PREUVES ET ÉCLAIRCISSEMENTS A L'APPUI DE LA DESCRIPTION
On croit généralement que l'ancienne demeure des empereurs d'Orient s'étendait sur tout l'emplacement compris aujourd'hui dans le sérail du Grand Seigneur1. C'est une erreur, et M. de Hammer a eu tort de dire que l'ancien grand palais des empereurs grecs occupait un bien plus vaste espace que le sérail2. Lorsque Constantin arriva à Byzance dans le dessein d'en faire la capitale de l'empire romain, la ville antique couvrait précisément toute la partie de cet emplacement, situé sur le golfe de la Corne-d'or et sur le Bosphore, au nord du parallèle de Sainte-Sophie, et même une partie des jardins du sérail baignés par la Propontide. Les plus anciens auteurs qui ont parlé de la situation de Byzance ne laissent aucun doute à cet égard. Dion Cassius, qui vivait sous Septime Sévère, en parle ainsi : « Byzance, bâtie sur un lieu élevé, s'étend jusqu'à la mer qui, » comme un torrent, sort du Pont-Euxin, tombe sur un promontoire, détourne une » partie de ses flots à droite , où elle forme un golfe et des ports , et les écoule avec une » plus grande abondance dans la Propontide^ le long de la ville même3. » Zosime, qui vivait dans le premier siècle de la fondation de Constantinople, s'exprime dans le même sens; et ces deux vers d'Ovide :
Quaeque tenent Ponti Byzantia littora fauces, Hic locus est gemini janua vasta maris 4
font bien voir aussi que Byzance occupait entièrement l'entrée du Bosphore. Constantin ne démolit pas l'ancienne ville, mais il en agrandit l'enceinte; il se garda bien d'en
1 Voyez notre planche I".
2 Constantin, und der Bosporos ; Pesth, 1822, s. 220.
5 Dio Cassius, ap. Du Cange, Const. Christ., lib. I, § 1; Paris., p. 1. 4 Lib. I Trislium.
chasser les habitants, lorsque son but était précisément d'attirer une grande population dans sa nouvelle capitale. L'Hippodrome, que Septime Sévère avait commencé, était situé en dehors de la ville, puisque pour l'établir cet empereur avait acheté les champs de deux frères et d'une veuve ', et Constantin trouva auprès de l'Hippodrome, sans prendre rien sur la vieille ville, les terrains qui lui étaient nécessaires pour la construction du palais impérial. C'est ce qui résulte du tracé que fait l'Anonyme du onzième siècle de l'enceinte de Byzance, dont les murs, qui étaient baignés par le golfe de la Corne-d'or, ne se seraient pas étendus, au midi, plus loin que le Milliaire et Sainte-Marie Ghalcopratiana, pour descendre de là à la mer, vers les Topoi, situés dans la ville, près de Saint- Lazare, et arriver jusqu'aux bâtiments élevés par Constantin2. D'après cet auteur, les constructions faites par Constantin étaient donc situées en dehors de la vieille ville.
Une ancienne description de Constantinople, écrite sous le règne de Théodose II (f 450), plus de cent ans après que Constantin eut construit la nouvelle enceinte et le palais impérial, vient encore démontrer que l'ancienne Byzance continua de subsister, après la construction du grand palais, sur remplacement qu'elle occupait auparavant. La ville est divisée en quatorze quartiers par l'auteur de ce document. Le premier quartier est ainsi décrit : « Le premier quartier, étendu dans son développement, est plan dans un » étroit espace. Pour ceux qui viennent de la partie inférieure du palais vers le grand » théâtre, il descend en pente à leur droite vers la mer. Il est illustré par des habitations » impériales et nobles. Il renferme le grand palais, le Lusorium, le palais Placidien, la » maison de l'impératrice Placidic, celle de la très-noble Marina, les thermes d'Arcadius, » vingt-neuf rues ou impasses, cent dix-huit maisons, deux portiques continus, quinze
» bains privés, quatre boulangeries publiques, quatre escaliers » Le second quartier
comprenait, entre autres monuments, la grande église (Sainte-Sophie) et l'église antique (Sainte-Irène), et se prolongeait jusqu'à la mer; le troisième, l'Hippodrome, et le quatrième, l'Augustéon et le Milliaire3. On voit évidemment par là qu'au temps de Théodose le Jeune, le premier quartier de Constantinople embrassait la première des sept collines sur lesquelles la ville est assise, et la plaine étroite qui s'étend entre le pied de cette colline et le golfe de la Corne-d'or, le Bosphore et la mer : c'est précisément l'espace qu'occupe aujourd hui le sérail4; on apprend aussi par ce document qu'indépendamment du grand palais impérial, on trouvait dans le premier quartier non -seulement des maisons princières , mais encore vingt-neuf rues , cent dix-huit maisons de particuliers, des boulangeries et des bains publics : la vieille ville subsistait là tout entière.
L'incendie allumé par les Victoriats et les constructions de Justinien changèrent en
1 Codin., De orïgînibus; Paris., p. 7; Ron., p. 14.
2 Ant. Const., ap. Randuri, lib. I et II, p. 2 et 25.
1 Ap. Du Cange, Const. Christ., lib. I, § 20 et 21 , p. 62. 4 Voyez notre planche Ire.
partie la disposition des quatre premiers quartiers de la ville. Mais ces changements ne durent pas donner à l'enceinte de la demeure impériale une étendue plus considérable vers le nord que celle qu'elle avait déjà avant la sédition. Sainte-Sophie, Sainte-Irène, le Forum et la partie du palais qui touchait à cette place furent brûlés, mais le feu n'atteignit pas la vieille ville, qui demeura telle qu'elle était. Nous pouvons établir en effet, par plusieurs passages des auteurs byzantins , par certains faits historiques et par le plan de la ville dressé par Bondelmonti, que postérieurement au règne de Justinien, et jusqu'à la fin de l'empire grec, des monuments fort importants s'élevèrent dans la ville, en dehors du palais, dans ce vaste espace qu'occupe le sérail au nord du parallèle de Sainte-Sophie, au delà par conséquent de la limite septentrionale que nous avons donnée sur notre plan au palais impérial.
