‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 3 sur 96 · POINTS DE REPÈRE. II · texte numérisé non relu

POINTS DE REPÈRE. II

plus près de Sainte-Sophie est indiqué comme étant l'obélisque de pierre, et l'obélisque de pierre est désigné comme étant celui de granit. Le centre de l'ancien Hippodrome est donc déplacé par cette fausse énonciation. Nous avons recherché le plan original de Kauffer, et nous l'avons trouvé au dépôt des cartes de la marine 1 . Nous avons fait faire de ce plan un calque d'une exactitude rigoureuse , en y laissant les anciennes dénominations inscrites par Kauffer. Notre planche première reproduit donc exactement la partie de la carte dressée par cet ingénieur qu'il était utile de faire connaître ; nous y avons seulement ajouté quelques numéros de renvoi à une légende qui donne les noms de différentes localités omises par Kauffer ou par lui indiquées autrement qu'on ne le fait habituellement. Les lieux ont changé depuis 1786, par suite des incendies et des reconstructions; mais ce qui n'a pas changé, ce sont les points de repère antiques dont nous allons nous servir pour établir notre restitution. M. de Hammer, dans son grand ouvrage sur Gonstantinople, a fait usage du plan de Kauffer et l'a publié de nouveau comme étant le meilleur qu'on pût obtenir2. Nous ne pouvions établir notre restitution sur une aussi petite échelle que celle de 5 lignes pour 100 toises adoptée par Kauffer; nous avons donc fait agrandir son plan avec un soin minutieux à l'échelle de 36 millimètres pour 100 mètres. La configuration du terrain et la position relative de tous les points de repère antiques qui devaient nous guider ont été conservées dans cette reproduction telles qu'elles ont été fixées géométriquement par Kauffer. Notre planche deuxième donne donc l'ensemble de la restitution à cette échelle de 36 millimètres pour 100 mètres. Nous présentons dans la troisième planche le plan du grand palais impérial, à l'échelle d'un millimètre pour un mètre.

Les Turcs ont détruit presque tous les monuments qui décoraient encore Constantinople lorsqu'ils s'en emparèrent en 1453 ; mais les fréquents désordres dont cette ville avait été le théâtre sous les empereurs grecs, le pillage que les croisés y exercèrent en 1204, et surtout les incendies et les tremblements de terre, avaient concouru, antérieurement à la domination des Turcs , à la ruine des édifices qui n'avaient pas la même solidité que ceux de l'antiquité grecque et romaine. Aussi les jalons dont nous allons nous servir pour établir la restitution du palais impérial et de ses abords sont-ils peu nombreux, mais ils ont une grande importance. Ces points de repère sont le corps de la grande église de Sainte-Sophie convertie en mosquée, les deux obélisques de l'ancien Hippodrome, l'ancienne église Saint- Serge-Saint-Bacchus et l'église Sainte-Irène. L'atrium qui précédait le premier vestibule occidental de Sainte-Sophie a été détruit ou modifié, de même que les bâtiments qui s'élevaient au midi sur le flanc de l'église; mais le corps de l'édifice (n° 1 B à H) existe encore aujourd'hui tel qu'il a été bâti par Justinien. L'obélisque de granit égyptien, placé au milieu de l'ancien Hippodrome (n° 17 A), et l'obélisque de pierre (n° 17 B), qui sub-

1 Portefeuille 98 bis, 8e division, pièce 9°.

2 Conslanù) io polis und der Bosporos, oerdicli und gescldchdich besclirieben von Jos. von Hammer. Pesth, 1822.

sistent encore, s'élevaient sur la Spina, sorte de plate-forme de peu de largeur, qui occupait en longueur le centre de l'Hippodrome, et autour de laquelle tournaient les chars et les cavaliers dans les jeux du Cirque. Ces deux obélisques, placés sur la même ligne, nous donnent donc d'une manière certaine et le centre de l'Hippodrome et la direction de son grand axe. L'ancienne église Saint-Serge-Saint-Bacclms, bâtie par Justinien, a été convertie en mosquée et porte aujourd'hui le nom de Kutschuk aja Sofia ; mais le corps de l'édifice n'a subi aucun changement depuis le sixième siècle. L'église Sainte-Irène, bâtie par Constantin, ayant été brûlée, fut reconstruite par Justinien. Renversée par un tremblement de terre sous Léon l'Isaurien (f 741), elle fut rebâtie 1 et subsiste encore aujourd'hui au nord de Sainte-Sophie dans la première cour du sérail.

Avant d'en arriver à la description du palais impérial et de ses abords, nous devons expliquer et justifier les dispositions générales de notre plan.

La position que nous avons assignée sur notre plan aux édifices , aux emplacements qui les séparent et aux différentes pièces du palais impérial , résulte de l'ensemble des documents que nous avons recueillis et du rapprochement de ces documents qui s'éclairent par la comparaison. Ce n'est donc que par une étude complète de notre travail que l'on pourra acquérir une pleine conviction de la justesse de nos dispositions. Cependant nous devons faire connaître dès à présent les motifs qui nous ont conduit à déterminer la situation relative, la direction et l'étendue du Forum, de l'Hippodrome et des parties intermédiaires du grand palais.

