantins employèrent le pluriel xafjwrryjpeç pour exprimer l'ensemble de la plate-forme; ce mot équivalait dès lors à celui de Spina. On trouve ce vocable pluriel avec cette acception chez l'auteur anonyme qui a écrit au onzième siècle sur les antiquités de Constantinople ; la phrase où il l'emploie ne peut laisser aucun doute à cet égard. Après avoir donné l'énumération des statues et objets d'art qu'on voyait de son temps dans l'Hippodrome, il ajoute : « Les colonnes de marbre et de pierre des camptères , les obélisques de bronze , les sculp-
» tures du monolithe (l'obélisque de granit égyptien) des camptères et les statues
» portent des inscriptions qui indiquent d'où tous ces objets ont été apportés2. » Nous continuerons cependant à donner à la plate-forme centrale de l'Hippodrome le nom de Spina, qui est consacré.
Au centre du Cirque3 s'élevait, sur la Spina, l'obélisque de granit égyptien (n° 17, A), qui subsiste encore. Il y avait été placé par ordre de Théodose le Grand, sous le consulat de Valentinien et de Néotérius4, en l'année 390. Cet obélisque est assis sur quatre dés de bronze, qui reposent sur un piédestal dont la base reçoit de Gylli le nom de stylobate. Cette base est supportée par deux degrés. Le degré supérieur, immédiatement au-dessous du stylobate, aurait, suivant Gylli, deux pieds de hauteur, et dépasse le stylobate de quatre pieds quatre doigts (environ 1 mètre 25 centimètres) °; le degré inférieur aurait un pied de hauteur, et dépasserait d'un pied le degré supérieur. Aujourd'hui ces deux degrés sont enfouis sous les décombres. Le stylobate même est en partie caché par l'élévation du sol. Chacune des quatre faces du dé du pié; lestai est décorée d'un bas-relief qui en occupe les deux tiers environ en hauteur. Dans trois de ces bas-reliefs, l'empereur est représenté assis sur son trône dans le Cathisina; dans le quatrième, il est debout et tient à la main une couronne qu'il va décerner au vainqueur de la course. La partie inférieure du dé offre aux angles des parties lisses, et au centre des cannelures.
Au-dessous de ces cannelures sont sculptés, sur le stylobate, des bas-reliefs qui reproduisent les travaux exécutés pour l'érection de l'obélisque, et encore les jeux de l'Hippodrome6. Sur la face orientale du stylobate il existe une inscription latine, et sur
1 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xx, p. 613 et 014.
5 Ant. Const., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. III, p. 42; — Codin., De signis; Paris., p. 30; Bon., p. 54. ' Pet. Gyllii De toporjr. Const., lib. II, cap. n, ap. Banduri, Imp. Orient., p. 374.
* Marcellini com. Illyr. Chronicon.; Lut. Paris., 1019, p. 7.
6 Le terme de doigt fait supposer que Gylli se servait du pied romain, divisé en seize doigts, et qui, d'après M. Bouillet, Dict. des sciences, serait de 0m2958.
' Ils sont reproduits par D'Agincourt, Hisf. de Part, t. IV, Sculpture, pl. 10.
la face occidentale une inscription grecque'. Ces inscriptions constatent que cet obélisque fut érigé par les ordres de Théodose, sous l'administration de Proclus. Le fût de l'obélisque est couvert d'hiéroglyphes.
L'obélisque de pierre (n° 17, B), élevé à plus de cinquante mètres au sud de l'obélisque égyptien et sur la même ligne, est fort dégradé. Il était revêtu de bronze. Codin lui donne le nom de Colonne quadrilatère de bronze , toû yjxK/.ou xiovoç toû TSTpauAsupou 2. Le bronze avait été déjà enlevé avant la prise de Constantinople par les Turcs, et lorsque Bondelmonti visita cette ville au commencement du quinzième siècle, la colonne quadrilatère de bronze ne présentait plus que les pierres sur lesquelles le bronze avait été originairement fixé 3. Cet obélisque est construit sur un piédestal qui est aujourd'hui presque complètement enterré par l'exhaussement du sol. D'après Gylli, ce piédestal a sept pieds et trois doigts de hauteur, plus de deux mètres, et est supporté par trois degrés, dont le premier a deux pieds de hauteur, et les deux autres un pied et deux doigts; une inscription de six vers grecs, gravée sur le piédestal, constate que Constantin Porphyrogénète (f 959) avait rétabli dans son premier état de splendeur l'obélisque, détruit par les injures du temps. Les deux derniers vers comparent L'admiration que provoquait ce monument à celle qu'excitait le colosse de Rhodes4. De là, Pierre Gylli, et d'après lui Du Cange, ont donné à l'obélisque de pierre le nom de Colosse, qu'il n'a jamais porté dans l'antiquité.
Il existe encore entre les deux obélisques les restes d'une colonne de bronze , formée de trois serpents entrelacés (n° 17, C). Les têtes à gueules béantes formaient un triangle au-dessus du corps de la colonne. Ce triangle portait le trépied enlevé au temple de Delphes5. Thevet, qui visita Constantinople en 1550, attribue à cette colonne une hauteur d'environ six brasses; il en a donné un médiocre dessin6. Aujourd'hui les serpents sont privés de leurs têtes, et la colonne, enfouie sous les décombres, ne s'élève plus que de trois mètres environ au-dessus du sol.
Outre ces trois monuments mutilés qui sont encore debout, la Spina de l'Hippodrome était décorée d'un grand nombre de colonnes de marbre et de bronze 7 disposées dans l'axe des deux obélisques. A l'un des bouts de la Spina, du côté du nord, on voyait encore, à l'époque où Bondelmonti vint à Constantinople, un bassin d'eau auprès duquel on transportait ceux qui étaient blessés dans les jeux , et à l'autre extrémité , quatre petites
1 Elles sont reproduites par P. Gylli, ap. Banduri , Imp. Orient., p. 375; et par Du Cange, Const. Christ., p. 105.
2 Codin., De originibus; Paris., p. 7; Bon., p. 14.
3 Bondelmonti, Descript. Const.
4 P. Gyllii De topogr. Const., lib. II, cap. ni, ap. Banduri, Imp. Orient., p. 376.
5 Bondelmonti, Descript. Const. — P. Gyllii De topogr. Const., lib. II, p. 377. — Spon, Voyage d'Italie et du Levant, t. I, p. 234; Lyon, 1678. — M. Brunet de Presle, Notice sur les tombeaux des empereurs de Constantinople, 1856.
6 Cosmographie du Levant; Lyon, 1556, p. 64.
' Anonvm., Ant. Const., lib. III, ap. Banduri, p. 42.