Parmi les monuments que l'ancienne description de la ville signale comme existant dans le premier quartier, on voit figurer les thermes d'Arcadius. Procope nous en fait connaître la situation : « Ceux qui de la Propontide naviguent vers la partie orientale de la » ville , rencontrent à main gauche les thermes d'Arcadius , l'un des plus beaux » monuments de Constantinople. Notre empereur construisit là un atrium pour la ville ; » il sert de lieu de promenade et de station pour les navigateurs. Le soleil levant l'inonde » de lumière '. »
Il résulte évidemment de la description de Procope que les thermes d'Arcadius étaient situés sur le Bosphore, et que le promenoir et le port que Justinien y avait fait construire étaient à l'usage de la ville et des navigateurs, et par conséquent en dehors de l'enceinte de la demeure impériale.
Nous avons déjà parlé plusieurs fois de la relation que Bondelmonti nous a laissée du voyage qu'il fit dans le Levant au commencement du quinzième siècle. Aux quelques pages qu'il a consacrées à Constantinople, il a joint un plan à vol d'oiseau de la ville. Du Cange l'a reproduit dans sa Constantinopolù Christiana 2. Bien que ce plan ait été exécuté sans méthode et de la façon la plus irrégulière, que les monuments y soient rendus d'une manière souvent ridicule et que les distances qui les séparaient ne soient nullement observées, nous n'avons pas dû négliger les renseignements qu'il fournit, tout imparfaits qu'ils sont. Ceux que nous allons lui emprunter sont d'ailleurs les plus exacts, parce qu'ils indiquent des monuments élevés auprès de la mer. Voici donc parmi les édifices antiques figurés au plan de Bondelmonti , ceux qui appartenaient à la ville et qui seraient compris, s'ils étaient encore debout, dans l'enceinte du sérail. La première des tours qui s'élève sur le golfe de la Corne-d'or, à peu de distance de la pointe du sérail, y est désignée sous le nom de Porte des Juifs; très-près de la pointe du sérail sur le Bosphore, à l'endroit où est aujourd'hui Top Capoussi, la Porte du Canon, Bondelmonti signale Saint-
1 Procop., De œdificiis, lib. I, cap. n; Paris., p. 24; Bon., p. 205.
2 II a été publié aussi par Banduri, hnp. Orient., t. II, p. 448.
Démétrius; un peu plus au sud, Saint-Georges de Mangana; pins bas encore, une église qu'il désigne sous le nom d'Hodigitria, et qui n'est autre que le naos de la Sainte-Mère de Dieu Conductrice, b vcubç xyjç ûnepayfaç ©soxoxoû xwv ôôTjycov ', et enfin au-dessons, sur la Propontide, le port du Boucoléon sous le nom de Portus Palatii. 17 église Saint-Démétrius avait été construite auprès de l'ancienne Acropole qui s'élevait à l'extrémité orientale du triangle que formait la ville ; c'est ce que Du Cange a établi par une foule de citations qu'il est inutile dès lors de rapporter ici2. L'église Saint-Georges de Mangana, qui se trouve un peu plus bas sur le plan de Bondelmonti, appartenait également à la ville. Elle avait été construite avec une grande magnificence par Constantin Monomaque (f 1054) 3 . Un fait de l'histoire byzantine, que nous empruntons à Anne Comnène, va justifier la situation de Saint-Démétrius et de Saint-Georges et établir que ces deux "églises étaient en dehors du palais impérial.
Alexis Comnène, général de Nicéphore Botaniate, fut mal payé de l'immense service qu'il avait rendu à l'empereur. Revenu à Constant inop le après avoir vaincu les généraux qui avaient levé l'étendard de la révolte, il se trouva en butte à la haine des ministres, et bientôt il apprit que ceux-ci avaient résolu sa perte. Dans ces circonstances, Alexis quitta Constantinople avec son frère Isaac, Georges Paléologue et plusieurs de ses amis, et alla se mettre à la tète de l'armée réunie à Zurule, sur la frontière de la Thrace. Toute la noblesse de l'empire, qui ne pouvait supporter la tyrannie de l'eunuque Borile, ministre de Botaniate, se rendit à Zurule auprès des Comnène, qui bientôt allèrent camper avec l'armée devant Constantinople. Alexis", qui n'avait pas le matériel nécessaire pour battre en brèche les murailles de la ville, chercha à y pénétrer par la ruse. Des troupes allemandes, qui gardaient une des tours, ayant été gagnées, Georges Paléologue escalada les murailles en cet endroit et ouvrit la porte la plus voisine aux troupes d'Alexis, qui se répandirent dans la ville et la mirent au pillage (1081). Georges Paléologue n'en resta pas à ce premier trait d'audace; accompagné d'un seul homme, il se jeta dans une barque et se fit transporter sur la flotte impériale qui était mouillée devant le palais. Ses discours décidèrent les matelots à se prononcer pour Alexis; il prit aussitôt le commandement, et, mettant à la voile, il amena la flotte devant l'Acropole, âizoïzkzvGaç ouv exetOsv cuva^a iw axo'Xco xaxaXa[j.Çàv£t xyjv ÀxpoTOÀiv. Cependant les Comnène, étant entrés dans la ville, arrivèrent à la place qui était au-devant de Saint-Georges Martyr, icepî xo ueStov xoû àyi'ou fxeyaXo- [xotpxupoç rwopyfou, et pleins de confiance dans le succès, ils se mirent à délibérer s'ils n'iraient pas embrasser leur mère et leur femme, réfugiées dans un monastère, avant de se porter sur le palais; mais le césar Jean, qui s'était réuni à eux, les engagea à ne pas s'arrêter, et ils étaient déjà parvenus à la maison Héritzé, qui n'était pas éloignée de
1 Du Cange, Const. Christ., lib. IV, § 2, n° 1-4, p. 88, nomme cette église ^Edes Deiparce Hodegetriae.
2 Du Cange, Const. Christ., lib. I, § 16, et lib. IV, § 6, n° 23, p. 44 et 122.
3 Du Gange, Const. Christ., lib. II, § 5, n° 13, p. 133, et lib. IV, § 6, n° 43, p. 124.
l'Acropole ', lorsqu'ils rencontrèrent Nicéphore Paléologue, père de Georges, et l'un des amis les plus dévoués de Botaniate. Il venait leur apporter des propositions de la part de l'empereur. Mais le césar décida les Comnène à rejeter ces ouvertures de paix, et les excita à s'emparer du palais, £i:air£iXou|A£Voç xai upoç Ta ^olgCKziol x,aT£TOfya>v 2.