Comme on le voit en consultant notre seconde planche, une place existe au sud de la grande église Sainte-Sophie (n° 1), entre cette église et le palais. C'est le forum Augustéon (n° 2) , qui servait tout à la fois d'atrium aux bâtiments fort importants adossés au mur méridional de l'église et au palais impérial qui s'élevait en face. Dans cette partie du palais touchant au Forum, on trouve le vestibule de la Chalcé (n° 20) qui en était la principale entrée de ce côté, et à la suite, les tricliniums des scholaires, des excubiteurs et des candidats (nos 23 , 27 et 28) , corps de la garde prétorienne ; au delà , le grand triclinium des Dix-neuf-lits (n° 38), puis le péripatos du palais (n° 52) qui passait en arrière de l'abside de la Chalcé, et conduisait du palais de Daphné à l'église Saint-Étienne (n° 54). Nous avons tracé, en face du champ de course (n° 17), le palais de l'Hippodrome (n° 56), qu'on appelait aussi le palais du Cathisma, du nom de la tribune (nos 18 et 19) du haut de laquelle l'empereur présidait aux jeux. Les murs d'enceinte de la demeure impériale se pro-

1 Du Cange, Const. Christ., lib. IV, § 7, n° 20, p. 147.

longent jusqu'à la mer, à l'est de l'Hippodrome. Au-dessous de l'Hippodrome, on voit l'ancienne église Saint-Serge-Saint-Bacchus, qui subsiste encore.

Les dissertations qui vont suivre justifieront la contiguïté et la situation relative de toutes ces localités ; nous nous contenterons de rapporter ici quelques documents suffisants pour constater la situation générale. « Il y a au-devant du palais, dit Procope, une place en- » tourée de colonnes à laquelle les Byzantins ont donné le nom d'Augustéon1. » L'auteur ajoute que c'est dans cette place qu'est érigée la statue équestre de Justinien. Cette statue existait encore à l'époque du voyage à Constantinople de Christophe Bondelmonti, qui l'a vue érigée au midi de l'église, sur la place2. La Chronique Pascale nous apprend aussi que le forum Augustéon était situé sur le flanc de la grande église3, et l'on verra plus loin , dans la description que nous donnerons des bâtiments adossés au mur méridional de Sainte-Sophie, qu'en sortant de ces bâtiments l'empereur entrait dans le Forum4. De nombreuses citations viendront démontrer que la porte du vestibule de la Chalcé s'ouvrait sur l'Augustéon ; nous nous contenterons ici d'en rapporter une seule. Le livre des Cérémonies de la cour, décrivant la marche de l'empereur pour se rendre de ses appartements à Sainte-Sophie, en termine ainsi la narration : « L'empereur traverse le triclinium des » scholaires (n° 23), passe par la grande porte de la Chalcé (n° 20 D) et s'avançant par » le milieu (de l'édifice), il entre dans l'Augustéon5. » Il est donc parfaitement établi que cette place s'étendait entre le palais et le flanc méridional de l'église.

Quant à la position que nous avons assignée au vestibule de la Chalcé, aux triclinium s des gardes prétoriennes et au palais du Cathisma, relativement à l'Hippodrome (n° 17), un grand nombre de citations en établiront l'exactitude. Un fait historique qui les résume toutes, et dont nous empruntons le récit à Procope et à d'autres auteurs byzantins, suffira pour le moment à justifier les dispositions de notre plan à cet égard.

La cinquième année du règne de Justinien (532) , une grande sédition s'éleva à Constantinople. Quelques-uns des chefs ayant été arrachés par le peuple des mains des gardes qui les conduisaient au supplice, les deux factions du Cirque, celle des bleus et celle des verts, se réunirent pour aller au palais demander à l'empereur la grâce des condamnés. N'ayant pu l'obtenir, les factieux se répandirent dans la ville, ouvrirent les prisons et mirent le feu à la maison du préfet. La flamme, poussée par un vent violent, se communiqua aux édifices voisins. L'église Sainte-Sophie, bâtie par Théodose, les bains de Zeuxippe (n° 15), le vestibule de la Chalcé, les Nouméra (n° 22), les tricliniums

1 De œdificiïs, lib. I, § 10. Paris., p. 23; Bon., p. 202. * Descript. urbîs Constant.

1 Cfironicon Pa'schale. Paris., p. 742; Bon., p. 593.

4 Voyez chap. II, § i.

5 Constant. Porphyr. De cerimoniis aulœ Byzant., lib. I, cap. xxiii. Bonna?, p. 132.

des scholaires, des excubiteurs et des candidats furent incendiés'. Ainsi, toute la partie

du palais qui était au niveau du Forum fut détruite.

