ABSIDE ET ATRIUM DE LA CHALCÉ
Procope, dans sa description de la Chalcé, ne parle ni de l'abside ni de l'atrium de ce vestibule; mais il est fort possible que ces deux localités n'aient été établies que postérieurement au règne de Justinien, qui avait restauré le vestibule de la Chalcé, brûlé pendant la sédition des Victoriats 1 ; elles sont mentionnées dans d'autres auteurs et dans le livre des Cérémonies. Ainsi l'Anonyme qui a écrit au onzième siècle sur les antiquités de Constantinople, et Codin, en faisant l'énumération des statues qui se trouvaient dans la Chalcé, en citent plusieurs qui étaient élevées dans l'abside ou en avant de l'abside,
Quant à l'atrium qui existait en avant de la Chalcé, entre la grande porte de fer qui s'ouvrait sur le forum Augustéon, et la grille qui fermait le Chytos, il est indiqué dans plusieurs passages du livre des Cérémonies. Ainsi, on vient de voir que l'empereur, après avoir fait une réception de fonctionnaires sous la coupole de la Chalcé, en faisait une autre en dehors de la grille qui fermait ce vestibule , et une troisième devant la grande porte qui fermait le palais sur le forum Augustéon. Il fallait donc qu'il existât entre la grille du Chytos et cette porte un espace où les fonctionnaires admis à rendre leurs hommages à l'empereur pussent se rassembler. Dans une autre circonstance, l'empereur, après avoir visité divers monuments et églises de la ville, suivi d'un cortège de grands dignitaires à cheval, rentre dans la Chalcé. Là, tous descendent de cheval, sauf l'empereur, qui pénètre dans le palais par les Courtines (n° 29) et s'en va jusqu'à l'église du Seigneur (n° 35) 3. Une cour intérieure, en avant de l'édifice de la Chalcé, dans laquelle on pouvait entrer à cheval , est donc bien indiquée par cette citation. Un autre passage du livre des Cérémonies vient démontrer que cet atrium, qui précédait le Chytos, devait être recouvert en tout ou en partie par une voûte en cul-de-four, c'est ce qui nous a décidé à tracer en hémicycle le fond de l'atrium. En effet l'empereur, en revenant de Sainte- Sophie au palais, dans un jour de fête, avait fait une première réception de fonctionnaires en dehors du Puits-sacré (n° 1 , L) , et revenu au palais , il fait une autre réception « en » dehors du Chytos de la Chalcé, là, sous la voûte en cul-de-four, elç rrjv toû ixeïct » cpopvixou xafjwcpav, à l'intérieur de la porte de fer, dç tt)v crtS7)pàv uuXtjV4» . On voit que la grande porte qui fermait le palais sur l' Augustéon était en fer. Ceci est confirmé par le récit du coup de main tenté par Constantin Ducas à la mort de l'empereur Alexandre (912), fait sur lequel nous reviendrons plus loin5.
Les portiques à colonnes du Forum régnaient tout autour de la place; la porte de fer
1 Procopius, De œdificiis, lib. I, cap. x; Paris., p. 23; Bon., p. 201.
* Anonym., Ant. Const., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. I, p. 9. — Codin., De signis; Paris., p. 19; Bon., p. 34.
3 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. x, p. 84.
4 De cer. oui. Byz., lib. I, cap. i, p. 19.
6 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. u, p. 39. — Anonym., De Constant. Porph., ap. Script, post Theoph., lib. VI; Paris., p. 236; Bon., p. 383.
s'ouvrait donc sur ces portiques. Au-devant de la Clialcé, ils étaient garnis de grilles de fer pour en défendre au besoin l'accès. Ce fait résulte de divers passages du livre des Cérémonies. Ainsi l'empereur, en sortant de Sainte-Sophie, monte à cheval sous les portiques pour rentrer au palais; dans son chemin il reçoit, sous les voûtes du Milliaire (n° 3), les hommages de la faction des Bleus; un peu plus loin, les hommages de celle des Verts; enfin « un peu plus loin encore, c'est-à-dire à l'intérieur des grilles qui mènent à la )) Chalcé, il accueille de nouveau le chef de la faction des Bleus; de là, l'empereur n s'avance dans le palais et va descendre de cheval à la grande porte du triclinium des » Candidats (n° 28) 1 » . On lit encore dans le Cérémonial que lors de la réception des ambassadeurs sarrasins, l'Eparque avait fait disposer en dehors de la porte de la Chalcé et de chaque côté jusqu'aux grilles de sortie, i'co; tou è£dcyovTOç éxetas xayxéXXou, des étoffes de pourpre et de soie. Et en faisant connaître l'emplacement assigné à chaque corps dans cette occasion, le Cérémonial ajoute que les Dalmates occupaient l'intérieur de la Chalcé, et que le bas peuple se tenait en dehors des grilles, è'^coOev tou xayxéXXou xîjç XaXxYjç, partie vers les Nouméra (n° 22), partie vers la voûte du Milliaire (n° 3)2. Ces grilles fermaient donc les portiques du Forum , puisque après les avoir dépassés on se trouvait dans la place même.
On s'étonnera peut-être de ne pas trouver la porte de la Chalcé ouverte au point milieu du mur du palais sur le Forum ; mais tout tend à prouver que le vestibule de la Chalcé s'élevait à l'endroit oû nous l'avons placé sur le plan de la restitution. En effet il faut remarquer que la Chalcé avait été bâtie par Constantin , et que Justinien ne fit que relever cet édifice sans en changer l'emplacement3; or, au temps de Constantin et de ses successeurs, l'église Sainte- Sophie n'occupait pas le même emplacement que le temple bâti par Justinien ; la Sainte-Sophie Constantinienne ne s'étendait pas au delà du point milieu de la coupole de l'église de Justinien; l'auteur anonyme qui a écrit au onzième siècle sur les antiquités de Constantinople , dit en effet4 que Justinien renversa de fond en comble l'église construite par Constantin, qu'il acheta, pour établir le nouveau temple, toutes les maisons qui se trouvaient aux alentours, et que notamment l'emplacement qu'occupent le Puits-sacré, le béma, l'ambon et le naos jusqu'au milieu de l'église de Justinien, faisait antérieurement partie de la maison de l'eunuque Antiochus. Ainsi , par suite de l'allongement de l'église vers l'est, l'emplacement du Forum dut être modifié et étendu également vers l'est, ce qui nécessairement déplaça le centre de la place. Le vestibule de la Chalcé, qui du temps de Constantin pouvait être élevé au point milieu de la face méridionale du
1 De cer. oui. Byz., lib. I, cap. i, p. 32.
2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 573 et 579.
s Anon-ïm., Ant. Const., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. I, p. 8. — Codin., De originibus; Paris., p. 9; Bon., p. 18.
4 Anonym., Antkjuil. Constant., lib. IV, ap. Banduri, Imp. Orient., p. 66 et 67.