‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 80 sur 96 · LE TRICLINIUM DE LA MAGNAURE. 18U · texte numérisé non relu

LE TRICLINIUM DE LA MAGNAURE. 18U

dent , et le nom d'embolos qui est donné à ce portique nous indique une galerie ouverte qui couvrait toute la face occidentale de l'édifice. De ce portique, on montait par plusieurs degrés dans la grande salle de la Magnaure qui se terminait à l'orient par une abside (n° 116, C) élevée de plusieurs marches au-dessus du sol de la salle, et sous laquelle on plaçait le trône de l'empereur. Un portique élevé sur le flanc méridional de l'édifice, en face de l'Eglise du Seigneur (n° 116, A), servait d'entrée à l'empereur.

Transcrivons maintenant le cérémonial de « ce qui est à observer lorsque l'empereur » fait une réception dans le grand triclinium de la Magnaure, assis sur le trône de » Salomon » . Nous trouverons là d'autres renseignements sur les dispositions intérieures de ce triclinium.

Pour y venir du Palais-sacré, l'empereur suit l'itinéraire indiqué plus haut, « et il » entre dans le grand triclinium où est disposé le trône de Salomon. Là, vers l'orient, » au côté droit, au-dessous de l'abside, xàxcoOîv xîjç xoyy/jç1, sont placés les sièges d'or » et sont exposées les couronnes et les ehlamydes. Cependant l'empereur entre dans le

» Coiton qui est là à gauche Tout étant prêt, les Préposés entrent et en préviennent

» l'empereur. Alors l'empereur sort » (du Coiton) « et s'en va à l'endroit où les » ehlamydes et les couronnes sont déposées, et les ayant prises des mains des Préposés, » il monte sur le trône et s'y assied. Ensuite l'assemblée réunie en dehors des deux » portières qui se tirent et qui sont vers l'occident, dit à haute voix le Polychronion. » Ensuite les Préposés sortent et introduisent les Cubiculaires par les deux côtés, à » droite et à gauche, suivant l'usage. Dès que ceux-ci sont placés, le Préposé fait un » signe à P ostiaire, qui sort tenant sa verge d'or et introduit le premier ordre, daixyzi » P^Aov a' 2, à savoir les maîtres; et de nouveau, sur un signe du Préposé, l'autre ostiaire j> sort avec le moine insigne et introduit le deuxième ordre, à savoir les patrices; de » nouveau , sur un signe du Préposé , le premier ostiaire sort avec son insigne et » introduit le troisième ordre, à savoir les sénateurs, et cela se fait ainsi successivement » jusqu'à ce que tous les ordres aient été introduits » . Ensuite on amène les ambassadeurs étrangers. « L'ambassadeur en entrant se prosterne à terre et adore l'empereur, et au » même instant l'orgue se fait entendre. Dès qu'il s'est relevé, il s'avance et se tient à

' Dans le cérémonial transcrit à la page précédente, notre auteur avait donné à cette abside le nom de xafxapa; on voit par là que les mots noy^r) et xajxâpa sont synonymes.

2 Les personnes admises à la réception de l'empereur n'étaient jamais introduites que lorsque l'empereur était monté sur son trône. Elles n'entraient pas toutes ensemble dans la salle où le trône était établi. Avant la réception, les Préposés les organisaient suivant leur rang, et composaient un certain nombre de corps qui n'étaient introduits que successivement. Cbaque fois que l'un des corps entrait, on tirait la portière qui couvrait la porte d'entrée de la salle du trône, et on la refermait après l'introduction de chacun des corps. De cette coutume était venu le nom de f3rjXov, voile, portière, qui était donné à chacun des différents corps distribués en groupes suivant le rang qu'ils occupaient à la cour; en sorte qu'on était du premier, du second, du troisième voile, etc. Nous avons traduit le mot pyjÀov par ordre, qui rend mieux le sens en français. Dans la réception des ambassadeurs sarrasins, le premier voile était composé des maîtres, le second

» une certaine distance du trône impérial, et aussitôt l'orgue joue. Il faut savoir que » l'ambassadeur ayant été introduit, les personnages les plus distingués de sa suite » entrent, et après qu'ils se sont prosternés, ils se tiennent à l'intérieur des portières » qui se tirent. Le Logothôte fait à l'ambassadeur les questions d'usage, et aussitôt les » lions d'or commencent à rugir, les oiseaux posés sur le trône et ceux qui sont sur » les arbres d'or d'alentour font entendre un chant harmonieux. Les animaux qui sont » au bas des marches du trône (les lions) se dressent sur leurs pieds. Pendant que ces » choses se passent , le Protonotaire des courses apporte les présents offerts par » l'ambassadeur au nom de son maître... A la sortie de l'ambassadeur, les orgues » résonnent, les lions et les oiseaux se font entendre et les bêtes féroces se dressent