On voit par ce récit que l'Acropole, de même que l'église Saint-Georges, qui s'élevaient sur le Bosphore, dans un endroit renfermé, par conséquent, dans l'enceinte du sérail , étaient situées dans la ville , à une certaine distance du palais impérial . Mais nous allons nous rapprocher davantage du point où nous avons tracé la limite septentrionale du palais des empereurs grecs.
L'emplacement de l'église de la Sainte-Mère de Dieu Hodégétria, que Bondelmonti place au-dessous et au sud de Saint- Georges, est encore aujourd'hui parfaitement connu par- une circonstance toute particulière. Cette église avait été bâtie par Michel III (f867), sur l'emplacement d'une chapelle en grande vénération, parce que, dit Codin, « beau- » coup d'aveugles s'étant lavés dans une source qui s'y trouvait , avaient recouvré la vue. i) C'est à cause de ce miracle, ajoute Codin, que ce temple avait reçu le nom d'Hodégos 3 . » L'église cl' Hodégétria a disparu, mais la source qui passait pour miraculeuse existe encore dans l'enceinte du sérail, sous la porte du beau kiosque des Perles, Indjouli-Keuchk, qui s'élève à l'entrée du Bosphore, à deux cents mètres environ au nord du parallèle de Sainte-Sophie 4. La vénération pour cette source ne s'est pas en effet démentie, et les chrétiens de Constantinople, qui ont conservé une foi vive dans les effets salutaires de ses eaux, ne pouvant pas pénétrer dans les jardins du sultan, se réunissent, le jour de la fête de l'Assomption, au pied des murs du sérail voisins de la source, et se livrent là à des pratiques de dévotion5. La tradition, qui est en rapport avec le plan de Bondelmonti , a donc perpétué d'une manière certaine la connaissance de l'emplacement de l'église de la Très- Sainte-Mère de Dieu Hodégétria. Or, un événement du règne d'Alexis III, rapporté par Nicétas, va établir que cette église était située dans la ville et en dehors du palais impérial.
L'empereur Alexis III Comnène habitait le château des Blaquernes, à l'extrémité nordouest de la ville, sur le golfe de la Corne-d'or, lorsqu'un nommé Jean le Gros, de la famille des Comnène, ayant formé le projet de s'emparer de la couronne, se porta avec ses partisans à Sainte-Sophie. On détacha une des couronnes d'or suspendues au-dessus de l'autel, et on la posa sur la tête de Jean , qui fut conduit au grand palais et proclamé empereur (1 20 1) . S'étant assis sur le trône, il distribua à ses partisans les grandes charges de l'Etat. La nuit venue, Jean ne pensa qu'au repos et ne prit pas le soin de faire garder les portes ; quant à
1 Du Cange, Const. Christ., lib. II, § 16, n° 48, p. 174.
2 Anna Gomnena, Syntagma rer. ab Alexio Comn. gest., lib. II, cap. xi et xn; Paris., p. 66; Bon., p. 127 et seq.
3 'OSïiyoç, conducteur, qui guide. — Codin., De œdificiis; Paris., p. 41; Bon., p. 80.
4 Voyez notre plancbe Ire.
5 Jos. von Hammer, Constant, und der Bosporos, s. 233.
ses soldats , ils se réunirent témérairement dans l'Hippodromios. Cependant l'empereur, ayant rassemblé tous les gens de guerre qu'il avait auprès de lui, les fit partir sur des navires et ils vinrent débarquer à l'église d'Hodégétria. S'étant joints là à des soldats de l'empereur, ils fondirent à l'improviste sur les partisans de l'usurpateur et se saisirent de sa personne. On lui eoupa la tête, qui fut exposée dans l'abside du Forum. Le corps fut porté à la porte des Blaquernes, afin que l'empereur pût le voir
Notre plan de la restitution du palais fait parfaitement comprendre ce fait. Les soldats de l'empereur descendirent le golfe de la Corne-d'or, et, entrant dans le Bosphore, vinrent débarquer pendant la nuit à l'église d'Hodégétria, située à deux cents mètres environ des murs du palais , très-près , par conséquent , de la porte (n° 1 32) ouverte en face du Tzycanistérion (n° 131). Pénétrant dans le palais par cette porte, qui n'était pas gardée, ils parcoururent les jardins et arrivèrent sans bruit jusqu'à l'Hippodrome couvert (n° 42) , où les gens de l'usurpateur se livraient au repos2.
En résumé, les documents que nous venons de produire établissent que l'église d'Hodégétria était située dans la ville même et à deux cents mètres environ du tracé que nous avons fait des murs septentrionaux de la demeure impériale. Nous ne croyons pas qu'on puisse avoir la prétention d'arriver à une approximation plus exacte de l'emplacement de ces murs, à moins de faire dans les jardins du sérail des fouilles pour retrouver la trace de leurs fondations. A ces documents, nous en ajouterons deux autres pour justifier l'inclinaison que nous avons fait subir aux murs septentrionaux , afin qu'ils fissent face au Tzycanistérion. Jusqu'au règne de Basile le Macédonien (f 88G) , les jardins du palais ne s'étendaient pas au delà du château du Boucoléon (n° 134) ; mais ce prince ayant voulu établir un nouveau Tzycanistérion (n° 131) pour les exercices équestres des empereurs, acheta les maisons particulières qui se trouvaient là, les démolit, aplanit le terrain, et bâtit, en cet endroit, de nouveaux édifices ayant vue sur la mer3. Ainsi l'enceinte du palais n'atteignait pas même encore l'entrée du Bosphore après ces acquisitions faites pour l'agrandir.