Le cinquième jour de la sédition, le peuple se porta en foule à la maison d'IIypatius, neveu de l'empereur Anastase (f 518) et le proclama empereur. On lui posa, faute de diadème, un collier d'or sur la tète, et, malgré sa résistance, on le conduisit à l'Hippodrome, où il s'assit sur le trône disposé dans le Cathisma. Le cri de ralliement des factieux était Nfaa, qui signifie: Triomphez, soyez vainqueurs! et c'est de là que les auteurs modernes appellent ordinairement cette sédition la sédition des Victoriats. Pendant ce temps, l'empereur était renfermé dans le palais2 avec des troupes commandées par Bélisaire, Mundus et Narsès. Après quelques hésitations sur le parti qu'il convenait de prendre, l'empereur et ses officiers, ranimés par les discours énergiques de l'impératrice Théodora, résolurent de triompher de l'émeute. Bélisaire fit mie première tentative pour arriver directement jusqu'au trône impérial où siégeait Hvpatius, xà ptiv irpcoTa eùûùç aÙToO T£ 'YtzoliIou xoù Srpovou tou ^acikdou àvéCouvev, mais n'ayant pu se faire ouvrir la porte du palais de l'Hippodrome par les soldats qui étaient à l'intérieur, et qui voulaient attendre le résultat de l'événement avant de se prononcer pour Justinien ou pour Ilypatius, il retourna auprès de Justinien, qui alors « lui » donna l'ordre de se porter de nouveau contre Ilypatius par la Chalcé et par les » portiques adjacents. Bélisaire, après avoir couru des dangers et surmonté de grands » obstacles, parvint, en traversant des bâtiments en ruine et à demi incendiés, à » pénétrer dans le Cirque, et arriva à la galerie de la faction des bleus, qui est à » droite du trône de l'empereur »

Ainsi, Bélisaire cherche d'abord à se porter contre Ilypatius par la voie la plus courte qui conduisait en ligne droite eùôtfç, du palais de Daphné où résidait Justinien ( n° 48 à 51), à la tribune des jeux (n° 18), c'est-à-dire par le péripatos du palais et l'église Saint-Etienne (nos 52 et 54). C'est en effet le chemin que suivaient les empereurs lorsqu'ils allaient présider aux jeux du Cirque4. Mais n'ayant pu se faire ouvrir la porte qui donnait accès de l'église dans le palais de l'Hippodrome 5, il est obligé de passer par les bâtiments incendiés, et après avoir traversé la Chalcé

1 Procopius, De bello Persico, lib. I, §24, Paris., p. 70; Bonnae, p. 121. — Chronicon Paschale, Paris., p. 778: Bon., p. 621.

s On verra plus loin que le vestibule de la Chalcé et les salles des gardes qui l'avoisinaient n'étaient considérés que comme des dépendances du palais. Le palais de Daphné (n0" 48 à 51), que les empereurs habitaient alors, était séparé de ces salles par les cours de l'Onopodion et de l'Exaéron (nos 36 et 37) et bâti dans une situation plus élevée, au-dessus d'un soubassement. Cette position dut le préserver des atteintes de l'incendie.

3 Procopius, De bel. Pers., lib. I, § 24, Parisiis, p. 73; Bonnae, p. 127.

4 Voyez plus loin chap. IV, § vin et ix.

5 Voyez chap. IV, § ix.

(n° 20) et les édifices adjacents, à demi ruinés par le feu, c'est-à-dire les Nouméra et les bains de Zeuxippe (nos 22 et 15), il finit par arriver à l'angle nord-ouest du Cirque (n° 17 F), qui était à la droite du trône (n° 18). On voit que, par cette manœuvre, il avait tourné le palais de l'Hippodrome (n° 56), qu'Hypatius occupait avec les conjurés. Notre plan est donc en rapport parfait avec le récit de Procope et celui des autres auteurs byzantins.

Dans sa relation de la sédition des Victoriats, Lebeau, ajoutant au texte des auteurs, s'exprime ainsi : « Justinien conseilla à Bélisaire de sortir par la porte d'airain l, dont » le vestibule s'ouvrait sur une rue qui conduisait au Cirque2. » La rue, qui ferait supposer que le Cirque était séparé du palais par une voie publique, est le produit de l'imagination de Lebeau, et c'est ainsi que, faute d'une connaissance suffisante des localités, les faits de l'histoire byzantine ont été souvent altérés par les auteurs modernes.

C'est à Pierre Gylli que nous devons le document qui nous a permis de tracer les murs d'enceinte de la demeure impériale, à peu de distance de l'Hippodrome.

Lorsque Gylli visita Constantinople , le palais n'existait plus, mais le souvenir n'en était pas entièrement éteint. Après avoir décrit l'Hippodrome, il ajoute : « Le palais «était situé sur un tertre, d'environ cent pas de hauteur, qui s'étendait jusqu'à la a mer3. » Cette notion, fournie par Gylli , est confirmée par le livre des Cérémonies, qui nous apprend qu'une terrasse s'étendait jusqu'aux murs du palais, en face du flanc oriental de l'Hippodrome, et que du haut de cette terrasse l'empereur, dans certaines occasions, bénissait le peuple réuni dans le Cirque 4. Le tertre indiqué par Gylli, que l'on voit figurer sur le plan de la restitution, a dû être détruit, en grande partie, lors de la construction, en 1610, de la mosquée du sultan Achmet qui couvre, à l'est des obélisques, non-seulement le terrain qui séparait l'Hippodrome du palais, mais même un espace compris dans l'enceinte de la demeure impériale au temps des empereurs byzantins.