» au-dessus des degrés Il faut savoir que dès que les ambassadeurs sont sortis, le

» Préposé dit à haute voix: xsXeucaxE. (comme vous voudrez), et aussitôt les maîtres, les » patrices et les sénateurs sortent en disant le Polychronion. Ceux-ci étant sortis, le » Préposé dit de nouveau : xe^etiffaxe, et alors les officiers du Ghrysotriclinium sortent » en faisant entendre le Polychronion. Lorsque tout le monde est sorti, l'empereur » descend du trône, et ayant retiré sa couronne et sa chlamyde, il revêt le sagion bordé » d'or, et, accompagné des Cubiculaires, il se retire sans pompe dans le Palais-gardé- » par-Dieu, en suivant le chemin qu'il avait pris pour venir1.»

Ce passage, en confirmant ce qu'on avait déjà appris par les premières citations de la situation occidentale du grand portique, nous fournit d'autres justifications, tant sur le trône et ses accessoires que sur les dispositions intérieures de l'édifice. Ainsi, par la manière dont les Cubiculaires sont introduits, on comprend que la salle principale possédait des bas côtés. On trouve en dehors de cette salle le Coiton (n° 116, D) ou chambre particulière 2 qui servit souvent de chambre nuptiale aux empereurs.

Les six colonnes qui, de chaque côté, séparaient la nef des bas côtés et formait ainsi sept travées, nous sont indiquées par le livre des Cérémonies, de même que les quatre grosses colonnes qui décoraient le fond de la salle, disposées deux par deux à droite et à gauche de l'abside. On lit, en effet, dans les détails que fournit ce livre

des patrices, et le troisième des sénateurs. Dans une autre circonstance, lors d'une réception qui avait lieu dans le Ghrysotriclinium, voici quel était le rang des différents voiles ou ordres : le premier se composait des maîtres, le second des proconsuls, le troisième des patrices, le quatrième des sénateurs, le cinquième des comtes des scholaires, le sixième des candidats, le septième des domestiques, et le huitième des éparques (De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlviii). Les femmes n'étaient jamais admises dans les cérémonies à côté des hommes; mais, dans certaines circonstances, elles étaient présentées à l'impératrice et organisées, à cette occasion, en différents ordres, jiîjXa. Le premier ordre était composé des zostès, le second des maîtresses, le troisième des femmes des patrices, le quatrième des femmes des officiers protospathaires, le cinquième des femmes des autres protospathaires, le dixième des femmes des spatharocandidats, et le septième des femmes des spathaires, des écuyers et des candidats (De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 590).

1 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 567.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxiv, p. 137.

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sur la réception faite aux ambassadeurs sarrasins par l'empereur Constantin VII : « On » avait suspendu dans le grand triclinium de la Magnaure, où est établi le trône de » Salomon, des chaînes de cuivre argenté provenant de l'église des Saints- S erge-et- )> Bacchus-d'Hormisdas, savoir sept à droite et autant à gauche, et, entre les quatre

» grandes colonnes, quatre chaînes venant de la même église A toutes ces chaînes

» pendaient de grands lustres d'argent appartenant à la Nouvelle « (église))) . On avait encore » placé dans ce triclinium de la Magnaure, l'orgue d'or dans la partie droite1, au milieu » des grandes colonnes, mais en dehors des rideaux qui y sont attachés; en haut de )) la salle, vers l'orient, l'orgue d'argent de la faction des Bleus, et aussi, dans la » partie occidentale, l'orgue d'argent de la faction des Verts2. » Les sept lustres placés de chaque côté de la salle indiquent bien, dans les bas côtés, sept espaces séparés par des piliers ou des colonnes. Quant aux quatre grandes colonnes, elles étaient à droite, c'est-à-dire à l'orient du côté de l'abside. C'est là que nous les avons placées. Le haut de la salle est encore désigné dans ce passage comme étant à l'orient.