Une porte et des grilles furent placées en face du Tzycanistérion. On lit, en effet, dans le livre des Cérémonies de la cour que les ambassadeurs sarrasins, sortant du Palais-sacré où ils avaient été reçus par l'empereur, « franchirent les portes orientales du Chrysotri- » clinium (n° 95, E) , et sortant par l'Héliacon du Phare (n° 105, A) , ils arrivèrent en bas » par l'Héliacon de la Nouvelle-église (n° 128, A) et le grand triclinium (n° 134) dans le )) Tzycanistérion. Montant à cheval en cet endroit, ils s'en allèrent à leur propre de- » meure4. » Lorsque Romain Lécapène eut été déposé par ses propres fils qu'il avait associés à l'empire (944), le peuple, craignant que les conjurés n'eussent assassiné Constantin
1 Nicet^e Historia, De Alexio IsaaciJng.fr., lib. III, cap. vi; Paris., p. 339; Bon., p. 697.
2 Voyez plus haut, sur l'Hippodromios, le chap. III, § vi, p. 65, et ci-après le § vu.
5 Constant. Porphyr., De Basil. Maced., ap. Script, post Theoph.; Paris., p. 202; Bon., p. 328. Pour de plus amples renseignements, voyez le § xxm ci-après. 4 De cer. aul. Bjz., lib. II, cap. xv, p. 586.
Porphyrogénète , le seul empereur légitime, accourut en foule au palais. Pour le rassurer, Constantin, « les cheveux déliés, se montra à travers les grilles, dans cette partie du » palais où s'étend le champ du Tzycanistérion 1 » . Puisque l'empereur Basile, après avoir créé le Tzycanistérion , avait établi tout auprès des grilles donnant une sortie sur la ville , nous avons pensé que ces grilles devaient faire face à ce beau carrousel, et nous avons terminé l'enceinte sur la mer à une vieille tour, qui existe encore aujourd'hui.
L'endroit où les murs septentrionaux du palais atteignaient la Propontide étant ainsi fixé, occupons-nous de justifier le point de départ que nous leur avons donné, vers l'occident, à la hauteur de l'angle nord-est de Sainte-Sophie. Les documents que nous avons produits précédemment ont établi que les murs du palais, après avoir enveloppé le Sénat (n° 12) et Sainte-Marie Ghalcopratiana (n° 11), devaient se rapprocher très-près du mur oriental de Sainte-Sophie, puisque l'empereur pouvait passer de son palais dans les Catéchumènes supérieurs de la Grande-Eglise au moyen d'un escalier de bois (n° 13), dont le point de départ existait sur des terrasses couvertes (n° 117) pratiquées au-dessus de portiques qui allaient rejoindre le grand triclinium de la Magnaure2. Les murs du palais étant conduits ainsi jusqu'à la hauteur de l'angle nord-est de Sainte-Sophie, se prolongeaient-ils au delà vers le nord ou vers l'occident? Nous ne le pensons pas.
L'enceinte du palais ne pouvait pas s'étendre à l'occident en contournant le mur septentrional de Sainte-Sophie. En effet, on a vu plus haut qu'un passage existait en arrière du chevet de Sainte-Sophie, et conduisait de la vieille ville à la porte Anéthas (n° 10, B), qui s'ouvrait sur le Forum, entre Sainte-Marie Chalcopratiana (n° 11) et les bâtiments annexés au mur méridional de Sainte-Sophie 3. D'un autre côté, si l'enceinte du palais s'était prolongée vers l'occident en longeant le mur septentrional de la Grande-Eglise, elle aurait rencontré à peu de distance l'église Sainte-Irène, qui subsiste encore et s'élève au nord de Sainte-Sophie dans la première cour du sérail , à quatre-vingts mètres environ de ce mur. Cette église, bâtie originairement par Constantin, existait dans la ville et non dans l'enceinte du palais, ainsi qu'on l'a vu par la description de Constantinople écrite du temps de Théodose II, où elle est désignée sous le nom d'église Antique, qui lui était donné pour la distinguer d'une autre église consacrée sous le vocable de la même sainte4. L'Anonyme qui a écrit au onzième siècle sur les antiquités de Constantinople, nous a appris au surplus que Justinien avait été obligé d'acheter les maisons de l'ostiaire Antiochus et celle d'une dame Anne, pour obtenir le terrain nécessaire à la construction de la nouvelle Sainte-Sophie, et que tout l'espace qui s'étendait depuis le milieu du temple jusqu'à l'extrémité du béma, ainsi que celui sur lequel était construit le scévophylacion
1 Luitprandi Antapodosis, lib. V, § 21, ap. Pertz, Mon. Germ. hist., t. V, p. 333.
2 Voyez plus haut, chap. II, § i, vi; chap. III, § ix, p. 30, 40 et 84; et plus bas chap. IV, § xxi. 1 Chap. II, § vm, p. 43.
* Codin., De œdificiis; Paris., p. 38; Bon., p. 73. — Gyllii De topogr. Const., lib. II, cap. il, p. 368.