La direction qu'il fallait donner au Forum, à l'Hippodrome et à la partie intermédiaire du palais était d'une grande importance, mais sur ce point nous avons eu de bons guides.

Avant que Constantin eût pris la résolution d'agrandir Byzance pour en faire la nouvelle capitale de l'empire, Septime Sévère, qui avait entrepris de relever cette ville de ses ruines, avait commencé l'Hippodrome. Ce n'avait pas été un médiocre travail que de l'établir sur l'emplacement qui fut alors choisi, puisqu'il avait fallu, pour obtenir

1 Le vestibule de la Chaleé prenait son nom d'une porte de bronze qui s'ouvrait entre ce vestibule et le triclinium des scliolaires. Lebeau a confondu la porte avec l'édifice auquel elle avait donné son nom.

1 Histoire du Bas-Empire, livre XLI, édition de M. de Saint-Martin, t. VIII, p. 193. Paris, 1827.

' De topogr. Constant., lib. I, cap. vu, apud Banduri, Imp. Orient., t. I, p. 357.

4 Voyez ci-après cliap. IV, § xx.

un champ de course suffisamment étendu, construire des voûtes pour asseoir le terrain à partir de l'endroit où s'éleva depuis l'obélisque de pierre.

En outre, Sévère avait déjà construit vers le nord le côté rectiligne formant la tête du Cirque et une grande partie des gradins qui s'élevaient à droite et à gauclie de l'arène, lorsqu'il fut obligé de retourner à Rome, laissant ainsi ce grand ouvrage imparfait '. Constantin n'eut plus qu'à terminer les gradins et la partie hémicirculaire de l'extrémité méridionale. Il fit aussi construire la Spina et la tribune des jeux 2 qui était établie au-dessus du mur rectiligne qui fermait le Cirque au nord 3. Depuis, sous Théodose le Grand, on éleva sur la Spina, au centre de l'Hippodrome, l'obélisque de granit égyptien 4. Un peu plus tard, sur. la même ligne, vers l'extrémité sud de la Spina , on plaça un obélisque de pierre qui était entièrement revêtu de bronze 5. Ces deux obélisques, fort dégradés, subsistent encore aujourd'hui. L'obélisque égyptien nous a donné le point central de l'Hippodrome , et une ligne tirée de cet obélisque à l'obélisque de pierre, indique d'une manière certaine la direction de son grand axe.

Les jeux du Cirque étaient entrés dans la vie du peuple romain, et l'Hippodrome avait remplacé le Forum de l'ancienne République. Le Cirque était le théâtre des grands événements ; c'est là que le peuple ou l'armée proclamait les empereurs, et ceux-ci ne manquaient jamais de présider aux jeux quand ils se trouvaient dans la capitale. Constantin résolut donc de rattacher l'Hippodrome au palais impérial qu'il voulait bâtir. On comprend, dès lors, que toutes les constructions qu'il allait entreprendre durent se ressentir de la direction que Septime Sévère avait donnée à l'Hippodrome. Constantin éleva d'abord, en arrière du Cathisma, un palais 6 dans lequel les empereurs faisaient des réceptions avant l'ouverture des jeux; de là, ils montaient dans le Cathisma, où leur trône était disposé 7. Ce palais (n° 56), qui faisait face au champ de course, dut être établi, nécessairement, sur une ligne perpendiculaire au grand axe de l'Hippodrome. La religion était, à cette époque, associée à tous les actes de la vie, et même aux jeux. Constantin édifia, au-dessus du mur septentrional de l'Hippodrome, une église sous le vocable de Saint-Etienne, et c'est des fenêtres de cette église que les dames de la cour, qui ne siégeaient jamais avec les hommes dans les cérémonies publiques, pouvaient assister aux jeux 8. L'axe de Saint-Étienne fut donc également disposé perpendiculairement à l'axe de l'Hippodrome. Le palais que se

1 Georgii Cedreni Historiarum compendium, Parisiis, p. 252; Bon., p. 442. — Codin. , De originibus, Paris., p. 7; Bon., p. 14.

2 Codin., De originibus, Paris., p. 9; Bon., p. 19. — Chronicon Paschale, Paris., p. 284; Bon., p. 527.

3 Voyez ci-après chap. II, § x.

4 Marcellini com. III. Chronicon, p. 7. Lut. Paris. — Pet. Gyllii De topogr. Const., lib. II, cap. xi, ap. Banduri, Imp. Orient., t. I, p. 374.

6 Codin., De originibus, Paris., p. 7; Bon., p. 14. — Bondelmonti, Descript. Constant. 8 Codin., De œdificiis, Paris., p. 51 ; Bon., p. 100.

