DÉCORATION INTÉRIEURE DE LA CHALCÉ
Forum , ne s'y trouva plus lorsque la clôture de la place vers l'est eut été reportée beaucoup plus loin, par suite de la reconstruction de l'église Sainte-Sophie.
On trouve au surplus dans les auteurs différentes notions qui tendent à établir que l'entrée de la Chalcé n'était pas au centre du Forum , mais au contraire bien plus près de ses galeries occidentales que de ses galeries orientales. En effet, la cliapelle Saint-Alexis, qui était jointe à l'atrium de Sainte-Sophie ', et qui par conséquent n'était pas éloignée de l'angle nord-ouest du Forum, devait faire face au vestibule de la Chalcé, comme nous l'a appris le récit que fait Nicétas du combat livré dans le Forum par les soldats du césar Jean aux impériaux. La Chalcé ne devait donc pas être fort éloignée de l'angle sud-ouest du Forum. Le livre des Cérémonies nous vient encore en aide pour déterminer cette situation. Ainsi, en rendant compte d'une cérémonie dans laquelle l'empereur allait de son appartement à Sainte-Sophie, l'auteur s'exprime ainsi : ((L'empereur traverse le triclinium » des Excubiteurs, celui des Scholaires et la Chalcé, et au sortir de la grille de la Chalcé, » il tourne à droite, baiûti §s£wc, avec la procession , et s'en va au Puits-sacré2. » Si la grande porte de la Chalcé avait été ouverte au milieu du Forum, l'empereur n'aurait eu à peu près qu'à marcher droit devant lui pour arriver au Puits-sacré (n° 1 , L) ; mais au contraire, en sortant de la Chalcé, il tourne à droite; ce n'était sans doute qu'après avoir dépassé la hauteur du Milliaire que la procession se mettait en marche vers le nord, pour arriver à la Grande-Eglise.
Dans une autre circonstance, les ambassadeurs sarrasins, se rendant au palais, arrivent au Forum par la porte Anéthas, située à l'angle nord-est de la place (n° 10, B). Si la Chalcé par où ils entrèrent dans le palais avait eu sa porte au milieu du Forum , ils se seraient dirigés en droite ligne vers cette porte en traversant obliquement la place ; mais au lieu de cela , ils passent devant les bâtiments annexés au mur méridional de Sainte- Sophie, et ce n'est qu'après avoir dépassé le Puits-sacré (n° 1, L) qu'ils se dirigent vers la Chalcé , où ils descendent de cheval en dehors des grilles 3.
Nous nous sommes étendu longuement sur la position de la Chalcé, parce que ce vestibule étant l'entrée du palais et notre point de départ , il était important d'en déterminer exactement la situation; il nous reste à parler de sa décoration intérieure. Les murs, depuis le sol jusqu'aux voûtes, étaient revêtus de très-beaux marbres de différentes couleurs. Il est resté dans l'église Sainte-Sophie de magnifiques spécimens de ces mosaïques de marbre, et l'on peut dire que les artistes byzantins n'ont jamais été surpassés dans ce genre de travail ; il est impossible de marier les couleurs avec plus de goût et d'offrir plus de variété et de charme dans la composition des dessins4. Les voûtes étaient décorées de fines
1 Voyez cliap. II, § vu, p. 40.
2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xix, p. 608. 5 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 583.
* Voyez les planches 31 et 32 de l'ouvrage de M. de Salzenberg, All-Christliche Baudenkmale von Constantinopel.
mosaïques représentant une foule de sujets et de personnages. On y voyait Bélisaire rentrant à Constantinople avec son armée et présentant à Justinien et à Théodora les rois captifs, les villes et les provinces conquises; les sénateurs et les grands dignitaires de l'Etat entouraient l'empereur et l'impératrice.
Le pavé de la Chalcé était composé d'une belle mosaïque de marbre '. Au-dessous de la coupole existait dans le pavé une grande dalle de porphyre de forme circulaire, à laquelle on donnait le nom d' Omphalion, xo OfjLcpàXtov. On accomplissait certains actes sur cette dalle de porphyre. Ainsi l'empereur Romain Lécapène (919 f 944), après avoir racheté pour une somme considérable les titres souscrits par des citoyens de Constantinople devenus insolvables, fit brûler ces titres sur l'Omphalion de porphyre de la Chalcé2. On trouvera des omphalion encastrés dans le pavé du grand triclinium de Justinien (n° 109), dont nous parlerons plus loin. Il en existait aussi dans d'autres pièces du palais et notamment au-devant des trônes. L'empereur s'arrêtait sur ces dalles de porphyre dans certaines cérémonies.
Le vestibule de la Chalcé était, enrichi d'un grand nombre de statues antiques. On y voyait aussi celle de Bélisaire et celles de quelques empereurs de l'époque byzantine. Justinien y avait placé une croix3.