(la sacristie), provenait d'acquisitions faites à des particuliers1. La ville touchait donc aux murs septentrionaux de Sainte-Sophie, et l'enceinte de la demeure impériale ne pouvait pas s'étendre à l'occident au delà du point où nous l'avons fixée, en face de l'angle nordest de la Grande-Eglise. Le récit que fait Nicétas de l'incendie qui dévasta Constantinople en 1203 justifie encore la délimitation septentrionale que nous avons donnée au palais impérial. Les Croisés français et vénitiens étaient campés en face de Constantinople, au nord du golfe de la Corne-d'or, où leurs vaisseaux avaient pénétré. Isaac l'Ange venait d'être rétabli sur le trône, et le but apparent des Croisés étant atteint, ils restaient devant la ville, comme des alliés de l'empereur, en attendant que le payement des sommes qu'ils avaient stipulées pour la restauration d' Isaac eût été complété; mais une haine très-vive existait entre eux et les Grecs. C'est dans ces circonstances que quelques soldats flamands s'imaginèrent, sans avoir reçu aucun ordre des chefs de la croisade, de traverser le golfe de la Corne- d'or afin de piller un temple appartenant aux Sarrasins, et dont les empereurs avaient toléré l'existence. Les Sarrasins prirent les armes, et, avec l'aide des Grecs, ils repoussèrent les agresseurs. Les Latins, irrités de voir quelques-uns des leurs tomber sous les coups des Grecs, mirent le feu aux maisons voisines. C'était au milieu de la nuit; l'incendie, poussé par un vent violent du nord, dévora une partie de la ville. « Le feu commença, dit Nicétas, à la synagogue des Sarrasins, qui est située sur la pente » septentrionale, du côté de la mer, au nord de la ville, pente qui touche à l'enceinte du » temple fondé sous le vocable de Sainte-Irène. Du côté de l'orient, il ne s'arrêta qu'à la » Grande-Eglise2, » On voit, d'après le récit de Nicétas, que le temple des Sarrasins était situé non loin du golfe de la Corne-d'or, très-près sans doute de cette porte indiquée au plan de Bondelmonti sous le nom de porte des Juifs. Partant de ce point au nord de la ville, l'incendie s'étend dans la direction du nord au sud jusqu'à l'église Sainte-Irène. A partir de la côte sur le Bosphore, il dévore tout, et n'est arrêté que par les épaisses murailles de Sainte- Sophie. 11 est évident dès lors que toute la partie de la ville qui se trouvait sur remplacement actuel du sérail, au nord du parallèle et à l'est du méridien de Sainte- Sophie 3, lut incendiée; et l'on comprend que si l'incendie, de ce côté, ne s'étendit pas au sud du parallèle, c'est que les hautes murailles du palais, édifiées au nord, en face de la ville, avaient arrêté ses ravages. Tels sont les documents qui nous ont déterminé à tracer l'enceinte septentrionale du palais, à peu de distance du parallèle de Sainte-Sophie, sur une ligne droite qui descend à l'est vers la mer.
Les dissertations qui précèdent ont déjà justifié la situation que nous avons donnée à 1 enceinte du palais sur le Forum ; on a vu également qu'au midi le palais du Cathisma et l'église Saint-Etienne, qui dépendaient du grand palais, s'élevaient au-dessus de l'Hippo-
1 Ant. Const., ap. Banduri, hnp. Orient., lib. IV, p. 66 et 67.
2 Nicet^e Hisloria; Paris., p. 356; Bon., p. 733.
3 Voyez notre planche Ire.
drome, et qu'ainsi le mur rectiligne qui fermait le champ de course au nord, servait de limite et de défense au palais1. Les dissertations qui vont suivre2 viendront apporter, au surplus, de nouvelles preuves à l'appui de notre tracé sur ces différents points; mais il faut nous expliquer sur la limite occidentale que nous avons donnée au palais en regard de l'Hippodrome.
Pierre Gylli nous a appris que les murs du palais s'élevaient près de l'Hippodrome, sur un tertre de cent pas de hauteur environ, qui s'étendait jusqu'à la mer, « in altitudinem circiter centum passuum edito 3 » . Cette détermination de l'élévation du tertre au haut duquel s'élevait le mur d'enceinte du palais n'est pas très-claire. Nous avons expliqué plus haut que Gylli, par l'expression pas, n'avait pu entendre une mesure usuelle de longueur, et l'on a vu également que ce voyageur se servait du pied romain lorsqu'il voulait indiquer une hauteur comme celle des obélisques et de leurs soubassements4. Nous croyons donc que Gylli a voulu dire qu'il fallait parcourir une distance de cent pas de marche en partant du pied du mur de l'Hippodrome pour atteindre le sommet du tertre. La distance réelle existant entre Sainte-Sophie et l'extrémité de l'Hippodrome nous avait fait porter à quatre-vingt-quatre centimètres la longueur des pas de marche de Gylli 5; mais en gravissant un tertre son pas devait être moins allongé que sur un terrain plan. Toujours est-il qu'il résulte des termes dont se sert Gylli que les murs du palais ne touchaient pas aux gradins orientaux du Cirque, et cela se conçoit, puisque autrement la sûreté du palais aurait été compromise; mais ils devaient en être fort près. En effet, lorsque l'empereur devait présider aux jeux du Cirque, il se rendait dans le Cathisma, mais lorsqu'il voulait seulement se montrer au peuple réuni dans l'Hippodrome et lui donner sa bénédiction, il se transportait par la galerie de Justinien (n° 109) sur une terrasse (n° 113) située à l'extrémité de cette galerie. On établissait le trône sur cette terrasse, qui touchait aux murs du palais, et de là il bénissait le peuple qui l'acclamait 6. Les murs du palais devaient être assez rapprochés du flanc oriental de l'Hippodrome pour que le peuple pût voir l'empereur. H y a plus, de cette terrasse partait une galerie nommée galerie de Marcien , à l'extrémité de laquelle s'élevait un naos renfermé dans la dernière des tours qui flanquaient les murs du palais du côté de la terre 7. Il n'est pas à supposer que ces galeries aient décrit des lignes courbes ; nous avons donc tracé les murailles occidentales du palais sur une ligne droite tirée à soixante-cinq mètres du grand côté oriental de
1 Voyez chap. I, § n, p. 12; chap. II, § n, p. 31; § m, p. 37; § vi, p. 40;§vm, p. 41 ; § x, p. 45; cliap. III, § vi, p. 66.
2 Voyez chap. IV, § n et ix.
5 De topogr. Const., lib. I, cap. vu.
4 Voyez chap. I, § n, p. 15, et chap. II, § x, p. 49.
5 Voyez chap. I, § n, p. 21.
6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxiv, § 3, 4 et 5, p. 285 et seq. — Voyez ci-après le § xx. ' Voyez pour les preuves de ces dispositions le § xxvn ci-après.
l'Hippodrome et descendant jusqu'à la mer, parallèlement au grand axe du Cirque.