7 Voyez ci-après chap. II , § x.

8 Bondelmonti, Descript. urbis Constant.

construisit Constantin auprès du Cirque ', et qu'on nomma le palais de Daplmé (nos 48 à 51), dut recevoir la même direction, afin d'avoir la vue de la mer; et ce qui le prouverait, c'est que le chemin que fit faire ce prince pour aller de ce palais au Cathisma, était en ligne droite, vjQûç, comme nous l'apprend le récit que fait Procope de la sédition des Vietoriats. Ce chemin, qu'on appelait le péripatos du palais (n° 52), bordait le flanc méridional du grand triclinium des Dix-neuf-lits (n° 38), ce qui indique assez la position de cet édifice2. Enfin, les salles des gardes prétoriennes (nos 23, 27 et 28), construites en avant des Dix-neuf-lits et des cours (n"s 36 et 37) qui servaient d'atrium au palais de Daphné, devaient avoir reçu la direction donnée aux principaux bâtiments du palais impérial. A défaut d'autres renseignements, nous aurions pu supposer, sans trop de témérité, que la façade du palais sur le Forum avait été tracée sur une ligne perpendiculaire aù grand axe de l'Hippodrome. Cette conjecture aurait d'ailleurs acquis une grande vraisemblance de tous les documents que nous avons recueillis sur les différentes parties du palais; mais, sur ce point important, nous n'en sommes pas heureusement réduits à des conjectures, et un monument qui subsiste va nous apporter une preuve irrécusable.

Il est, en effet, une remarque fort importante à faire, c'est que le grand axe de l'Hippodrome et le grand axe de Sainte-Sophie étant prolongés, forment un angle droit à leur point d'intersection. Cette disposition ne peut être l'effet du hasard; les motifs qui ont engagé les architectes de Justinien à donner cette direction à l'axe de la nouvelle Sainte- Sophie sont évidents et vont éclairer la question.

L'incendie allumé pendant la sédition des Vietoriats avait détruit entièrement l'église Sainte-Sophie élevée par Théodose, et les portiques du Forum, mais il n'avait atteint que le vestibule et les dépendances du palais qui touchaient à cette place; le palais du Cathisma, le palais de Daphné, le grand triclinium des Dix-neuf-lits avaient été préservés, et ces édifices, encore debout, durent avoir une grande influence sur le plan de la reconstruction des bâtiments qui avaient péri par le feu.

Quant à l'église, qui allait être réédifiée sur un plan beaucoup plus vaste, les architectes de Justinien avaient à peser deux considérations importantes. D'une part, d'après les usages adoptés par l'Eglise dès cette époque, le sanctuaire devait être tourné vers l'orient; d'autre part, l'édifice devait faire face au palais sur le nouveau Forum. L'élévation du palais sur cette place étant tournée vers le nord, il n'était pas possible d'y placer l'entrée principale de l'église, puisqu'en faisant face au palais elle se serait ouverte au midi , ce qui aurait donné au sanctuaire une direction septentrionale. En dirigeant le sanctuaire vers l'est, c'était, de toute nécessité, le mur méridional de l'édifiée qui devait faire face au palais impérial. Mais si les architectes avaient été entièrement libres, s'ils n'avaient pas été dominés par une cause préexistante, ils auraient orienté la nouvelle Sainte- Sophie

1 Chron. Paschale, Paris., p. 284; Bon., p. 527.

2 Voyez chap. IV, § vi.

exactement clans la direction de l'est, en se conformant aux constitutions apostoliques, et auraient ensuite donné à l'élévation du palais sur le Forum une direction parallèle à celle de la grande église. Mais, au lieu de tracer l'axe de Sainte-Sophie de l'ouest à l'est, ils furent obligés de l'incliner vers le sud et de donner au sanctuaire la direction de l'estsud-est. Le seul motif qui puisse expliquer ce fait, c'est qu'il fallait remplir la seconde condition imposée à la construction de la nouvelle Sainte-Sophie, c'est-à-dire élever son mur méridional sur le Forum, en face du palais impérial, dans une direction parallèle à ce palais.

Il est donc évident que du moment que le grand axe de Sainte-Sophie forme un angle droit avec le grand axe prolongé de l'Hippodrome, l'élévation du palais sur le Forum, qui faisait face au mur méridional de l'église, devait être établie, comme ce mur, dans une direction perpendiculaire au grand axe de l'Hippodrome.

Tl faut reconnaître aussi que si les architectes de Justinien furent obligés de relever dans cette direction les bâtiments du palais qui avaient été incendiés, c'est que les parties importantes du palais qui subsistaient leur en faisaient une obligation ; il y a lieu de croire dès lors que la direction de l'ancienne élévation constantinienne était la même que celle qui fut adoptée par eux.

Le mur méridional du corps de l'édifice de Sainte-Sophie nous a, comme on le voit, fourni d'une manière certaine la direction que nous avons donnée sur notre plan aux côtés nord et sud du Forum. Quant à la direction à donner aux lignes qui devaient le fermer à l'orient et à l'occident, elle était indiquée par celle des deux premiers côtés ; ces lignes devaient tomber perpendic ulairement sur la face septentrionale du palais et sur la face méridionale de Sainte-Sophie.