Romain Lécapène avait fait édifier dans la Chalcé , ou pour mieux dire avait annexé à cet édifice un oratoire dédié sous le vocable du Sauveur, tou 2coT?ipoç Xpicrou xaxà ttqv XaXxTjv sùxT^piov, 6 2wTr(p dç nljv XaXxîjv (n°21). L'empereur Jean Zimiscès (f 976) le reconstruisit, et y fit préparer son tombeau, qui était tout en or et enrichi d'émaux et de nielles4.
Auprès de la Chalcé s'élevait, sur le Forum, un édifice qui recevait le nom de Nouméra, xà Noujxspa (n° 22) ; il avait été construit par Constantin en même temps que le vestibule de la Chalcé, et faisait partie du palais impérial. Cet empereur y avait établi des tribunaux; postérieurement, les Nouméra furent convertis en prison5. Les Nouméra touchaient aux Thermes de Zeuxippe. A la fin de l'empire byzantin, ces thermes, ayant été réunis au palais, avaient pris le nom de Nouméra, de l'édifice auquel ils étaient
1 Procopius, De œdificiis, lib. I, cap. x; Paris., p. 24; Ron., p. 204.
2 Anonym., De Romano Lee, ap. Script, post Theopli., lib. VI, § 44; Paris., p. 206; Ron., p. 429. — Cedreni Hist. compend.; Paris., p. 631; Ron., t. II, p. 318. — Theophanis Chronoyr., in Mauricio; Paris., p. 239; Ron., p. 438. — Lebeau, dans son Histoire du Bas-Empire, livre LXXIII, fait de cet Omphalion une place publique.
3 Anonym., Ant. Const., ap. Randuri, Imp. Orient., lib. I, p; 7 et 8. — Codin., De sùjnis, Paris., p. 19; Ron., p. 34.
4 Leonis Diaconi Hist., lib. VIII, § i; Paris., p. 78; Ron., p. 128; et lib. X, § n ; Paris., p. 110; Ron., p. 178. — Anonym., Ant. Const., lib. I, p. 10. — Codin., De œdificiis; Paris., p. 63; Ron., p. 127. — Ms. Ribl. Imper., n° 1788, f° 9 r°.
6 Anonym., Ant. Const., ap. Randuri, lib. I, p. 8. — Codin., De originibus; Paris., p. 9; Ron., p. 18; et De œdificiis; Paris., p. 39; Ron., p. 76. — Anonym., De Michaele , ap. Script, post Theopli., lib. IV, § 22; Paris., p. 109; Ron., p. 175.
TRICLINIUM DES SCHOLAIRES. 115
joints1. Dans la sédition des Victoriats, sous Justinien, les Nouméra furent brûlés avec les Bains de Zeuxippe et la Chalcé. La contiguïté des Nouméra avec ces deux édifices est encore démontrée par la citation que nous avons empruntée au cérémonial de la réception des ambassadeurs sarrasins , et qui constate que le bas peuple se tenait , sur le Forum , en dehors des grilles de la Chalcé, auprès des Nouméra2.
LES SALLES DES GARDES PRÉTORIENNES ; LE NAOS DES SAINTS-APOTRES; LE TRIBUNAL DES LYCHNOS ; LES COURTINES.
En retraçant l'itinéraire suivi par l'empereur à travers le palais, dans un jour de fête, pour se rendre de sa chambre à coucher (n° 104) à la porte de la Chalcé sur le Forum (n° 20, A), et de là à Sainte-Sophie3, nous avons déjà prouvé la contiguïté des salles des gardes et du tribunal des Lychnos; le retour de l'empereur de Sainte-Sophie au Palaissacré complétera cette justification. Dans ces occasions, l'empereur sortait de l'église dans l'Augustéon par le Puits-sacré (n° 1, L), et là, en dehors de cette salle, sans doute sous les portiques qui régnaient sur le Forum , il faisait une première réception de fonctionnaires. Après avoir traversé l'Augustéon et être arrivé au palais, il faisait une seconde réception en dehors du Chytos de la Chalcé, sous la voûte en cul-de-four, à l'intérieur de la porte de fer (n° 20, A) . La troisième réception avait lieu à l'intérieur de la Chalcé, è'vSoOev T/jç XaÀxyjç, au-devant de la porte (n°20, D) qui conduit dans le triclinium des Scholaires, dç tocç lyoX'xç. Il faisait la quatrième dans le vestibule des Saints-Apôtres, c'est-à-dire dans les Scholaires, dç xàç 2-/oÀàç (nos 23 et 24), et la dernière dans le tribunal devant les flambeaux, dç to xpi€ouvàÀiov -rçyouv -rcpo tcov Xu^vwv (n° 25) . Après ces réceptions, l'empereur traversait les Lychnos, le triclinium des Excubiteurs (n° 27) et le triclinium des Candidats (n° 28), et entrait dans le Consistorion (n° 32). 4. Les trois tricliniums des gardes prétoriennes et le tribunal des Lychnos formaient donc une série de salles contiguës qui devaient se suivre en droite ligne, puisqu'elles avaient toutes des portes de sortie sur la longue cour nommée les Courtines (n° 29), comme on le verra plus loin.