Mais une objection est soulevée par un passage de Procope qui a fait dire à M. de Haumier que le palais des empereurs grecs s'étendait du côté de la Propontide jusqu'à Tschatlade- Capou et Kutscliuk Aja Sofiia (Saint- Serge- Saint-Bacclius) où se trouvait le palais Hormisdas, en touchant immédiatement de ce côté à la partie inférieure de l'Hippodrome '. Voici d'abord le passage de Procope : « Justinien éleva auprès du palais » impérial, qui s'appelait anciennement Hormisdas, un temple à saint Pierre et à » saint Paul , qui n'en avaient pas encore à Constantinople. Il avait fait de cette demeure, » qui lui appartenait, comme un petit palais remarquable par la beauté de ses construc- » tions. Quand il fut devenu empereur , il le rattacha au* autres palais , ioïç zXkoiç » facCAdoiz ivr^iv. Là, il construisit encore un autre temple aux illustres saints Serge et » Bacchus 2. » Ce texte ne peut fournir matière à discussion ; il est certain qu'à son avènement au trône, Justinien réunit au grand palais impérial son habitation personnelle qui portait le nom d' Hormisdas et par conséquent les terrains qui existaient au sud, au-dessous de l'Hippodrome. Mais les choses ne demeurèrent pas longtemps en cet état, et durant le cours de son règne, Justinien abandonna à la piété (les fidèles les deux temples qu'il avait joints à son ancienne demeure ; dès lors elle ne fut plus comprise dans l'enceinte du palais et fit partie de la ville. Cédrénus, qui écrivait au onzième siècle, s'exprime ainsi sur ce sujet : ((Justinien ajouta au naos de Saint-Serge et Saint-Bacchus, » qui est près du palais vers la mer, et au naos voisin des Saints-Apôtres, sa propre maison » et tout ce qu'il possédait là antérieurement, et, en faisant offrande du tout à ces deux » temples, il le convertit en un monastère d'hommes3. » Il est souvent question de Saint- Serge-Saint-Bacchus dans les auteurs, et ils n'en parlent, de même que Cédrénus, que comme étant près du palais ou dans Hormisdas, et non pas dans le palais impérial4. L'Anonyme comprend Saint-Serge dans sa description de la ville de Constantinople. « Les » grands bâtiments qui touchent à Saint-Serge, dit-il, sont ceux dans lesquels habita » Justinien le Grand lorsqu'il était patrice5. » Ces édifices étaient donc compris dans la ville, et non dans le palais.
Au-dessous de Saint-Serge-Saint-Bacchus, mais un peu plus à l'orient6, et par conséquent plus près du palais, il existait un petit port qui dépendait du palais d' Hormisdas et qu'on appelait port Julien, du nom de son fondateur7. Eh bien! ce port, dès le temps
1 Constant, und der Bosporos; Pesth, 1822, s. 220.
2 De œdificiis, lib. I, § 4; Paris., p. 13; Bon., t. III, p. 186. 5 Historiamm Compend.; Paris., p. 366; Bon., t. I, p. 642.
4 Anonym., De Michaele, ap. Script, post Theoph., lib. IV, § 7; Paris., p. 96; Bon., p. 154. — De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 170. — Du Cange, Const. Christ., lib. IV, § 6, n° 88, p. 135.
5 Antiq. Constant., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. III, p. 42.
6 P. Gyllii De topog. Const., lib. II, § 15, ap. Banduri, Imp. Orient., t. I, p. 380.
' Antiq. Const., ap. Banduri, lib. III, p. 45. — Codin., De œdificiis; Paris., p. 44; Bon., p. 87.
même de Justinien, appartenait à la ville. « L'église de sainte Thècle, martyre, dit Pro- » cope , est située près de ce port de la ville qu'on appelle Julien 1 . » Un auteur anonyme ajoute que du temps de Justinien « le Forum des négociants qui s'occupaient d'affaires » maritimes fut transporté au port Julien2 » . Il est donc évident que le palais d'Hormisdas, l'église Saint-Serge-Saint-Bacclius et le port Julien appartenaient à la ville dès le temps de Justinien, et que le grand palais ne s'étendait pas jusqu'à ce port.
Il est possible cependant que les terrains existant à l'orient du port Julien, entre l'extrémité sud de l'Hippodrome et la mer, aient continué à appartenir aux empereurs, et qu'un mur de clôture qui aurait suivi la direction du grand axe du Cirque ait été bâti à partir de la Spliendoné jusqu'à la mer3. Mais les défenses du palais ne pouvaient avoir été construites en cet endroit. En effet, l'Hippodrome dominait de beaucoup tous les terrains qui s'étendaient au sud de la Spliendoné ; les pentes , de ce côté , étaient « non-seulement » ardues et en précipice , dit Gylli , mais presque perpendiculaires et élevées de cinquante » pieds, plus ou moins4. » Si l'enceinte fortifiée du palais avait renfermé ce terrain, cette partie de la demeure impériale aurait été dominée par les gradins du Cirque , et une fois l'Hippodrome occupé par des séditieux, le palais impérial serait nécessairement tombé en leur pouvoir. On comprend dès lors que les murailles et les tours qui défendaient l'enceinte du palais5 durent être élevées au delà de l'Hippodrome, afin, au contraire, de le dominer.