La direction du grand axe du Cirque qui avait déterminé la direction donnée au palais de Constantin et celle que les architectes de Justinien adoptèrent, plus tard, pour Sainte-Sophie, dut avoir également une grande influence sur l'orientation des divers bâtiments que les empereurs, successeurs de ce prince, ajoutèrent successivement à l'ancien palais.

Nous avons cru, par conséquent, devoir adopter comme base de notre plan l'axe de l'Hippodrome et celui de Sainte-Sophie ; ils nous ont servi à déterminer la direction des divers édifices qui formèrent l'ensemble du palais impérial.

Venons-en, maintenant, à l'étendue que nous avons donnée à l'Hippodrome, au Forum et à la partie intermédiaire du palais.

Sur ce point important, les auteurs grecs nous ont fait défaut. Écrivant à une époque où ces lieux n'avaient pas encore subi de déformation, ils n'ont pas supposé qu'il fût nécessaire d'en indiquer la dimension. L'Anonyme du onzième siècle, qui a donné des notions importantes sur les monuments de Constantinople, dit seulement que le circuit du Forum était de la dimension de la tente que Constantin le Grand

avait fait dresser en cet endroit lorsqu'il arriva de Rome à Byzance En supposant qu'on dût prendre le mot grec dont se sert l'auteur dans le sens de campement et non de tente 2, la comparaison , dans aucun des deux cas , ne donnerait l'idée d'une grande dimension pour le Forum, puisqu'en cette occasion Constantin ne vint pas à Byzance avec une armée, mais en voyageant et seulement avec sa maison. Cette notion était , au surplus , beaucoup trop vague pour nous guider en rien ; mais nous avons trouvé des renseignements assez concluants dans les écrits de Christophe Bondelmonti et de Pierre Gylli. A l'époque où ces voyageurs archéologues visitèrent Constantinople, les gradins et les murailles de l'Hippodrome étaient déjà en ruine, mais il en restait debout une grande partie, et le périmètre du Cirque était parfaitement tracé. Nous avons donc pu, d'après ce qu'ils disent, en déterminer les dimensions en longueur et en largeur, et, partant de là, assigner une étendue au Forum et à la partie intermédiaire du palais.

Pierre Gylli, qui visita Constantinople en 1550, nous a principalement guidé. Ce consciencieux voyageur s'exprime ainsi : « En dehors de l'enceinte du palais (le sérail), » s'élève l'édifice de Sainte-Sophie, qui se trouve à une distance de 70 pas des portes » de cette enceinte 3. Toutes les pentes, depuis l'enceinte du palais jusqu'à l'Hippodrome, » sont légèrement inclinées. Depuis Sainte- Sophie , un terrain plan s'étend au sud-ouest » jusqu'à l'extrémité de l'Hippodrome , sur une longueur de plus de 700 pas. La » longueur de l'Hippodrome dépasse deux stades, sa largeur égale un stade. Le terrain » a été mis de niveau plutôt par le travail de l'homme que par la nature. La partie » méridionale qui regarde la Propontide est environnée de trois côtés par des pentes » qui sont douces à l'est , abruptes et profondément creusées à l'ouest ; du côté de la » Propontide, elles sont non-seulement ardues et en précipice, mais même presque

» perpendiculaires et élevées de 50 pieds, plus ou moins Entre l'Hippodrome et la

» Propontide se développe une plaine de 400 pas de large, dans laquelle est situé le » temple de Bacchus et Serge 4 . »

La mesure du stade paraît avoir varié selon les lieux et selon les temps. Le stade pythique était en usage à Delphes et dans la Phocide ; le stade nautique était celui

1 Anliq. Constant., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. I, p. 14.

2 Du Cange donne au mot xoprr), dont se sert l'Anonyme, la signification de tentorium et de caslrorum impedimenta. Il nous semble qu'on peut entendre ici par xop-ry] la réunion des tentes qui abritaient l'empereur et sa suite.

3 Gylli veut sans doute désigner la porte Impériale (Bab-i humaïoun) qui donne entrée dans la première cour du sérail et se trouve au nord-est de Sainte-Sophie. Cette porte, d'après le plan de Kauffer, serait à 80 mètres environ du corps de l'édifice, ce qui ferait un peu plus de 70 pas. Mais cet édifice est entouré de bâtiments accessoires, et c'est sans aucun doute jusqu'à ces bâtiments, qui formaient une annexe du temple, que Pierre Gylli a compté les 70 pas de distance qu'il indique.

4 De topographia Constanlinopoleos , lib. I, cap. vil, ap. Banduri, Imper. Orientale, t. I, p. 357.

de l'Égypte et des navigateurs; le stade olympique, le plus usité de tous, servait à déterminer les distances dans le Péloponnèse et dans l'Attique. Cette mesure itinéraire, qui, d'après tous les auteurs anciens, formait la huitième partie du mille romain, devait être en usage à Constantinople , et c'est sans doute du stade olympique que Pierre Gylli a voulu parler. On n'a pas toujours été d'accord sur la dimension de ce stade. Paucton, qui fixait la valeur du mille romain à 792 toises 6 dixièmes, portait celle du stade olympique à 99 toises 75 centièmes, ou 193 mètres 18 centimètres l. Mais, d'après des travaux répétés et minutieux faits sur la voie Appienne, le mille romain est évalué aujourd'hui à 1481 mètres 75 centimètres 2, et le stade à 185 mètres, somme ronde.