On a vu, par la première de nos citations, que l'empereur, en descendant de son trône pour se rendre à Sainte-Sophie, était sorti, après avoir traversé le grand portique occidental, par une porte qui conduisait vers le triclinium des Candidats. Il ne s'agit pas là d'une porte qui aurait fait partie de ce portique. Le nom de ï^okoç qui lui est donné indique déjà suffisamment que ce portique était ouvert, et n'avait pas, par conséquent, de portes. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'autour du triclinium de la Magnaure régnait un vaste Héliacon qu'il fallait traverser en arrivant par l'église du Seigneur, et qu'en descendant de l'Eros (n° 79) on devait passer par le flanc de la Magnaure avant d'atteindre le Macron des Candidats (n° 31), qui s'élevait, comme nous l'avons établi, sur la cour des Courtines (n° 29). A ces notions déjà acquises, ajoutons un nouveau renseignement : L'empereur descendant du haut de l'estrade où était son trône, « s'en va par le côté gauche de la Magnaure, et passant par les » Excubiteurs, les Seholaires et les petites portes de la Chalcé (nos 27, 23 et 20, E), )> il entre dans le Puits-sacré (à Sainte- Sophie) 3. » Descendant de son trône, où il avait la face tournée vers l'occident, et sortant par la gauche, l'empereur passait évidemment par la porte méridionale qui lui était propre, et au-devant de laquelle s'étendait l'Héliacon. Et cependant il va, de même qu'en sortant par le grand portique occidental, gagner les salles des gardes pour se rendre à Sainte-Sophie. La porte qui conduisait vers le triclinium des Candidats était donc indépendante du grand portique occidental, et fermait bien certainement l'Héliacon et non l'édifice de la Magnaure.

1 II ne faut pas oublier que l'empereur, auteur du texte cité, entre clans la Magnaure par le flanc méridional de l'édifice, et que pour lui l'abside est à droite et à l'orient, et que l'occident est à sa gauche.

2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 570.

5 De cer. aul. Byz., lib. 1, cap. xxvn, p. 155.

Le chapitre <lu livre des Cérémonies qui raconte de quelle manière on avait décoré la Magnaure pour la réception des ambassadeurs sarrasins, en justifiant la distinction que nous établissons entre la porte de l'édifice et celle de son Héliacon, nous a fourni les renseignements qui nous ont engagé à donner, dans notre plan, la forme d une construction liémicirculaire aux portes (n° 33) par lesquelles on montait de la cour des Courtines (n° 29, B) sur llléliacon de la Magnaure. « En dehors du triclinium , » dans la grande Tropicé, eîç tt)v \i.e.y£krp) TpoTT'.y./jV ', on avait placé une chaîne (de » cuivre argenté à laquelle un lustre était suspendu) venant de l'église des Saints-Sergeh et-Bacclius » ; et quelques lignes plus bas, on lit : « Dans l'abside j dç xo ^oupvixov, » qui conduit dehors, to i^dyov, vers le triclinium des Candidats, on avait placé une >, autre chaîne et un grand lustre — » Et plus loin, dans le même chapitre, on lit encore : « 11 faut savoir que dans la porte qui conduit vins le triclinium des Candih dats, en dedans et en dehors, se tenaient les chefs de l'Arithmos, vêtus du scaraji mangion et portant leurs épées et leurs boucliers 2. » Ainsi le livre des Cérémonies donne le nom de çoupvixov à l'endroit par où l'on sortait de la Magnaure, ou, pour mieux dire, de son Héliacon, pour aller gagner le triclinium des Candidats (n° 28). Or nous avons établi que, pour notre auteur, ooupvix<$v et xaixàpa étaient synonymes3. La grande porte de l lléliacon de la Magnaure qui s'ouvrait sur la cour des Courtines (n° 29, B), au-devant du triclinium des Candidats, devait donc offrir une construction en forme d'abside. On comprend alors comment les chefs de l'Arithmos avaient pu se tenir tant en dedans de la porte qu'au dehors. L'hémicycle voûté, le Fournicon, qui formait l'entrée, présentait un espace dans lequel plusieurs personnes pouvaient se tenir.

La déclivité du terrain avait motivé quelques marches pour monter de l'église du Seigneur (n° 35) sur l' Héliacon de la Magnaure; nous avons pensé qu'il en existait également quelques-unes pour monter de la cour des Courtines, qui était de niveau avec l'église du Seigneur, dans le vaste Héliacon qui entourait ce triclinium.

Nous avons parlé plusieurs fois4 d'un escalier de bois (n° 13) par lequel l'empereur arrivait de son palais dans les Catéchumènes supérieurs de Sainte-Sophie, c'est-à-dire à l'étage qui existait au-dessus des bas côtés de l'église ; il nous faut donner sur ce point quelques renseignements qui nous sont fournis par le livre des Cérémonies. Dans deux circonstances, l'empereur, sortant du Palais-sacré par la porte du Spatharicion (n° 66) , « passe par la Magnaure et par ses galeries supérieures , xai tcov àvcoTÉpcov

4 L'auteur donne ici au grand portique, qu'il avait d'abord appelé eu.ëo)>o;, le nom de grande Tropicé, nom nouveau par lequel on désignait un portique élevé au-devant d'une porte. 2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 570, 571 et 577. 1 Voyez plus haut, chap. IV, § m, p. 116.

» Voyez chap. II, § Ier, p. 30; chap. II, § vi, p. 40; chap. III, § ix, p. 84.

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