Le cérémonial à observer lorsque l'empereur se rendait du Palais-sacré à Saint-Serge- Saint-Bacclius fait bien voir non-seulement que cette église ne dépendait pas du palais, mais encore qu'il n'y avait aucune communication entre le palais et cette église par le bord de la mer, au-dessous de l'Hippodrome. Dans cette circonstance, l'empereur, sortant du Chrysotriclinium (n° 95), traversait le Tripéton, le Lausiacos, la grande galerie de Justinien (nos 94, 92, 109). De là, suivi de toute la cour, « il passe par les Scyla (n° 110). « Les Candidats, les Scribes et les Mandatorès 6 qui doivent l'accompagner lorsqu'il se » rendra dans le Cirque, attendent dans l'Hippodromios (n°42). L'empereur sort dans » l'Hippodrome, accompagné par eux tous, et le traverse. Cependant la foule qui remplit » l'Hippodrome acclame l'empereur qui entre à Saint-Serge par les anciens bureaux7. »
1 De œdificiis, lib. I, cap. iv; Paris., p. 15; Bon., p. 190.
* Anonïm., De ant. Const., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. VI, t. I, p. 127. Ce port Julien devait exister à l'endroit où est aujourd'hui l'échelle de Tschatlade-Capou , près de la porte de ce nom. — Voyez nos planches Ire et IIe, la carte jointe à l'ouvrage de M. de Hammer, celle de Heller, Paris 1843, et celle d'Olivier, Constantinople 1851.
5 Voyez la planche IIe.
* De topogr. Const., lib. I, cap. vu, p. 357.
5 Luitprandi Anlapodosis, lib. V, § 21, ap. Pertz, Mon. Germ. Iiist., t.V, p. 332. — Leonis Diaconi Historiée, lib. IV, § G; Bon., p. 64.
6 Officiers chargés de porter les ordres de l'empereur; Du Cange, Glos. lat., v° Mandator.
7 De cer. aul. Bjz., lib. I, cap. u, p. 87.
La demeure impériale ne s'étendait donc pas jusqu'à Saint-Serge comme le veut M. de Hammer, puisque pour se rendre à cette église l'empereur était obligé de sortir du palais et de traverser le grand Hippodrome.
Nous terminerons ce qui a rapport à la situation du palais impérial par deux citations qui feront bien comprendre que son enceinte ne pouvait pas avoir plus d'étendue que celle que lui donne notre plan \
Nous avons déjà parlé de la sédition qui s'éleva à Constantinople , en 1042, lorsque Michel V, surnommé Calafate, eut fait conduire l'impératrice Zoé dans l'île du Prince2. Après avoir été obligé de quitter la tribune des jeux à cause des flèches et des pierres que lançaient les insurgés réunis dans l'Hippodrome, Michel avait repris courage, et comme le peuple, pour attaquer le palais, était divisé en trois corps, l'un dans l'Hippodrome, un autre vers les Excubiteurs et le troisième du côté du Tzyeanistérion , l'empereur divisa également en trois corps les troupes qui formaient la garde du palais3. Ainsi, pour envahir la demeure impériale , les insurgés l'attaquent des trois côtés par où on pouvait l'aborder : par l'Hippodrome (n° 17) , par le forum Augustéon où se trouvait la porte de la Chalcé et à la suite le triclinium des Excubiteurs (nos 20 et 27), et enfin du côté de la vieille ville, où existait le Tzyeanistérion (n° 131) qu'avait établi l'empereur Basile au neuvième siècle.
Notre seconde citation est empruntée au livre des Cérémonies. 11 s'agit du cérémonial à observer « lorsque l'empereur , dans un jour ordinaire , veut aller faire ses dévotions soit )) aux Saints-Apôtres , soit à toute autre église.
» La veille , les ordres sont donnés au Préposé et au capitaine des gardes pour qu'ils » aient à rassembler le lendemain matin, à l'endroit où l'empereur a décidé qu'il monterait » à cheval , tous ceux qui doivent l'accompagner. Dès le matin , tous s'avancent revêtus du » scaramangion 4 et s'en vont avec le Préposé et les Cubiculaires soit vers le Caballarios , » soit vers l'église du Seigneur, soit vers l'Hippodrome, soit vers le Tzyeanistérion , soit » vers Daphné ; car l'empereur a coutume de sortir par l'une de ces issues lorsqu'il monte » à cheval5. » Ce passage indique bien l'étendue du palais et ses différentes portes. En effet, lorsque la réunion avait lieu dans le Caballarios (n° 120) , c'est que l'empereur devait sortir par la porte Monothyros (n° 118) qui s'ouvrait sur le Eorum; lorsqu'on se réunissait à l'église du Seigneur, c'est que l'empereur, après avoir traversé la porte du Spatharicion et cette église (nos 60 et 35), montait à cheval à la porte du narthex et traversait les Courtines et l'atrium de la Chalcé (nos 29 et 20, A); s'assemblait-on dans l'Hippodromios (n° 42) , c'est que l'empereur devait passer par la porte de fer de Daphné (n° 39) ; la réunion se faisait-elle dans le Tzyeanistérion (n° 131), c'est que la grille qui
1 Nous engageons nos lecteurs à ne lire ce qui suit qu'en consultant nos planches IIe et IIIe. 1 Voyez chap. II, § x, p. 46.
* G. Cedreni Compend. hist.; Paris., p. 751; Bon., t. II, p. 538.
' Longue robe talaire qui était le vêtement de dessous lorsqu'on en portait plusieurs.
* De cer. mil. Byz., lib. II, cap. xm, p. 557.
s'ouvrait sur la vieille ville (n° 132) avait été désignée pour la sortie du souverain ; enfin si les dignitaires étaient convoqués dans Daphné (n° 44), c'est que l'empereur devait traverser l'Augustéos, l'Onopodion, le Consistorion (nos 48, 36, 32) et les salles des gardes (nos 28, 27 et 23), pour monter à cheval soit à la porte de bronze des Courtines (n° 30), soit dans l'atrium de la Ghalcé (n° 20, A). Ces différentes marches de l'empereur pour sortir du palais se rencontrent dans le livre des Cérémonies.