Adoptant donc 185 mètres pour la valeur du stade, et mesurant sur le grand axe de l'Hippodrome 185 mètres au nord de l'obélisque de granit qui s'élevait au centre, et 185 mètres au midi, nous avons ainsi fixé d'une manière assez certaine la longueur de l'Hippodrome.

Le Florentin Christophe Bondelmonti s'est également expliqué sur l'étendue de l'Hippodrome : et Hippodromus sexcentum octuaginta in longitudine brachiorum et centum viginti » quatuor in latitudine ampliatur 3. — L'Hippodrome se déploie sur une étendue de » six cent quatre-vingt bras en longueur et de cent vingt-quatre bras en largeur. » Le bras ordinaire de construction, mesure usitée à Florence, équivaut à 0 m. 5481 Si la longueur actuelle du bras était la même au quinzième siècle, ce qui est probable, les 680 bras de Bondelmonti représenteraient 372 mètres pour la longueur de l'Hippodrome, au lieu de 370 que nous donnent les deux stades mesurés par Pierre Gylli. La différence est sans importance, et l'on peut dire que les deux voyageurs sont entièrement d'accord sur la longueur. Quant à la largeur, Gylli et Bondelmonti diffèrent l'un de l'autre. Celui-ci donne à la largeur l'étendue de 124 bras. Cette largeur ne serait donc pas tout à fait le cinquième de la longueur, tandis qu'elle est de moitié d'après Gylli. Nous avons adopté la largeur indiquée par Pierre Gylli , dont les travaux sur Constantinople sont beaucoup plus importants que ceux de Bondelmonti. Ce qui fait difficulté, c'est surtout la répartition entre les différentes localités dont nous nous occupons de l'espace existant entre l'extrémité de l'Hippodrome et Sainte-Sophie.

L'extrémité méridionale de l'Hippodrome étant fixée, d'après Gylli, à 185 mètres

1 Paucton, Métrologie ou traité des mesures, poids et monnaies, p. 1G3 et 168. Paris, 1780. — M. Bouillet, Dict. univ. des sciences, fixe la valeur du mille romain à 1479m26, et celle du stade à 184m955.

2 M. Desjardins, Topogr. du Latium, p. 90 et 253, 1854.

8 Du Cange a publié dans la Byzantine , à la suite de l'historien Cinname, la description de Constantinople de Bondelmonti, sur un manuscrit aujourd'hui à la Bibliothèque impériale, ancien fonds, n° 4825; mais dans ce manuscrit la phrase citée est incomplète, nous avons emprunté notre citation au manuscrit de la même bibliothèque, n° 4824, ancien fonds.

4 Balbi, Nouveau traité des monnaies et poids et mesures, à la suite de l'Abrégé de géographie, p. 1331. Paris, 1833.

de l'obélisque de granit, si l'on mesure 1 sur le grand axe prolongé de l'Hippodrome la distance qui existe depuis ce point extrême jusqu'au point de rencontre d'une ligne tirée en prolongement du mur méridional de Sainte-Sophie, on trouve que cette distance est de 591 mètres. Comme on l'a vu, Pierre Gylli estimait à 700 pas la distance à parcourir depuis Sainte-Sophie jusqu'à l'extrémité de l'Hippodrome. Ce mesurage approximatif concorde avec la levée géométrique du plan des lieux. La mesure qu'il indique, déterminée par le pas, est, il est vrai, assez vague. Le pas a été pris souvent pour mie mesure de longueur : le pas grec renfermait 2 pieds et demi et valait 0 m. 77; le pas romain valait 1 m. 47. Cette mesure variait donc suivant les pays. Mais il y a tout lieu de penser que par le mot pas, Gylli n'entendait point parler d'une mesure itinéraire. Les Turcs, à cette époque, n'auraient pas permis à un chrétien de prendre, à l'aide d'un instrument quelconque, les mesures des diverses localités et des monuments de Constantinople , et Gylli lui-même nous apprend que c'est en cachette et par ruse qu'il put mesurer quelques parties de la statue de bronze de Justinien, déjà brisée et portée à la fonderie pour être convertie en canons2. Spon, qui explorait Constantinople plus de cent ans après Pierre Gylli, dit aussi que s'il n'a pas dessiné les bas -reliefs du piédestal de l'obélisque, c'est qu'il n'y avait pas trop de sûreté à s'arrêter longtemps sur la place, parce que les Turcs, ne comprenant pas bien les raisons de sa curiosité, lui auraient peut-être fait quelque insulte3. Le pas indiqué par Gylli ne peut donc être autre chose que le pas de marche, c'est-à-dire l'espace parcouru par lui dans son mouvement de progression en avant. Les 700 pas de Pierre Gylli étant représentés par 591 mètres, somme ronde, on trouve pour chaque pas 84 centimètres , ce qui présente un grand pas de marche ; mais ce pas peut être fait facilement par un homme de taille ordinaire mesurant un terrain. Le point auquel nous avons fixé l'extrémité méridionale du mur extérieur de l'Hippodrome, est donc encore en rapport avec la seconde indication fournie par Pierre Gylli.