Revenons sur chacune de ces localités pour en signaler les particularités.
Le triclinium des Scholaires, ô TptaÀivoç tûv 2yoÀwv5, et par abréviation les Scholaires, ou lyokcni6, était la première des salles du palais après le vestibule de la Chalcé. Il servait,
1 Nicephor. Callist., ap. Du Cange, Const. Christ., lib. I, § 27, p. 90.
2 De cer. aid. Byz., lib. II, cap. xv, p. 579.
5 Voyez § i, p. 107.
4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 19 et 20; cap. ix, p. 69.
6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 13, lib. II, cap. xv, p. 579.
6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 19; cap. il, p. 40; cap. xxvn, p. 146 et passim.
comme son nom l'indique, de lieu de station aux soldats de la garde impériale qu'on nommait Seliolaires, oi ou ou 2yo'k>xl1. Les portes du naos des Saints-Apôtres
s'ouvraient sur cette salle. « L'empereur s'en va jusqu'au triclinium des Seliolaires, dit le » Cérémonial, et fléchit trois fois le genou dans le vestibule des Saints-Apôtres, iv tû )) irpoTcuÀauo twv àyfav 'Atoo-to^cov » ; et plus loin, « il fait une réception devant les portes » des Saints- Apôtres, c'est-à-dire dans les Seliolaires, ïjyouv dç xàç S^oXàç2» . Le naos des Saints-Apôtres avait été construit par Constantin3. Cette chapelle, élevée par conséquent dans le style des anciennes basiliques, se terminait par un hémicycle surmonté d'une voûte en cul-de-four, et c'est là que se tenait l'empereur, dç nqv xafj.àpav, lorsqu'il y entrait.
Le tribunal des Lvchnos, to xpiêouvaXtov tcov A'jyvcov, ol Auyvot (n° 25) 4, qui venait après le triclinium des Seliolaires, faisait partie des constructions élevées par Constantin5. Cette salle, à l'exemple des anciennes basiliques romaines où siégeaient les juges, s'arrondissait, du côté des Seliolaires, en hémicycle recouvert d'une demi-coupole. En sortant du palais, l'empereur passait par le tribunal des Lychnos, et y faisait une réception en se tenant dans l'abside, e?ç ty;v xaaàpav, dit le Cérémonial. En rentrant au palais, l'empereur, après avoir fait une autre réception dans cette abside, traversait les Lychnos pour entrer dans le triclinium des Excubiteurs 6. Il fallait donc que l'abside s'élevât du côté des Seliolaires. Quand l'empereur n'avait pas de réception à faire en sortant du palais, il ne traversait pas les Lychnos, et passait du triclinium des Excubiteurs (n° 27) dans celui des Seliolaires (n° 23) 7 ; ceci indique une galerie qui servait de communication entre ces deux tricliniums; nous l'avons figurée dans notre plan sous le n° 26. L'existence de cette galerie nous est révélée dans un autre passage du livre des Cérémonies. Les ambassadeurs sarrasins, devant être admis à l'audience de l'empereur Constantin Porphyrogénète , et étant entrés au palais par la Chalcé, « traversaient le triclinium des Seliolaires , et, arri- » vant au tribunal des Lychnos, tournaient à droite et allaient s'asseoir dans l'abside qui » est là , jusqu'à ce que l'empereur fût disposé à les recevoir 8 » . Ces ambassadeurs étaient donc entrés par une porte donnant de la galerie (n° 26) dans les Lychnos , et leur détour à droite pour aller gagner l'abside s'explique, lorsqu'on sait que cette abside était adossée au triclinium des Seliolaires. L'auteur du Cérémonial donne en cette occasion à l'abside des Lychnos le nom de Phournicon, to <ï>oupvixov, ce qui justifie encore la nature de la
1 Procopius, Hist. arc, cap. xxiv; Paris., p. 70; Bon., p. 135. — Du Cange, Gloss.
2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 13 et 19; cap. n, p. 36 et 40; cap. xlviii, p. 252.
3 Codin., De oi-iyinibus; Paris., p. 9; Bon., p. 18.
4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 12 et 20; cap. n, p. 35 et passim. * Codin., De originibus; Paris., p. 9; Bon., p. 18.
6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 12 et 20, et cap. iï, p. 37 et 40.
7 De cer. aul. Byz., lib. 1, cap. xxxv, p. 181.
8 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 583.