Nous pensons avoir justifié la délimitation que nous avons tracée de l'enceinte du palais impérial , et nous sommes autorisé à dire que la seule partie du sérail du sultan qui ait été comprise dans cette enceinte est cette portion des jardins de forme triangulaire existant au sud du parallèle de Sainte-Sophie, et dont l'angle méridional se trouve sur la mer de Marmara près de Kara-Capoussi , la porte de terre 1 . Les murs du sérail , qui partant de ce point-là, remontent vers la porte Impériale, Bab-i humaïoun, en faisant face à l'ouest, doivent avoir été bâtis à une époque voisine de la conquête, dans le style des anciens murs de la ville, mais ils ne peuvent être antiques; ces murs auraient coupé en deux parties la résidence des empereurs grecs, et rien ne les indique dans les auteurs ; ils ont dû être construits avec les matériaux provenant de la démolition des murailles septentrionales de cette résidence. D'après notre plan, le grand palais tout entier, le triclinium de la Magnaure, le palais de porphyre et le Pentacoubouclon se trouvent en dehors de l'enceinte actuelle du sérail ; l'emplacement qu'occupaient ces édifices et les jardins qui les environnaient sont couverts par une partie de la mosquée du sultan Achmet , et par un quartier considérable qui s'étend entre Tschatlade-Capou, cette mosquée, Sainte-Sophie et les murs du sérail.
Avant de faire connaître les documents qui nous ont guidé dans les dispositions particulières que nous avons adoptées pour chacune des parties de la demeure impériale , nous allons emprunter au livre de Constantin Porphyrogénète le cérémonial à observer lorsque l'empereur se rendait à Sainte-Sophie, parce qu'il fournit un renseignement assez complet sur l'ensemble de la distribution intérieure du grand palais.
« Le jour de la fête, dès la première aurore , les Préposés suivis de tous les officiers de h service du palais entrent dans le Caballarios (n° 120) et y stationnent. Le grand portier » ayant ouvert le palais, ils entrent et s'arrêtent devant la portière du Panthéon (n° 95, A). » Les valets de chambre, (lk<7nrçTop£ç, entrent à leur tour et retirent la verge de Moïse de » l'oratoire de Saint-Théodore (n°96) qui est dans le Chrysotriclinium, puis les officiers du » palais préposés aux costumes impériaux, oi xcov àXXa^i'fjuov tou Y.ouZovÀkdoii , avec les Diétaires, » [X£Tàxwv Siaruaptcov, sous leurs ordres, prennent le coffre dans lequel est déposé le vêtement » impérial et les écrins qui renferment les couronnes , tandis que les Spathaires enlèvent » les armes, les boucliers et les lances de l'empereur. Les Préposés aux vêtements emportent » le costume impérial et le déposent dans le salon octogone (n° 50) qui est dans le palais de » Daphné, c'est-à-dire en avant de l'église Saint-Etienne premier martyr (n° 54). Les
1 Voyez la planche Ire.
» Spathaires qui portent les armes se tiennent clans l'Onopodion (n° 36). Alors l'empereur » sort de la chambre sacrée, tou tepou xoraovoç (n° 104), revêtu du scaramangion , et fait sa » prière accoutumée dans la conque du Chrysotriclinium (n° 95, E) où est représentée » l'image sainte de Notre-Seigneur le Dieu, assise sur un trône. En ce moment, les Pré- » posés franchissent la portière du Panthéon et se prosternent devant l'empereur, qui revêt » alors le sagion bordé d'or puis il sort par le Trésor (n° 74) 2. Dans le Sigma (n° 71) , le » corps des Maglabites et celui des Hétaires, le Logothête, le Canicléios3, le Protosecrétaire » et le Protonotaire reçoivent l'empereur, et, après lui avoir rendu leurs devoirs, ils lui » font cortège*. »
Nous continuerons le récit du cérémonial en l'analysant et en supprimant tout ce qui n'a pas rapport à notre sujet, mais nous conserverons scrupuleusement toutes les expressions du texte sans y rien ajouter.
L'empereur entre pour prier dans l'ancien naos delà Mère de Dieu (n°45), puis dans l'oratoire de la Sainte-Trinité (n° 46) , qui est joint à ce naos; de là il passe dans le Baptistère (n° 47) . Ensuite il traverse le triclinium de l' Augustéos (n° 48) , où il est reçu par différents fonctionnaires, et entre avec les Cubiculaires et les officiers de la chambre dans le salon octogone (n°50), où l'on a déposé le costume impérial. Ensuite l'empereur, accompagné des Préposés, se rend à l'église Saint-Etienne (n° 54), où il prie et se prosterne devant la croix très-belle et très-vénérée de saint Constantin. Ceci fait, il s'en va dans le coiton de Daphné (n° 51) pour s'y reposer. L'un des officiers du patriarche étant venu apporter le programme de* la cérémonie, l'empereur rentre dans l'Octogone, et le Préposé appelle les valets de chambre, qui le revêtent d'une brillante chlamydeet se retirent. Alors le Préposé, en présence de tous les Cubiculaires, pose la couronne sur la tête de l'empereur. Celui-ci traverse le triclinium de l'Augustéos et s'arrête un instant dans la Main-d'or, c'est-à-dire dans le portique de l'Augustéos (n° 49) , en dehors de la grande porte.
A un signe de tête de l'empereur, le Préposé fait avec la chlamyde un signe àl'Ostiaire, qui tient une verge d'or, et celui-ci amène aussitôt les maîtres, les patrices, les généraux et d'autres dignitaires qui saluent l'empereur. Celui-ci, suivi de tous, s'avance dans l'Onopodion (n° 36) jusqu'au grand Consistorion (n° 32), où l'on a porté la verge de Moïse et la grande croix de saint Constantin. Là, l'empereur se tient un instant en haut de l'estrade en avant du dais (n° 32, B), àvco(kv tou houÀu(tou è'u.îrpoo'ÔEv tou xau^auxfou.
Ensuite, il passe dans le triclinium des Candidats (n° 28), traverse le dôme aux huit colonnes (n° 28, A) et le triclinium des Excubiteurs (n° 27) , puis il s'en va dans le tribunal des Lychnos (n° 25) . Se tenant là près des flambeaux , c'est-à-dire dans l'abside,
1 Le sagion était une sorte de tunique plus courte et plus ornée que le scaramangion, et qui se portait pardessus ce premier vêtement.
2 Voyez plus haut, chap. III, § vin, p. 71, et chap. IV, § xn.
5 Officier chargé de porter le vase qui renfermait l'encre rouge avec laquelle l'empereur signait ses décrets. 4 De cer. oui. Bjz., lib. I, cap. i, p. 6.