Si des 591 mètres qui représentent la distance existant entre l'extrémité méridionale de l'Hippodrome et le point de rencontre d'une ligne tirée en prolongement du mur méridional de Sainte-Sophie, on retranche 370 mètres pour la longueur de l'Hippodrome, il ne reste plus que 221 mètres pour le Forum et la partie intermédiaire du palais. Nous avons donné au Forum 140 mètres et 81 mètres à cette partie du palais, y compris le mur de clôture qui le fermait sur le Forum ; ce n'est pas trop pour le Forum et c'est peu pour le palais ; mais l'espace était restreint.

Pour ne rien laisser en arrière des objections que peuvent faire naître les docmnents fournis par Gylli, nous devons nous expliquer sur un point de ces documents qui de

1 Sur le plan levé géométriquement par Kauffer, et sur notre plan de la restitution, planche II, qui est à l'échelle de 3G millimètres pour 100 mètres.

5 De topograph. Constant., lib. II, cap. xvn, ap. Banduri, p. 382. * Voyage d'Italie, de Grèce et du Levant, t. I, p. 254. Lyon, 1678.

prime abord pourrait paraître en opposition avec le plan de la restitution que nous produisons. « Entre l'Hippodrome et la Propontide, dit Gylli, se développe une plaine de » 400 pas de large, dans laquelle est situé le temple de Bacchus et Serge1. »

Pierre Gylli a-t-il pris la largeur de cette plaine du nord au sud ou de l'est à l'ouest? Ce voyageur nous a appris que la partie « méridionale de l'Hippodrome qui regarde la » Propontide était environnée par des pentes douces à l'est , abruptes et profondément » creusées à l'ouest et du côté delà Propontide (au midi), non-seulement ardues et en » précipice, mais presque perpendiculaires et élevées de cinquante pieds plus ou moins. » Certes Gylli n'a pu donner le nom de plaine à ces pentes qui touchaient à l'Hippodrome, et il a dû mesurer la plaine de l'est à l'ouest ; elle s'étendait ainsi le long de la mer depuis le tertre sur lequel le palais était bâti, jusqu'au delà de Saint- Serge- Saint-Bacchus. En admettant cette interprétation de la phrase de Gylli , elle ne contrarie en rien notre plan. Si, au contraire, on voulait prendre cette plaine du nord au sud, c'est-à-dire de l'extrémité méridionale de l'Hippodrome à la mer, notre plan paraîtrait en contradiction avec le texte de Gylli; mais en réalité, même en ce cas, la contradiction ne serait qu'apparente. En effet, pour marcher de l'Hippodrome à la mer, Gylli n'aurait pu suivre la direction du grand axe, car, de ce côté, des pentes presque perpendiculaires l'en auraient empêché. Partant de l'extrémité de l'Hippodrome pour atteindre la Propontide, il aurait dû se diriger, en inclinant un peu au sud-ouest , vers le temple de Saint-Serge-Saint-Bacchus, et la mention qu'il fait de cette ancienne église augmenterait la présomption. Or* les 400 pas de Pierre Gylli, comptés à 84 centimètres, comme nous les avons évalués, donneraient au terrain qu'il aurait parcouru en ce sens une étendue de 336 mètres , tandis qu'on ne trouve que 290 mètres environ en le mesurant sur le plan de la restitution. Mais il faut foire attention qu'en sortant de l'Hippodrome on trouvait des pentes abruptes et profondément creusées; or, il est constant que sur un terrain de cette nature on doit, en marchant d'un point à un autre et en suivant toutes les inégalités du sol , parcourir une distance plus considérable que celle mesurée à vol d'oiseau. La différence de 46 mètres environ entre l'étendue indiquée par Gylli et celle que l'on trouverait au plan n'aurait donc rien qui dût étonner, si même l'on voulait mesurer la plaine du nord au sud.

Nous croyons donc avoir suffisamment justifié les dispositions d'ensemble que nous avons données au Forum, à l'Hippodrome et à la partie intermédiaire du palais impérial. Les dissertations qui vont suivre sur ce palais et ses abords fourniront au surplus un grand nombre d'autres preuves justificatives de ces dispositions. Avant d'aborder la description détaillée de la demeure impériale, nous devons faire connaître Sainte- Sophie et ses bâtiments annexes, le forum Augustéon et les monuments qui s'élevaient sur cette place, les bains de Zeuxippe et l'Hippodrome, édifices et emplacements qui tenaient au grand palais ou s'y rattachaient nécessairement.

1 De topographia Constant., lib. I, cap. vu, p. 357.

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